{"id":3573,"date":"2023-09-28T17:40:26","date_gmt":"2023-09-28T15:40:26","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3573"},"modified":"2023-09-28T21:43:36","modified_gmt":"2023-09-28T19:43:36","slug":"robbie-robertson-et-le-band-la-derniere-valse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3573","title":{"rendered":"ROBBIE ROBERTSON ET LE BAND : LA DERNI\u00c8RE VALSE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/illustration352.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3575\" width=\"574\" height=\"566\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/illustration352.jpg 304w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/illustration352-300x296.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/illustration352-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 574px) 100vw, 574px\" \/><figcaption>Pochette des <em>Basement Tapes<\/em>, album du Band autant que de Dylan. Robertson au troisi\u00e8me plan, avec guitare et casquette,  <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Parmi les morts rock\u2019n\u2019rolliens de l\u2019\u00e9t\u00e9, on compte le guitariste embl\u00e9matique du Band, Robbie Robertson. Le Band, d\u2019abord appel\u00e9 The Hawks, ce groupe qui jouait derri\u00e8re un rocker du nom de Roger Hawkins avant de devenir le groupe de sc\u00e8ne de Dylan et de sortir une dizaine d\u2019albums (studio et live) sous son nom, entre 1968 et 1978. Comme les Kinks auront \u00e9t\u00e9 le plus anglais des groupes anglais, le Band aura \u00e9t\u00e9 le groupe am\u00e9ricain par excellence, brassant tous les genres de la musique populaire du pays en n\u2019omettant pas de raconter son histoire \u00e0 travers quelques portraits bien sentis de fermiers, de hobos, de prostitu\u00e9es ou de outlaws. Le Band m\u00e9lange Faulkner et le Square Dance, la Country et la bible, dans une vision noire de l\u2019Am\u00e9rique rendant des points \u00e0 Scorcese, Cimino ou Malick.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un orchestre appel\u00e9 the Hawks (les Faucons) \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50, quand il en est encore \u00e0 accompagner un vieux rocker \u2013 tendance rockabilly \u2013 du nom de Ronnie Hawkins. Hawkins est n\u00e9 \u00e0 Huntsville (Arkansas), et il a d&rsquo;abord recrut\u00e9 \u00e0 la batterie son comp\u00e8re, son \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb Levon -Mark Lavon &#8211; Helm, n\u00e9 \u00e0 Elaine, Arkansas, le 26 mai 1940. Mais tous les membres de l&rsquo;orchestre, au complet, passeront faire leurs classes chez Hawkins, lequel ne laissera une trace dans l&rsquo;histoire du rock que pour avoir form\u00e9 \u00e0 la dure l&rsquo;un des plus grands groupes de rock am\u00e9ricain. Mais il n&rsquo;entrent pas tous en m\u00eame temps dans la carri\u00e8re\u00a0: Robbie Jaime Robertson (guitare), n\u00e9 le 5 juillet 1943 (mort le 9 ao\u00fbt 2023) \u00e0 Toronto et Rick Danko (basse) ont int\u00e9gr\u00e9 le groupe, \u00e0 17 ans, en 1960 quand Richard Manuel (piano) et Garth Hudson (orgue) ne le rejoindront qu&rsquo;en 1963. Quatre canadiens au physique de b\u00fbcherons et un petit gars de l&rsquo;Arkansas. Pourquoi des canadiens\u00a0? Tout simplement parce que Hawkins et son groupe tournaient beaucoup au Canada et qu&rsquo;il y recrutait des musiciens de passage, dans un collectif o\u00f9 les changements de personnel \u00e9taient courants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont encore des new-yorkais d&rsquo;adoption, \u00e9tablis \u00e0 Woodstock d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 60, mais c&rsquo;est dans la grosse pomme que ces rudes gaillards canadiens vont s&rsquo;\u00e9panouir avec leur ma\u00eetre \u00e8s po\u00e9sie, Bob Dylan. C&rsquo;est John Hammond Junior qui fera la jonction entre les accompagnateurs anonymes du rocker de Huntsville et le Rimbaud \u00e9lectrique du Minnesota\u00a0; Hammond, pi\u00e8ce ma\u00eetresse au carrefour de tous les courants du rock new-yorkais.<\/p>\n\n\n\n<p>Hammond recrute les quatre canadiens et leur pote de l&rsquo;Arkansas pour ses concerts \u00e0 New York, mais il n&rsquo;est pas sans remarquer leur \u00e9tonnante virtuosit\u00e9 et leur comp\u00e9tence rare, chacun avec son instrument mais ils peuvent permuter et ajouter d&rsquo;autres cordes (accord\u00e9on, harmonica, saxophone\u2026) \u00e0 leur arc. Il sait que Dylan, press\u00e9 par Albert Grossman son manager, veut repartir pour une tourn\u00e9e mondiale mais ceux qui l&rsquo;accompagnaient en Angleterre au printemps 1965 (Kooper, Bloomfield ou Bob Neuwirth) ne sont plus disponibles. Hammond lui pr\u00e9sente le groupe dans un club de Greenwich Village et lui conseille vivement de l&rsquo;engager. Un groupe sans nom dont il r\u00e9pond du professionnalisme \u00e0 toute \u00e9preuve. Sans nom&nbsp;? Pas vraiment, car il a enregistr\u00e9 un single \u00ab&nbsp;The Stones I Throw (Will Free All Men)&nbsp;\u00bb sous le nom de Levon And The Hawks, sorti chez Atco. Une premi\u00e8re composition sign\u00e9e Robbertson&nbsp;; rien de transcendant, mais un bon brouillon de ce qui sera la marque du groupe o\u00f9 l&rsquo;on sent la joie de jouer ensemble, la chaleur humaine, la complicit\u00e9, l&rsquo;esprit communautaire et cette facult\u00e9 \u00e0 s&#8217;emparer de tous les instruments dans des harmoniques os\u00e9es. Les ingr\u00e9dients sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Sceptique au d\u00e9but, Dylan les engage et l&rsquo;orchestre (ou une partie puisque seuls Helm et Robertson sont pr\u00e9sents) essuie les pl\u00e2tres lors du concert de Forest Hills, le 28 ao\u00fbt 1965. Dylan vient de sortir <em>Highway 61 Revisited <\/em>et de se produire, on l&rsquo;a vu, au festival folk blues de Newport o\u00f9 ses fans, d\u00e9concert\u00e9s, l&rsquo;ont agoni d&rsquo;injures. La tourn\u00e9e d\u00e9bute \u00e0 Louisville (Kentucky) le 4 f\u00e9vrier 1966, et va se terminer au Royal Albert Hall de Londres, le 27 mai. Une date est pr\u00e9vue \u00e0 l&rsquo;Olympia de Paris, le 24 mai, apr\u00e8s le Royaume-Uni, l&rsquo;Australie, le Canada et, bien s\u00fbr, les \u00c9tats-Unis. Levon Helm rentre chez lui apr\u00e8s les deux premiers concerts (Louisville et White Plains, \u00c9tat de New York), manifestement perturb\u00e9 par l&rsquo;atmosph\u00e8re de folie r\u00e9gnant sur la tourn\u00e9e. Le brave gars de l&rsquo;Arkansas n&rsquo;est pas encore habitu\u00e9 aux fans, \u00e0 la dope et aux groupies.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 New York apr\u00e8s quatre mois d&rsquo;une tourn\u00e9e \u00e9prouvante riche en incidents&nbsp;; l&rsquo;orchestre a subi son bapt\u00eame du feu. Le 29 juillet 1966, Bob Dylan se casse le cou \u2013 litt\u00e9ralement \u2013 dans un accident de moto et est hospitalis\u00e9 dans un \u00e9tat grave. La galaxie Dylan est en \u00e9moi. \u00ab&nbsp;Dieu est mort&nbsp;\u00bb, crient certains, quand d&rsquo;autres voient dans cet accident la punition divine d&rsquo;un prodige ayant r\u00e9v\u00e9l\u00e9 trop imprudemment des secrets mill\u00e9naires \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 ou encore la punition pour une vie dissolue. Apr\u00e8s un long s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et une p\u00e9nible r\u00e9\u00e9ducation, Albert Grossman l&rsquo;installe \u00e0 la campagne, \u00e0 Woodstock, en convalescence, loin de la curiosit\u00e9 malsaine des journalistes et apprentis biographes, mais aussi du vampirisme d&rsquo;un public qui l&rsquo;ont en partie d\u00e9truit. D\u00e9but 1967, l&rsquo;orchestre, d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 \u00e0 New York, d\u00e9barque \u00e0 Woodstock dans une maison voisine, toute peinte en rose. Dylan et l&rsquo;orchestre commencent \u00e0 s&rsquo;\u00e9chauffer, \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter puis \u00e0 enregistrer dans la maison rose. Le rescap\u00e9 appr\u00e9cie la chaleur humaine du groupe et une amiti\u00e9 forte s&rsquo;instaure entre eux, tr\u00e8s loin des relations factices, des louanges trompeuses et des rivalit\u00e9s qu&rsquo;il a connues avec son entourage jusque-l\u00e0. Ces gars-l\u00e0 sont simples, rustiques m\u00eame, francs et sinc\u00e8res et ils n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 charrier un Dylan habitu\u00e9 jusque-l\u00e0 \u00e0 des marques de respect proches de l\u2019idol\u00e2trie. Mais on le verra, les chics types ont aussi leur face d&rsquo;ombre. Avec ses nouveaux potes, Dylan retrouve ce qu&rsquo;il croyait \u00e0 jamais avoir perdu&nbsp;: le go\u00fbt de vivre dans une belle fraternit\u00e9 humaine. Il se r\u00e9chauffe l&rsquo;\u00e2me au doux soleil de l&rsquo;amiti\u00e9. C&rsquo;est donc dans la cave de la maison rose que seront enregistr\u00e9s les <em>Basement Tapes<\/em>, que l&rsquo;on peut aussi bien attribuer au chanteur qu&rsquo;\u00e0 son groupe. Des enregistrements qui resteront longtemps pirates avant de sortir officiellement chez CBS en 1975 en France.<\/p>\n\n\n\n<p>The <em>Basement Tapes<\/em> pourrait presque l\u00e9gitimement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le premier (double) album du Band. Sur les vingt-quatre chansons de l&rsquo;album, sept sont \u00e9crites ou co\u00e9crites par des membres de l&rsquo;orchestre, soit un tiers. C&rsquo;est Robertson qui se montre d\u00e9j\u00e0 le plus dou\u00e9 sous ce rapport en alignant quatre chansons&nbsp;: \u00ab&nbsp;Yazoo Street Scandal&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Katie&rsquo;s Been Gone&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb (d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la chanteuse country Karen Dalton) et \u00ab&nbsp;Ruben Remus&nbsp;\u00bb, avec Richard Manuel, plus \u00ab&nbsp;Bessie Smith&nbsp;\u00bb (en hommage \u00e0 la reine du blues) avec Rick Danko. Manuel compose un rafra\u00eechissant \u00ab&nbsp;Orange Juice Blues&nbsp;\u00bb, mais surtout ce \u00ab&nbsp;Tears Of Rage&nbsp;\u00bb, avec Dylan, l&rsquo;une des plus belles chansons &#8211; convulsive, intense et d&rsquo;une tristesse \u00e9mouvante \u2013 du disque. Mais c&rsquo;est encore Rick Danko qui se distingue le mieux avec ce sublime \u00ab&nbsp;This Wheel&rsquo;s On Fire&nbsp;\u00bb, \u00e9crit avec Dylan&nbsp;: un brillant condens\u00e9 de rage froide visiblement destin\u00e9 \u00e0 une ex petite amie<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le fait d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 Bob Dylan nous a beaucoup aid\u00e9s. Il serait ridicule de le nier. Cela dit, je ne suis pas convaincu que, sans lui, nous n&rsquo;aurions pas r\u00e9ussi. J&rsquo;en suis \u00e0 peu pr\u00e8s certain, mais cela nous aurait pris beaucoup plus de temps&nbsp;\u00bb. Richard Manuel, cit\u00e9 dans <em>L&rsquo;Encyclop\u00e9die Du Rock Am\u00e9ricain<\/em> (opus cit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p><em>Music From Big Pink <\/em>(la maison rose de Woodstock) sort en juin 1968. C&rsquo;est leur premi\u00e8re apparition officielle sous le nom du Band. C&rsquo;est leur manager, Albert Grossman, qui leur a fait signer un contrat avec Capitol et son directeur de l&rsquo;\u00e9poque, Alan Livingston. Alors que le groupe allait reprendre l&rsquo;appellation ancienne des Crackers, ils ont d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;appeler \u00ab&nbsp;l\u2019orchestre&nbsp;\u00bb, tout beno\u00eetement, puisqu&rsquo;ils \u00e9taient connus comme \u00ab&nbsp;l\u2019orchestre&nbsp;\u00bb de Dylan. Un dessin du m\u00eame Dylan sur la pochette et une production assur\u00e9e par John Simon. Trois titres de Dylan, dont la tutelle sur le groupe est encore forte (\u00ab&nbsp;Tears Of Rage&nbsp;\u00bb, avec Manuel, \u00ab&nbsp;This Wheel&rsquo;s On Fire&nbsp;\u00bb, avec Danko et \u00ab&nbsp;I Shall Be Realised&nbsp;\u00bb, superbe protest-song dylanesque enregistr\u00e9e ici pour la premi\u00e8re fois). Une tutelle dont ils vont bient\u00f4t s&rsquo;affranchir. Une seule reprise, ce superbe \u00ab&nbsp;Long Black Veil&nbsp;\u00bb (le grand voile noir) des compositeurs country Marijohn Wilkin et Danny Dill. Quatre chansons de Robertson, parmi les plus belles, notamment cet \u00e9nigmatique \u00ab&nbsp;The Weight&nbsp;\u00bb, repris par Jackie De Shannon et Joan Baez. On sait l&rsquo;influence des saintes \u00e9critures et des personnages de la bible et des \u00e9vangiles pour Dylan, une influence rejaillissant sur Robertson si l&rsquo;on est attentif au texte de \u00ab&nbsp;The Weight&nbsp;\u00bb. Un voyageur arrive \u00e0 Nazareth o\u00f9 apparemment il n&rsquo;est pas le bienvenu. Il y croise diff\u00e9rents personnages, figures bibliques (Mademoiselle Mo\u00efse), le diable en personne frayant avec la Carmen de Bizet, ou des personnes de sa connaissance (Anna Lee, Luke). \u00c0 la fin, un fou nomm\u00e9 Chester propose de lui confier son chien, qu&rsquo;il nourrira quand il le pourra (\u00ab&nbsp;you feed it when you can&nbsp;\u00bb). Le couplet parle d&rsquo;un poids, d&rsquo;une charge \u2013 entendre culpabilit\u00e9 &#8211; dont tout le monde cherche \u00e0 l&rsquo;accabler, mais on pense aussi \u00e0 une addiction aux drogues dures avec le chien \u00e0 nourrir. On n&rsquo;est pas loin en tout cas des textes mythiques de Dylan (\u00ab&nbsp;Desolation Row&nbsp;\u00bb) et Robertson, fils d&rsquo;une indienne mohawk ayant v\u00e9cu dans une r\u00e9serve, semble n\u00e9anmoins conna\u00eetre \u00e0 fond son histoire sainte. Toutes les interpr\u00e9tations sont n\u00e9anmoins possibles, comme c&rsquo;est le cas dans les meilleurs textes de Dylan (c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs le fondement de la dylanologie, cette pseudo science humaine invent\u00e9e pour la circonstance), et la musique est exceptionnelle pour une chanson remarquablement construite et d&rsquo;une richesse harmonique inou\u00efe. La chanson sera incluse dans la B.O du film <em>Easy Rider, d<\/em>e Dennis Hopper. D&rsquo;autres chansons de Robertson sont int\u00e9ressantes \u00e0 plus d&rsquo;un titre, comme cette autre variation sur le th\u00e8me du jugement dernier qu&rsquo;est \u00abTo Kingdom Come&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Chest Fever&nbsp;\u00bb et son intro qu&rsquo;on dirait d&rsquo;orgue d&rsquo;\u00e9glise avec son riff implacable, ou \u00ab&nbsp;Caledonia Mission&nbsp;\u00bb, une histoire de liaison secr\u00e8te qui finit mal dans une mission religieuse en Arkansas. C&rsquo;est, par bribes, l&rsquo;histoire, une histoire de l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 travers des l\u00e9gendes locales et des contes ruraux, avec de multiples r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;histoire sainte. Le reste, \u00e0 savoir les trois chansons de Richard Manuel (\u00ab&nbsp;In A Station&nbsp;\u00bb, \u00abWe Can Talk&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Lonesome Suzie&nbsp;\u00bb) est un ton en dessous, mais on a l\u00e0 un album de grande classe, tant par les textes que par la musique, et la critique ne s&rsquo;y trompera pas avec une chronique dithyrambique dans <em>Rolling Stone<\/em>&nbsp;qui en fera son disque de l&rsquo;ann\u00e9e ; le magazine fera d&rsquo;ailleurs du Band son groupe favori, \u00e0 commencer par son r\u00e9dacteur en chef Greil Marcus, lequel va \u00e9crire moult articles laudateurs autant que brillants sur le groupe. Succ\u00e8s critique, mais pas vraiment commercial, m\u00eame si l&rsquo;album se vend bien, mais sans plus, pour un disque ne privil\u00e9giant pas les solos ou les harmonies vocales (chacun y va de son petit couplet), un peu hors du temps par rapport \u00e0 la musique de l&rsquo;\u00e9poque. Un alliage solide savant de rock&rsquo;n&rsquo;roll, de folk, de country\u2026 Toutes les musiques populaires de l&rsquo;Am\u00e9rique blanche se donnent rendez-vous ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Band ne partira pas en tourn\u00e9e apr\u00e8s ce disque, et ils vont s&rsquo;attaquer, d\u00e8s l&rsquo;automne 1968, au suivant, tout simplement appel\u00e9 <em>The Band<\/em>, qui sortira en septembre 1969. On les verra peu dans la p\u00e9riode, mais leur passage sur sc\u00e8ne derri\u00e8re Dylan pour le festival de l&rsquo;\u00eele de Wight, le 31 ao\u00fbt 1969, est rest\u00e9 m\u00e9morable. C&rsquo;est incontestablement le meilleur groupe qu&rsquo;aura jamais Dylan.<\/p>\n\n\n\n<p><em>The Band<\/em> est certainement leur meilleur album. Enregistr\u00e9 \u00e0 Los Angeles, l&rsquo;album est toujours produit par John Simon pour Capitol. Douze chansons cette fois \u00e9crites ou co\u00e9crites par un Robbie Robertson s&rsquo;imposant en v\u00e9ritable patron d&rsquo;un groupe encore sous influence dylanesque. Des chansons chant\u00e9es tour \u00e0 tour, \u00e0 la suite, par tous les membres du groupe, seuls Robertson et Hudson se contentant de faire les ch\u0153urs. On constate d&rsquo;ailleurs que les chansons co\u00e9crites avec Richard Manuel (\u00ab&nbsp;When You Awake&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Whispering Pines&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Jawbone&nbsp;\u00bb) ou avec Levon Helm (\u00ab&nbsp;Jemima Surrender&nbsp;\u00bb) ne figurent pas parmi les meilleures, comme si Robertson conc\u00e9dait \u00e0 regret \u00e0 ses partenaires quelques \u00e9claboussures de son immense talent. Car ce sont bien les chansons sign\u00e9es de lui seul qui font mouche. En particulier \u00ab&nbsp;Rag Mama Rag&nbsp;\u00bb et son violon magique (un hit en Angleterre), le tr\u00e8s bluesy \u00ab&nbsp;Up On Cripple Creek&nbsp;\u00bb, l&rsquo;une de leurs chansons les plus connues, et surtout \u00ab&nbsp;The Night They Drove Old Dixie Down&nbsp;\u00bb, qu&rsquo;on pourrait entendre comme un hymne r\u00e9actionnaire ou un hommage aux vaincus de la guerre de s\u00e9cession, mais il serait r\u00e9ducteur de s&rsquo;en tenir l\u00e0. La chanson, d&rsquo;une belle m\u00e9lancolie, raconte en fait l&rsquo;histoire d&rsquo;un soldat de l&rsquo;arm\u00e9e sudiste ballott\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements tragiques et douloureux, jusqu&rsquo;\u00e0 la mort au front de son fr\u00e8re et le piteux retour dans la ferme familiale du Tennessee o\u00f9 il se remet \u00e0 travailler la terre comme ses anc\u00eatres l&rsquo;ont toujours fait, sauf que lui n&rsquo;oubliera jamais le jour o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral Lee est pass\u00e9 dans son village. Un homme victime de la guerre mais gardant un attachement romantique \u00e0 ses chefs. On peut aussi s&rsquo;attarder sur les textes de chansons a priori moins \u00e9vidents, comme ce \u00ab&nbsp;Across The Great Divide&nbsp;\u00bb (le grand foss\u00e9), une autre histoire tragique du sud, celle d&rsquo;un fermier faisant le bilan de sa vie un pistolet \u00e0 la main, probablement pr\u00eat \u00e0 se suicider avant que son \u00e9pouse, Moly, n&rsquo;intervienne et le dissuade de commettre l&rsquo;irr\u00e9parable. \u00ab&nbsp;King Harvest (Has Surely Come&nbsp;)&nbsp;\u00bb raconte encore la triste histoire d&rsquo;un paysan ruin\u00e9 dont la grange a br\u00fbl\u00e9 et le cheval (Jethro) est soudainement devenu fou (\u00ab&nbsp;corn in the field \/ Listen to the rice when the wind blows across the water \/ King harvest has surely come&nbsp;\u00bb). Plus qu&rsquo;\u00e0 signer un contrat de travail avec le syndicat qui en fera un ouvrier agricole, un m\u00e9tayer&nbsp;; plus qu&rsquo;\u00e0 attendre la pluie, elle seule pouvant garantir une belle r\u00e9colte. Une derni\u00e8re profession d&rsquo;esp\u00e9rance, parce qu&rsquo;il faut bien survivre. Et ce \u00ab&nbsp;Look Out Cleveland&nbsp;\u00bb (pas le Cleveland dans l&rsquo;Ohio, mais Cleveland faubourg de Houston, Texas). Le blues fait son entr\u00e9e en majest\u00e9 dans le r\u00e9pertoire du Band, au m\u00eame titre que le jazz avec \u00ab&nbsp;The Unfaithfull Servant&nbsp;\u00bb, l&rsquo;histoire d&rsquo;une domestique ayant os\u00e9 d\u00e9fier sa ma\u00eetresse apr\u00e8s tant d&rsquo;humiliations et elle en paiera le prix fort, le renvoi sans autres formalit\u00e9s. On voit bien o\u00f9 va la sympathie de Robertson dans la chanson. Des chansons tr\u00e8s politiques finalement \u2013 \u00e0 fortes teneurs sociales \u00e0 tout le moins &#8211; m\u00eame s&rsquo;ils s&rsquo;en d\u00e9fendent&nbsp;: \u00abLa musique est ce qui nous importe le plus. Il faut l&rsquo;\u00e9couter. Nous sommes avant tout des musiciens, et nous ne comprenons rien au sujet de la politique am\u00e9ricaine&nbsp;\u00bb. Cit\u00e9s dans <em>L&rsquo;Encyclop\u00e9die Du Rock Am\u00e9ricain.<\/em> (opus cit\u00e9). Voire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le Band \u2013 et Robertson en t\u00eate \u2013 semble avoir un pied dans la contre-culture hippie et un pied solidement arrim\u00e9 dans les traditions de l&rsquo;Am\u00e9rique profonde, cette Am\u00e9rique du deep south souffrant en silence, loin des m\u00e9dias, du rock business et de Hollywood. L&rsquo;album grimpera jusqu&rsquo;\u00e0 la neuvi\u00e8me place des charts 33 tours, d\u00e9but 1970. Une d\u00e9cennie o\u00f9 la musique du Band, justement, s&rsquo;affadira pour devenir une sorte de rock mainstream, grand public, tr\u00e8s pris\u00e9 des hippies de luxe, futurs yuppies. Mais avant cela, encore deux albums convaincants au tournant des ann\u00e9es 60-70.<\/p>\n\n\n\n<p>Un concert d\u00e9sastreux du Band \u00e0 San Francisco, en 1969, donnera le titre de leur troisi\u00e8me album, <em>Stage Fright<\/em> (le trac), sorti en ao\u00fbt 1970. Le disque est cette fois enregistr\u00e9 \u00e0 Woodstock (le studio Woodstock Playhouse) et produit par le groupe avec Glyn Johns (ex producteur des Stones) et Todd Rundgren comme ing\u00e9nieurs du son sur certains morceaux. Termin\u00e9e la l\u00e9gende des cinq gaillards robustes \u00e0 la joie de vivre chevill\u00e9e au corps\u00a0: un disque refl\u00e9tant leur face d&rsquo;ombre, aux accents d\u00e9senchant\u00e9s \u00ab\u00a0\u2026r\u00e9v\u00e9lant les ombres les plus sombres de m\u00e9lancolie, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de fatigue\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;\u00e9crit Barney Hoskyns dans sa biographie consacr\u00e9e au groupe (<em>Across The Great Divide \u2013 The Band And America<\/em> \u2013 Milwaukee). Encore dix chansons sign\u00e9es ou cosign\u00e9es Robertson, mais l&rsquo;inspiration d\u00e9cline sensiblement. \u00ab\u00a0Stage Fright\u00a0\u00bb, la chanson \u00e9ponyme qui sortira en simple, narre l&rsquo;histoire d&rsquo;un gamin jadis employ\u00e9 aux champs et pouss\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne par des adultes cupides. S&rsquo;il finit par faire fortune et par devenir c\u00e9l\u00e8bre, il est bris\u00e9 et ses r\u00eaves d&rsquo;enfant sont en morceaux\u00a0: \u00absee the man with the stage fright \/ just standing up there to give it all his might\u00a0\u00bb. \u00c0 noter en particulier l&rsquo;excellent \u00ab\u00a0The Shape I&rsquo;m In\u00a0\u00bb, l&rsquo;une des plus grandes chansons du Band, mais aussi \u00ab\u00a0W.S Walcott Medecine Show\u00a0\u00bb sur ces spectacles ambulants tournant aux quatre coins du pays, avec son lot de charlatans et de prostitu\u00e9es au grand c\u0153ur. Ou ce \u00ab\u00a0Daniel And The Sacred Harp\u00a0\u00bb, encore un conte, une fable, un apologue\u00a0: le vieux Daniel (comme le proph\u00e8te) convoitant l&rsquo;objet sacr\u00e9 poss\u00e9d\u00e9 seulement par les \u00e9lus. Au bout de plusieurs ann\u00e9es \u00e0 \u00e9conomiser, Daniel paie un homme pr\u00e9tendant pouvoir se la procurer. Le diable, encore\u00a0? \u00ab\u00a0Tu as gagn\u00e9 la harpe, mais tu t&rsquo;es perdu dans le p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb, lui dit son p\u00e8re, quand son fr\u00e8re refuse d&rsquo;\u00e9couter le son de la harpe sacr\u00e9e. Il grimpe sur une colline et joue tout son saoul quand il remarque, effray\u00e9, que son ombre n&rsquo;appara\u00eet plus (\u00ab\u00a0But as he looked to the ground, he noticed no shadow did he cast\u00a0\u00bb). Est-il mort, est-il damn\u00e9\u00a0? L&rsquo;histoire ne le dira pas. Juste un homme ayant atteint son but ultime mais s&rsquo;\u00e9tant ali\u00e9n\u00e9 ses proches dans sa qu\u00eate absolue, pour finir dans la plus grande solitude, comme un spectre rejet\u00e9 par l&rsquo;humanit\u00e9. La rumeur qui s&rsquo;\u00e9tend de maison en maison, de rue en rue jusqu&rsquo;\u00e0 tuer celui qui en fait l&rsquo;objet (\u00ab\u00a0The Rumor\u00a0\u00bb). Gla\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Des histoires, des l\u00e9gendes \u00e0 fortes connotations bibliques exprimant toutes \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose&nbsp;: la compassion pour les humili\u00e9s et les afflig\u00e9s, la d\u00e9nonciation en creux d&rsquo;un monde sans piti\u00e9 pour les faibles (ou suppos\u00e9s tels) et, surtout, la foi en l&rsquo;homme s&rsquo;il accepte de rester fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 ses valeurs, et de garder sa libert\u00e9. Tout cela est impr\u00e9gn\u00e9 de foi religieuse (plus catholique que protestante) et aussi de foi tout court dans un pays maudit par l&rsquo;histoire mais toujours pr\u00eat \u00e0 croire au miracle. L&rsquo;album se classera \u00e0 la cinqui\u00e8me place des charts avec un tas d&rsquo;\u00e9loges critiques.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ensuite <em>Cahoots<\/em> (septembre 1971), encore produit par eux-m\u00eames au Bearsville (le label de Grossman) Studios de Woodstock, mais un disque in\u00e9gal n&rsquo;ayant pas les qualit\u00e9s de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Ils reprennent le \u00ab&nbsp;When I Paint My Masterpiece&nbsp;\u00bb de Dylan, loin d&rsquo;\u00eatre parmi ses meilleures chansons, et Van Morrison \u2013 voisin et ami \u00e0 Woodstock &#8211; compose avec Robertson le \u00ab&nbsp;4&nbsp;% Pantomime&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Oh Belfast cowboy lay your cards down on the table \/ Oh Belfast cowboy do ya think you&rsquo;re able&nbsp;\u00bb). Mais les textes restent \u00e0 un niveau convenable, t\u00e9moin ce \u00abRiver Hymn&nbsp;\u00bb s&rsquo;appliquant \u00e0 d\u00e9crire un repas du dimanche dans une communaut\u00e9 religieuse \u00e0 la campagne. La rivi\u00e8re inspire \u00e0 toute la congr\u00e9gation les sentiments les plus \u00e9lev\u00e9s, fusion mystique entre les \u00eatres et la nature&nbsp;: \u00ab&nbsp;la congr\u00e9gation enti\u00e8re \u00e9tait debout sur les berges de la rivi\u00e8re, nous \u00e9tions r\u00e9unis l\u00e0 pour c\u00e9l\u00e9brer de petites actions de gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb. Changement de d\u00e9cor pour \u00ab&nbsp;Shoot Out In Chinatown&nbsp;\u00bb d\u00e9crivant une descente de police dans une fumerie d&rsquo;opium \u00e0 San Francisco&nbsp;: Bouddha et Confucius outrag\u00e9s, souill\u00e9s par le crime&nbsp;: \u00ab&nbsp;les beaux dragons br\u00fblent, Bouddha a perdu son sourire mais il jure que nous nous rencontrerons encore, dans un tout petit moment&nbsp;\u00bb. Ou des petits drames comme ces trois amis partant se baigner au soleil quand le fils de Julie et de John est mordu par un serpent&nbsp;; ils n&rsquo;ont rien de plus press\u00e9 que de quitter les lieux et d&rsquo;aller \u00e0 la ville voisine, mais c&rsquo;est un accident de voiture, apr\u00e8s le serpent, qui percute leur destin\u00e9e (\u00ab&nbsp;we walked back to the house while the moon struck one&nbsp;\u00bb &#8211; \u00ab&nbsp;The Moon Struck One&nbsp;\u00bb). Robertson comme un dieu sadique observant un banal couple d&rsquo;am\u00e9ricains dans le ciel de Durango (Colorado), comme Faulkner scrutait les habitants du monde depuis les nuages de Jefferson (Mississippi). \u00ab&nbsp;Smoke Signal&nbsp;\u00bb \u00e9voque les signaux de fum\u00e9e des tribus indiennes, \u00ab&nbsp;Last Of The Black Smiths&nbsp;\u00bb ou la nostalgie d&rsquo;un monde r\u00e9volu qu&rsquo;ils s&rsquo;essayent \u00e0 faire revivre, souvent en vain&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dead tongues said the poet \/ to the daughter of burlesque \/ Cocteau, Van Gogh, Geronimo&nbsp;\/ they used up what was left&nbsp;\u00bb. Nostalgie encore avec ce \u00ab&nbsp;Thinkin&rsquo; Out Loud&nbsp;\u00bb, ce train de Transylvanie et ce petit cirque \u00e0 jamais enfouis dans les d\u00e9combres du temps&nbsp;: \u00ab&nbsp;Transylviana train, circus never came \/ the heroes are all gone \/ no trampoline, fell without a scream \/ who&rsquo;s looking for a job&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Enfin, \u00ab&nbsp;Life Is A Carnaval&nbsp;\u00bb est une observation du spectacle de la rue (junky, colporteur, prostitu\u00e9e, vendeur \u00e0 la sauvette\u2026)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Life is a carnaval, it&rsquo;s in the book \/ like is a carnaval, take another look&nbsp;!&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Jette un autre regard&nbsp;\u00bb, ce que vont finir par faire les musiciens du Band, loin de leur vision originale, unique, de l&rsquo;Am\u00e9rique. Dommage.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite est connue. Six albums, trois live \u2013 signe \u00e9vident d&rsquo;un manque d&rsquo;inspiration\u00a0: <em>Rock Of Ages<\/em> 1972, <em>Before The Flood<\/em> &#8211; avec Dylan \u2013 1974 et leur album testament, <em>The Last Waltz<\/em>, 1977\u00a0; et trois en studio, <em>Moondog Matinee<\/em>, con\u00e7u comme un programme radio compos\u00e9 de la liste des morceaux jou\u00e9s du temps de Levon And The Hawks \u2013 r\u00e9gression\u00a0? &#8211; et les m\u00e9diocres <em>Northern Lights \/ Southern Cross<\/em> (1975), o\u00f9 l&rsquo;on peut trouver pourtant le superbe \u00ab\u00a0It Makes No Difference\u00a0\u00bb, ou <em>Islands<\/em>, 1977. Pour <em>Rock Of Ages<\/em>, le groupe s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 dans la nostalgie &#8211; les vieux standards du rock&rsquo;n&rsquo;roll et du rythm&rsquo;n&rsquo;blues de leurs d\u00e9buts \u2013 avec une pr\u00e9dilection pour Allen Toussaint (responsable des arrangements de cuivres) et Sam Cooke. Pour l&rsquo;ann\u00e9e 1973, on retiendra ce concert fabuleux du Watkins Glenn Festival de New York, le 28 juillet, avec le Grateful Dead et Dylan devant quelques 600.000 personnes. Presque un record.<\/p>\n\n\n\n<p>On retiendra surtout ce superbe film de Scorcese (<em>The Last Waltz<\/em>) ayant pour cadre leur concert d&rsquo;adieu au Winterland de San Francisco, le soir du Thanksgiving de 1976 avec repas de f\u00eate servi aux spectateurs. Les amis &#8211; Dylan et Van Morrison &#8211; sont l\u00e0, mais aussi Neil Young, Joni Mitchell, Muddy Waters, Paul Butterfield et beaucoup d&rsquo;autres (selon la formule consacr\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p>Robertson va s&rsquo;orienter vers le cin\u00e9ma et les musiques de film (<em>King Of Comedy <\/em>ou <em>The Colour Of Money<\/em> de Scorcese). Apr\u00e8s avoir produit Neil Diamond, il ne sortira son premier album solo (produit par Daniel Lanois chez Geffen) qu&rsquo;en 1987 alors que ses partenaires, nettement moins dou\u00e9s, en ont d\u00e9j\u00e0 sorti un paquets. Il signera la bande son du <em>Storyville<\/em> de Mark Frost, ayant pour cadre la Nouvelle-Orl\u00e9ans (1992), en compagnie des Neville Brothers et des Meters avant d&rsquo;\u00e9crire la musique d&rsquo;un documentaire sur les indiens d&rsquo;Am\u00e9rique, un th\u00e8me qui lui tient \u00e0 c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Cousins canadiens des Byrds, compatriotes de Neil Young et fr\u00e8res en po\u00e9sie de Van Morrison, le Band aura \u00e9t\u00e9 un groupe aussi estimable par une musique inspir\u00e9e servie par des musiciens hors pair que par ses textes originaux esquissant en creux une histoire, leur histoire de l&rsquo;Am\u00e9rique. Ils se sont affranchis progressivement de l&rsquo;influence de leur ma\u00eetre, Dylan, pour r\u00e9v\u00e9ler un continent artistique d&rsquo;une exceptionnelle richesse humaine. En cela, ils sont aussi proches de Creedence Clearwater Revival par leur attachement \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique rurale et pauvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Honn\u00eates et infiniment humains. Tel \u00e9tait l&rsquo;orchestre. Tel \u00e9tait surtout son \u00e2me, Robbie Robertson.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Extrait du livre New York sixties (Didier Delinotte) \u2013 Camion Blanc &#8211; 2018<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les morts rock\u2019n\u2019rolliens de l\u2019\u00e9t\u00e9, on compte le guitariste embl\u00e9matique du Band, Robbie Robertson. Le Band, d\u2019abord appel\u00e9 The Hawks, ce groupe qui jouait derri\u00e8re un rocker du nom de Roger Hawkins avant de devenir le groupe de sc\u00e8ne de Dylan et de sortir une dizaine d\u2019albums (studio et live) sous son nom, entre&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3573\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3575,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[36,33],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3573"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3573"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3573\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3579,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3573\/revisions\/3579"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3575"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3573"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3573"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3573"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}