{"id":3536,"date":"2023-08-24T13:21:33","date_gmt":"2023-08-24T11:21:33","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3536"},"modified":"2023-08-24T13:21:34","modified_gmt":"2023-08-24T11:21:34","slug":"les-poupees-de-new-york","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3536","title":{"rendered":"LES POUP\u00c9ES DE NEW YORK"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"500\" height=\"500\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration347.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3538\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration347.jpg 500w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration347-300x300.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration347-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/illustration347-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>La pochette de leur premier album, photo Discogs. Travelos \u00e9lectriques.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>On continue la promenade r\u00e9trospective, faute de nouveaut\u00e9s int\u00e9ressantes et de morts l\u00e9gendaires. C\u2019est en ao\u00fbt 1973 que sort le premier album au titre \u00e9ponyme des New York Dolls, produit par Todd Rundgren. Un groupe s\u00e9minal qui inventait les codes du punk-rock en oubliant pas les pionniers du rock\u2019n\u2019roll ou du College rock. Juch\u00e9s sur des talons-aiguille ou du haut de leurs platform-boots, leur look androgyne faisait d\u2019eux des travelos \u00e9lectriques, rendant leur existence de fait politique en ces temps de lib\u00e9ration sexuelle et de revendication d\u2019une bi (ou homo) sexualit\u00e9 joyeuse. Voici leur br\u00e8ve histoire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les Poup\u00e9es de New York, autrement dit les New York Dolls, sont plus politiques qu\u2019ils n\u2019y paraissent. Leur accoutrement \u00e0 la limite du travestissement et leurs attitudes hautement sexu\u00e9es en font d\u2019ailleurs un objet politique fascinant, englobant les questions de genre et de lib\u00e9ration sexuelle. Ils viennent des quatre coins de New York (Staten Island, Bronx, Queens, Brooklyn\u2026) sauf Sylvain Mizrahi, alias Syl Sylvain, n\u00e9 au Caire. Form\u00e9s par David Johansen, n\u00e9 le 9 janvier 1950 et par John Genzale, dit Johnny Thunders, n\u00e9 le 15 juillet 1952 dans le Queens. L\u2019un est d\u2019origine norv\u00e9gienne, l\u2019autre italienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part, il y a le groupe de Gonzale \/ Thunders, Little Johnny And The Jaywalkers, puis c\u2019est Actress, avec Art \u00ab&nbsp;Killer&nbsp;\u00bb Kane, Rick Rivets et Billy Murcia, un batteur d\u2019origine colombienne. Syl Sylvain remplace Rivets \u00e0 la guitare rythmique et c\u2019est apr\u00e8s leurs premiers passages au Max\u2019s Kansas City que David Johansen, alors dealer de James Taylor, se joint \u00e0 eux et devient leur chanteur. The Actress devient les New York Dolls en r\u00e9f\u00e9rence au New York Dolls Hospital, un endroit o\u00f9 l\u2019on peut faire r\u00e9parer des poup\u00e9es ab\u00eem\u00e9es, une boutique sise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du grand magasin g\u00e9r\u00e9 par l\u2019oncle de Sylvain qui a d\u00fb quitter Le Caire apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements du Canal de Suez en 1956.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ses relations avec des acteurs de la Factory Warhol que l\u2019image des New York Dolls va \u00e9voluer vers ce qui sera une sorte de music-hall rock\u2019n\u2019rollien o\u00f9 les musiciens sont travestis, emperruqu\u00e9s et outrageusement maquill\u00e9s. C\u2019est un habile m\u00e9lange entre le \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre du ridicule&nbsp;\u00bb, impuls\u00e9 par Warhol et sa galerie de transgenres et un rock\u2019n\u2019roll jouissif et s\u00e9minal qui donnera naissance au punk-rock. Le groupe donne des concerts ainsi accoutr\u00e9 au Mercer Arts Center et l\u2019\u00e9nergie qu\u2019ils d\u00e9gagent fait fonctionner le bouche \u00e0 oreille pour annoncer l\u2019av\u00e8nement de cette \u00ab&nbsp;next big thing&nbsp;\u00bb qui fait craquer la grosse pomme. Leur manager, Marty Thau, n\u2019a rien de plus press\u00e9 que de les envoyer en Angleterre o\u00f9 ils font les premi\u00e8res parties de Rod Stewart et les Faces, fin 1972. Ils n\u2019ont jusque-l\u00e0 enregistr\u00e9 qu\u2019une maquette de 5 morceaux avec \u00ab&nbsp;Don\u2019t Mess With Cupid&nbsp;\u00bb, leur premi\u00e8re composition, et des reprises de rhythm\u2019n\u2019blues mais la presse rock anglaise s\u2019entiche d\u2019eux, \u00e0 commencer par Nick Kent dans le <em>New Musical Express<\/em>. Les propositions des maisons de disque abondent et ils n\u2019ont que l\u2019embarras du choix, mais il leur faut dans l\u2019imm\u00e9diat enregistrer \u00e0 Londres et c\u2019est le producteur Micky Dallon qui guide les sessions londoniennes o\u00f9 ils mettent en bo\u00eete \u00ab&nbsp;Personnality Crisis&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Trash&nbsp;\u00bb notamment.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les Dolls vont quitter la rubrique musicale pour celle des faits divers avec la mort de leur batteur, Billy Murcia qui a aval\u00e9 un cocktail l\u00e9tal d\u2019alcool et d\u2019amph\u00e9tamines dans une party et est mort \u00e9touff\u00e9 apr\u00e8s que Kane a voulu lui faire ingurgiter un caf\u00e9 br\u00fblant, pour le ramener \u00e0 la vie. Thau d\u00e9cide de regagner les \u00c9tats-Unis et Jerry Nolan prend la place du mort \u00e0 la batterie. C\u2019est Mercury qui d\u00e9croche la timbale et les fait signer alors que leurs concerts de d\u00e9but 1973 sont d\u00e9crits comme des f\u00eates orgiaques dans une ambiance survolt\u00e9e. Johansen n\u2019a pas son pareil pour haranguer la foule avec un c\u00f4t\u00e9 canaille de vieille actrice \u00e0 la Mae West quand Syl Sylvain lui fait des mines en clown blanc \u00e9rotique. Thunders joue les guitare-h\u00e9ros toxicomanes, mani\u00e8re de Keith Richards hyper sexu\u00e9 et Kane a du mal \u00e0 se d\u00e9placer avec ses platform-boots quand Johansen est chauss\u00e9 de talons aiguille.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils entrent au Record Plant avec Todd Rundgren comme producteur pour leur premier album, <em>The New York Dolls<\/em>, dont la pochette les montre tous les cinq alanguis sur un canap\u00e9 avec le logo du groupe inscrit au rouge \u00e0 l\u00e8vres. On est en juillet 1973 et les Dolls rendent des points \u00e0 tous les d\u00e9cadents anglais avec des compositions rac\u00e9es et cursives sign\u00e9es Johansen, parfois \u00e9paul\u00e9 par Thunders ou Sylvain. \u00ab&nbsp;Trash&nbsp;\u00bb est un mod\u00e8le de m\u00e9lodie cisel\u00e9e sur un train d\u2019enfer quand \u00ab&nbsp;Personnality Crisis&nbsp;\u00bb \u00e9voque avec fougue le malaise adolescent, sans parler de \u00ab&nbsp;Looking For A Kiss&nbsp;\u00bb et son intro tonitruante&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;when I say I\u2019m in love, you best believe I\u2019m in love. LUV&nbsp;\u00bb.<\/em> Plus en prise avec l\u2019actualit\u00e9, on trouve \u00ab&nbsp;Vietnamese Baby&nbsp;\u00bb et la seule reprise qu\u2019ils s\u2019autorisent est le \u00ab&nbsp;Pills&nbsp;\u00bb de Bo Diddley (<em>\u00ab<\/em><em>A rock\u2019n\u2019roll nurse goin\u2019 to my head&nbsp;\u00bb<\/em>). Un grand disque qui doit autant au College Rock du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 qu\u2019aux Girls groups, \u00e0 Phil Spector et aux Stones circa 1965. Mais les Dolls n\u2019ont pas oubli\u00e9 non plus les le\u00e7ons des Stooges, du MC5 et du Velvet Underground, avec beaucoup de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;; un th\u00e9\u00e2tre pervers et narcissique, sexy et troublant. L\u2019album, trop en avance, sera un \u00e9chec commercial.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils tournent en premi\u00e8re partie de Mott The Hoople puis passent en vedette \u00e0 Londres et au Bataclan \u00e0 Paris. <em>Too much too soon<\/em>, leur second album (il n\u2019y en aura pas d\u2019autres du moins en studio) doit son titre \u00e0 un film de Art Napoleon avec Dorothy Malone et Erroll Flynn. Les Dolls sont immerg\u00e9s dans les mythologies hollywoodiennes, comme Bowie et Roxy Music, jouant volontiers les divas ou les starlettes. Le disque est cette fois produit par Shadow Morton, ex producteur des Shangri-Las (et de Vanilla Fudge et de Iron Buttefly, h\u00e9las) et d\u00e9bute sur les chapeaux de roue avec \u00ab&nbsp;Babylon&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Stranded In The Jungle&nbsp;\u00bb (une reprise des Cadets) et \u00ab&nbsp;Mystery Girls&nbsp;\u00bb, encore sign\u00e9 Johansen \u2013 Thunders qui sont les nouveaux Jagger \u2013 Richards. Sur la seconde face, on remarque le jeu de guitare puissant de Thunders dans \u00ab&nbsp;Puss\u2019N&nbsp;\u2018Boots\u00bb ou \u00ab&nbsp;Chatterbox&nbsp;\u00bb, m\u00eame si \u00e7a s\u2019essouffle un peu par la suite et si les reprises ne sont pas toujours bien choisies (le \u00ab&nbsp;Bad Dectective&nbsp;\u00bb de Kenny Lewis ou le \u00ab&nbsp;Don\u2019t Start Me Talkin\u2019&nbsp;\u00bb de Sonny Boy Williamson tant les Dolls sont \u00e9trangers au blues).<\/p>\n\n\n\n<p>Ils reprennent sur sc\u00e8ne le \u00ab&nbsp;Give Her A Great Big Kiss&nbsp;\u00bb des Shangri-Las mais leur album ne se vend gu\u00e8re plus que le premier et Mercury les vire pour insucc\u00e8s discographique chronique. Aussi parce que Nolan, Kane et Thunders sont tomb\u00e9s dans l\u2019h\u00e9ro\u00efne et les autres boivent plus que de raison. Fin 1974, Malcolm Mc Laren entre en sc\u00e8ne, qui veut relancer les Dolls. Il tient avec Vivienne Westwood la boutique Sex qui habillera les Punks en g\u00e9n\u00e9ral et les Sex Pistols en particulier mais il part \u00e0 New York pour se porter au secours des Dolls. Il leur faut selon lui plus de provocation, d\u2019outrage, et il les habille de cuir rouge avec des faucilles et des marteaux cousus sur le dos. Entreprise d\u00e9risoire et vaine et la farce se termine par une lamentable tourn\u00e9e en Floride o\u00f9 Thunders et Nolan plaquent tout pour retrouver leur dealer \u00e0 New York. Beaucoup trop, beaucoup trop t\u00f4t&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les Dolls survivront quelques mois avec Johansen, Sylvain, Billy Rath et Tony Machine quand Thunders et Nolan iront former les Heartbreakers avec Walter Lure et, au moins au d\u00e9but, Johnny Ramone. Kane retrouvera Rick Rivets pour fonder l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Corpse Gringers. Johansen, comme Sylvain dans une moindre mesure, m\u00e8neront par la suite des carri\u00e8res solo int\u00e9ressantes et, en 1984, le label fran\u00e7ais New Rose a sorti <em>Red patent leather<\/em>, un live estimable de 1975 avant que Mercury ne sorte <em>Night of the living dolls<\/em>, des chutes de studio de leurs albums, en 1986.<\/p>\n\n\n\n<p>Gloire aux New York Dolls, qui auront su concilier la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, le rock\u2019n\u2019roll et la d\u00e9mesure habill\u00e9s en filles l\u00e9g\u00e8res avec une musique purement jouissive, de celle \u00e0 grimper aux rideaux et \u00e0 sauter au plafond. Ils auront \u00e9t\u00e9 politiques dans leur th\u00e9\u00e2tre subversif et leur mise en sc\u00e8ne de la confusion des genres. Ce qu\u2019un Frank Sinatra, dans une sentence d\u2019une rare pertinence, appellera \u00ab&nbsp;le rock des p\u00e9d\u00e9s&nbsp;\u00bb. Largement pr\u00e9f\u00e9rable aux crooners machos.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Extrait de Les politiques du rock \u2013 Didier Delinotte \u2013 Camion Blanc.<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>The Band la prochaine fois, \u00e0 l\u2019occasion de la mort de leur guitariste Robbie Robertson. L\u2019ultime valse.<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On continue la promenade r\u00e9trospective, faute de nouveaut\u00e9s int\u00e9ressantes et de morts l\u00e9gendaires. C\u2019est en ao\u00fbt 1973 que sort le premier album au titre \u00e9ponyme des New York Dolls, produit par Todd Rundgren. Un groupe s\u00e9minal qui inventait les codes du punk-rock en oubliant pas les pionniers du rock\u2019n\u2019roll ou du College rock. 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