{"id":3525,"date":"2023-08-24T12:44:09","date_gmt":"2023-08-24T10:44:09","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3525"},"modified":"2023-08-24T12:44:11","modified_gmt":"2023-08-24T10:44:11","slug":"notes-de-lecture-51","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3525","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (51)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>ITALO CALVINO \u2013<em> LE CHEVALIER INEXISTANT<\/em> \u2013 Seuil \/ Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait bien longtemps qu\u2019on n\u2019avait lu un roman de ce bon Calvino. Ce roman fait partie d\u2019une trilogie o\u00f9 figurent <em>Le baron perch\u00e9<\/em> et <em>Le vicomte pourfendu<\/em>, ce qui situe l\u2019atmosph\u00e8re surr\u00e9aliste de ces contes drolatiques et absurdes, \u00e9crits d\u2019une plume voltairienne avec le m\u00eame humour pince-sans-rire et la m\u00eame finesse d\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas pour rien que Calvino a \u00e9t\u00e9 membre de l\u2019Oulipo (Ouvroir de litt\u00e9rature potentielle) et qu\u2019il a pu tr\u00f4ner au coll\u00e8ge de pataphysique dans le sillage des Jarry et des Vian. Son cousinage avec Queneau est \u00e9vident et il \u00e9voque aussi des po\u00e8tes aussi pr\u00e9cieux qu\u2019un Jean Tardieu ou un Roland Dubillard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chevalier inexistant, c\u2019est juste une armure sans rien ni personne dedans. Agilulfe des Guildivernes (c\u2019est son nom) est pourtant un maniaque de l\u2019ordre et du service, connaissant par c\u0153ur les r\u00e8glements et cherchant en toutes occasions \u00e0 prouver sa bravoure. Il est pr\u00e9cis et poss\u00e8de une m\u00e9moire d\u2019\u00e9l\u00e9phant, ce qui lui permet de constater ou de relativiser les exploits chevaleresques de ses pairs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sert dans les troupes de Charlemagne contre les Sarrasins et s\u2019est vu dot\u00e9 d\u2019un \u00e9cuyer nomm\u00e9 Gourdoulou, qui a bien un corps, lui, mais pas de raison contrairement \u00e0 son ma\u00eetre plein d\u2019esprit et de sagesse, mais qui n\u2019a pas de corps.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est \u00e9crite par Theodora, une religieuse qui fait p\u00e9nitence en ayant l\u2019obligation de conter ces aventures et Calvino se joue des clich\u00e9s du roman de chevalerie comme des mythes du th\u00e9\u00e2tre grec ou \u00e9lisab\u00e9thain. On s\u2019amuse beaucoup \u00e0 suivre les tribulations de chaque personnage&nbsp;: Raimbaud de Roussillon, qui veut venger son p\u00e8re occis par le sultan&nbsp;sarrasin ; Torrismond de Cornouaille, \u00c9cossais dont l\u2019adoubement est contest\u00e9 par le chevalier inexistant ou la belle Bradamante, fi\u00e8re amazone amoureuse dudit chevalier car elle a \u00e9t\u00e9 trop d\u00e9\u00e7ue par les hommes r\u00e9els, donc autant en choisir un qui n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit une histoire abracadabrantesque (comme disait Villepin apr\u00e8s Rimbaud) qu\u2019il serait vain de raconter tant l\u2019imagination de l\u2019auteur est en surchauffe. On nous r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fin que Bradamante et la religieuse scripte ne font qu\u2019un et tout finit pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme disait justement Voltaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Calvino excelle dans ce genre de r\u00e9cits o\u00f9 la cr\u00e9ativit\u00e9 la plus folle tient la main \u00e0 l\u2019humour le plus caustique. On a parl\u00e9 de Queneau au d\u00e9but, mais ce livre s\u2019approche du meilleur Queneau, celui des <em>Fleurs bleues <\/em>ou du <em>Dimanche de la vie<\/em>. C\u2019est dire le niveau o\u00f9 on se place et c\u2019est aussi dire le plaisir que nous a procur\u00e9 ce petit livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait longtemps, pour notre part, qu\u2019on est devenus calvinistes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DENNIS LEHANE \u2013 <em>UN PAYS \u00c0 L\u2019AUBE<\/em> \u2013 Rivages \/ Thriller.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un polar pour changer, un gros (760 pages !). On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici de Dennis Lehane, une valeur s\u00fbre du polar \u00e0 classer parmi des auteurs comme Michael Connelly ou Harlan Coben. C\u2019est \u00e0 lui notamment qu\u2019on doit <em>Mystic river<\/em> (mis en sc\u00e8ne par Clint Eastwood) ou <em>Shutter Island<\/em>, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Martin Scorcese.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Ellroy est l\u2019\u00e9crivain de Los Angeles, Winslow celui de New York ou James Lee Burke celui de la Nouvelle-Orl\u00e9ans, Lehane est le chroniqueur de Boston o\u00f9 se c\u00f4toient minorit\u00e9s irlandaises et italiennes. Il raconte ici le Boston de l\u2019apr\u00e8s premi\u00e8re guerre mondiale \u00e0 travers des policiers du Boston Police Department et d\u2019un jeune noir en cavale r\u00e9volt\u00e9 et f\u00e9ru de base-ball, le tout sur fond de grippe espagnole (variant am\u00e9ricain) et de troubles sociaux. Une \u00e9pop\u00e9e, comme il est \u00e9crit en quatri\u00e8me de couverture. Une \u00e9pop\u00e9e qui rappelle la trilogie am\u00e9ricaine de Dos Passos \u2013<em> U.S.A<\/em> \u2013 tant les th\u00e8mes sont proches et tant l\u2019obsession de l\u2019Am\u00e9rique et de son identit\u00e9 est pr\u00e9gnante. On n\u2019est loin du polar classique. En est-ce un d\u2019ailleurs&nbsp;? Pas vraiment. C\u2019est beaucoup mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fresque historique, tr\u00e8s politique aussi, qui fait le r\u00e9cit d\u2019une amiti\u00e9 entre ce jeune noir \u2013 Luther \u2013 et ce fils du chef de la police \u2013 Danny \u2013 que tout oppose. Luther a commis un meurtre en Arizona et il se rapproche des milieux luttant pour les droits civiques quand Danny, d\u2019abord charg\u00e9 d\u2019infiltrer un syndicat de police et des milieux r\u00e9volutionnaires, finit par prendre la t\u00eate du syndicat, l\u2019affili\u00e9 \u00e0 l\u2019AFL \/ CIO et m\u00e8ne une gr\u00e8ve de la police, du jamais vu dans Boston, ni nulle part ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuivent des \u00e9meutes et des pillages et Tommy, le p\u00e8re de Danny, qui tire dans la foule avec plaisir. On suit les drames de la famille Coughlin, d\u00e9chir\u00e9e entre le p\u00e8re flic de choc, la bonniche irlandaise \u2013 Nora &#8211; dont Danny et son fr\u00e8re Connor sont amoureux et Mc Kenna, l\u2019oncle sadique raciste et haineux, lui aussi ponte de la police.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc aussi une histoire de l\u2019Am\u00e9rique d\u2019apr\u00e8s la grande guerre, f\u00e9roce et impitoyable.<\/p>\n\n\n\n<p>Lehane introduit aussi un personnage important&nbsp;: la l\u00e9gende du base-ball Babe Ruth, contre lequel Luther a jou\u00e9 un match improvis\u00e9 dans l\u2019Ohio. Ruth, idole de l\u2019Am\u00e9rique, qui se bat avec ses managers, le propri\u00e9taire du club et tout ce monde de parasites qui gravite autour de lui. Une belle le\u00e7on de libert\u00e9 l\u00e0 aussi pour un joueur atypique qui n\u2019oublie pas d\u2019o\u00f9 il vient.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux \u00eatres, deux h\u00e9ros, qui ont \u00e9chapp\u00e9 au conditionnement social et familial et qui ont choisi la libert\u00e9, m\u00eame si la voie est rude. La garde nationale r\u00e9primera les \u00e9meutes dans le sang et le jeune fr\u00e8re de Danny sera aveugl\u00e9 par un projectile. Lui sera rejet\u00e9 par sa famille et r\u00e9voqu\u00e9 de la police malgr\u00e9 un dernier fait d\u2019arme&nbsp;: l\u2019\u00e9limination d\u2019une terroriste italienne dont il a \u00e9t\u00e9 l\u2019amant et qui le laisse \u00e0 moiti\u00e9 mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Luther retournera \u00e0 Tulsa r\u00e9gler ses comptes avec son tourmenteur et retrouver sa famille, emportant avec lui l\u2019argent sale de la police entass\u00e9 par Mc Kenna, celui qui le faisait chanter. Danny, lui, partira \u00e0 New York avec Nora. C\u2019est aussi l\u2019histoire de cet amour, deux \u00eatres faits l\u2019un pour l\u2019autre de toute \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le train, ils croiseront la route de Babe Ruth, transf\u00e9r\u00e9 chez les Yankees et l\u2019histoire, l\u2019\u00e9pop\u00e9e, se termine sur les regards admiratifs de la vedette du base-ball devant ce couple amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p>On croise aussi des personnages r\u00e9els tout le long de ce puissant r\u00e9cit&nbsp;: Edgar John Hoover, patron du FBI anti communiste d\u00e9lirant, W.E.B Dubois, historien noir th\u00e9oricien des droits civiques ou John \u00ab&nbsp;Jack&nbsp;\u00bb Reed, journaliste connu pour son r\u00e9cit de la r\u00e9volution d\u2019octobre et fondateur d\u2019un parti communiste am\u00e9ricain rest\u00e9 clandestin. La r\u00e9alit\u00e9 se m\u00eale \u00e0 la fiction pour notre bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas un polar donc mais beaucoup mieux&nbsp;: une fresque lyrique digne d\u2019un Victor Hugo ou d\u2019un \u00c9mile Zola. Un regard passionn\u00e9 et lucide sur les \u00c9tats-Unis, terre promise et souvent enfer des immigrants. Un pays \u00e0 l\u2019aube ou la vraie naissance, dans les convulsions, d\u2019une nation. Birth of a nation, comme disait l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NORMAN MAILER \u2013 <em>LE CHANT DU BOURREAU<\/em> \u2013 Robert Laffont \/ Pavillons.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration344.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3527\" width=\"579\" height=\"797\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration344.jpg 220w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration344-218x300.jpg 218w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration344-22x30.jpg 22w\" sizes=\"(max-width: 579px) 100vw, 579px\" \/><figcaption>Norman Mailer, portrait de l&rsquo;artiste en beau t\u00e9n\u00e9breux (Wikipedia).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Comme son presque homonyme Henry Miller d\u00e9crivait l\u2019Am\u00e9rique comme un cauchemar climatis\u00e9, Norman Mailer a consacr\u00e9 son \u0153uvre \u00e0 l\u2019ex\u00e9cration d\u2019une certaine Am\u00e9rique qui n\u2019en est pas moins son pays, ce qui parfois confine \u00e0 la haine de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la plupart de ses romans, Mailer interpelle la nation et ses colons d\u2019Anglo-saxons protestants qui ont poss\u00e9d\u00e9 les terres apr\u00e8s avoir massacr\u00e9 les Indiens et qui ont fait du racisme une institution \u00e0 travers l\u2019esclavage. L\u2019Am\u00e9ricain, ou l\u2019\u00e9tats-unien plus exactement, est pour lui \u00e9go\u00efste, individualiste, vautr\u00e9 dans son confort et obs\u00e9d\u00e9 par le fric et le sexe. Avec, pour recouvrir tout cela, une morale de puritain et des bondieuseries de philistins. Une nation cynique et violente.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pais roman (pr\u00e8s de 900 pages), raconte la vie du condamn\u00e9 Gary Gilmore, depuis une mise en libert\u00e9 conditionnelle en 1974 jusqu\u2019\u00e0 son ex\u00e9cution en 1977, alors qu\u2019aucun \u00e9tat des U.S.A n\u2019avait appliqu\u00e9 la peine de mort depuis 10 ans (depuis 1963 pour l\u2019Utah). \u00c0 travers l\u2019histoire de Gilmore, c\u2019est aussi l\u2019histoire de la faillite morale d\u2019un pays. Une jeune g\u00e9n\u00e9ration qui n\u2019a retenu des ann\u00e9es hippies que les drogues, le sexe libre et un fatras mystique hallucinant. En cela, Gilmore n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 d\u2019un Manson. On na\u00eet avec un volant dans la main, un revolver au poing, et on cherche le plaisir partout o\u00f9 c\u2019est possible, immatures et allergiques \u00e0 la frustration. C\u2019est l\u2019Am\u00e9rique profonde des white trash, de p\u00e8res en fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Gilmore vient de l\u2019Utah, ce d\u00e9sert o\u00f9 des mormons de l\u2019\u00e9glise des Saints des Derniers Jours ont install\u00e9 leurs caravanes avant d\u2019y construire des villes. Des puritains fanatis\u00e9s qui n\u2019en ont pas moins le sens des affaires et se sont adapt\u00e9s \u00e0 la vie d\u2019un pays o\u00f9 le mat\u00e9rialisme est une seconde nature.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi malgr\u00e9 tout une splendide histoire d\u2019amour (le roman est d\u2019ailleurs sous-titr\u00e9 \u00ab&nbsp;une histoire d\u2019amour am\u00e9ricaine&nbsp;\u00bb), entre Gilmore et Nicole Baker, la femme qui l\u2019a aim\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re seconde o\u00f9 elle l\u2019a vu. Un amour fou qui n\u2019emp\u00eache pas la dulcin\u00e9e de se taper tout ce qui bouge, mais c\u2019est aussi un effet pervers de cet hubris am\u00e9ricain o\u00f9 sagesse et mesure n\u2019ont plus cours. Des sortes de Rom\u00e9o et Juliette du crime.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne nous \u00e9pargne rien des aspects juridiques, avec un condamn\u00e9 qui demande \u00e0 mourir pas plus que de l\u2019exploitation journalistique, t\u00e9l\u00e9visuelle et cin\u00e9matographique d\u2019une affaire devenue un spectacle en mondiovision. Le portrait d\u2019un \u00e9crivain rat\u00e9 devenu l\u2019avocat, ou plut\u00f4t l\u2019agent de Gilmore est particuli\u00e8rement r\u00e9ussi \u00e0 cet \u00e9gard. Mais aussi celui de Jerry Schiller, journaliste vedette, et de toutes celles et ceux qui essaient de tirer un bout de la couverture, locaux ou grands m\u00e9dias nationaux. Tous les personnages sont d\u00e9pass\u00e9s par la dimension spectaculaire universelle prise par un fait divers criminel, comme si cette histoire \u00e9tait trop grande pour eux. Tous sont en tout cas transform\u00e9s par ce qui r\u00e9v\u00e8le une \u00e9preuve et c\u2019est Gilmore qui m\u00e8ne le bal.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est avec une pr\u00e9cision maniaque que Mailer d\u00e9voile les faits bruts, imagine les dialogues et fait d\u00e9filer les personnages, en romancier accompli. La documentation a d\u00fb \u00eatre colossale, m\u00eame si on ne sait pas trop ce qui r\u00e9v\u00e8le de la fiction ou ce qui est r\u00e9el. On peut parfois penser qu\u2019il en fait trop et que le roman e\u00fbt gagn\u00e9 \u00e0 quelques coupes. Mais c\u2019est Mailer et il peut tout se permettre.<\/p>\n\n\n\n<p>On pense bien s\u00fbr \u00e0 une autre prouesse, le <em>De sang froid<\/em> de Truman Capote, roman-monstre qui a totalement d\u00e9truit son auteur. Il n\u2019est pas sain de tourner autour de ces questions qui m\u00ealent la complexe nature humaine au mal et \u00e0 la mort. C\u2019est quasiment de la m\u00e9taphysique appliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre est volontairement \u00e9crit dans un style direct et plat, une \u00e9criture blanche comme on dirait maintenant, qui doit beaucoup au nouveau journalisme (il date de 1979). Pas toujours facile \u00e0 lire n\u00e9anmoins, et la traduction ne rend pas le texte fluide. On traduit le bar du Silver dollar le \u00ab&nbsp;dollar d\u2019argent&nbsp;\u00bb, ou l\u2019\u00e9mission <em>Saturday night live<\/em> par \u00ab&nbsp;Samedi soir vivant&nbsp;\u00bb. Et puis, tout cela fait un peu dat\u00e9, malgr\u00e9 un prix Pulitzer, l\u2019\u00e9quivalent de notre Goncourt.<\/p>\n\n\n\n<p>On sort de cette lecture rinc\u00e9, assomm\u00e9, \u00e9puis\u00e9, mais on se dit qu\u2019on a eu entre les mains un grand livre d\u2019un grand auteur, avec tous ses exc\u00e8s et sa d\u00e9mesure. C\u2019est pas Normal Mailer, quand m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALBERTINE SARRAZIN \u2013<\/strong><em><strong> L\u2019ASTRAGALE<\/strong><\/em><strong> \u2013 Jean-Jacques Pauvert \/ Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un livre que j\u2019avais lu il y a tr\u00e8s longtemps et que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de relire. Le r\u00e9cit de la cavale d\u2019une jeune femme hypersensible et r\u00e9volt\u00e9e, avec une plume qui l\u2019a tout de suite distingu\u00e9e chez un \u00e9diteur exigeant et anticonformiste comme Pauvert, l\u2019\u00e9diteur de Sade et d\u2019un tas de romans \u00e9rotiques ou immoraux.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est simple, celle d\u2019Anne, une jeune femme qui fait le mur d\u2019une maison de redressement et se casse l\u2019astragale, cet os du pied, \u00e0 la suite de sa chute. Elle rampe jusqu\u2019\u00e0 une route nationale o\u00f9 elle est prise en stop par un petit truand nomm\u00e9 Julien Sarrazin qui deviendra son mari. Entre-temps, Julien la planque dans sa famille, puis dans une ancienne guinguette, chez des amis et, apr\u00e8s un s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, elle remarche et se prostitue pour payer ses dettes. Elle raconte ses liaisons homosexuelles en prison et ses exp\u00e9riences de la prostitution au dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis son Julien est ent\u00f4l\u00e9 \u00e0 nouveau, et elle braque les bureaux d\u2019un de ses michetons comptable. L\u2019homme de sa vie finira par sortir, et elle fera une crise de jalousie car une autre est venue le matin de son \u00e9largissement. Une histoire d\u2019amour, une autre. Un amour des bas-fonds et des proscrits. On pense \u00e0 Carco ou \u00e0 Mac Orlan. On n\u2019est pas chez Sagan.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas ce r\u00e9cit plus ou moins autobiographique qui constitue le principal int\u00e9r\u00eat de ce petit livre. Non, c\u2019est la langue, entre S\u00e9rie noire argotique et style grand si\u00e8cle. Une sorte de Jean Genet en jupons qui partage avec lui ce go\u00fbt du scandale, de l\u2019amoralit\u00e9 et de l\u2019anticonformisme. Une anarchiste qui ne conna\u00eet de loi que l\u2019amour et l\u2019amiti\u00e9, mais qui vomit la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, ses codes et ses valeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en cela qu\u2019elle est int\u00e9ressante, m\u00eame si le roman a pas mal vieilli et si on y retrouve les clich\u00e9s du roman populaire&nbsp;: la pute au grand c\u0153ur, son mac bienveillant, les cigarettes brunes , les alcools forts, la solidarit\u00e9 entre truands et leur code d\u2019honneur. Un roman qui aurait pu \u00eatre port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran par un Melville, ce qui aurait mieux valu que la triste adaptation qui en a \u00e9t\u00e9 faite.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la petite histoire, Albertine Sarrazin mourra \u00e0 29 ans \u00e0 la suite d\u2019une anesth\u00e9sie rat\u00e9e pour une op\u00e9ration des reins. Elle aura pass\u00e9 le plus clair de sa courte vie en maison de correction ou en prison et ses parents adoptifs finiront par obtenir de la justice leur d\u00e9saffiliation. Au tribunal, elle dira \u00ab&nbsp;je n\u2019ai aucun regret pour ce que j\u2019ai fait et je vous pr\u00e9viendrai le jour o\u00f9 j\u2019en aurai&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une triste histoire, une goualante, \u00e9clair\u00e9e par la publication de ses trois romans chez Pauvert au milieu des ann\u00e9es 1960. Une petite gloriole litt\u00e9raire qui n\u2019aura pas consol\u00e9 sa chienne de vie. Albertine r\u00e9apparue, le temps d\u2019une lecture estivale.<\/p>\n\n\n\n<p><em>25 juillet 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ITALO CALVINO \u2013 LE CHEVALIER INEXISTANT \u2013 Seuil \/ Le livre de poche. Il y avait bien longtemps qu\u2019on n\u2019avait lu un roman de ce bon Calvino. 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