{"id":3647,"date":"2023-12-28T12:34:17","date_gmt":"2023-12-28T11:34:17","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3647"},"modified":"2023-12-28T12:34:18","modified_gmt":"2023-12-28T11:34:18","slug":"le-petit-gros-il-nous-a-bien-fait-rire-la-mort-de-claude-villers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3647","title":{"rendered":"LE PETIT GROS (il nous a bien fait rire) \u2013 LA MORT DE CLAUDE VILLERS"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/illustration359.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3649\" width=\"575\" height=\"863\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/illustration359.jpg 260w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/illustration359-200x300.jpg 200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/illustration359-20x30.jpg 20w\" sizes=\"(max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption>Claude Villers, photo Wikipedia. Cet article est paru sur Politis.fr <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le petit gros, c\u2019\u00e9tait une chanson de Francis Blanche, l\u2019humoriste \u00e0 la pipe dont Claude Villers avait \u00e9crit la biographie (<em>Le tonton flingu\u00e9, <\/em>Cherche midi<em>)<\/em>. Villers qui partageait avec lui son humour vache, sa tendresse et ses nostalgies. 40 ans de radio, un peu de t\u00e9l\u00e9vision et des livres en pagaille. Le plus jeune journaliste de France (premi\u00e8re carte de presse \u00e0 17 ans en 1961) est mort un peu avant No\u00ebl, \u00e0 79 ans, dans un centre de convalescence en Dordogne. Pour lui qui aimait raconter des histoires, on essaie de raconter la sienne. Et elle vaut le coup&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On aurait pu intituler cet article \u00ab&nbsp;Marx est mort&nbsp;\u00bb, puisqu\u2019il s\u2019appelait de son vrai nom Claude Marx, n\u00e9 en juillet 1944 quelque part en Seine-et-Marne dans une famille ouvri\u00e8re. \u00c0 16 ans, il quitte sa famille et plaque ses \u00e9tudes pour tenter sa chance \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Il alterne les petits boulots (il sera m\u00eame catcheur) avant de faire des piges pour la presse Del Ducca&nbsp;; <em>Paris Jour<\/em> ou <em>Ici Paris<\/em>, et obtenir ainsi sa carte de presse. Mais c\u2019est la radio qui l\u2019int\u00e9resse et il entre comme journaliste \u00e0 <em>Radio Luxembourg <\/em>en 1964 pour lire des flash d\u2019information, ce qu\u2019il fera pendant presque deux ans.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Radio Luxembourg<\/em> qui devient <em>RTL<\/em> en 1966 et Claude Villers est recrut\u00e9 sur la station rivale, <em>France Inter<\/em>, o\u00f9 il est l\u2019assistant de Jos\u00e9 Artur pour son<em> Pop Club<\/em>. Il pr\u00e9pare les \u00e9missions, contacte les invit\u00e9s et tient l\u2019agenda du baron d\u2019<em>Inter<\/em> qui n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 papoter avec talent au micro. Au bout de deux saisons, on le remercie une fois son contrat termin\u00e9. D\u00e9pit\u00e9, il part aux \u00c9tats-Unis mais Roland Dhordain lui propose de devenir correspondant de la station l\u00e0-bas. Il couvrira l\u2019assassinat de Martin Luther King, celui de Robert Kennedy, la convention d\u00e9mocrate de Chicago, l\u2019\u00e9lection de Nixon et Woodstock o\u00f9 il se rendra sans l\u2019autorisation de sa direction.<\/p>\n\n\n\n<p>Il revient en France pour remplacer Jos\u00e9 Artur en 1971, toujours pour le <em>Pop Club.<\/em> Artur a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 pied pour avoir insult\u00e9 au micro une ni\u00e8ce de Franco et Villers assure l\u2019int\u00e9rim avec son ami Pierre Latt\u00e8s pour la partie musicale, domaine o\u00f9 ses comp\u00e9tences sont limit\u00e9es. Artur revient en 1972 gr\u00e2ce au bon vouloir d\u2019Arthur Comte et il rentre par la petite porte avec une \u00e9mission intitul\u00e9e <em>Qu\u2019il est doux de ne rien faire quand tout s\u2019agite autour de vous<\/em>, une anti-\u00e9mission de<em> France Inter<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e par personne. Il reprendra ensuite son <em>Pop Club<\/em> o\u00f9 Gainsbourg a remplac\u00e9 Claude Bolling et Les Parisiennes c\u00f4t\u00e9 indicatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Villers pr\u00e9sente ses propres \u00e9missions, <em>\u00c0 plus d\u2019un titre<\/em> d\u2019abord, puis <em>Histoire de voir <\/em>o\u00f9 il brosse d\u00e9j\u00e0 des portraits d\u2019artistes en fonction des programmes t\u00e9l\u00e9 du soir. En septembre 1973, il cr\u00e9e l\u2019\u00e9mission <em>Pas de panique<\/em> avec Patrice Blanc-Francard et Olivier Nanteau. Une \u00e9mission satirique avec un feuilleton d\u00e9sopilant, <em>Les aventures d\u2019Adolphe, le petit peintre <\/em><em>V<\/em><em>iennois<\/em>, des parodies qui brocardent les grands noms de la radio et de la presse (Joseph Arthur, Jean C. pour Jean Cau, G\u00e9rard Pire, Anne Braillard\u2026) et <em>Le mus\u00e9e de Pas de panique<\/em> o\u00f9 Villers d\u00e9voile son go\u00fbt pour les vieilles chansons oubli\u00e9es. L\u2019\u00e9mission est supprim\u00e9e fin 1974, au moment du d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019ORTF et il se dit que Giscard n\u2019est pas m\u00e9content de l\u2019initiative prise par la direction.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sera ensuite <em>Marche ou r\u00eave<\/em>, de 1975 \u00e0 1977, une \u00e9mission de voyages dans la France profonde o\u00f9 toutes les initiatives originales, libertaires et \u00e9colos, sont d\u00e9crites et encourag\u00e9es. L\u2019\u00e9t\u00e9, Villers laisse le micro \u00e0 des amis comme Pierre Perret, Yves Simon ou Eddy Mitchell. Mais 1978 est une mauvaise ann\u00e9e, la droite l\u2019emporte aux L\u00e9gislatives, contre toute attente, et fait le m\u00e9nage \u00e0 <em>France Inter<\/em>. Artur et Bouteiller sont rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 des cr\u00e9neaux impossibles quand Villers doit animer le 7 \u2013 9, avant une autre \u00e9mission avec Blanc-Francard (<em>Banza\u00ef<\/em>) qui ne dure pas avec, curiosit\u00e9, un jeune chroniqueur du nom de Nicolas Hulot pour une s\u00e9quence moto (<em>La poign\u00e9e dans le coin<\/em>). \u00c9colo un jour\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il refait surface dans un talk-show nocturne, <em>Comme on fait sa nuit on se couche<\/em> (ou <em>on se touche<\/em>, dit-il parfois avec malice) en 1979, mais son heure de gloire et de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 viendra avec <em>Le tribunal des flagrants d\u00e9lires<\/em>, l\u2019ann\u00e9e suivante. Un tribunal pour rire avec Pierre Desproges pour l\u2019accusation et Luis Rego pour la d\u00e9fense et o\u00f9 les invit\u00e9s se succ\u00e8dent \u00e0 la barre. Le 10 mai 1981, Villers anime, sous la pluie, la f\u00eate \u00e0 la Bastille apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection de Mitterrand. Le petit gros a toujours eu le c\u0153ur \u00e0 gauche. Il se f\u00e2che avec Desproges pour des histoires de taxi et de notes de frais et l\u2019\u00e9mission s\u2019arr\u00eate en 1982 apr\u00e8s deux ann\u00e9es de franc succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-No\u00ebl Jeanneney, le PDG de l\u2019\u00e9poque, ne lui confie plus d\u2019\u00e9mission et il fait un peu de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 <em>FR3 <\/em>avant de livrer des programmes cl\u00e9 en main pour des radios libres sous l\u2019\u00e9gide de <em>PCV<\/em> (Productions Claude Villers). Puis il fonde avec Pierre Latt\u00e8s <em>Pacific FM<\/em> en 1985, mais la radio sera rachet\u00e9e par le groupe Baudecroux (<em>NRJ, Fun Radio<\/em>\u2026) et il se recase \u00e0 <em>RMC<\/em> comme directeur des programmes, pas pour longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00c8ve Ruggieri qui se souvient de lui et lui confie une \u00e9mission de service public sur <em>Inter<\/em> avant de retrouver les tribunaux pour rire et <em>Bienvenue au paradis,<\/em> toujours avec Luis Rego mais sans Desproges, d\u00e9c\u00e9d\u00e9, remplac\u00e9 par Dominique Jamet. Il retrouve l\u00e0 sa veine comique et continue avec le <em>Vrai-faux journal<\/em>, parodie r\u00e9ussie de journal radiophonique qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9gratigner la Mitterrandie et ses serviteurs. Mais c\u2019est dans <em>Marchand d\u2019histoires <\/em>qu\u2019il est le plus convaincant, racontant sur une heure des vies de personnages c\u00e9l\u00e8bres, biographies express o\u00f9 Villers le conteur excelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il encha\u00eene les \u00e9missions humoristiques, passant du matin \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-midi avec <em>Tous aux abris<\/em> (1995) puis <em>Les renseignements g\u00e9n\u00e9reux<\/em>-(1997) o\u00f9 l\u00e0 aussi il s\u2019agit de brocarder un invit\u00e9 avec une \u00e9quipe d\u2019humoristes prometteurs dont certains continueront leur parcours chez Ruquier.<\/p>\n\n\n\n<p>Villers change de genre et de format comme il change de chemise, toujours \u00e0 la recherche de nouveaut\u00e9 et incapable de s\u2019installer dans une \u00e9mission. \u00c0 chaque rentr\u00e9e, il propose de nouvelles id\u00e9es d\u2019\u00e9missions, la plupart retoqu\u00e9es par une direction frileuse, l\u2019\u0153il riv\u00e9 sur l\u2019Audimat.<\/p>\n\n\n\n<p>Claude Villers fait un peu dinosaure de la radio \u00e0 l\u2019heure d\u2019Internet, des radios libres, des walkmen et bient\u00f4t des podcasts et des r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il occupe une case le dimanche apr\u00e8s-midi, <em>Je vous \u00e9cris du plus lointain de mes r\u00eaves<\/em>, une \u00e9mission qui combine interviews, voyages et po\u00e9sie. Villers y appara\u00eet tel qu\u2019en lui-m\u00eame, un tendre dont la nostalgie se teinte de plus en plus de m\u00e9lancolie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9mission se termine en 2004 et il prend sa retraite \u00e0 60 ans apr\u00e8s s\u2019\u00eatre vu refuser une derni\u00e8re proposition, un rendez-vous consacr\u00e9 aux grands reportages qu\u2019il aurait anim\u00e9 avec le journaliste Nicolas Poincar\u00e9. L\u2019id\u00e9e restera \u00e0 l\u2019\u00e9tat de projet et c\u2019est Jean-Marie Cavada, directeur de l\u2019\u00e9poque avant de devenir d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en chez Bayrou, qui la repousse sans explications.<\/p>\n\n\n\n<p>Claude Villers \u00e9crira beaucoup&nbsp;: r\u00e9cits de voyage, essais, biographies\u2026 En r\u00eaveur d\u2019Am\u00e9rique, il sera toujours fascin\u00e9 par ce pays sur lequel il \u00e9tait intarissable. On le convie parfois au micro de <em>France Inter <\/em>o\u00f9 sa voix est d\u00e9sormais difficilement audible<em>, <\/em>dans des s\u00e9quences d\u2019auto-c\u00e9l\u00e9bration comme lors du cinquanti\u00e8me anniversaire de la maison de la radio, en 2013. Il est devenu une caution pour une station qui s\u2019est bien appauvrie depuis la disparition ou le retrait des grands anciens. C\u2019\u00e9tait mieux avant &nbsp;? Ben oui, et nettement&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il est attristant d\u2019entendre maintenant le ch\u0153ur des pleureuses-avec des sanglots dans la voix pour saluer la m\u00e9moire d\u2019un grand homme de radio. Sauf qu\u2019il avait quitt\u00e9 <em>France Inter<\/em> par la petite porte apr\u00e8s qu\u2019on lui ait refus\u00e9 des projets.<\/p>\n\n\n\n<p>Laurence Bloch, ex p\u00e9d\u00e9g\u00e8re, dira notamment qu\u2019elle a eu envie de faire de la radio en \u00e9coutant Claude Villers dans sa chambre d\u2019\u00e9tudiante. Un bel hommage, m\u00eame si ce genre de personne a largement contribu\u00e9, avec Jean-Luc Hees puis Philippe Val, \u00e0 faire de la station un robinet d\u2019eau ti\u00e8de avec une information centriste, des programmations musicales nulles et des humoristes pas dr\u00f4les (n\u2019est pas Guillaume Meurice qui veut).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais gageons que Claude Villers n\u2019\u00e9coutait plus la radio, perdu au plus lointain des ses r\u00eaves de voyages, de tendresse et d\u2019amiti\u00e9. On ne dira pas qu\u2019on a perdu une grande voix de la radio, on a perdu quelqu\u2019un qui nous a appris \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>19 d\u00e9cembre 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le petit gros, c\u2019\u00e9tait une chanson de Francis Blanche, l\u2019humoriste \u00e0 la pipe dont Claude Villers avait \u00e9crit la biographie (Le tonton flingu\u00e9, Cherche midi). 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