{"id":3588,"date":"2023-10-27T23:21:07","date_gmt":"2023-10-27T21:21:07","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3588"},"modified":"2023-10-27T23:21:07","modified_gmt":"2023-10-27T21:21:07","slug":"notes-de-lecture-54","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3588","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (54)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>ALEXANDRE DUMAS \u2013 <em>LE COMTE DE MONT\u00c9 CRISTO<\/em> 1 et 2 \u2013 Marabout et Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/imagespourblog2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3590\" width=\"575\" height=\"758\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/imagespourblog2.jpg 220w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/imagespourblog2-23x30.jpg 23w\" sizes=\"(max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption>Dumas p\u00e8re, photo Nadar.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pass\u00e9 une bonne partie de mon \u00e9t\u00e9 \u00e0 lire \u2013 je ne dis pas \u00e0 relire \u2013 le chef-d\u2019\u0153uvre de Dumas. Plus de 1300 pages au total et, m\u00eame si sa lecture en est captivante, on est quand m\u00eame soulag\u00e9 d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 au bout de ce marathon litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est archi-connue, m\u00eame par celles et ceux qui n\u2019ont pas lu le roman&nbsp;: Dant\u00e8s, un marin, est emprisonn\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une cabale contre lui men\u00e9e par un magistrat qui veut sauver son p\u00e8re, compromis dans un complot bonapartiste. Il purge 14 ann\u00e9es de prison au ch\u00e2teau d\u2019If o\u00f9 il fait la connaissance de l\u2019abb\u00e9 Faria, voisin de cellule avec qui il communique. Faria ne cesse de parler de son tr\u00e9sor enfoui dans une grotte de l\u2019\u00eele de Mont\u00e9-Cristo et, une fois mort, Dant\u00e8s prend sa place dans son lit et, pris pour mort, est balanc\u00e9 \u00e0 la mer par les gardiens. Il survit miraculeusement, se rend acqu\u00e9reur du somptueux tr\u00e9sor et devient le comte de Mont\u00e9-Cristo, qui a d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9compenser les bons et de punir les m\u00e9chants, \u00e0 l\u2019image d\u2019un dieu de vengeance.<\/p>\n\n\n\n<p>Mont\u00e9-Cristo monte \u00e0 Paris et est devenu un dandy richissime, un Pic de la Mirandole aussi savant qu\u2019\u00e9rudit apr\u00e8s la fr\u00e9quentation de Faria. Sa promise, Merc\u00e9d\u00e8s, a \u00e9pous\u00e9 son cousin Fernand, celui qui avec le banquier Danglars l\u2019avait fait emprisonner. Caderousse, un complice, a ouvert une auberge dans le Gard et ne perdra rien pour attendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier volume, outre le complot, la prison et le tr\u00e9sor, est consacr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9compense des bons, l\u2019armateur Morrel qu\u2019il sauve de la banqueroute et son fils, engag\u00e9 dans les spahis, qu\u2019il tient pour son propre fils. La seconde est le r\u00e9cit de la vengeance. Dant\u00e8s prend mille visages et mille identit\u00e9s&nbsp;: Simbad le marin, Lord Wilmore, Mont\u00e9-Cristo&#8230; Il pousse les uns au suicide, les autres \u00e0 la banqueroute et les derniers au malheur, en ange exterminateur, en puissance divine qu\u2019il est devenu. Son malheur pass\u00e9 lui donne les moyens de sa vengeance (il est immens\u00e9ment riche, s\u2019est entour\u00e9 de domestiques d\u00e9vou\u00e9s et a ramen\u00e9 sa bien-aim\u00e9e, Hayd\u00e9e, de Gr\u00e8ce), qu\u2019il assouvit avec lenteur et raffinement, distillant la souffrance comme pour un \u00e9lixir. Un supplice chinois qu\u2019il applique en esth\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes et tous tombent les uns apr\u00e8s les autres. Les baronnes, les politiciens, les journalistes, les banquiers et les viveurs de cette soci\u00e9t\u00e9 balzacienne (on est sous Louis-Philippe) tombent dans les pi\u00e8ges tendus par le deux ex machina qui, comme une araign\u00e9e, les attire dans sa gigantesque toile \u00e0 la dimension du monde. Un coup de pied dans la fourmili\u00e8re ou un coup de torchon. Seul l\u2019amour, l\u2019amour qu\u2019il porte \u00e0 Hayd\u00e9e et l\u2019amour de Maximilien, le fils de Morrel mettra un terme \u00e0 l\u2019h\u00e9catombe et, devant cette souffrance et ces vies ruin\u00e9es, Mont\u00e9-Cristo finit par prendre peur de lui-m\u00eame et de ses pouvoirs, s\u2019en remettant \u00e0 dieu et se repentant&nbsp;: \u00ab&nbsp;attendre et esp\u00e9rer&nbsp;\u00bb, telle est sa devise et la derni\u00e8re phrase du livre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un roman ob\u00e8se, avec des chapitres qui s\u2019encha\u00eenent sans toujours une grande coh\u00e9rence. Les situations et les personnages (\u00e9norm\u00e9ment de personnages secondaires) sont multiples, beaucoup trop nombreux pour qu\u2019on s\u2019y retrouve. Pour corser le tout, les personnages ont presque tous chang\u00e9 d\u2019identit\u00e9 ou de nom \u00e0 la faveur des circonstances. Il y a aussi le volet italien, marseillais et corse de l\u2019affaire, avec des figures que nous retrouvons 15 ans apr\u00e8s, puisque Dant\u00e8s devenu Mont\u00e9-Cristo est sorti au bout de 14 ans de forteresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, on ne comprend pas comment le brave Dant\u00e8s, homme de bont\u00e9, est devenu Mont\u00e9-Cristo. La douleur et la souffrance ne font pas tout. \u00c0 plusieurs reprises, le r\u00e9cit manque de cr\u00e9dibilit\u00e9 et on va de rebondissements en coups de th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 les masques tombent les uns apr\u00e8s les autres, \u00e0 la mani\u00e8re du roman populaire \u00e0 la Eug\u00e8ne Sue. On ressuscite m\u00eame \u00e0 la fin Valentine, la promise de Maximilien, pourtant empoisonn\u00e9e dans les \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents, mais Mont\u00e9-Cristo est un demi-dieu omnipotent et omniscient. Et Dumas se permet tout.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9face nous dit que le roman \u2013 sorti \u00e0 l\u2019\u00e9poque en 4 volumes \u2013 a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre et qu\u2019un caricaturiste avait dessin\u00e9 un jeune homme entr\u00e9 voir la pi\u00e8ce et devenu un vieillard en sortant. Au-del\u00e0 du trait d\u2019humour et de la saillie, on peut y d\u00e9celer une certaine lassitude devant tant de richesse et de virtuosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9criture est remarquable, les dialogues cisel\u00e9s et on ne s\u2019ennuie pas \u00e0 suivre toutes ces p\u00e9rip\u00e9ties que Dumas nous fait vivre comme un magicien ferait ses tours. C\u2019est aussi le roman o\u00f9 Dumas se pique le plus de politique et d\u2019\u00e9conomie, empruntant parfois la plume d\u2019un Balzac pour d\u00e9crire la g\u00e9n\u00e9alogie des fortunes et la sc\u00e9l\u00e9ratesse des poss\u00e9dants. Presque un roman social, derri\u00e8re un feu d\u2019artifice de fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Dumas et on ne l\u2019oublie pas, m\u00eame si le ma\u00eetre aurait gagn\u00e9 \u00e0 plus de concision, \u00e0 plus de sobri\u00e9t\u00e9. Mais, on le r\u00e9p\u00e8te, ce n\u2019est ni Balzac, ni Stendhal, ni Flaubert, ni Zola&nbsp;: c\u2019est Dumas, pour notre plus grand plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MARC VILLARD \u2013 <em>ROUGE EST MA COULEUR<\/em> \u2013 Rivages Noir \/ Payot.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On reparle polar avec Marc Villard, un polareux gauchiste comme on les aime, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas l\u2019un de ceux qui ont le mieux retenu les le\u00e7ons du grand Jean-Patrick Manchette.<\/p>\n\n\n\n<p>Une collection lanc\u00e9e par l\u2019hebdomadaire <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em> dans les ann\u00e9es 2000, en hommage au polar fran\u00e7ais. Un court roman d\u2019abord, dont le titre figure ci-dessus, et une quinzaine de nouvelles. Si le rouge est sa couleur, le noir lui va moins bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Un roman d\u2019une centaine de pages dont le d\u00e9cor est Chateau-d\u2019Eau \/ Barb\u00e8s, avec trafic de drogue, flics pourris, junkies et prostitu\u00e9es. Villard a \u00e9t\u00e9 critique de rock au <em>Monde de la musique<\/em> et il conna\u00eet ses classiques, truffant son r\u00e9cit de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Lennon ou \u00e0 Janis Joplin, entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Zo\u00e9 est une junkie en voie de sevrage, mais elle deale encore pour un propri\u00e9taire de salle de concert. Son p\u00e8re, David Nolan, a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de l\u2019assassinat de son coll\u00e8gue au cours de la tentative d\u2019arrestation d\u2019un gros bonnet. Laiss\u00e9 en cong\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019affaire qui lui a fait perdre son meilleur ami, il reprend le collier et le fil de l\u2019enqu\u00eate pour s\u2019apercevoir que ce sont des flics d\u2019une brigade anti-stups clandestine qui ont fait le coup.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit une guerre \u00e0 mort entre le justicier Nolan et les ex junkies recycl\u00e9s en policiers anti-drogue. L\u2019affaire finit mal et Zo\u00e9, devenue batteuse de jazz \u00e0 la suite de s\u00e9ances pour junkies repentis (les \u00ab&nbsp;junkies anonymes&nbsp;\u00bb?) mourra sous les balles de son p\u00e8re alors qu\u2019elle \u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9e dans le chalet familial du c\u00f4t\u00e9 de Grenoble. Sale affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Villard n\u2019est pas toujours convaincant avec un humour un peu t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 et une certaine complaisance dans le sordide. Les dialogues font mouche, mais sont pauvres. Les situations sont assez convenues et on peut attendre mieux du sc\u00e9nariste du film <em>Neige<\/em> (de Juliet Bertho) ou de l\u2019auteur de <em>Corvette de nuit. <\/em>S\u2019il s\u2019inscrit bien dans la tradition du polar fran\u00e7ais post 68, il n\u2019\u00e9gale pas l\u2019originalit\u00e9 et le talent d\u2019un Thierry Jonquet, par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le reste, une quinzaine de nouvelles, on l\u2019a dit, d\u2019une valeur in\u00e9gale. Toujours les m\u00eames histoires de cit\u00e9s glauques, de came, de travelos, de putes, de crack, de lolitas d\u00e9lur\u00e9es, de parents abrutis, de flics tordus, de coups fourr\u00e9s, de folie suicidaire et de meurtres. Le genre \u00ab&nbsp;alcooliques, ch\u00f4meurs, consanguins&nbsp;\u00bb. Les m\u00eames histoires, avec des variantes, mais on ressent comme une lassitude, m\u00eame si les r\u00e9f\u00e9rences musicales amusent et si certaines phrases sont autant de fulgurances po\u00e9tiques. Comme des roses sur un tas de fumier. Et puis, on cite des noms de vedettes, de stars du basket, du rap ou du cin\u00e9ma bien oubli\u00e9s aujourd\u2019hui, ce qui date les r\u00e9cits et les fige dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, du polar fran\u00e7ais lambda, vite torch\u00e9 et sans g\u00e9nie. Quant au \u00ab&nbsp;sordidisme&nbsp;\u00bb des situations, un terme invent\u00e9 par la critique litt\u00e9raire am\u00e9ricaine \u00e0 propos d\u2019auteurs comme Selby, l\u2019\u00e9crivain new-yorkais y apportait un souffle romantique qu\u2019on aurait du mal \u00e0 trouver ici. L\u2019ai-je bien descendu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TONINO BENACQUISTA \u2013 <em>LES MORSURES DE L\u2019AUBE<\/em> \u2013 Rivages Noir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame collection, m\u00eame \u00e9diteur, m\u00eame profil. On pourrait citer aussi des gens comme Daeninckx, Prudhon, Quadruppani, l\u2019autre Vilard (jean-Fran\u00e7ois), Raynal ou Pouy. Du col Mao \u00e0 la s\u00e9rie noire. Un genre.<\/p>\n\n\n\n<p>On a ici un roman solide, bien torch\u00e9 avec un humour omnipr\u00e9sent , des personnages attachants et une intrigue originale. Pour r\u00e9sumer, on a deux glandus dont le m\u00e9tier et d\u2019\u00eatre pique-assiettes \u2013 \u00e9cornifleurs dans des r\u00e9ceptions et des f\u00eates et qui se font kidnapper par un inconnu leur demandant de mettre la main sur un type \u00e9trange rencontr\u00e9 par nos deux anti-h\u00e9ros dans un cocktail.<\/p>\n\n\n\n<p>Antoine part donc en chasse de l\u2019individu dont la t\u00eate est mise \u00e0 prix tandis que son copain Bertrand est gard\u00e9 prisonnier dans la cave du commanditaire. S\u2019ensuit une histoire invraisemblable o\u00f9 se m\u00ealent le vampirisme et la violence dans une descente aux enfers guid\u00e9e par l\u2019absurde.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en fait le p\u00e8re de Jordan et de sa s\u0153ur \u2013 les deux vampires noctambules \u2013 qui a d\u00e9cid\u00e9 de retrouver ses enfants. Beaumont est un psychanalyste qui, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre servi de leur m\u00e8re pour sa fortune, une fille de famille d\u00e9pressive mais richissime, est parti aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il s\u2019est acoquin\u00e9 avec Tim Leary et est devenu le psy du tout Hollywood.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa r\u00e9putation est devenue telle qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 comme psychiatre particulier d\u2019un grossium qui r\u00e8gne sur une arm\u00e9e du crime comparable \u00e0 la mafia. Ce sont d\u2019ailleurs deux am\u00e9ricains pay\u00e9s par l\u2019organisation qui doivent abattre Beaumont et enterrer ses secrets, lui qui les a consign\u00e9s dans un manuscrit qu\u2019il a l\u2019intention de faire publier, comme une garantie contre ses pers\u00e9cuteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, Antoine se retrouve dans un avion qui atterrit au Bangla Desh quand son ami, dont Beaumont n\u2019a jamais voulu r\u00e9v\u00e9ler l\u2019adresse o\u00f9 il est s\u00e9questr\u00e9, est devenu secr\u00e9taire d\u2019ambassade \u00e0 Bangkok&nbsp;; c\u2019\u00e9tait son r\u00eave. On ne cherche pas trop \u00e0 comprendre une histoire un peu folle o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements s\u2019encha\u00eenent comme dans un cauchemar, \u00e0 la mani\u00e8re du <em>Afterhours<\/em> de Scorcese.<\/p>\n\n\n\n<p>Une verve c\u00e9linienne mise au service d\u2019une histoire prenante avec le sens de la formule, le go\u00fbt de l\u2019air du temps et la sagesse d\u2019une certaine philosophie de la vie. Finalement, nos deux resquilleurs se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s des h\u00e9ros faisant la nique \u00e0 l\u2019internationale du crime et les m\u00e9chants ont tous \u00e9t\u00e9 punis. C\u2019est tr\u00e8s moral.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est surtout un hymne \u00e0 la nuit \u00e0 travers les clich\u00e9s du cin\u00e9ma populaire qui nous est chant\u00e9 l\u00e0. Une nuit parisienne o\u00f9 Bram Stocker embrasserait Carco et o\u00f9 les belles de nuit et les noceurs s\u2019\u00e9vanouiraient au petit matin en attendant l\u2019heure bleue. Grazie mille Tonino&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9MILE ZOLA \u2013 <em>LE DOCTEUR PASCAL<\/em> \u2013 Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On change de genre avec le dernier volume de la saga des <em>Rougon-Ma<\/em><em>c<\/em><em>quart<\/em>, ce Docteur Pascal dont Zola disait qu\u2019il \u00e9tait \u00ab&nbsp;la conclusion de toute mon \u0153uvre&nbsp;\u00bb. Si c\u2019est lui qui le dit\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On a pas lu tous les<em> Rougon-Ma<\/em><em>c<\/em><em>quart<\/em> et le pape du naturalisme n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 de nos auteurs favoris, mais il y a chez lui ce grouillement de l\u2019humanit\u00e9, cette sensualit\u00e9 animale, cette curiosit\u00e9 de la vie qui forcent le respect.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, on a donc le docteur Pascal Rougon &#8211; tout le monde l\u2019appelle Pascal, comme s\u2019il n\u2019appartenait pas \u00e0 la lign\u00e9e &#8211; qui s\u2019est passionn\u00e9 pour la g\u00e9n\u00e9tique et les lois de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 qu\u2019il applique \u00e0 sa propre famille. Il a pass\u00e9 son temps \u00e0 diss\u00e9quer les caract\u00e8res et les traits de ses cong\u00e9n\u00e8res, jusqu\u2019\u00e0 en \u00e9tablir une sorte de photographie parfaite, une \u00ab&nbsp;histoire naturelle et sociale d\u2019une famille sous le second empire&nbsp;\u00bb (ce qui \u00e9tait le sous-titre de l\u2019\u0153uvre colossale qu\u2019avait entrepris Zola).<\/p>\n\n\n\n<p>Sa m\u00e8re et sa ni\u00e8ce, toutes deux confites en d\u00e9votions, essayent de lui faire abandonner cette vaste entreprise au nom des secrets de famille, ne surtout pas r\u00e9v\u00e9ler les tares et les vices cong\u00e9nitaux dans un d\u00e9ni bourgeois o\u00f9 compte seulement le para\u00eetre. Martine, la servante, se joint au duo et on a ainsi les trois gr\u00e2ces combattant le mal, le mat\u00e9rialisme. Mais Pascal tient bon, en homme des lumi\u00e8res, socialiste et rationaliste, amoureux de la v\u00e9rit\u00e9 et de la science. Il veut comprendre les le\u00e7ons du pass\u00e9 pour construire un avenir diff\u00e9rent. Marx n\u2019est pas loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a tout un chapitre o\u00f9 se trouve r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 gros traits la saga des <em>Rougon-Ma<\/em><em>c<\/em><em>quart<\/em> \u00e0 travers tous les personnages&nbsp;des romans et de la saga familiale : Lantier, Eug\u00e8ne Rougon, Octave Mouret, Sacard, l\u2019Abb\u00e9 Mouret, Gervaise, Nana\u2026 Tout est balay\u00e9 en une trentaine de pages par un Pascal dont les r\u00e9v\u00e9lations d\u00e9vastent litt\u00e9ralement sa ni\u00e8ce, Clotilde.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis on le sentait venir&nbsp;: Pascal et Clotilde filent le parfait amour, au grand d\u00e9sespoir de F\u00e9licit\u00e9, la m\u00e8re. Pascal d\u00e9laisse ses grandes th\u00e9ories et m\u00eame la m\u00e9decine et Clotilde n\u2019est plus confite en bondieuseries, comme si ces deux passions n\u2019\u00e9taient que des d\u00e9rivatifs \u00e0 leurs frustrations. Les morts s\u2019encha\u00eenent&nbsp;: l\u2019oncle Macquart, br\u00fbl\u00e9 dans son lit, la tante Dine, enferm\u00e9e \u00e0 l\u2019asile et le cousin Charles, le beau d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 qui meurt d\u2019h\u00e9mophilie. Tout va bien pour le couple, mais, \u00e0 la suite d\u2019une ind\u00e9licatesse de leur notaire, l\u2019argent vient \u00e0 manquer. Le couple est aux abois.<\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e9licit\u00e9 Rougon r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9viter ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme une future m\u00e9salliance et elle culpabilise Clotilde qui doit aller soigner son fr\u00e8re Maxime, un fils de Sacard. Pascal la laisse partir, qui s\u2019imagine s\u2019approprier ind\u00fbment sa jeunesse, lui qui est vieux et sans le sou.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis c\u2019est la mort de Pascal, d\u2019une angine de poitrine alors que Clotilde vient d\u2019avoir un enfant et a voulu accourir vers lui pour montrer le fruit de leur amour. Les \u00e9tag\u00e8res du docteur sont vid\u00e9es par F\u00e9licit\u00e9 et Clotilde ne parvient \u00e0 sauver que l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019honneur est sauf pour la famille, mais c\u2019est la honte qui est sur eux. Les derni\u00e8res pages sont un hymne \u00e0 la vie, \u00e0 l\u2019avenir, \u00e0 la science et au bonheur futur. C\u2019est Zola qui parle, lui qui fut \u00e0 sa mani\u00e8re un socialiste utopiste.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Zola, parfois bavard, avec un style nerveux sous-tendu par un constante exaltation. On peut s\u2019en irriter, mais on ne peut ignorer celui qui faisait \u00e0 travers ses livres, de la sociologie et de la politique, connaissant comme personne la nature humaine, la lutte des classes, les rapports de domination et les in\u00e9galit\u00e9s sociales et \u00e9conomiques. Il est en cela pr\u00e9curseur du roman du XX\u00b0 si\u00e8cle, celui d\u2019Aragon, de Guilloux, de Giono ou de Vailland. Dans le mille, \u00c9mile&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>10 octobre 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ALEXANDRE DUMAS \u2013 LE COMTE DE MONT\u00c9 CRISTO 1 et 2 \u2013 Marabout et Le livre de poche. J\u2019ai pass\u00e9 une bonne partie de mon \u00e9t\u00e9 \u00e0 lire \u2013 je ne dis pas \u00e0 relire \u2013 le chef-d\u2019\u0153uvre de Dumas. Plus de 1300 pages au total et, m\u00eame si sa lecture en est captivante, on&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3588\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3590,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3588"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3588"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3588\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3592,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3588\/revisions\/3592"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3590"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3588"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}