{"id":3485,"date":"2023-07-05T16:56:31","date_gmt":"2023-07-05T14:56:31","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3485"},"modified":"2023-07-05T16:56:32","modified_gmt":"2023-07-05T14:56:32","slug":"notes-de-lecture-50","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3485","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (50)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>ELMORE LEONARD \u2013<em> REBELLES EN FUITE ET AUTRES HISTOIRES <\/em>\u2013 Rivages \/ Noir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont ici 7 nouvelles de jeunesse \u00e9crites par Elmore Leonard avant qu\u2019il ne devienne un grand nom du polar am\u00e9ricain, auteur notamment de <em>La loi de la cit\u00e9, Un dr\u00f4le de p\u00e8lerin,<\/em> <em>Punch cr\u00e9ole<\/em> ou <em>Cuba libre<\/em>, entre beaucoup d\u2019autres, chez le m\u00eame \u00e9diteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Des nouvelles inspir\u00e9es par Hemingway dont Leonard admire l\u2019\u00e9pure et la simplicit\u00e9 apparente. Bukowski disait un peu la m\u00eame chose, m\u00eame si le r\u00e9sultat est diff\u00e9rent. Leonard semble fascin\u00e9 par son pays, les \u00c9tats-Unis, par son histoire, sa g\u00e9ographie et ses habitants, les Am\u00e9ricains qu\u2019il regarde parfois comme un entomologiste observerait des fourmis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a commence dans le Far-west avec <em>Premi\u00e8re siesta \u00e0 Paloverde<\/em>, o\u00f9 un sh\u00e9rif faisant l\u2019objet de moqueries qui se r\u00e9v\u00e9lera en h\u00e9ros apr\u00e8s r\u00e8glement de compte final au saloon. Un classique du Western. Puis c\u2019est une femme qui reproche \u00e0 son mari son manque de courage apr\u00e8s l\u2019intrusion de chasseurs dans leur propri\u00e9t\u00e9. L\u2019homme, comme le sh\u00e9rif de la nouvelle pr\u00e9c\u00e9dente, prouvera son courage avec brio en fraternisant avec <em>L<\/em><em>es intrus.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour <em>Les soir\u00e9es loin de chez soi<\/em>, il s\u2019agit du portrait d\u2019un photographe de magazine qui flirte avec toutes les jeunes femmes, des mannequins, dans son h\u00f4tel de luxe et c\u2019est le narrateur qui subit les coups d\u2019un mari jaloux. <em>L\u2019enclos du taureau<\/em> est encore plus r\u00e9ussi, avec un jeune mexicain ex-torero qu\u2019un couple d\u2019Am\u00e9ricains invite pour divertir ses invit\u00e9s. M\u00e9pris de classe, humiliation, racisme\u2026 Tout y est mais l\u2019histoire tournera \u00e0 la faveur du torero qui placera ses banderilles (des fourchettes) sur le dos du fianc\u00e9 dont la promise s\u2019enfuira. C\u2019est souvent la m\u00eame histoire d\u2019hommes r\u00e9put\u00e9s faibles ou l\u00e2ches qui, \u00e0 la faveur des circonstances et souvent gr\u00e2ce \u00e0 une femme, se r\u00e9v\u00e8lent tels qu\u2019en eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Rebelle en fuite<\/em> se situe pendant la guerre de S\u00e9cession et c\u2019est aussi l\u2019histoire d\u2019un bless\u00e9 sudiste r\u00e9fugi\u00e9 chez une femme qui a perdu ses parents, son fr\u00e8re et son mari dans la guerre. Celui qui la courtise la presse de d\u00e9noncer le r\u00e9fugi\u00e9 aux Yankees proches de la victoire. Elle agira tout autrement, n\u2019\u00e9coutant que ses sentiments et touch\u00e9e par l\u2019h\u00e9ro\u00efsme du Sudiste.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un peuple heureux et insouciant<\/em> suit des Am\u00e9ricains et des Anglais dans un grand h\u00f4tel des Bal\u00e9ares \u00e0 travers le regard d\u2019un serveur espagnol. Snobisme et pr\u00e9jug\u00e9s de classe d\u2019un c\u00f4t\u00e9, humanit\u00e9 et g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l\u2019autre, expliquant aux touristes la guerre d\u2019Espagne qu\u2019ils prennent pour une guerre de S\u00e9cession espagnole.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin,<em> Le temps de la terreur<\/em> se situe en Malaisie o\u00f9 les Anglais traquent un terroriste et interrogent celle qu\u2019ils croient \u00eatre sa complice. La fille est finalement recrut\u00e9e dans la police coloniale et elle doit faire face \u00e0 ses anciennes relations. Tout cela finit mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, des nouvelles qu\u2019on lit sans d\u00e9plaisir, m\u00eame si certaines peuvent sembler un peu faibles. On a l\u00e0 un \u00e9crivain qui fait ses gammes, Leonard avant Leonard, mais on ne peut qu\u2019adh\u00e9rer \u00e0 sa vision du monde et \u00e0 son humanisme. En tout cas, un vrai talent de conteur qu\u2019il va exploiter tout au long de sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain. Tout au long de sa longue vie, dans une cinquantaine de romans.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JOHN LE CARR\u00c9 \u2013 <em>SINGLE &amp; SINGLE<\/em> \u2013 Seuil.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un Le Carr\u00e9, notre espion pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Un roman de 1999 qui nous emm\u00e8ne dans la Russie d\u2019apr\u00e8s la chute du mur et en Turquie, en passant par la City et ses hommes d\u2019affaire. Plus quelques mafieux. Le d\u00e9cor est camp\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne va pas chercher \u00e0 r\u00e9sumer avec pr\u00e9cision ce livre, au risque de se perdre dans les ramifications multiples d\u2019un r\u00e9cit d\u2019une richesse incroyable. Contentons-nous d\u2019une vue rapide. Soit une multinationale bas\u00e9e dans la City de Londres, Single &amp; Single. Le directeur, Tiger, son fils Oliver et un haut responsable des Douanes plus ou moins affili\u00e9 aux services secrets, Brock.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire commence par le meurtre rituel dans le Caucase d\u2019un avocat d\u2019affaires par la mafia russe \u2013 ou Georgienne plut\u00f4t &#8211; en cheville avec des affairistes turcs plus v\u00e9reux les uns que les autres. Tiger apprend le meurtre qui est un message envoy\u00e9 apr\u00e8s l\u2019assassinat par la police d\u2019un mafieux russe \u00e0 bord d\u2019un paquebot embarquant une cargaison d\u2019h\u00e9ro\u00efne de Talinn \u00e0 Liverpool.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fils de Tiger, Oliver, a d\u00fb changer d\u2019identit\u00e9, avec l\u2019aide de Brock, pour \u00e9chapper aux foudres de la mafia. Il est officiellement un magicien se donnant en spectacle dans des petites f\u00eates de village du Devon, avec son suppos\u00e9 fils, Paul et sa non moins suppos\u00e9e \u00e9pouse qui n\u2019est qu\u2019une couverture.<\/p>\n\n\n\n<p>Pouss\u00e9 par Brock, Oliver va se mettre \u00e0 la recherche de son p\u00e8re, disparu. Son p\u00e8re qui serait pass\u00e9 voir son associ\u00e9, Massingham et un avocat v\u00e9reux polonais Minsky, ancien espion communiste, avant de sauver ce qui pouvait encore l\u2019\u00eatre de son entreprise dans le cabinet de son avocat suisse Conrad, lequel lui avoue que tout est perdu, y compris l\u2019honneur. Entre temps, Oliver Single se voit cr\u00e9diter d\u2019une somme colossale sur le compte de sa fille et son banquier lui demande des explications. Brock est averti et la qu\u00eate du p\u00e8re prodigue peut commencer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le march\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9 \u00e0 la mi-temps d\u2019un match au stade In\u00f6n\u00fc \u00e0 Istanbul, entre mafieux russes, truands turcs et affairistes londoniens, plus quelques hommes de main et tueurs psychopathes dont un d\u00e9nomm\u00e9 Hoban. Il s\u2019agit de profiter de la chute du mur pour exploiter tous les biens de l\u2019ex URSS, fer, p\u00e9trole et sang (le sang des Russes collect\u00e9 pour le bien de l\u2019Occident). Le coup d\u2019\u00e9tat d\u2019Eltsine change un peu la donne apr\u00e8s la fusillade du Free Talinn, et la mafia russe se retourne contre Single &amp; Single apr\u00e8s la trahison de Hoban avec la complicit\u00e9 de Massingham et de Minsky. Les cigares ont chang\u00e9 de bouches et les perdants courent pour leur survie.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, c\u2019est assez complexe pour qu\u2019on se contente de cela. Espionnage, mondialisation, g\u00e9opolitique\u2026 Tout y est, avec le symbole du sang marchandis\u00e9 et d\u2019une caste d\u2019affairistes devenue folle dans un monde o\u00f9, apr\u00e8s l\u2019effondrement du communisme, les capitalistes sont gagn\u00e9s par l\u2019hubris et la d\u00e9mesure, jusqu\u2019\u00e0 jouer entre eux \u00e0 la roulette russe.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est du bon, de l\u2019excellent Le Carr\u00e9, avec son art du r\u00e9cit, la v\u00e9rit\u00e9 des sc\u00e8nes et des personnages et, par-dessus tout, ce c\u00f4t\u00e9 vieille Angleterre avec son humour, ses sous-entendus et son ironie. Le Carr\u00e9 magique du roman moderne anglais&nbsp;: lui, Anthony Burgess, Graham Greene et P.D James.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MARGUERITE YOURCENAR \u2013<em>L\u2019OEUVRE<\/em> <em>AU NOIR<\/em> \u2013 Gallimard.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Autant dire qu\u2019on n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un inconditionnel de cette grande dame de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, trop acad\u00e9mique peut-\u00eatre, manquant un peu de cette folie qui fait les grands romans. Pourtant, l\u2019acad\u00e9micienne recluse au Mont-Noir a du style, un ton et une \u00e9rudition sans pareille.<\/p>\n\n\n\n<p>En alchimie, l\u2019\u0153uvre au noir d\u00e9signe la dissolution du plomb, premi\u00e8re des trois phases pour changer le plomb en or, ce qui est le but de tout alchimiste qui se respecte. L\u2019\u0153uvre au noir, c\u2019est aussi par m\u00e9taphore la mort qui rode comme une ombre, tout au long de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>On suit ici les tribulations de deux amis \u2013 Henri-Maximilien Ligre et Z\u00e9non \u2013 dans l\u2019Europe de Charles-Quint qui s\u2019ouvre \u00e0 la Renaissance. Les troupes du Prince-archev\u00eaque s\u2019opposent \u00e0 celles de l\u2019empereur. \u00c0 la fin de l\u2019ouvrage, l\u2019autrice nous donne les cl\u00e9s de son roman, en fait une longue nouvelle parue en volume dans un ouvrage de jeunesse, remani\u00e9e, am\u00e9lior\u00e9e et \u00e9paissie pour donner ce livre \u00e9tonnant, paru en 1968, \u00e0 rebours de tous les courants litt\u00e9raires en vogue \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en fait l\u2019histoire de Z\u00e9non, rebaptis\u00e9 Theus pour \u00e9chapper aux soup\u00e7ons de la justice. Z\u00e9non est \u00e0 la fois chirurgien, philosophe et alchimiste. Un m\u00e9lange, c\u2019est Yourcenar qui le dit \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage, de Jean Servet, de Nicolas Flamel, de Vinci, de \u00c9rasme, de Galil\u00e9e, de Copernic ou d\u2019Ambroise Paret. Bref, les plus grands esprits de ces temps et aussi les connaissances que pouvaient r\u00e9unir les grands clercs de l\u2019\u00e9poque. Z\u00e9non est plus qu\u2019un clerc, c\u2019est un g\u00e9nie cultivant toutes les faces de l\u2019humanisme dans des temps barbares o\u00f9 les lumi\u00e8res de la Renaissance n\u2019ont pas encore \u00e9clair\u00e9 les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi va Z\u00e9non l\u2019alchimiste, de la Su\u00e8de du roi Erik au Constantinople des musulmans, en passant par Alger, la Pologne, l\u2019Allemagne, l\u2019Autriche et retour \u00e0 Bruges. On se d\u00e9lecte de trouver des noms de lieux qu\u2019on conna\u00eet comme Dranouter (elle \u00e9crit Dranoutre) ou Dickebush, pr\u00e8s d\u2019Ypres. Les Flandres sont \u00e0 l\u2019honneur pour un personnage principal \u2013 un h\u00e9ros \u2013 qui, n\u00e9 \u00e0 Bruges, y mourra apr\u00e8s avoir \u00e9chapp\u00e9 au b\u00fbcher en se suicidant avec une pr\u00e9cision chirurgicale, c\u2019est bien le moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre des r\u00e9voltes paysannes de M\u00fcnster est passionnant, avec un Luther qui condamne tous ces gueux et les veut massacr\u00e9s. Calvin, en Suisse, parle de Dieu pr\u00e9sent dans chaque homme et de transmutation des \u00e2mes, \u00e9tablissant des correspondances avec la m\u00e9tempsychose hindoue. C\u2019est aussi le tout d\u00e9but de l\u2019esclavage et du commerce triangulaire et on voit une r\u00e9volte de tisserands qui brisent les premiers m\u00e9tiers qui vont les remplacer, comme les Luddites anglais deux si\u00e8cles plus tard. Un roman-monde. On est sid\u00e9r\u00e9s devant autant de connaissances th\u00e9ologiques, historiques et philosophiques et c\u2019est un r\u00e9cit \u00e0 la fois picaresque et \u00e9rudit qui nous est donn\u00e9 \u00e0 lire.<\/p>\n\n\n\n<p>On sait que Coluche l\u2019appelait Marguerite Ourse noire et qu\u2019une plaisanterie du <em>Canard Encha\u00een\u00e9 <\/em>imaginait les toilettes de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise avec une entr\u00e9e <em>Hommes<\/em> et une autre entr\u00e9e <em>Marguerit\u00e9 Yourcenar.<\/em> Que de moqueries pour une femme exceptionnelle, qui devait \u00eatre bien au-dessus de \u00e7a. Catholique, elle a toujours \u00e9t\u00e9 une pacifiste convaincue et une humaniste sinc\u00e8re. Gloire \u00e0 l\u2019ourse noire&nbsp;! Dommage que ce soit D\u2019Ormesson (\u00ab&nbsp;un con prim\u00e9&nbsp;\u00bb comme titrait <em>Le Canard<\/em>) qui chantait le plus fort ses louanges.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BRET EASTON ELLIS &#8211;<em> AMERICAN PSYCHO<\/em> &#8211; Points Seuil.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/illustration338.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3487\" width=\"578\" height=\"702\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/illustration338.jpg 500w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/illustration338-247x300.jpg 247w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/illustration338-494x600.jpg 494w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/illustration338-25x30.jpg 25w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>Bret Easton Ellis jeune (quoique d\u00e9j\u00e0 un peu d\u00e9plum\u00e9). Photo Wikipedia.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ellis, comme un Salinger en son temps, incarne la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration des \u00e9crivains am\u00e9ricains. Le nez dans la schnouf et des dollars plein les poches. C\u2019est en tout cas l\u2019image qu\u2019il donne de son h\u00e9ros. Un loup de Wall Street. Pas s\u00fbr que \u00e7a nous plaise a priori. C\u2019est le New York des ann\u00e9es 1980, des ann\u00e9es fric et des ann\u00e9es sexe. Des ann\u00e9es Reagan, pour tout dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Braudeau, dans son introduction, souligne l\u2019originalit\u00e9 du roman que des \u00e9diteurs se sont refus\u00e9s \u00e0 sortir avant scandale public et mont\u00e9e au cr\u00e9neau d\u2019\u00e9crivains comme Norman Mailer ou Umberto Eco. On avait lu, il y a longtemps, <em>Less than zero<\/em>, son premier roman, dont on n\u2019a pas gard\u00e9 un souvenir imp\u00e9rissable. De quoi s\u2019agit-il ici&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De Patrick Bateman. Un nom qui \u00e9voque le Batman de Gotham City, sauf que le super-h\u00e9ros traquait le mal alors que Bateman semble s\u2019y complaire. Le roman d\u00e9bute au Harry\u2019s Bar et s\u2019y termine, l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9change des propos badins entre coll\u00e8gues des grandes banques de Wall Street. Des pseudo-dandys assez conventionnels et conformistes. On drague les filles qui, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur, ne demandent que \u00e7a (l\u2019ouvrage n\u2019est pas f\u00e9ministe et a valu \u00e0 son auteur pas mal d\u2019ennuis), et on passe aux toilettes se faire un rail de coca\u00efne avec sa carte American Express. Bateman travaille chez Pier &amp; Pier. Il est bien n\u00e9 et a fait Harvard. Enfin travaille\u2026 Lorsqu\u2019il est au bureau, il passe ses journ\u00e9es au t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 commander dans des restaurants chics o\u00f9 l\u2019on mange des mets arriv\u00e9s des quatre coins du monde, l\u2019essentiel est que ce soit tr\u00e8s cher. Certains de ces \u00e9tablissements n\u2019acceptent que des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s. Des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s telles Donald Trump, symbole de r\u00e9ussite, dont on guette les apparitions dans tout Manhattan.<\/p>\n\n\n\n<p>Un monde vide o\u00f9 tout est apparence. On saute les paragraphes o\u00f9 l\u2019auteur nous d\u00e9crit les habits des protagonistes, griff\u00e9s par de grands couturiers. Il y en a beaucoup. On tend l\u2019oreille lorsqu\u2019il d\u00e9crit les comportements de Bateman&nbsp;: cynique avec ses ma\u00eetresses, dur avec les clochards qu\u2019il nargue ou moleste, toujours \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de ses \u00e9missions favorites&nbsp;: le <em>Late show <\/em>de David Litterman ou le<em>Patty Winters Show.<\/em> Cette \u00e9mission est d\u2019ailleurs \u00e9voqu\u00e9e en boucle, avec la com\u00e9die musicale tir\u00e9e des <em>Mis\u00e9rables<\/em> de Victor Hugo. Un hasard&nbsp;? Le spectacle, et la marchandise&nbsp;: Bateman est obs\u00e9d\u00e9 par les objets et la technologie qu\u2019il d\u00e9crit avec une pr\u00e9cision maniaque. On pense parfois au P\u00e9rec des <em>Choses<\/em>. Bref, on a l\u00e0 un Yuppie coca\u00efnomane et obs\u00e9d\u00e9 sexuel (pl\u00e9onasme?) repr\u00e9sentatif des ann\u00e9es Reagan.<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf que le Yuppie est aussi un tueur. \u00c7a commence l\u2019air de rien quand il trucide un clochard et son chien. \u00c7a continue lorsqu\u2019il d\u00e9coupe en morceau l\u2019un de ses amis. Puis ce sont des femmes, des call-girls, qu\u2019il massacre apr\u00e8s des orgies. La normalit\u00e9 apparente est \u00e9branl\u00e9e et Bateman n\u2019est plus qu\u2019un pantin morbide guid\u00e9 par ses pulsions. Les sc\u00e8nes de sexe sont torrides et celles de meurtre sont insoutenables. Eros et Thanatos m\u00eal\u00e9s une nouvelle fois dans un maelstrom de folie sadique.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019aura compris, <em>American Psycho<\/em> se veut une m\u00e9taphore sanglante de l\u2019\u00e8re Reagan et on se dit que, si le capitalisme absolu m\u00e8ne aux syst\u00e8mes mafieux, l\u2019individualisme et l\u2019absence totale d\u2019empathie m\u00e8nent au crime.<\/p>\n\n\n\n<p>Le style est volontairement plat, minimal. Mais c\u2019est le journal d\u2019un tueur et on peut se dire que c\u2019est volontaire. Le r\u00e9cit est gla\u00e7ant et on ne sait plus trop qui du criminel psychopathe ou de l\u2019auteur parle, tant tout finit par se m\u00ealer dans l\u2019abjection la plus compl\u00e8te. Pourtant, on tourne les pages de ce livre maudit avec compulsion et on arrive vite \u00e0 la fin. Un roman qui restera la bible noire des Yuppies et le livre d\u2019heures des ann\u00e9es 1980. Ce n\u2019est pas par hasard que le livre se termine sur la passation de pouvoir entre Reagan et Bush p\u00e8re, en novembre 1988. Les ann\u00e9es Reagan sont termin\u00e9es, mais les Bateman vont pouvoir changer de braquet et tuer \u00e0 coups de kalachnikov dans des coll\u00e8ges ou des universit\u00e9s. La perversit\u00e9 individuelle tournera au meurtre de masse, sympt\u00f4me d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 malade qui aurait besoin de psychanalystes ou d\u2019exorcistes pour se soigner. Ou tout simplement d\u2019un peu de justice et d\u2019\u00e9galit\u00e9, si on veut bien laisser de c\u00f4t\u00e9 le mal ontologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou d\u2019un nouveau Batman, sur les toits de Gotham \/ New York city pour combattre Trump \/ Joker et son monde.<\/p>\n\n\n\n<p><em>26 juin 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ELMORE LEONARD \u2013 REBELLES EN FUITE ET AUTRES HISTOIRES \u2013 Rivages \/ Noir Ce sont ici 7 nouvelles de jeunesse \u00e9crites par Elmore Leonard avant qu\u2019il ne devienne un grand nom du polar am\u00e9ricain, auteur notamment de La loi de la cit\u00e9, Un dr\u00f4le de p\u00e8lerin, Punch cr\u00e9ole ou Cuba libre, entre beaucoup d\u2019autres, chez&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3485\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3487,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3485"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3485"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3485\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3489,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3485\/revisions\/3489"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3487"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3485"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3485"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3485"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}