{"id":3740,"date":"2024-01-25T17:12:46","date_gmt":"2024-01-25T16:12:46","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3740"},"modified":"2024-01-26T20:17:07","modified_gmt":"2024-01-26T19:17:07","slug":"la-chapelle-sixties","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3740","title":{"rendered":"LA CHAPELLE SIXTIES"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"561\" height=\"750\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration369.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3742\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration369.jpg 561w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration369-224x300.jpg 224w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration369-449x600.jpg 449w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/illustration369-22x30.jpg 22w\" sizes=\"(max-width: 561px) 100vw, 561px\" \/><figcaption>Couverture de l&rsquo;\u00e9dition allemande, y&rsquo; a plus de monde.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Sorti il y a pile cinquante ans (1974), <em>Rock dreams<\/em>, sous-titr\u00e9 <em>Bye bye, bye baby, bye bye<\/em> est un chef-d\u2019\u0153uvre d\u00fb aux talents conjugu\u00e9s du dessinateur Guy Peellaert et du rock critique anglais Nik Cohn. 100 tableaux pour illustrer l\u2019\u00e2ge d\u2019or du rock, du milieu des ann\u00e9es 1950 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 (le Punk- rock, le Hard et des genres plus r\u00e9cents sont absents de la photo, et pour cause\u2026). L\u2019album a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1982, avec une pr\u00e9face du grand reporter Michael Herr (<em>Putain de guerre)<\/em> et toujours dans une traduction des textes de Cohn par le grand Philippe Paringaux, r\u00e9dacteur en chef du <em>Rock&nbsp; &amp; Folk<\/em> de la grande \u00e9poque (1970 \u2013 1978). Une invitation \u00e0 feuilleter les pages de ce juke-box en images, en ic\u00f4nes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement que cet album a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9, car les pages de la premi\u00e8re \u00e9dition \u00e9taient toutes d\u00e9coll\u00e9es \u00e0 force de feuilleter ce grimoire magique. La r\u00e9\u00e9dition est solidement cartonn\u00e9e et ne craint pas les manipulations excessives que ce genre de monument graphique appelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pr\u00e9sentations d\u2019abord. Guy Peellaert, un artiste belge n\u00e9 en avril 1934 \u00e0 Bruxelles. Il est le fils d\u2019une famille de la bourgeoisie belge, son p\u00e8re n\u00e9gociant en charbon \u00e0 Anvers et sa m\u00e8re issue d\u2019une lign\u00e9e de tailleurs de Louvain. Il s\u2019inscrit \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9cole des arts d\u00e9coratifs de Saint-Luc \u00e0 Bruxelles apr\u00e8s des \u00e9tudes chez les J\u00e9suites.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t, il r\u00eave d\u2019Am\u00e9rique et devient un pilier du Centre culturel am\u00e9ricain de Bruxelles. Dans les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s guerre, avec le plan Marshall, la Belgique est devenue le cinquante et uni\u00e8me \u00e9tat des \u00c9tats-Unis et Peellaert, en colonis\u00e9 consentant, s\u2019immerge dans la culture populaire am\u00e9ricaine&nbsp;: Pop art, Polar, Comics, Cin\u00e9ma et bien s\u00fbr, plus tard, musique populaire&nbsp;: Blues, Jazz puis Rock\u2019n\u2019roll et Rhythm\u2019n\u2019blues.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1953, il quitte le toit familial \u00e0 la suite d\u2019une violente dispute avec son p\u00e8re et s\u2019engage dans le Corps des volontaires pour la Cor\u00e9e. L\u2019Am\u00e9rique toujours. C\u2019est un dispositif de l\u2019Otan pour permettre \u00e0 des jeunes Europ\u00e9ens de pr\u00eater main forte \u00e0 l\u2019Oncle Sam. Peellaert arrive un peu apr\u00e8s la bataille, mais il pourra voir Marylin Monroe sur sc\u00e8ne en f\u00e9vrier 1954, la star s\u2019\u00e9tant produite sur le th\u00e9\u00e2tre des arm\u00e9es pour regonfler le moral des G.I.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour du front, Peellaert retourne \u00e0 Bruxelles o\u00f9 il est recrut\u00e9 par le Th\u00e9\u00e2tre national de Belgique en tant qu\u2019illustrateur, d\u00e9corateur et costumier. Ce sera ensuite les affiches publicitaires et les photographies de mode, mais le g\u00e9nie de Peellaert ne peut se satisfaire d\u2019\u00eatre un auxiliaire dou\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, et il s\u2019imagine en artiste. Il travaille pour la <em>RTBF <\/em>puis pour la Sabena, la compagnie a\u00e9rienne belge, s\u2019inspirant de Magritte ou des surr\u00e9alistes pour confectionner des affiches et des visuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, il multiplie les exp\u00e9rimentations graphiques associant dessin et photographie, alimentant la presse europ\u00e9enne de ses dessins-clich\u00e9s. C\u2019est ensuite, alors qu\u2019il s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Paris, la bande dessin\u00e9e notamment pour<em> Hara Kiri <\/em>sur des scenarii <em>de<\/em> Wolinski. Il travaille pour le journal \u00ab&nbsp;b\u00eate et m\u00e9chant&nbsp;\u00bb entre 1968 et 1970, devenant, apr\u00e8s Topor, un pilier du magazine.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Peellaert a d\u2019autres ambitions et son style s\u2019accorde \u00e0 merveille avec la r\u00e9volution psych\u00e9d\u00e9lique. Il contribue \u00e0 des g\u00e9n\u00e9riques de films, fait des affiches pour les plus grands cin\u00e9astes (Scorcese, Wenders, Coppola, Altman\u2026) et est sollicit\u00e9 pour des pochettes de disques par les plus grands, David Bowie <em>(Diamond dogs<\/em>) ou les Rolling Stones (<em>It\u2019s only rock\u2019n\u2019roll<\/em>). Peellaert est devenu le graphiste \u00e0 la mode, celui qu\u2019on s\u2019arrache.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque, au milieu des ann\u00e9es 1970, qu\u2019il travaille sur <em>Rock dreams<\/em>, qui restera son chef-d\u2019\u0153uvre parmi une \u0153uvre multiforme touchant \u00e0 la bande dessin\u00e9e, au cin\u00e9ma, \u00e0 la photographie et \u00e0 la peinture. Il mourra d\u2019un cancer en 2008 et est enterr\u00e9 au P\u00e8re-Lachaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Nik Cohn, lui, est n\u00e9 en 1946 \u00e0 Londres, lui aussi rejeton de la bourgeoisie, fils d\u2019un historien m\u00e9di\u00e9viste et d\u2019une romanci\u00e8re d\u2019origine russe. Apr\u00e8s des \u00e9tudes universitaires, il entre \u00e0 la r\u00e9daction de l\u2019hebdomadaire <em>The Observer<\/em>, sans passer par la presse rock insulaire. Il y est le sp\u00e9cialiste du rock et des cultures populaires, pionnier de la critique rock avec l\u2019un des ouvrages qui font autorit\u00e9 dans le genre, <em>Rock from the beginnning<\/em>, en 1969, qui sera r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1972 sous son titre rest\u00e9 fameux&nbsp;: <em>Awopbopaloobop alopbamboom, the golden age of rock<\/em> (l\u2019onomatop\u00e9e \u00e9tant cens\u00e9e correspondre \u00e0 celle de Little Richard dans \u00ab&nbsp;Tutti Frutti&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je reste persuad\u00e9 que les plus beaux jours du rock sont derri\u00e8re lui, tous&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il dans la post-face \u00e0 la seconde \u00e9dition de son ma\u00eetre-ouvrage. Nik Cohn est celui qui donnera \u00e0 Townshend l\u2019id\u00e9e de faire de son gar\u00e7on muet, sourd et aveugle un champion du flipper, un jeu dans lequel il excelle. Il a toujours parl\u00e9 du rock d\u2019une fa\u00e7on nostalgique et m\u00e9lancolique, \u00e9tant l\u2019un des p\u00e8res de la critique rock moderne, aussi important qu\u2019un Lester Bangs aux \u00c9tats-Unis ou qu\u2019un Philippe Garnier chez nous. Comme Bangs, il sera \u00e0 l\u2019origine de la vague punk en 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pr\u00e9sentations sont faites et il est temps de parler du livre qui commence avec des images de h\u00e9ros du Pays des 1000 danses avant Presley et les pionniers du rock\u2019n\u2019roll. Il y a notamment cette double page, la C\u00e8ne du rock\u2019n\u2019roll&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elvis Presley \u00e9tait le roi, nous \u00e9tions \u00e0 son couronnement&nbsp;\u00bb. C\u2019est d\u2019ailleurs un livre d\u2019image comparable \u00e0 l\u2019iconographie chr\u00e9tienne. Saint-Sulpice ru rock. Apr\u00e8s le rock\u2019n\u2019roll, les roitelets du College rock et les stars du Rhythm\u2019n\u2019blues, o\u00f9 l\u2019on peut voir Phil Spector allong\u00e9 en kimono sur un lit rose avec ses disques d\u2019or autour de lui et un exemplaire de <em>Variety<\/em>. Cohn a le sens de la formule, de la punchline comme on dirait maintenant, r\u00e9sumant en une ligne une atmosph\u00e8re, toute une histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe ensuite au Surf et aux Beach Boys avec les nymphettes blondes en maillot et Brian Wilson, ob\u00e8se, r\u00eavassant sur son piano. Viennent le Merseybeat, les Beatles et tout le Swinging London r\u00e9uni au Ad Lib, le club de Londres o\u00f9 il convient de se montrer. L\u2019image qui m\u2019a le plus touch\u00e9 est celle de Ray Davies tra\u00eenant un landau avec son \u00e9pouse&nbsp;: \u00ab&nbsp;what are we living for&nbsp;? Two-room appartment second floor&nbsp;\u00bb. Pas du Cohn cette fois, mais du Ray Davies (\u00ab&nbsp;Dead End Street&nbsp;\u00bb). Les Stones en cuir et porte-jarretelles aussi, comme pour exhiber leur imaginaire hyper-sexu\u00e9. Peellaert est aussi un accoucheur des fantasmes et des r\u00eaves de l\u2019inconscient collectif. Dylan ensuite, de Greenwich Village \u00e0 la banquette arri\u00e8re d\u2019une Cadillac o\u00f9 il caresse un chaton.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe au Folk-rock, aux Byrds et au Lovin\u2019 Spoonful avant James Brown, Sam Cooke et Otis Redding seul sur le port de San Francisco. Tamla Motown, Stax et Atlantic avec, pour Tamla, la r\u00e9union du conseil d\u2019administration de la firme avec Roberta Flack, Marvin Gaye et Curtis Mayfield.<\/p>\n\n\n\n<p>On termine sur les guitare-heros, Beck, Clapton, Hendrix\u2026 Puis on en arrive au tournant des ann\u00e9es 1960 \u2013 1970 avec Ian Anderson (Jethro Tull) en p\u00e9dophile, Alice Cooper et son grand guignol de pacotille et Doctor John dans les rues de New-Orleans.<\/p>\n\n\n\n<p>La Californie avec le Jefferson Airplane, les Doors, Janis Joplin et Zappa avant la Country\u2019n\u2019western, Johnny Cash derri\u00e8re les barbel\u00e9s d\u2019une prison et Merle Haggard en hobo dans un wagon d\u00e9sert. Puis c\u2019est la fin et les h\u00e9ros des ann\u00e9es 1970\u00a0: Creedence, le Band, Crosby Stills Nash &amp; Young, James Taylor, Lou Reed et David Bowie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il manque des tas d\u2019ic\u00f4nes du rock et on aurait aim\u00e9 trouver dans ces somptueux d\u00e9cors le MC5, les Stooges, les Pretty Things, Van Morrison ou Leonard Cohen. Tel qu\u2019il est, ce livre est un miracle de prouesse graphique, d\u2019imagination, de lyrisme, de nostalgie et de m\u00e9lancolie. On se prend \u00e0 souhaiter un tel ouvrage sur la suite, de 1975 \u00e0 nos jours, avec les Punks, la New Wave, le Metal le Grunge, le rock ind\u00e9\u2026 Mais qui sont les Peellaert et les Cohn d\u2019aujourd\u2019hui et, par ailleurs, la nostalgie est-elle toujours ce qu\u2019elle \u00e9tait ou, pour \u00eatre clair, les h\u00e9ros des 50 derni\u00e8res ann\u00e9es nous font-ils r\u00eaver autant?Pas s\u00fbr du tout, et \u00e0 quoi bon un livre d\u2019heure avec Joe Strummer, Bono, Morrissey, Madonna ou Michael Jackson&nbsp;? Avec Luz pour les dessins et Philippe Manoeuvre pour les textes, et une pr\u00e9face de Begbeider&nbsp;? Pouacre !<\/p>\n\n\n\n<p><em>1\u00b0 janvier 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sorti il y a pile cinquante ans (1974), Rock dreams, sous-titr\u00e9 Bye bye, bye baby, bye bye est un chef-d\u2019\u0153uvre d\u00fb aux talents conjugu\u00e9s du dessinateur Guy Peellaert et du rock critique anglais Nik Cohn. 100 tableaux pour illustrer l\u2019\u00e2ge d\u2019or du rock, du milieu des ann\u00e9es 1950 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 (le Punk-&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3740\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3742,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[37,33],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3740"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3740"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3740\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3746,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3740\/revisions\/3746"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3742"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}