{"id":3451,"date":"2023-06-22T13:17:37","date_gmt":"2023-06-22T11:17:37","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3451"},"modified":"2023-06-24T22:23:18","modified_gmt":"2023-06-24T20:23:18","slug":"notes-de-lecture-49","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3451","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 49"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>LEOPOLD DE SACHER MASOCH \/ LA V\u00c9NUS EN FOURRURE&nbsp;\/ Profidu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"768\" height=\"768\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration332.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3453\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration332.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration332-300x300.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration332-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration332-600x600.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration332-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>La V\u00e9nus en fourrure, version pin-up girl ann\u00e9es 1950. Photo X.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>LE SOPHA \/ CR\u00c9BILLON FILS \/ Profidu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux romans libertins dans une collection d\u00e9su\u00e8te \u00e9galement appel\u00e9e pompeusement les <em>101 chefs-d\u2019oeuvre du genre humain.<\/em> Franchement, il doit exister des kyrielles de romans bien meilleurs que ceux-l\u00e0 et qui m\u00e9riteraient d\u2019entrer dans ce singulier Top 100.<\/p>\n\n\n\n<p>On commence par Leopold, qu\u2019on consid\u00e8re comme l\u2019inventeur du sado-masochisme, ou disons plut\u00f4t du masochisme puisque le sadisme a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 au divin marquis. C\u2019est un roman-confession, un peu comme certains Dosto\u00efevski comme <em>Le joueur <\/em>ou <em>L\u2019\u00e9ternel mari<\/em>. Soit ici Severin, un noble galicien, qui raconte \u00e0 l\u2019auteur sa descente dans les enfers du masochisme avec la belle Wanda, portrait crach\u00e9 de<em> La V\u00e9nus au miroir<\/em> de Botticelli et toujours habill\u00e9e de fourrures et d\u2019hermine.<\/p>\n\n\n\n<p>Severin raconte ses tendances au f\u00e9tichisme et au masochisme qui lui viennent de l\u2019enfance et de certains jeux sexuels avec des adultes. Il rencontre sa V\u00e9nus en fourrure et celle-ci accepte d\u2019entrer dans ce jeu. Elle veut bien s\u2019y pr\u00eater. Il sera son esclave et elle sera sa ma\u00eetresse. Elle pr\u00e9tend l\u2019aimer mais lui en est fou amoureux. Ils envisagent de vivre ensemble lorsqu\u2019ils en auront termin\u00e9 de leurs jeux \u00e9rotiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, ils n\u2019en finiront jamais. Severin ne vit que pour sa passion et son plaisir sexuel qu\u2019il prend dans la domination de Wanda et celle-ci se d\u00e9couvre sadique et va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 l\u2019humilier avec des amants autoris\u00e9s \u00e0 le fouetter \u00e0 leur tour. Mais, au fond, Severin est un romantique et il n\u2019accepte l\u2019humiliation que dans un amour exclusif, peu d\u00e9sireux de servir de souffre-douleur aux amants de Wanda.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va donc arr\u00eater le jeu lorsque la dame s\u2019est \u00e9prise d\u2019un Apollon grec. Lui va reprendre l\u2019\u00e9tude de son p\u00e8re et oublier Wanda et ses perversions. Elle lui \u00e9crira une derni\u00e8re lettre, mais Severin, apr\u00e8s une tentative de suicide dans l\u2019Arno (on est \u00e0 Florence) a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019oublier les amours antiques et contre-natures des pa\u00efens, \u00e9chaud\u00e9 par une passion morbide qui le fait rentrer dans le droit chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est finalement assez anodin, quand on a pu lire les 11000 verges d\u2019Apollinaire ou Sade, justement. Tout est sugg\u00e9r\u00e9 et l\u2019anatomie f\u00e9minine ne se d\u00e9voile jamais. Les fourrures et les dentelles suffisent \u00e0 son bonheur, plus quelques coups de cravache.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Venus In Furs&nbsp;\u00bb \u00e9tait un titre fameux du premier Velvet Underground, et on n\u2019oublie pas que Sacher-Masoch fut l\u2019arri\u00e8re-grand p\u00e8re de Marianne Faithfull. Finalement, tout cela est tr\u00e8s rock\u2019n\u2019roll.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cr\u00e9billon Fils<\/strong> fait partie de ces \u00e9crivains libertins du XVIII\u00b0 si\u00e8cle, comme Choderlos De Laclos ou R\u00e9tif de La Bretonne, entre autres. Un genre qui fit flor\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9poque et dont Sade figurait la face d\u2019ombre. Les autres faisaient plut\u00f4t dans l\u2019\u00e9rotisme sugg\u00e9r\u00e9 et le marivaudage.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici l\u2019histoire, proche de celle de Sh\u00e9h\u00e9razade&nbsp;: \u00e0 la cour d\u2019un sultan indien (d\u00e9peint para\u00eet-il sous les traits de Louis XV), on croit dur comme fer \u00e0 la m\u00e9tempsychose. Justement, Amanz\u00e9i se souvient de ses vies ant\u00e9rieures et notamment de celle o\u00f9 il fut r\u00e9incarn\u00e9 en divan.<\/p>\n\n\n\n<p>Un divan qui passe de chambres \u00e0 coucher en bordels et o\u00f9 sont retranscrites les conversations entre amants. Les amants, des mirliflores fiers de leur personne et dont le jeu favori est de faire se donner \u00e0 eux les femmes, par ruse et par le beau langage. Les femmes s\u2019acharnent \u00e0 jouer les prudes jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent leurs vraies personnalit\u00e9s de courtisanes sensuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Philosophie dans le boudoir et fragments de discours amoureux. Pendant plus de 300 pages, on observe les strat\u00e9gies amoureuses et les faibles d\u00e9fenses des courtis\u00e9es. Le divan, transbahut\u00e9 d\u2019un point \u00e0 un autre, se r\u00e9gale et ne manque pas une bribe des conversations \u00e9chang\u00e9es entre ces messieurs et dames. Le r\u00e9cit est tellement ennuyeux que le Sultan et la Sultane demandent souvent \u00e0 venir au fait, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 interrompre l\u2019orateur qui s\u2019attarde sur des d\u00e9tails et des propos secondaires, des incidentes.<\/p>\n\n\n\n<p>On doit avouer avoir pein\u00e9 \u00e0 lire ce livre, tant, malgr\u00e9 un style pr\u00e9cieux et des fleurs de rh\u00e9torique, toutes ces histoires de prudes enamour\u00e9es et d\u2019amants bien r\u00e9solus \u00e0 les faire chavirer peut lasser \u00e0 la longue. J\u2019ai quand m\u00eame fini le livre, par conscience professionnelle, ou par masochisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JOYCE CAROL OATES \u2013 <em>D\u00c9LICIEUSES POURRITURES <\/em>\u2013 J\u2019ai lu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une universit\u00e9 de la Nouvelle-Angleterre o\u00f9 des incendies criminels ravagent la cit\u00e9 universitaire. Gillian, la narratrice, est amoureuse de son professeur de lettres, Andre Harrow dont l\u2019\u00e9pouse est une sculptrice un rien provocatrice. Tel est l\u2019argument, assez mince de ce court roman (125 pages), on pourrait dire tout aussi bien une longue nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est avant tout l\u2019histoire d\u2019une emprise sur fond du passage difficile entre l\u2019adolescence et l\u2019\u00e2ge adulte. Dans cette universit\u00e9, le couple pervers form\u00e9 par le professeur de lettre et la sculptrice attire et mystifie toutes les \u00e9tudiantes. Certaines sont s\u00e9lectionn\u00e9es par eux pour des orgies qu\u2019elles vivent en \u00e9tat de quasi-inconscience. Drogue&nbsp;? Alcool&nbsp;? Toujours est-il que Gillian Bauer suit Dorcas la sculptrice dans la rue jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre fascin\u00e9e par le couple dont elle va devenir la proie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit est rythm\u00e9 par des incendies qui se propagent dans tout le campus. L\u2019une des filles, souffrant de d\u00e9pression et d\u2019anorexie, s\u2019accuse, mais les incendies continuent. L\u2019un de ces incendies est provoqu\u00e9 par la narratrice elle-m\u00eame, mais on ne va pas d\u00e9voiler la fin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une fine analyse des rapports entre des adultes s\u00fbrs de leur pouvoir, dominateurs et convaincus de leurs talents artistiques, et des jeunes filles qui se cherchent, pas \u00e0 l\u2019aise avec leurs corps et encore effray\u00e9es par la sexualit\u00e9. L\u2019auteur cite souvent D.H Lawrence (le titre est d\u2019ailleurs tir\u00e9 de l\u2019un de ses po\u00e8mes), Lawrence qui est la grande admiration du professeur, aimant en lui les \u00e9loges nietzsch\u00e9ens de la force brute, de la bestialit\u00e9 et du sexe dans le rejet de la morale et de la religion.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit livre, certes, mais de ceux qui marquent, et la construction du r\u00e9cit est habile, o\u00f9 deux sc\u00e8nes au d\u00e9but et \u00e0 la fin, se situant en 2001, mettent en tension le r\u00e9cit du trimestre universitaire de l\u2019automne 1975, l\u2019ann\u00e9e des 20 ans de la narratrice. On est accapar\u00e9s par ce livre qu\u2019on lit presque d\u2019une traite, tant les personnages sont vivants et l\u2019\u00e9vocation des rapports humains en est particuli\u00e8rement fine. La subtilit\u00e9 s\u2019invite \u00e0 toutes les pages et rien n\u2019est d\u00e9crit de fa\u00e7on triviale, tout est angoissant, t\u00e9nu, sensible et mena\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame qu\u2019une Nancy Huston \u00e0 qui elle fait penser, je connaissais mal cette \u00e9crivaine dont l\u2019\u0153uvre est colossale&nbsp;: romans, polars sous divers pseudonymes, nouvelles, po\u00e9sie, essais, th\u00e9\u00e2tre et on en passe. Une autrice, comme on dit (je n\u2019aime pas trop le mot) prolifique et talentueuse. Inutile de pr\u00e9ciser que ce court roman donne envie d\u2019en lire plus. Oh Carol&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>GRAHAM GREENE \u2013 <em>LE FACTEUR HUMAIN <\/em>\u2013 Robert Laffont.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le parfait gentleman britannique, Graham Greene, l\u2019un des plus grands \u00e9crivains du XX\u00b0 si\u00e8cle, c\u2019est devenu banal de le dire tant c\u2019est vrai. Avec John Le Carr\u00e9, il est en tout cas le plus grand dans le roman d\u2019espionnage, mais il ne se cantonne pas \u00e0 cela et la dimension tragique et m\u00e9taphysique de son \u0153uvre est ce qui fait tout son prix.<\/p>\n\n\n\n<p>Soit Maurice Castle, un agent proche de la retraite ayant \u00e9t\u00e9 longtemps en service en Afrique du Sud o\u00f9 il a rencontr\u00e9 sa femme, Sarah, une Noire qui a emmen\u00e9 avec elle son fils Sam en Angleterre. Il se passe de dr\u00f4les de choses dans les services \u00e0 propos d\u2019un laboratoire d\u2019armes bact\u00e9riologiques et de rivalit\u00e9s pour un acc\u00e8s aux ressources, mini\u00e8res notamment, de l\u2019Afrique du Sud. On est chez le MI6, l\u2019\u00e9tranger, pas au MI5, l\u2019int\u00e9rieur. Les pontes, Sir Hargreaves et un myst\u00e9rieux C notamment, sont persuad\u00e9s qu\u2019une taupe \u00e9change des informations avec \u00ab&nbsp;les autres&nbsp;\u00bb, comprendre les Russes. On est en 1978 et le mur n\u2019est pas tomb\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le docteur Perceval est ami avec Hargreaves et, passant outre les appels \u00e0 la prudence du vieux colonel Daintry \u00e0 qui il faut des preuves, il empoisonne Arthur Davis, le coll\u00e8gue de Castle, sur ordre de Hargreaves et de C. On veut \u00e9viter un proc\u00e8s. Castle se doute de quelque chose, d\u2019autant qu\u2019il sait que la taupe, c\u2019est lui. Mais une dr\u00f4le de taupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Castle est en cheville avec un vieux libraire qui lui conseille des livres dont il se sert pour envoyer des messages \u00e0 ceux de son camp, mais il s\u2019av\u00e9rera que ce trafic cache en fait les activit\u00e9s d\u2019un vrai espion en passe d\u2019\u00eatre rapatri\u00e9 en URSS. Bref, son activit\u00e9, risqu\u00e9e, n\u2019a servi \u00e0 rien si ce n\u2019est \u00e0 brouiller les pistes&nbsp;. Sans \u00eatre communiste, Castle a vu de pr\u00e8s l\u2019apartheid et la nouvelle de la mort de son mentor, John Carson, quelqu\u2019un des services dont il est persuad\u00e9 qu\u2019on l\u2019a assassin\u00e9 depuis sa prison \u00e0 Johannesburg, a renforc\u00e9 sa d\u00e9testation du monde dit libre. D\u2019autant qu\u2019un Afrikaner du nom de Cornelius Muller, responsable de la section Afrique, joue avec lui au chat et \u00e0 la souris, faisant peser de sourdes menaces sur sa femme Sarah.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, l\u2019\u00e9tau se resserre sur Castle qui se sent d\u00e9masqu\u00e9 et envoie des signaux \u00e0 ses correspondants. Il finira dans une datcha \u00e0 Moscou, sans sa femme et son fils, comme d\u2019autres avant lui ont fini.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u00e0 n\u2019est pas l\u2019essentiel et Greene aurait pu tout aussi bien choisir le roman policier ou le roman historique. Il d\u00e9crit la solitude comme personne et on sent chez lui une compassion pour ces hommes \u00e0 qui il est impossible de communiquer tant ils ont appris \u00e0 se m\u00e9fier de tout. Des chevaliers de la guerre froide qui, le plus souvent, ont choisi de tenir compte du \u00ab&nbsp;facteur humain&nbsp;\u00bb plut\u00f4t que d\u2019ob\u00e9ir aveugl\u00e9ment \u00e0 la raison d\u2019\u00e9tat, comme le voudraient leurs fonctions. Castle, trop humain, fera s\u2019enrailler la machine, au prix de sa libert\u00e9 et de sa famille. Un h\u00e9ros qui se d\u00e9bat de fa\u00e7on presque path\u00e9tique parmi des espions, des aristocrates et des militaires qui ont tout oubli\u00e9 de leur humanit\u00e9 au services des int\u00e9r\u00eats de l\u2019occident et de ses capitalistes. Greene back dollar.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne surprendra personne en relevant la beaut\u00e9 de son style, son attachement \u00e0 des petits riens, son sens de la notation juste, sa volont\u00e9 de donner acc\u00e8s \u00e0 l\u2019imaginaire de ses personnages et son ironie mordante. Un prince. \u00c9crivain catholique&nbsp;? Faut voir&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>FRANCIS DUMAURIER \u2013<em> GIORGIO GOMELSKY \/ FOR YOUR LOVE<\/em> \u2013 Supernovabooks.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Francis Dumaurier est un ami \u00e0 moi et un fid\u00e8le lecteur (et commentateur de ce blog). Ce n\u2019est pas sp\u00e9cialement pour ces raisons que l\u2019on parle de ce livre, mais parce qu\u2019il vaut la peine d\u2019\u00eatre lu. Une premi\u00e8re mouture \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parue chez Camion Blanc en 2018 sous le titre <em>Mon ami Giorgio Gomelsky, <\/em>et les lecteurs non anglophones peuvent s\u2019y reporter. Mais c\u2019est une version compl\u00e9t\u00e9e et augment\u00e9e qui est donn\u00e9e ici \u00e0 lire, \u00e0 la suite de rencontres et de hasards.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui est vraiment Giorgio Gomelsky&nbsp;? D\u2019abord un journaliste, puis un impresario et enfin un producteur qui aura \u00e9t\u00e9 une sorte de deus ex machina (ou d\u2019imam cach\u00e9) du Swinging London. Il est n\u00e9 en Georgie (province de l\u2019URSS \u00e0 l\u2019\u00e9poque), et sa famille s\u2019est exil\u00e9e en Suisse pour fuir les rigueurs staliniennes et les pogroms antis\u00e9mites. Les Gomelsky s\u2019installent en Italie du Nord, avant d\u2019\u00eatre accept\u00e9s en Suisse o\u00f9 ils feront souche.<\/p>\n\n\n\n<p>Giorgio, lui, est un citoyen du monde qui tourne son regard vers Londres, l\u00e0 o\u00f9 les choses se passent. Passionn\u00e9 de jazz et de blues, il \u00e9crit dans diverses revues avant d\u2019ouvrir le Crawdaddy Club de Richmond (Surrey) et d\u2019organiser les fameux jeudis du Marquee Club. Le premier groupe qu\u2019il manage est le Dave Hunt Band, avec Ray Davies (futur leader des Kinks) comme chanteur. C\u2019est ainsi qu\u2019il va guider les premiers pas des Stones, avant que Brian Jones lui fasse la mauvaise mani\u00e8re d\u2019introniser Andrew Loog Oldham \u00e0 sa place, alors qu\u2019il a d\u00fb s\u2019absenter pour assister aux obs\u00e8ques de son p\u00e8re. Il en faut plus pour le d\u00e9monter.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les Stones, ce sont les Yardbirds qui d\u00e9butent au Crawdaddy, parfois avec le bluesman Sonny Boy Williamson. Le photographe Hamish Grimes les pr\u00e9sente sur sc\u00e8ne pour leur premier album (<em>5 Live Yardbirds)<\/em> et c\u2019est Giorgio qui surnommera Clapton \u00ab&nbsp;Slowhand&nbsp;\u00bb, pour sa lenteur \u00e0 changer les cordes de sa guitare. Il aura sa place dans l\u2019\u0153uvre des Yardbirds, m\u00eame si pas reconnue. Dumaurier s\u2019\u00e9tend en plusieurs chapitres sur la carri\u00e8re d\u2019un groupe qui verra passer \u00e0 la fois Jeff Beck et Jimmy Page. Puis c\u2019est Peter Grant qui lui ravira le management pour un groupe gros de Led Zeppelin, via les New Yardbirds. Une autre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>On a du mal \u00e0 comprendre les philippiques contre Gomelsky prof\u00e9r\u00e9es par Brian Auger ou certains de ses poulains, tant l\u2019homme semble pi\u00e8tre calculateur, travaillant souvent pour la beaut\u00e9 de l\u2019art et pour la musique, se faisant piquer r\u00e9guli\u00e8rement ses id\u00e9es. Apr\u00e8s le spectacle <em>Steampacket<\/em> sur les origines du blues (avec Rod Stewart, Elton John et Julie Driscoll quand m\u00eame), Gomelsky fonde Paragon Publicity et le label Marmalade o\u00f9 va s\u2019illustrer Julie Driscoll, avec Brian Auger &amp; The Trinity, mais aussi d\u2019autres soci\u00e9taires comme les Blossom Toes. Il produit aussi ce qui sera le premier album (in\u00e9dit \u00e0 l\u2019\u00e9poque) de Soft Machine et aura \u00e0 faire aux Animals comme aux Small Faces. C\u2019est lui qui aura l\u2019immense honneur de pr\u00e9senter les Beatles aux Stones.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Paris, apr\u00e8s une tourn\u00e9e fran\u00e7aise de Soft Machine, Gomelsky prend en charge Gong puis Magma et toute la frange la plus \u00e9clair\u00e9e du rock fran\u00e7ais. Il poursuivra dans cette voie avec Henry Cow, Fred Firth et quelques autres, toujours avec cette soif de d\u00e9couverte qui le caract\u00e9rise.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis c\u2019est New York en 1977 et encore des enregistrements dans la cave de sa maison, tout en organisant des concerts et des f\u00eates, en Gatsby humaniste dans une ville qui sombre dans la dope et la d\u00e9linquance. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il va rencontrer l\u2019auteur, pour une belle histoire d\u2019amiti\u00e9 qui nous est ici cont\u00e9e avec tendresse et pudeur.<\/p>\n\n\n\n<p>En filigrane, la biographie peu commune de l\u2019auteur. Un \u00e9tudiant fran\u00e7ais qui a \u00e9t\u00e9 de tous les concerts rock des ann\u00e9es 1960 et de tous les festivals (Woodstock notamment). Il part aux \u00c9tats-Unis pour monter une entreprise de t\u00e9l\u00e9vision par c\u00e2ble et prend des contacts avec le bureau d\u2019<em>Antenne 2<\/em> \u00e0 New York o\u00f9 il fait la connaissance de Nicole Devilaine et de Ronnie Bird, ex rocker reconverti en grand reporter. Pendant que Gomelsky tire le diable par la queue avec les royalties des quelques disques produits (il vendra ses droits sur le coffret Yardbirds) et produit de nouveaux groupes comme les Volcanos, Surgery ou Bill Laswell mais aussi des groupes d\u2019avant-garde ou de World music, Francis est guide de safari en Colombie, importe des vins de Bordeaux et va devenir acteur, inscrit \u00e0 la guilde am\u00e9ricaine des acteurs. Leur profonde amiti\u00e9 passe aussi par la franc-ma\u00e7onnerie et la capacit\u00e9 qu\u2019ils ont \u00e0 tout se dire, lui en l\u00e9gende du rock un peu moraliste, d\u2019une culture ph\u00e9nom\u00e9nale, lui en quarantenaire qui se cherche ailleurs que dans les f\u00eates et les parties. Il sera aid\u00e9 par sa femme Lilian pour devenir l\u2019homme qu\u2019il \u00e9tait, celui qui m\u2019honore de son amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas une biographie en chambre. On a droit \u00e0 des documents photographiques et \u00e0 des entretiens avec des t\u00e9moins de l\u2019\u00e9poque. On a aussi, \u00e0 la fin, et c\u2019est tr\u00e8s \u00e9mouvant, des textes de musiciens et artistes qui l\u2019ont connu et qui le font revivre tel qu\u2019il \u00e9tait&nbsp;: un homme g\u00e9n\u00e9reux, curieux et bon. Un honn\u00eate homme, au sens que lui donnait le XVIII\u00b0 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Giorgio Gomelsky m\u00e9ritait bien ce beau t\u00e9moignage, \u00e9crit d\u2019une plume alerte par quelqu\u2019un qui aura beaucoup fait pour garder en vie sa m\u00e9moire. Thanks for everything, Giorgio\u00a0; et merci \u00e0 toi, Francis.<\/p>\n\n\n\n<p><em>10 juin 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LEOPOLD DE SACHER MASOCH \/ LA V\u00c9NUS EN FOURRURE&nbsp;\/ Profidu LE SOPHA \/ CR\u00c9BILLON FILS \/ Profidu Deux romans libertins dans une collection d\u00e9su\u00e8te \u00e9galement appel\u00e9e pompeusement les 101 chefs-d\u2019oeuvre du genre humain. Franchement, il doit exister des kyrielles de romans bien meilleurs que ceux-l\u00e0 et qui m\u00e9riteraient d\u2019entrer dans ce singulier Top 100. 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