{"id":3626,"date":"2023-11-23T15:41:46","date_gmt":"2023-11-23T14:41:46","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3626"},"modified":"2023-11-23T15:41:47","modified_gmt":"2023-11-23T14:41:47","slug":"notes-de-lecture-53","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3626","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (53)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>PIERRE-JEAN R\u00c9MY \u2013 <em>ORIENT EXPRESS<\/em> \u2013 Albin Michel.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet Pierre-Jean R\u00e9my comme diplomate, ambassadeur, journaliste et \u00e9crivain. Un diplomate qui aurait bien voulu ressembler \u00e0 ses illustres devanciers, les Paul Claudel, Val\u00e9ry Larbaud, Pierre Loti, Paul Morand et autres grandes plumes au service de la France. Quai d\u2019Orsay et Goncourt. Toutes proportions gard\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9my nous propose six nouvelles bas\u00e9es sur six femmes (les titres sont des pr\u00e9noms f\u00e9minins) \u00e0 qui il arrive des aventures politiques et amoureuses dans des trains de luxe. On pense \u00e0 <em>La madone des sleepings<\/em> (Robert De Kobra) comme \u00e0 certains romans d\u2019Agatha Christie. Autant dire que cela ne pisse pas tr\u00e8s loin, mais c\u2019est distrayant et il y a quelques descriptions, de Venise notamment, int\u00e9ressantes.<\/p>\n\n\n\n<p>De Venise justement, le narrateur \u2013 Paul De Morlay &#8211; est un diplomate \u00e0 la retraite que va rencontrer une jeune journaliste \u2013 Lise Bergaud &#8211; pour \u00e9crire un livre d\u2019apr\u00e8s ses confidences. Il a les traits d\u2019un Jean D\u2019Ormesson. R\u00e9my nous ennuie parfois avec ses papotages d\u2019encul\u00e9s mondains et ses personnages jamais loin du clich\u00e9. Des gens au physique avantageux et \u00e0 la noblesse d\u2019\u00e2me chevill\u00e9e au corps, jamais g\u00ean\u00e9s c\u00f4t\u00e9 argent, mais on n\u2019insiste pas trop l\u00e0-dessus. Les bank-notes ruissellent et les d\u00e9penses sont somptuaires.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la petite histoire qui s\u2019invite dans la grande, avec six histoires des ann\u00e9es 1930, de Venise \u00e0 Bucarest en passant par Gen\u00e8ve et Vienne, qui constitue vraiment l\u2019\u00e9picentre de ce petit monde o\u00f9 hommes d\u2019affaire, diplomates, princesses, aristocrates et demi-mondaines roulent dans des trains de luxe. Le cuisinier, monsieur Paul, est rompu \u00e0 toutes les exigences de la gastronomie, comme il se doit.<\/p>\n\n\n\n<p>Inutile de r\u00e9sumer ces histoires qui n\u2019ont qu\u2019un int\u00e9r\u00eat limit\u00e9. Des hommes valeureux qui s\u2019\u00e9prennent de dames fulgurantes de beaut\u00e9, ou parfois l\u2019inverse. Dans chaque histoire se profile la seconde guerre mondiale et les malheurs \u00e0 venir. On danse sur un volcan. C\u2019est l\u00e9ger et un peu vain, m\u00eame si \u00e7a se lit sans d\u00e9plaisir et l\u2019auteur impressionne surtout par sa vaste culture et la description des belles choses, en amateur d\u2019op\u00e9ra et de peinture italienne. On sent l\u2019homme n\u00e9 avec une cuiller d\u2019argent dans la bouche et qui a tr\u00e8s t\u00f4t \u00e9t\u00e9 frott\u00e9 \u00e0 la meilleure soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de ces histoires, la jeune journaliste, visiblement amoureuse du narrateur, va devenir sa secr\u00e9taire, sans contrat bien entendu, la parole suffisant. Noblesse oblige.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais bon, n\u2019est pas Proust qui veut. On a \u00e0 faire \u00e0 un bon faiseur, sans plus. Certains diront que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a. Pour les nostalgiques de la vieille Europe, des trains de luxe, des s\u00e9ducteurs \u00e0 moustache lustr\u00e9e et des beaut\u00e9s fatales aux yeux couleur pervenche. Un monde disparu o\u00f9 notre auteur a d\u00fb avoir son rond de serviette. Quel talent, Pierre-Jean&nbsp;! Un g\u00e9nie, R\u00e9my&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JACQUES LACARRI\u00c8RE \u2013 <em>L\u2019\u00c9T\u00c9 GREC<\/em> \u2013 Plon.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/illustration354.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3628\" width=\"578\" height=\"867\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/illustration354.jpg 220w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/illustration354-200x300.jpg 200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/illustration354-20x30.jpg 20w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>Jacques Lacarri\u00e8re, profil grec ? Photo wikipedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Lacarri\u00e8re est un hell\u00e9niste distingu\u00e9, au m\u00eame titre qu\u2019une Jacqueline De Romilly ou qu\u2019une Barbara Cassin. Soit un sp\u00e9cialiste de la Gr\u00e8ce, celle d\u2019hier, de l\u2019antiquit\u00e9. Mais sa passion pour cette culture concerne aussi la g\u00e9ographie du pays, ses \u00eeles et ses monts, comme toutes celles et ceux qui l\u2019ont peupl\u00e9 depuis la plus haute antiquit\u00e9. La Gr\u00e8ce et les Grec-que-s.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai le souvenir d\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 Lacarri\u00e8re dans une \u00e9mission de Claude Villers sur<em> France Inter<\/em>, qui parlait avec intelligence et p\u00e9dagogie des mythes grecs et de ses philosophes. Dommage que cette passion ait parfois \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par l\u2019extr\u00eame-droite au motif qu\u2019Ath\u00e8nes aurait \u00e9t\u00e9 le berceau de l\u2019occident (voir le GRECE des De Benoist et Cie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais laissons cela et revenons \u00e0 Lacarri\u00e8re. Il ne se d\u00e9crit m\u00eame pas comme un hell\u00e9niste, m\u00eame pas universitaire. Il ne m\u00e8ne pas d\u2019\u00e9tudes dans un champ particulier du savoir et il se d\u00e9finit comme un \u00e9crivain libertaire et amoureux de la Gr\u00e8ce, de sa g\u00e9ographie, de son histoire, de sa philosophie et surtout de ses mythes qu\u2019il revisite ici en se rendant aussi bien \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 la pythie de Delphes rendait ses oracles que l\u00e0 o\u00f9 Oedipe est n\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacarri\u00e8re est de ces \u00e9crivains voyageurs \u00e9tonnants \u2013 pas consternants lui \u2013 et il marche des journ\u00e9es enti\u00e8res avec son sac \u00e0 dos, dormant dans son sac de couchage. Il vit d\u2019exp\u00e9dients, de la gentillesse des Grecs qu\u2019il croise et de leur hospitalit\u00e9, payant quand m\u00eame son \u00e9cho. Sa plume est belle, comme celle de Nicolas Bouvier, le Bouvier de <em>&nbsp;L\u2019usage du monde<\/em>, soit une belle \u00e9criture se rehaussant par un humour fin, la relation de faits \u00e9tonnants et des d\u00e9tails cocasses. Un r\u00e9gal de lecture.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u00e9t\u00e9 grec<\/em> est une compilation de textes, de r\u00e9cits de voyage et de notes prises depuis ses premiers voyages, en 1950. Le livre est sorti au milieu des ann\u00e9es 1970 et des voyages en Gr\u00e8ce, Lacarri\u00e8re en a tant fait. En fait, ce qui passionne Lacarri\u00e8re, c\u2019est d\u2019\u00e9tablir des correspondances entre la Gr\u00e8ce antique et la Gr\u00e8ce actuelle, populaire&nbsp;; cette Gr\u00e8ce pauvre et truculente qui a souffert entre invasions turques, russes ou europ\u00e9ennes. Sans parler des invasions touristiques modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>La Gr\u00e8ce, pour Lacarri\u00e8re, est au carrefour de l\u2019Europe et de l\u2019Asie et c\u2019est en cela qu\u2019elle est incontournable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e9riple de Lacarri\u00e8re commence avec les moines du mont Athos, les monast\u00e8res, se poursuit avec la terre grecque des mythes et s\u2019ach\u00e8ve avec les \u00eeles, dont certaines sont microscopiques et abritent une seule famille. La Cr\u00e8te, bien s\u00fbr, est aussi au programme. lTout cela entrem\u00eal\u00e9 de consid\u00e9rations ambitieuses sur la langue grecque, sa culture, ses \u00e9crivains, ses po\u00e8tes. Grecs d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, ce qu\u2019il appelle le miracle grec pour un \u00c9tat grec qui n\u2019a connu que de courtes p\u00e9riodes dans l\u2019histoire. Mais la Gr\u00e8ce de la diaspora est immense. La Gr\u00e8ce universelle est dans toutes les t\u00eates. Un \u00c9tat\u2026 d\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacarri\u00e8re finit par nous faire aimer ce pays. Certes pas comme il l\u2019aime lui, mais on irait bien y faire un tour, histoire de voir. Pour ne rien g\u00e2ter, la culture et l\u2019\u00e9rudition du bonhomme sont prodigieuses. Un intellectuel comme on n\u2019en voit plus beaucoup, rompu aux humanit\u00e9s classiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, entrons dans Lacarri\u00e8re maintenant, sans attendre que nos a\u00een\u00e9s n\u2019y soient plus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN-PIERRE CHABROL \u2013 <em>LA GUEUSE<\/em> \u2013 Plon \/ Presse Pocket<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours eu une tendresse particuli\u00e8re pour Chabrol, grande gueule, gentil ours et excellent conteur. Il faisait partie de la bande \u00e0 Fallet, ami des Brassens, Hardelet, Nuc\u00e9ra, Escaro, Aznavour, Carmet et tous ceux qui se r\u00e9unissaient tous les \u00e9t\u00e9s \u00e0 Jaligny (Allier) autour du grand Ren\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Gueuse <\/em>fait partie d\u2019une trilogie o\u00f9 figurent \u00e9galement <em>Les rebelles<\/em> et <em>L\u2019embellie<\/em>. Une trilogie qui couvre les ann\u00e9es 30 vue d\u2019un village c\u00e9venol. La Gueuse, c\u2019est cette r\u00e9publique que l\u2019extr\u00eame-droite s\u2019\u00e9tait promis d\u2019\u00e9trangler.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Pierre Chabrol est un grand \u00e9crivain de litt\u00e9rature dite populaire (ce qui n\u2019a rien pour moi de p\u00e9joratif) aujourd\u2019hui bien oubli\u00e9. Un conteur passionnant qu\u2019on a pu entendre jadis \u00e0 l\u2019ORTF et sur les ondes du <em>France Inter<\/em> de la grande \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La gueuse<\/em>, on l\u2019a dit, fait donc partie d\u2019une trilogie, autant dire une fresque politique, sociale et humaine, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Martin Du Gard ou d\u2019un Aragon. Chabrol se propose de faire revivre les ann\u00e9es 1930 \u00e0 partir d\u2019une chronique villageoise, d\u2019un roman familial, jusqu\u2019\u00e0 des \u00e9v\u00e9nements historiques tels que l\u2019affaire Stavisky ou les \u00e9meutes fascistes du 6 f\u00e9vrier 1934. Viendra le Front Populaire, dans un autre volume.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Clerguemort, on n\u2019est pas loin des Monts Loz\u00e8re, dans les C\u00e9vennes. Ici, on est mineur de p\u00e8re en fils et Chabrol d\u00e9peint bien ces solidarit\u00e9s de labeur, ces querelles de clocher et ces bisbilles politiques qui marquent des g\u00e9n\u00e9rations de villageois. Autant de personnages bien camp\u00e9s, tels le jeune No\u00ebl Tarrigues, qui passe du socialisme atavique au communisme, ou Morrail, ma\u00eetre mineur qui a \u00e9pous\u00e9 la fille du patron de la mine. Et des syndicalistes, des instituteurs, des femmes fortes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Chabrol n\u2019a pas son pareil pour d\u00e9crire les petits riens qui font la vie du peuple. Les histoires d\u2019amour, les querelles de familles, les joies simples et les solidarit\u00e9s, par-del\u00e0 les pr\u00e9jug\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman a des connexions avec l\u2019Allemagne nazie qui se profile \u00e0 travers un personnage f\u00e9minin \u2013 Luette \u2013 qui a suivi un chef d\u2019orchestre hongrois \u00e0 Hambourg.<\/p>\n\n\n\n<p>Une partie du roman se d\u00e9roule \u00e0 Paris, en f\u00e9vrier 1934, o\u00f9 une vieille ganache de Clerguemort se m\u00eale aux hordes fascistes. C\u2019est autour d\u2019un autre natif de Clerguemort \u2013 Cherchemidi \u2013 devenu \u00e9crivain-journaliste antifasciste, que se r\u00e9unissent les Malraux, les Lagrange et Jean Gu\u00e9henno, entre autres. Autant d\u2019intellectuels qui s\u2019inqui\u00e8tent de la mont\u00e9e du nazisme.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur insiste sur les solidarit\u00e9s ouvri\u00e8res, l\u2019\u00e9cole de la r\u00e9publique, la dimension f\u00e9d\u00e9ratrice du travail et la dignit\u00e9 conquise par les humbles, envers et contre tout.<\/p>\n\n\n\n<p>On a l\u00e0 un gros roman touffu (500 pages) dont on peut parfois regretter le c\u00f4t\u00e9 d\u00e9cousu et la multiplication de personnages qu\u2019on retrouve de loin en loin sans toujours s\u2019y retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel qu\u2019il est, ce livre est toutefois un r\u00e9gal de style (on pense \u00e0 son comp\u00e8re Fallet) et de truculence pour nous transporter des petites histoires fa\u00e7on Clochemerle \u00e0 la grande, celle des \u00e9v\u00e9nements politiques, des r\u00e9volutions et des guerres. Chabrol est proche d\u2019un auteur contemporain comme G\u00e9rard Mordillat qui \u0153uvre sur le m\u00eame registre, avec brio.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ai-je d\u00e9j\u00e0 faite celle-l\u00e0&nbsp;? En tout cas, je la r\u00e9\u00e9dite&nbsp;: il est fort Chabrol&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALBERT CAMUS \u2013 <em>CALIGULA \/ LE MALENTENDU<\/em> \u2013 Gallimard \/ Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le Camus du cycle dit \u00ab&nbsp;de l\u2019absurde&nbsp;\u00bb, avec ces deux pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, <em>Le mythe de Sisyphe<\/em> (essai philosophique) et son grand roman, <em>L\u2019\u00e9tranger<\/em>, le tout entre 1942 et 1944, ann\u00e9es de guerre et de r\u00e9sistance avant Saint-Germain Des Pr\u00e8s et l\u2019existentialisme, courant philosophique dont Camus n\u2019aura de cesse de d\u00e9mentir son appartenance.<\/p>\n\n\n\n<p>Caligula (petits pieds), l\u2019empereur cruel et vaniteux qui prend place entre Tib\u00e8re et Claude. Artaud avait fait un roman sur H\u00e9liogabale, l\u2019anarchiste couronn\u00e9. Camus s\u2019empare de Caligula, autre anarchiste, \u00e0 sa fa\u00e7on, qui pousse la logique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde et, en lointain pr\u00e9curseur de Nietzsche, veut se d\u00e9marquer de la morale bourgeoise, des conventions et des r\u00e8gles de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Un personnage fascinant qui fait tuer les patriciens un \u00e0 un (on dirait aujourd\u2019hui les bourgeois) sous les pr\u00e9textes les plus divers et est aim\u00e9 du peuple, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il d\u00e9cide d\u2019affamer Rome et de lever des imp\u00f4ts somptuaires&nbsp;; politique suicidaire, mais le personnage est suicidaire dans sa soif d\u2019absolu et sa volont\u00e9 d\u2019\u00e9galer les dieux, par-del\u00e0 le bien et le mal, comme aurait dit l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Camus prend Caligula \u00e0 la mort de sa s\u0153ur qui \u00e9tait aussi son amour. Il a err\u00e9 dans les collines de Rome et revient assoiff\u00e9 de sang et ivre de d\u00e9go\u00fbt pour ces patriciens repus et conformistes qu\u2019il d\u00e9teste. Avec la complicit\u00e9 d\u2019un ancien esclave affranchi par lui \u2013 H\u00e9licon \u2013 il va faire r\u00e9gner l\u2019injustice, le d\u00e9sordre, la folie et la haine. Il se transformera en V\u00e9nus pour une repr\u00e9sentation mettant en sc\u00e8ne les dieux qu\u2019il d\u00e9fie et se voudra po\u00e8te, comme N\u00e9ron.<\/p>\n\n\n\n<p>Caligula sera assassin\u00e9 mais il dira qu\u2019il est encore vivant, comme ses id\u00e9es surhumaines de totale libert\u00e9 et de compl\u00e8te amoralit\u00e9. On retrouve Camus le philosophe, qui nous dit que l\u2019hubris et l\u2019absence d\u2019empathie ne peuvent que mener \u00e0 la folie et au meurtre, que la libert\u00e9 absolue m\u00e8ne \u00e0 la tyrannie et que rien n\u2019est possible sans l\u2019amour de l\u2019autre et la compassion. Une belle le\u00e7on d\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus sombre encore est<em> Le malentendu<\/em>, o\u00f9 un homme ayant fait fortune quitte son pays d\u2019adoption (on pense \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie pour Camus mais l\u2019histoire lui aurait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par un fait divers concernant un Tch\u00e9coslovaque) pour retourner voir sa m\u00e8re et sa s\u0153ur qui tiennent une auberge dans un village, en France. Une auberge rouge, o\u00f9 on d\u00e9trousse les rares clients avant de les d\u00e9trousser puis de les noyer.<\/p>\n\n\n\n<p>Jan, l\u2019homme en question, ne se pr\u00e9sente pas comme le fils et m\u00e8re comme fille ne le reconnaissent pas. Le malentendu r\u00e9side tout entier dans cette absence de parole qui aurait tout \u00e9clairci. Il subit donc le sort des clients ordinaires et Martha, la fille, se dit qu\u2019elle peut maintenant acc\u00e9der \u00e0 ses d\u00e9sirs quand la m\u00e8re, qui a reconnu tardivement son fils, se suicide.<\/p>\n\n\n\n<p>Jan laisse sa femme, Maria, rest\u00e9e au pays, seule et elle se rend \u00e0 l\u2019auberge pour constater sa disparition et demander des explications, si tant est qu\u2019elles soient possibles. Martha avouera le meurtre et, loin de la consoler, la renverra \u00e0 son d\u00e9sespoir et \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 de la situation. Maria demandera, \u00e0 la fin, au personnage du vieux domestique (en fait une sorte de dieu muet) de l\u2019aider mais il lui r\u00e9pond qu\u2019il ne le fera pas. C\u2019est G\u00e9rard Philipe qui tenait le r\u00f4le de Caligula, cet empereur qui \u00e9tait pourtant r\u00e9put\u00e9 pour sa laideur insigne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un voyage en absurdie qui a pour cadre une chambre d\u2019h\u00f4tel et o\u00f9 Camus \u2013 loin d\u2019\u00eatre ce \u00ab&nbsp;philosophe pour classes terminales&nbsp;\u00bb dont se moquait Sartre \u2013 \u00e9voque ses th\u00e8mes de pr\u00e9dilection&nbsp;: la libert\u00e9 de l\u2019homme, la mort, la condition humaine, le suicide, le d\u00e9sespoir, l\u2019amour ou la haine. C\u2019est gla\u00e7ant et captivant \u00e0 la fois, du grand art, litt\u00e9raire et dramaturgique. C\u2019est Camus, le gamin pauvre d\u2019Alg\u00e9rie devenu prix Nobel. Un \u00e9crivain de premi\u00e8re ordre, un philosophe exigeant, un auteur dramatique passionnant et un journaliste d\u00e9rangeant, comme il l\u2019a prouv\u00e9 en fondant<em> Combat<\/em> avec son ami Pascal Pia. Camus ou le contraire des id\u00e9es re\u00e7ues et des pantoufles dans la t\u00eate. De premi\u00e8re, Albert&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>30 ao\u00fbt 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PIERRE-JEAN R\u00c9MY \u2013 ORIENT EXPRESS \u2013 Albin Michel. On conna\u00eet Pierre-Jean R\u00e9my comme diplomate, ambassadeur, journaliste et \u00e9crivain. Un diplomate qui aurait bien voulu ressembler \u00e0 ses illustres devanciers, les Paul Claudel, Val\u00e9ry Larbaud, Pierre Loti, Paul Morand et autres grandes plumes au service de la France. Quai d\u2019Orsay et Goncourt. Toutes proportions gard\u00e9es. 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