{"id":3755,"date":"2024-02-21T16:07:08","date_gmt":"2024-02-21T15:07:08","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3755"},"modified":"2024-02-21T16:07:08","modified_gmt":"2024-02-21T15:07:08","slug":"notes-de-lecture-57","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3755","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (57)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>ALFRED JARRY \u2013 <\/strong><em><strong>LA CHANDELLE VERTE<\/strong><\/em><strong> \u2013 Le Castor astral.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"698\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/illustration369-698x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3757\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/illustration369-698x1024.jpg 698w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/illustration369-205x300.jpg 205w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/illustration369-768x1126.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/illustration369-614x900.jpg 614w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/illustration369-409x600.jpg 409w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/illustration369-20x30.jpg 20w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/illustration369.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 698px) 100vw, 698px\" \/><figcaption>Alfred Jarry, portrait de l&rsquo;artiste en jeune homme (photo Wikipedia).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Plaisir de retrouver Jarry, p\u00e8re d\u2019<em>Ubu<\/em>, pr\u00e9curseur du surr\u00e9alisme et inventeur de la pataphysique, cette \u00ab&nbsp;science des solutions imaginaires qui accorde symboliquement aux lin\u00e9aments les propri\u00e9t\u00e9s des objets d\u00e9crits par leur virtualit\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>Gestes et opinions du Docteur Faustroll<\/em>). Comprenne qui peut.<\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet Jarry surtout pour son th\u00e9\u00e2tre<em> Ubu roi<\/em> et les suites, mais on m\u00e9sestime souvent le romancier (<em>Le sur-m\u00e2le<\/em>), le po\u00e8te <em>(Les minutes de sable m\u00e9morial<\/em>) et le chroniqueur qu\u2019on peut appr\u00e9cier ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Des chroniques qu\u2019il donna \u00e0 des journaux de l\u2019\u00e9poque comme <em>La revue blanche<\/em> ou <em>La plume<\/em>, autant dire des journaux anticonformistes, ses rares incursions dans la presse \u00e9tablie comme <em>Le Figaro <\/em>n\u2019ayant gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 p\u00e9rennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re partie, la plus longue (<em>Sp\u00e9culations<\/em>), Jarry commente des faits divers glan\u00e9s dans la presse, et c\u2019est hilarant. Il manie le paradoxe avec une dext\u00e9rit\u00e9 folle, poussant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde une logique implacable, vers la d\u00e9rision et le non-sens. On peut appr\u00e9cier \u00e0 la lecture de ces courts textes le talent d\u2019\u00e9crivain de Jarry, usant d\u2019une langue classique que beaucoup de gens aujourd\u2019hui ne comprendraient plus, mais aussi sa culture scientifique et ses aper\u00e7us philosophiques toujours tr\u00e8s pertinents, sous couvert d\u2019humour et de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie est encore plus r\u00e9jouissante (<em>Gestes) <\/em>o\u00f9 Jarry se permet des d\u00e9lires toujours tr\u00e8s construits sur des expressions toutes faites ou des f\u00e9tiches de la modernit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque. On pense au L\u00e9on Bloy des <em>Ex\u00e9g\u00e8ses des lieux communs <\/em>ou au Flaubert du <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues <\/em>et on est frapp\u00e9s par l\u2019imagination de Jarry qui avait tout du savant fou et de l\u2019inventeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la derni\u00e8re partie fait dans la chronique litt\u00e9raire avec des auteurs bien oubli\u00e9s aujourd\u2019hui, comme Flers &amp; Caillavet, Franc-Nohain, Rachilde ou Henri De R\u00e9gnier, m\u00eame s\u2019il consacre quelques lignes \u00e0 H.G Wells ou \u00e0 Kipling. L\u00e0 aussi, c\u2019est de la critique litt\u00e9raire \u00e0 la Jarry ou on ne parle pas du livre mais o\u00f9 l\u2019on digresse \u00e0 pleins tubes \u00e0 partir d\u2019un personnage ou d\u2019un d\u00e9tail de l\u2019histoire. L\u2019esprit toujours mutin et en roue libre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin, il y a m\u00eame la fameuse <em>Passion consid\u00e9r\u00e9e comme course de c\u00f4te<\/em>, ou l\u2019ascension du Golgotha par J\u00e9sus et les larrons comment\u00e9e comme une course cycliste, qui figure en bonne place de <em>L\u2019anthologie de l\u2019humour noir <\/em>compil\u00e9e par Breton, sans oublier un court texte sur l\u2019\u00e9conomiste Walras qui ridiculise d\u00e9j\u00e0 les pr\u00e9tentions de faire de l\u2019\u2019\u00e9conomie une science exacte, en 1904&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appareil critique est soign\u00e9 et nous renseigne sur les personnages de l\u2019\u00e9poque et les circonstances des articles ainsi que leur date de publication et le titre du journal \u00e9diteur. Tous ces textes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits entre 1901 et 1904. Jarry passera le restant de sa vie dans son wagon d\u00e9saffect\u00e9 de Courbevoie, clochardis\u00e9, \u00e0 tirer au revolver, \u00e0 faire de la bicyclette, \u00e0 lire Rabelais et \u00e0 vider des cercles d\u2019absinthe.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait finalement plus proche d\u2019un Alphonse Allais ou d\u2019un Charles Cros que des surr\u00e9alistes. Un immense talent, voire un g\u00e9nie que toutes les promotions du Coll\u00e8ge de Pataphysique n\u2019oublieront jamais. Jarry, c\u2019est le pr\u00e9curseur de Pierre Dac et de Raymond Queneau. Merdre et cornegidouille, de par ma chandelle verte&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HENRY JAMES \u2013 <em>LE TOUR D\u2019\u00c9CROU <\/em>\u2013 GF Flammarion.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un genre tout diff\u00e9rent, Henry James, une sorte de Proust amerloque, si on peut imaginer \u00e7a<strong>. <\/strong>Un auteur difficile, aussi \u00e0 l\u2019aise dans la nouvelle que dans le roman dont les plus savoureux ont pour titres <em>Les Bostoniennes, L\u2019image dans le tapis, Ce que savait Maisie ou Washington Square.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le tour d\u2019\u00e9crou<\/em> se situe entre les deux genres, (tr\u00e8s) longue nouvelle ou (pas si) court roman.<\/p>\n\n\n\n<p>James a toujours \u00e9t\u00e9 proche du fantastique, que ce soit dans <em>La redevance du fant\u00f4me<\/em> ou dans <em>Ce que savait Maisie.<\/em> On est en plein dans la litt\u00e9rature fantastique avec <em>Le tour d\u2019\u00e9crou<\/em>, l\u2019une de ses \u0153uvres les plus abouties.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9face est une conversation mondaine o\u00f9 il est question du manuscrit d\u2019une gouvernante aux prises avec des visions, des hallucinations, ou \u00e0 un univers r\u00e9el et effrayant. James ne choisit pas, laissant le soin au lecteur de trancher. C\u2019est cette ind\u00e9cision, ce non-dit et l\u2019importance de ce qui est sugg\u00e9r\u00e9 et cach\u00e9 qui font le prix de ce roman.<\/p>\n\n\n\n<p>Une gouvernante qui, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre entretenue avec leur oncle, doit servir de pr\u00e9ceptrice \u00e0 deux enfants, une fille de 8 ans et un gar\u00e7on de 10 ans, dans un vieux manoir en Angleterre. La gouvernante fait son office avec une ancienne domestique rest\u00e9e en poste qui s\u2019occupe de la cuisine et du m\u00e9nage. Au fil du r\u00e9cit, elle est intrigu\u00e9e par le comportement des enfants, sages en apparence mais qui semblent lui cacher un secret. Elle voit un ancien domestique au sommet d\u2019une tour et son \u00e9pouse au bord d\u2019un lac. Les deux sont cens\u00e9s \u00eatre d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Elle les soup\u00e7onne d\u2019avoir eu une influence d\u00e9sastreuse sur les enfants et on peut y voir de la p\u00e9dophilie. La gouvernante est d\u2019embl\u00e9e amoureuse de l\u2019oncle qui n\u2019appara\u00eetra plus dans le r\u00e9cit, et le gar\u00e7on a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 de son \u00e9cole pour un motif obscur. Elle est persuad\u00e9e que les enfants ont \u00e9t\u00e9 pervertis par les anciens domestiques et elle cherche \u00e0 leur faire avouer ces relations coupables. La cl\u00e9 de leur myst\u00e8re selon elle.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 que les interpr\u00e9tations se multiplient. Ou on a \u00e0 faire avec une n\u00e9vros\u00e9e victime d\u2019hallucinations et qui reporte son amour pour l\u2019oncle sur les enfants, le gar\u00e7on en particulier, qu\u2019elle id\u00e9alise \u2013 c\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se freudienne \u2013 ou on est en pr\u00e9sence d\u2019un r\u00e9cit \u00e9pouvantable au sens propre ou des fant\u00f4mes de p\u00e9dophiles viennent hanter les lieux et l\u2019\u00e2me des enfants, hypoth\u00e8se qui pr\u00e9vaut pour les amateurs de litt\u00e9rature fantastique, de surnaturel.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin o\u00f9 le gar\u00e7on meurt dans les bras de la gouvernante, litt\u00e9ralement \u00e9touff\u00e9 sous son \u00e9treinte, peut laisser croire en la premi\u00e8re hypoth\u00e8se d\u2019une n\u00e9vros\u00e9e d\u00e9sireuse d\u2019une relation charnelle avec lui, mais le talent de James, on l\u2019a dit, est de savoir rester subtil et ambigu.<\/p>\n\n\n\n<p>On pense \u00e0 des romans comme le <em>Rebecca <\/em>de Daphn\u00e9 Du Maurier, ou \u00e0 des films qui ont parfois utilis\u00e9 ce type de clair-obscur avec des rapports malsains entre adultes et enfants, comme <em>Les autres<\/em> de l\u2019Espagnol Amenabar, ou <em>L\u2019autre <\/em>de Robert Mulligan. Mais le tour de force de Henry James est de susciter le m\u00eame malaise par sa seule prose fine et d\u00e9licate, une dentelle litt\u00e9raire qui a tout de la toile d\u2019araign\u00e9e, et les mouches que nous sommes s\u2019y engluent avec bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>On a dans le livre un appareil critique tr\u00e8s complet avec toutes les interpr\u00e9tations possibles, certaines un peu hardies avec le personnage de domestique mort appel\u00e9 Peter Quint en raison d\u2019une querelle entre James et George Bernard Shaw \u00e0 propos d\u2019Ibsen. Peter Quint \u00e9tant presque un anagramme de Peer Gynt. Temp\u00eate sous des cranes. Mais c\u2019est le propre des grands auteurs que de susciter les commentaires les plus farfelus. Et Henry James est un grand \u00e9crivain. Dear Henry\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SORJ CHALANDON \u2013 <em>LE JOUR D\u2019A<\/em><em>VANT<\/em> \u2013 Grasset.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet Sorj Chalandon, ex grand reporter pour<em> Lib\u00e9ration<\/em> \u2013 il y a couvert notamment le conflit nord-irlandais \u2013 puis chroniqueur t\u00e9l\u00e9vision au<em> Canard Encha\u00een\u00e9<\/em>. Et romancier \u00e0 succ\u00e8s, couronn\u00e9 r\u00e9cemment par un Goncourt (<em>Enfant de salaud<\/em> en 2021). Belle carte de visite.<\/p>\n\n\n\n<p>Fausse piste&nbsp;: un roman social, qui traite de la catastrophe mini\u00e8re de Li\u00e9vin. Chalandon nous emm\u00e8ne dans le bassin minier, \u00e0 l\u2019fosse, comme on dit l\u00e0-bas. Une fosse o\u00f9 le grand fr\u00e8re du narrateur a trouv\u00e9 la mort. Enfin pas tout \u00e0 fait, il est mort de ses blessures dans un lit d\u2019h\u00f4pital, trois semaines apr\u00e8s ce funeste 21 d\u00e9cembre 1974. Il avait \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 le jour d\u2019avant le drame, ce qui change tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Chalandon a \u00e9t\u00e9 militant de la Gauche Prol\u00e9tarienne, a-t-on lu quelque part, et il se souvient du juge Pascal et de la catastrophe mini\u00e8re de Li\u00e9vin, apr\u00e8s le meurtre de Brigitte Dew\u00e8vre \u00e0 Bruay. Le Pas-De-Calais, terre de mission des Maos, \u00e9tait \u00e0 la mode et n\u2019allait pas le rester longtemps apr\u00e8s la fermeture des puits et toute une culture ouvri\u00e8re mus\u00e9ifi\u00e9e. Au Nord, c\u2019\u00e9tait les corons, peut-on entendre \u00e0 la mi-temps, au Stade Bollaert. Apr\u00e8s, ce sera Outreau et <em>Bienvenue chez les ch\u2019tis.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Michel Flavent, grandi dans le bassin minier et devenu camionneur dans la r\u00e9gion parisienne, a d\u00e9cid\u00e9, apr\u00e8s la mort de son \u00e9pouse, de venger son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 mort \u00e0 la mine. Il sympathise avec le porion, le contrema\u00eetre \u2013 Dravelle &#8211; responsable selon lui des manquements \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, et finit par le tuer, d\u00e9guis\u00e9 en mineur d\u2019op\u00e9rette avec le corps enduit de suie. Mais le porion a la vie dure, et il n\u2019est pas mort. Bless\u00e9 seulement&nbsp;! Pour toute justification \u00e0 son geste, Michel, qui se livre sit\u00f4t son forfait perp\u00e9tr\u00e9, invoque une lettre de son p\u00e8re retrouv\u00e9 pendu dans la grange de sa ferme, avec un dernier mot \u00ab&nbsp;venge-nous de la mine&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On croit \u00e0 une fresque sociale \u00e0 la Zola o\u00f9 Michel va rendre justice aux mineurs trop vite enterr\u00e9s en faisant payer les vrais responsables, la direction des Houill\u00e8res et ses valets. Mais l\u2019affaire est plus compliqu\u00e9e. Grand fr\u00e8re n\u2019est pas mort \u00e0 la mine mais dans un accident de v\u00e9lomoteur que Michel conduisait. Le mot de son p\u00e8re l\u2019accusait en fait d\u2019avoir tu\u00e9 son fr\u00e8re, sans aucune mention de la mine&nbsp;. C\u2019est bien s\u00fbr un fort sentiment de culpabilit\u00e9 qui l\u2019a incit\u00e9 \u00e0 s\u2019inventer ce pass\u00e9 glorifi\u00e9 et son r\u00f4le de vengeur de la classe ouvri\u00e8re, pour ce qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un accident stupide qui aura co\u00fbt\u00e9 deux vies, celle de son fr\u00e8re mais aussi la sienne, puisqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 incapable d\u2019y survivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages de ce livre sont attachants, notamment C\u00e9cile, l\u2019\u00e9pouse de Michel et son avocate dans laquelle il croit la retrouver. Chalandon sait \u00e9crire et n\u2019a pas son pareil pour d\u00e9crire une atmosph\u00e8re, un climat avec des mots simples et dans un style sans appr\u00eat. C\u2019est un beau roman, tout d\u2019\u00e9motion contenue, subtil et p\u00e9tri d\u2019humanit\u00e9 et qui donne envie d\u2019en lire plus d\u2019un auteur dont on ne connaissait jusque-l\u00e0 que les talents de journaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019est pas ici dans la litt\u00e9rature prol\u00e9tarienne qui glorifie la classe ouvri\u00e8re, \u00e0 la Mordillat, mais du c\u00f4t\u00e9 de chez Simenon, avec les clairs-obscurs de l\u2019\u00e2me humaine et ses myst\u00e8res insondables. Mais un Simenon engag\u00e9 qui aurait choisi son camp. Celui des opprim\u00e9s et des humbles. Le beau Sorj&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MICHAEL CONNELLY \u2013 <em>WONDERLAND AVENUE<\/em> \u2013 Points \/ Seuil.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019\u00e9tait pas sp\u00e9cialement attir\u00e9 par Connelly, bon faiseur du polar best-seller un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Harlan Coben. On avait tort. L\u2019histoire qu\u2019on lit ici a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e dans une s\u00e9rie consacr\u00e9e \u00e0 Harry Bosch, inspecteur de police au LAPD. Mais c\u2019est encore mieux en livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Soit Bosch appel\u00e9 pour constater la d\u00e9couverte d\u2019un os trouv\u00e9 par un chien sur une colline de Laurel Canyon. Il s\u2019agit \u00e9videmment d\u2019ossements humains provenant d\u2019un gamin de 12 ans qui aurait \u00e9t\u00e9 battu comme pl\u00e2tre tout au long de sa courte vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les soup\u00e7ons se portent sur un voisin compromis il y a longtemps dans une affaire de p\u00e9dophilie. Mauvaise pioche, le gars se suicide apr\u00e8s qu\u2019une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision e\u00fbt \u00e9bruit\u00e9 l\u2019affaire. Bosch et sa coll\u00e8gue Linda Brasher, une femme dont il tombe amoureux, vont remuer ciel et terre pour venger le gamin. C\u2019est la s\u0153ur qui se manifeste pour lui dire que le gamin pourrait bien \u00eatre son petit fr\u00e8re dans une famille dysfonctionnelle o\u00f9 la m\u00e8re est partie en laissant ses enfants au p\u00e8re, alcoolique et bourreau d\u2019enfants. Autre suspect, un gamin qui faisait du skate-board avec lui devenu un petit truand allant de foyers d\u2019accueil en prisons pour enfants d\u2019abord, pour adultes ensuite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman, comme tout bon polar, multiplie les fausses pistes et la coll\u00e8gue amante de Bosch est tu\u00e9e par sa propre arme \u00e0 la suite d\u2019une fausse man\u0153uvre fatale. On se doute qu\u2019il s\u2019en veut. Il s\u2019estime d\u2019ailleurs responsable de tout, une sorte de flic vengeur l\u00e2ch\u00e9 dans les rues de Los Angeles, une ville dont l\u2019auteur sait restituer l\u2019atmosph\u00e8re frelat\u00e9e de moderne Babylone.<\/p>\n\n\n\n<p>Bosch est assailli par les scrupules et n\u2019\u00e9coute que sa conscience, avec une morale d\u2019une rectitude qui confine \u00e0 l\u2019auto-punition. Il est mal vu dans tous les commissariats o\u00f9 il passe, de sa hi\u00e9rarchie comme de ses coll\u00e8gues qui le prennent pour un justicier solitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman fait presque 500 pages, et il aurait gagn\u00e9 \u00e0 \u00eatre plus court, car on ne nous cache rien des affaires de proc\u00e9dure, des tests de la police scientifique et des querelles picrocholines entre diff\u00e9rents services de police. C\u2019est un peu la force et la faiblesse du polar contemporain qui perd en romantisme et en po\u00e9sie ce qu\u2019il gagne en r\u00e9alisme et en pr\u00e9cision. \u00c0 croire que tous les auteurs de polar en exercice ont fait leurs classe dans des \u00e9coles de police, des commissariats et des services d\u2019enqu\u00eate et d\u2019investigation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais passons l\u00e0-dessus. \u00c7a se lit bien et l\u2019auteur sait d\u00e9peindre les enfers de la cit\u00e9 du mal, Hollywood \/ Babylone. Et puis, la musique est bonne&nbsp;: Miles Davis, Clifford Brown\u2026 Bosch ne se pr\u00e9nomme pas Hyeronimus pour rien, et il sait comme personne o\u00f9 est le mal et comment le combattre, m\u00eame si ses efforts sont souvent vains. On pr\u00e9f\u00e9rait des chevaliers \u00e0 la Marlowe, mais les temps ont chang\u00e9 et Bosch est un flic de son temps. De bien tristes temps.<\/p>\n\n\n\n<p><em>3 janvier 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ALFRED JARRY \u2013 LA CHANDELLE VERTE \u2013 Le Castor astral. Plaisir de retrouver Jarry, p\u00e8re d\u2019Ubu, pr\u00e9curseur du surr\u00e9alisme et inventeur de la pataphysique, cette \u00ab&nbsp;science des solutions imaginaires qui accorde symboliquement aux lin\u00e9aments les propri\u00e9t\u00e9s des objets d\u00e9crits par leur virtualit\u00e9&nbsp;\u00bb (Gestes et opinions du Docteur Faustroll). Comprenne qui peut. 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