{"id":3720,"date":"2024-01-25T16:46:24","date_gmt":"2024-01-25T15:46:24","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3720"},"modified":"2024-01-25T16:46:26","modified_gmt":"2024-01-25T15:46:26","slug":"notes-de-lecture-56","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3720","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 56"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>HUNTER S. THOMPSON \u2013 HELL\u2019S ANGELS \u2013 Robert Laffont \/ Pavillon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"668\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1-668x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3722\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1-668x1024.jpg 668w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1-196x300.jpg 196w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1-768x1178.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1-782x1200.jpg 782w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1-587x900.jpg 587w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1-391x600.jpg 391w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1-20x30.jpg 20w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration365-1.jpg 1000w\" sizes=\"(max-width: 668px) 100vw, 668px\" \/><figcaption>Le grand Hunter S. Thompson dans la grande chasse aux Hell&rsquo;s Angels<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les lecteurs attentifs de ce blog connaissent bien Raoul Duke, aka Hunter Thompson, inventeur du journalisme Gonzo et politicien occasionnel s\u2019\u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9 comme maire de son patelin du Kentucky.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici la description ethnologique d\u2019une saison en enfer, chez les Hell\u2019s Angels, de la fin 1964 \u00e0 la fin 1965. Thompson y va en journaliste, appoint\u00e9 par <em>The Nation<\/em>, mais son travail rel\u00e8ve presque de la sociologie, voire de l\u2019ethnologie . Il commence par d\u00e9crire la vir\u00e9e du 1\u00b0 mai 1965 o\u00f9 les Angels du chapitre d\u2019Oakland, avec \u00e0 leur t\u00eate Sonny Barger, leur chef, parcourent la Californie avec leurs Harley trafiqu\u00e9es, leurs gilets sans manche, leurs insignes nazis et leurs casques de l\u2019arm\u00e9e allemande. Une parade qui vise \u00e0 effrayer le bourgeois et se termine comme toutes les autres avec descente de flics, bagarres et arrestations.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers Hell\u2019s Angels \u00e9taient des anciens marines et G.I de la seconde guerre mondiale, d\u00e9mobilis\u00e9s et en ayant trop vu pour reprendre le cours d\u2019une vie tranquille. Ils sont, semble dire Thompson, le produit ultime de l\u2019individualisme am\u00e9ricain et de l\u2019h\u00e9donisme californien. Des marginaux stigmatis\u00e9s par l\u2019establishment, mais rien de plus. Il faut attendre le rapport du s\u00e9nateur Lynch les d\u00e9crivant comme des barbares criminels et surtout le film de Laslo Benecek, <em>The wild one (L\u2019\u00e9quip\u00e9e sauvage)<\/em> avec Brando et Lee Marvin, pour que les Angels, habitu\u00e9s aux t\u00e9n\u00e8bres, prennent la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Thompson les suit partout pendant un an, de leur quartier g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019Adobe, un bar d\u2019Oakland, jusqu\u2019\u00e0 suivre leurs vir\u00e9es dans des bleds recul\u00e9s de Californie aux fins de terroriser les honn\u00eates gens et de se frotter avec d\u2019autres bandes (tous les motards marginaux ne sont pas des Hell\u2019s Angels) et aux flics. Thompson garde ses distances, en toute objectivit\u00e9, ni dans l\u2019apologie ni dans le d\u00e9nigrement. Il d\u00e9crit en fin juriste les tracasseries judiciaires et polici\u00e8res que subissent les Angels qui sont le cauchemar de l\u2019Am\u00e9rique, son surmoi, son \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb. Ils sont crasseux, laids, b\u00eates et m\u00e9chants et ne connaissent que la bi\u00e8re, la bagarre, la baise et accessoirement la drogue (benz\u00e9drine, Seconal et Haschisch avant LSD et STP). Ils se bourrent la gueule toute la journ\u00e9e, volent et violent (m\u00eame si Thompson y va de ses pr\u00e9cautions s\u00e9mantiques, ce sont des viols) d\u00e8s qu\u2019ils peuvent, et provoquent des affrontements que la plupart du temps ils ne provoquent pas mais que leur seule pr\u00e9sence suffit \u00e0 d\u00e9clencher. Thompson s\u2019interroge sur un mode de vie marginal en apparence s\u00e9duisant mais o\u00f9 les protagonistes passent le plus clair de leur temps \u00e0 s\u2019emmerder en picolant. C\u2019est la raison pour laquelle ils ont un besoin constant d\u2019action, d\u2019aventures, guid\u00e9s par leur sentiment de toute puissance, leur hubris.<\/p>\n\n\n\n<p>Politiquement, les Hell\u2019s Angels du chapitre d\u2019Oakland n\u2019affichent aucune position, ce qui ne les emp\u00eache pas de d\u00e9tester les Noirs et de charger des manifestations pacifistes contre la guerre du Vietnam \u00e0 Berkeley. Ils disent arborer toute la panoplie nazie pour choquer, mais Thompson fait justement remarquer qu\u2019ils choqueraient plus le bon peuple am\u00e9ricain avec des faucilles et des marteaux. En fait, ce sont des libertariens krypto-fascistes qui ne connaissent que la loi du plus fort et d\u00e9testent toute forme d\u2019intelligence et d\u2019humanit\u00e9&nbsp;; m\u00eame si certains d\u2019entre eux ont le c\u0153ur tendre et le sens de l\u2019amiti\u00e9. Certains ont fraternis\u00e9 avec les Merry Pranksters de Ken Kesey et ont d\u00e9couvert le LSD, presque convertis au mouvement hippie. Un motif de renvoi. Hilarant de voir un Ginsberg d\u00e9fonc\u00e9 d\u00e9clarer sa flamme \u00e0 Sonny Barger qui n\u2019a jamais rencontr\u00e9 situation aussi embarrassante.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affaire se termine mal, et Thompson se retrouve sur le bas c\u00f4t\u00e9 d\u2019une route avec le cr\u00e2ne d\u00e9fonc\u00e9 et des c\u00f4tes bris\u00e9es, charg\u00e9 par une bande d\u2019Angels lui reprochant de ne pas vouloir partager l\u2019argent de ses piges. Il est sauv\u00e9 du pire par un autre ange compatissant mais ne veut plus rien savoir d\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, les Angels vont se rendre c\u00e9l\u00e8bres pour casser du hippie et du gauchiste et leur gestion catastrophique du festival d\u2019Altamont en 1969 (bilan&nbsp;: un mort) les remettront au go\u00fbt du jour mais sans l\u2019aura d\u2019admiration qu\u2019on aura pu leur t\u00e9moigner.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Angels finiront dans les oubliettes de l\u2019histoire, la plupart \u2013 d\u00e9socialis\u00e9s et marginalis\u00e9s &#8211; devenus des petits criminels sp\u00e9cialistes du deal et du braquage. Leur place est d\u00e9sormais au Mus\u00e9e de l\u2019homme, entre un sp\u00e9cimen de cannibale papou et un r\u00e9ducteur de t\u00eate du Mato Grosso. Thompson, lui inventera le nouveau journalisme dans les colonnes de <em>Rolling Stone<\/em> o\u00f9 ses reportages au long cours (<em>Las Vegas parano <\/em>ou<em> La grande chasse aux requins<\/em>) feront sensation. Hunter (le chasseur selon son pseudonyme) se logera une balle dans la t\u00eate en 2005, en \u00e9crivain gonzo et journaliste de l\u2019extr\u00eame finalement assez proche des Angels, l\u2019esprit, l\u2019humanit\u00e9 et le g\u00e9nie en plus, ce qui change tout.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MICHEL TOURNIER \u2013 VENDREDI OU LES LIMBES DU PACIFIQUE \u2013<\/strong> <strong>Gallimard \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici de Tournier, pas vraiment notre tasse de th\u00e9. Romancier acad\u00e9mique encens\u00e9 par la critique unanime en son temps, mais qui vaut plus que son image proprette et lisse. Beaucoup plus.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un \u00e9trange roman. Je n\u2019ai pas le souvenir du <em>Robinson Cruso\u00e9<\/em> de Daniel Defoe que j\u2019avais lu dans la Biblioth\u00e8que verte il y a longtemps. Peut-\u00eatre aurais-je d\u00fb relire ce livre de l\u2019auteur du <em>Journal de l\u2019ann\u00e9e de la peste<\/em>, un r\u00e9cit terrifiant sur la grande peste de Londres de 1665. C\u2019est ici un Robinson philosophe qui nous est donn\u00e9 \u00e0 voir, et la post-face de Gilles Deleuze est \u00e9clairante \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Cruso\u00e9, fils de commer\u00e7ants quakers de la ville d\u2019York, est le seul survivant du naufrage de <em>La Virginie<\/em>, un bateau marchand victime d\u2019une collision avec un r\u00e9cif. Il s\u2019\u00e9choue sur une \u00eele d\u00e9serte du Pacifique, au large du Chili croit-il, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait tirer les tarots par Van Deyssel, le capitaine du navire. Cruso\u00e9 essaie de construire un radeau, <em>L\u2018\u00e9vasion<\/em>, pour reprendre la mer, mais son embarcation est trop lourde et il ne peut l\u2019amener seul \u00e0 la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi commence ce r\u00e9cit de l\u2019extr\u00eame solitude et de l\u2019absence totale d\u2019autrui, comme le souligne Deleuze. Autrui, l\u2019autre qui est un rep\u00e8re, un r\u00e9pondant, une structure qui rend possible la civilisation et la culture. Faute d\u2019autrui, Cruso\u00e9 devient ce naufrag\u00e9 solitaire livr\u00e9 \u00e0 ses n\u00e9vroses, \u00e0 ses pulsions. Il tient un journal o\u00f9 il \u00e9crit les tables de la loi de l\u2019\u00eele, son \u00eele, mais c\u2019est une illusion. Apr\u00e8s avoir voulu organis\u00e9 le chaos, il se laisse aller \u00e0 la luxuriance d\u2019une nature pour laquelle il ne compte pas. Peu \u00e0 peu, Cruso\u00e9 devient l\u2019\u00eele et l\u2019\u00eele devient Cruso\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 f\u00e9conder l\u2019\u00eele, ou la terre de l\u2019\u00eele, en creusant un trou dans le sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Vendredi est un membre de la tribu Araucan qui a \u00e9chapp\u00e9 au sacrifice par sa tribu. Un m\u00e9tis recueilli par Robinson alors que son intention premi\u00e8re \u00e9tait de le tuer. Lui est dans son \u00e9l\u00e9ment naturel, mangeant des vers, bricolant toutes sortes de pi\u00e8ges, nourrissant des animaux et faisant d\u2019un bouc un corps c\u00e9leste avant de le transformer en instrument de musique. Il est d\u2019abord l\u2019esclave de l\u2019Anglais, avant de s\u2019en affranchir et de devenir son \u00e9gal, voire son mod\u00e8le car Vendredi est adapt\u00e9 ce monde r\u00e9duit \u00e0 l\u2019essentiel et il peut en remontrer \u00e0 Cruso\u00e9 en terme d\u2019adaptation et de survie \u00e0 ces conditions de vie \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bateau arrive finalement \u00e0 leur port\u00e9e, mais ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019\u00e9prouvent le d\u00e9sir d\u2019y monter. Surtout pas Cruso\u00e9 chez qui le ressort de la vie parmi ses pairs, autant dire de la r\u00e9alit\u00e9 de la civilisation, est cass\u00e9&nbsp;; comme s\u2019il tenait par-dessus tout \u00e0 cette solitude absolue qui le laisse dans un \u00e9tat d\u2019infinie fragilit\u00e9 mais aussi de d\u00e9miurge, seul ma\u00eetre \u00e0 bord dans son monde, au-del\u00e0 de tout commerce avec ses semblables. Rien que lui-m\u00eame et sa vie fantasmatique. La folie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Comme certains critiques en ont hasard\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se, on peut penser que Cruso\u00e9 est mort lui aussi dans le naufrage, et que ces quelques trente ann\u00e9es v\u00e9cues dans l\u2019\u00eele ne seraient que le r\u00eave d\u2019un mort, ou le r\u00e9cit de sa vie apr\u00e8s le tr\u00e9pas. Le titre, qui fait r\u00e9f\u00e9rence aux limbes, peut \u00eatre explicite \u00e0 ce sujet, limbes d\u2019avant la naissance devenues limbes d\u2019apr\u00e8s la mort dans une m\u00eame \u00e9toffe onirique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le genre de roman riche et inspir\u00e9 qui laisse la place \u00e0 toutes sortes d\u2019interpr\u00e9tations mais, tel que se d\u00e9roule le r\u00e9cit, c\u2019est un livre passionnant qui m\u00eale le r\u00e9cit d\u2019aventure \u00e0 la qu\u00eate philosophique, m\u00e9taphysique.<\/p>\n\n\n\n<p>Tournier avait obtenu le Goncourt pour <em>Le roi des Aulnes<\/em>, dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9. Il avait aussi rafl\u00e9 le prix de l\u2019acad\u00e9mie fran\u00e7aise pour ce roman, un jury pr\u00e9sid\u00e9 par Jean D\u2019Ormesson. Amplement m\u00e9rit\u00e9 et on ne pourra pas dire, \u00e0 l\u2019instar du <em>Canard Encha\u00een\u00e9<\/em> apr\u00e8s l\u2019admission de D\u2019Ormesson \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie&nbsp;: \u00ab&nbsp;un con prim\u00e9&nbsp;\u00bb tant Tournier a toujours mis son style au service d\u2019une intelligence du r\u00e9cit diabolique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANDREA CAMILLERI \u2013 L\u2019EXCURSION \u00c0 TINDERI \u2013 Fleuve Noir \/ Presses pocket.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis certaine s\u00e9rie sur <em>France 3<\/em>, les dimanches soirs d\u2019\u00e9t\u00e9, on conna\u00eet le fringuant commissaire Montalbano et toute sa m\u00e9nagerie&nbsp;: Nini le play-boy flegmatique, Fazio le besogneux un peu rustre, Livia, l\u2019\u00e9ternelle fianc\u00e9e, Ingrid, l\u2019amie su\u00e9doise, sans oublier bien s\u00fbr Cattarella (dit Cattare), le portier et ma\u00eetre Jacques du commissariat de Vigata qui surprend par ses irruptions incontr\u00f4l\u00e9es dans le bureau de son cher commissaire et par ses pataqu\u00e8s incessants. Une sympathique \u00e9pique qui fait r\u00e9gner l\u2019ordre sous le soleil de la Sicile, entre terre et mer, et on retient surtout les repas au restaurant du commissaire bougon et parfois taciturne, mais toujours juste et pugnace dans ses enqu\u00eates. Des repas pris sur la terrasse, devant la mer, avec le vin blanc dans le seau et des poulpes en entr\u00e9e avant des recettes de p\u00e2tes aux fruits de mer \u00e0 damner un saint. C\u2019est la Sicile, c\u2019est plus exactement Vigata.<\/p>\n\n\n\n<p>Disons tout de suite que les romans de Camilleri sont sup\u00e9rieur, et largement, aux adaptations t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, bien qu\u2019il y participe. Le bougre sait \u00e9crire, il a de l\u2019humour et sait mener une intrigue tambour battant.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici la d\u00e9couverte du cadavre d\u2019une jeune homme au bas d\u2019un immeuble et la disparition d\u2019un couple de personnes \u00e2g\u00e9es dans le m\u00eame immeuble. Les recherches de Montalbano le conduisent \u00e0 cette excursion \u00e0 Tinderi o\u00f9 le couple de vieux s\u2019\u00e9tait tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart des autres passagers. Des photos prises dans le car par une animatrice commerciale identifient une voiture suivant le bus&nbsp;; cette voiture qui se r\u00e9v\u00e9lera \u00eatre celle du jeune homme retrouv\u00e9 mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sombre intrigue o\u00f9 le couple de petits vieux \u00e9tait vis\u00e9 en tant qu\u2019h\u00e9ritiers d\u2019une vieille \u00e9curie acquise par le jeune homme qui l\u2019utilisait comme centre de communications informatiques pour les mises en contact entre les utilisateurs et les donneurs pour un trafic de greffes supervis\u00e9 par la mafia, jamais tr\u00e8s loin des enqu\u00eates de Montalbano.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a notamment un dialogue entre Montalbano et un ponte local de la mafia tout en sous-entendus et en et en finesse. Le chef mafieux veut en fait faire prendre son petit-fils qu\u2019il juge indigne de la pieuvre, ayant outrepass\u00e9 les r\u00e8gles de l\u2019organisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Un sc\u00e9nario extr\u00eamement bien huil\u00e9 et, avant de d\u00e9couvrir le pot-aux-roses, on est balad\u00e9s d\u2019hypoth\u00e8ses en hypoth\u00e8ses et de personnages en personnages, tous plus pittoresques les uns que les autres. Mais ce serait trop long \u00e0 raconter.<\/p>\n\n\n\n<p>La traduction de Quadruppani est un peu bizarre, voulant restituer le dialecte sicilien et des tournures de phrase de l\u2019\u00eele. \u00c7a donne \u00ab&nbsp;Montalbano je suis&nbsp;\u00bb, ou encore \u00ab&nbsp;que se passa-t-il?&nbsp;\u00bb, mais Serge Quadruppani nous \u00e9claire sur ses choix dans la pr\u00e9face. On a le droit de ne pas adh\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>Sinon, un fichu bouquin,qui se lit presque d\u2019une traite. Sicilia, you\u2019re breakin\u2019 my heart\u2026 Air connu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HONOR\u00c9 DE BALZAC \u2013 <\/strong><em><strong>LA MAISON DU CHAT-QUI-PELOTE et autres SC\u00c8NES DE LA VIE PRIV\u00c9E<\/strong><\/em><strong> &#8211; Gallimard \/ Folio.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Balzac 002. C\u2019est le deuxi\u00e8me ouvrage de Balzac apr\u00e8s son premier roman<em> Les Chouans<\/em>. Trois longues nouvelles, ou trois courts romans si l\u2019on veut, un volume pr\u00e9fac\u00e9 par Hubert Juin, grand sp\u00e9cialiste de la litt\u00e9rature du XIX\u00b0 si\u00e8cle dont on a pu appr\u00e9cier l\u2019\u00e9rudition et le go\u00fbt tr\u00e8s s\u00fbr dans ses introductions \u00e0 des auteurs \u00ab&nbsp;fin de si\u00e8cle&nbsp;\u00bb, le titre de la collection qu\u2019il dirigeait chez 10\/18.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est beaucoup question de peintres et de peinture dans ces nouvelles, et Balzac dit s\u2019\u00eatre inspir\u00e9 des tableaux de l\u2019\u00e9cole hollandaise. Ses descriptions sont parfois trop longues et on sent chez lui un complexe du peintre qu\u2019il aurait sans doute aim\u00e9 \u00eatre. Mais laissons cela et place aux textes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La maison du chat-qui-pelote <\/em>est le magasin d\u2019un n\u00e9gociant en draps, de son \u00e9pouse, de sa fille et de ses commis, consid\u00e9r\u00e9s comme faisant partie de la famille. Un artiste peintre vient \u00e0 passer et il reproduit la fa\u00e7ade \u00e0 l\u2019enseigne du chat et la jeune fille qui r\u00eavasse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le peintre s\u2019est \u00e9pris la belle mais le p\u00e8re veut le marier \u00e0 sa fille a\u00een\u00e9e qui s\u2019\u00e9tiole en future vieille fille. Son commis principal avait forg\u00e9 le projet d\u2019\u00e9pouser la cadette mais celle-ci est amoureuse du peintre et c\u2019est lui qui, finalement, emporte le morceau, au grand d\u00e9sespoir de toute la famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans<em> Le bal de Sceaux<\/em>, Balzac fait le portrait d\u2019une ind\u00e9cise qui cong\u00e9die ses pr\u00e9tendants les uns apr\u00e8s les autres. L\u00e0 aussi, elle est en concurrence avec sa s\u0153ur pour trouver un mari mais personne ne trouve gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux. C\u2019est en fait le portrait de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui une chieuse, et Balzac d\u00e9crit les tourments endur\u00e9s par son p\u00e8re qui va m\u00eame s\u2019ouvrir de son d\u00e9sarroi \u00e0 Louis XVIII.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, la belle \u00c9milie s\u2019amourache d\u2019un peintre \u2013 encore un \u2013 mais elle recule lorsqu\u2019elle apprend que le jeune homme en question n\u2019est pas noble. La sotte, pleine de pr\u00e9jug\u00e9s et de morgue, \u00e9pousera un rejeton d\u2019une vieille famille de la noblesse bretonne qu\u2019elle n\u2019aime pas. Bien fait pour elle&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Vendetta<\/em> raconte l\u2019histoire d\u2019un vieux grognard corse de Napol\u00e9on qui vient de massacrer toute une famille sur l\u2019\u00eele, apr\u00e8s l\u2019assassinat de son fils. Une vendetta classique que n\u2019aurait pas reni\u00e9e M\u00e9rim\u00e9e. Napol\u00e9on favorise son retour en gr\u00e2ce. Mais la fille du grognard s\u2019\u00e9prend d\u2019un soldat r\u00e9fugi\u00e9 dans un atelier de peintre apr\u00e8s Waterloo et, bien s\u00fbr, le brave n\u2019est autre qu\u2019un fils rescap\u00e9 du massacre dans le maquis corse. Dilemme et situation corn\u00e9lienne. La fille va r\u00e9pudier ses parents pour aimer librement son soldat, mais l\u2019histoire finit mal, comme si la mal\u00e9diction poursuivait la famille de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, <em>La bourse <\/em>est l\u2019histoire d\u2019un jeune peintre qui fait une chute au pied d\u2019un immeuble o\u00f9 une m\u00e8re et sa fille l\u2019invitent \u00e0 se reposer dans leur appartement. Il va sympathiser avec les deux femmes et tomber amoureux de la fille, intrigu\u00e9 par le fait que celles-ci re\u00e7oivent des hommes, vieux \u00e9migr\u00e9s retour d\u2019exil, qui dilapident des fortunes au jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le peintre en vient \u00e0 se demander si la m\u00e8re ne prostitue pas sa fille et il croit que la vieille lui a d\u00e9rob\u00e9 sa bourse. Ce n\u2019\u00e9tait en fait qu\u2019une heureuse surprise que les deux femmes voulaient lui faire et le peintre finit par vivre dans leur petit monde d\u2019aristocrates ruin\u00e9s, avec l\u2019amour en prime.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien qui ne soit vraiment passionnant dans ces r\u00e9cits de jeunesse, mais c\u2019est Balzac quand m\u00eame, son style, son art du portrait, sa connaissance de l\u2019\u00e2me humaine et de la soci\u00e9t\u00e9 de son temps. Car Juin le dit bien dans sa pr\u00e9face, tous ces r\u00e9cits ont lieu entre la p\u00e9riode des 100 jours (et du retour de Napol\u00e9on) et la deuxi\u00e8me restauration qui voit Louis XVIII revenir de son exil gantois. Balzac est royaliste, mais il admire Napol\u00e9on et consid\u00e8re que la r\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e9tait n\u00e9cessaire pour corriger les exc\u00e8s de la monarchie. Il est en fait pour une monarchie constitutionnelle lib\u00e9rale, que ce soit dans l\u2019\u00e9conomie et dans les m\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p>Balzac s\u2019attaquera ensuite \u00e0 sa <em>Com\u00e9die humaine<\/em> et ses nombreux volumes, mais plusieurs de ses personnages sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9s dans ces quatre nouvelles. Le portraitiste ironique et d\u00e9licat, un peu fleur bleue, deviendra ce for\u00e7at de la litt\u00e9rature que nous admirons, gr\u00e2ce \u00e0 des hectolitres de caf\u00e9 et \u00e0 l\u2019amour de Madame Hanska, sa muse. Un peintre f\u00e9roce de la soci\u00e9t\u00e9 de son temps et un moraliste d\u00e9sabus\u00e9. Le petit imprimeur ruin\u00e9 est devenu un g\u00e9nie de la litt\u00e9rature. Votre Honor\u00e9 du\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>13 d\u00e9cembre 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>HUNTER S. THOMPSON \u2013 HELL\u2019S ANGELS \u2013 Robert Laffont \/ Pavillon Les lecteurs attentifs de ce blog connaissent bien Raoul Duke, aka Hunter Thompson, inventeur du journalisme Gonzo et politicien occasionnel s\u2019\u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9 comme maire de son patelin du Kentucky. 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