{"id":3789,"date":"2024-03-28T15:54:13","date_gmt":"2024-03-28T14:54:13","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3789"},"modified":"2024-03-28T15:54:14","modified_gmt":"2024-03-28T14:54:14","slug":"notes-de-lecture-58","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3789","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (58)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>GILLES PERRAULT \u2013 <em>NOTRE AMI LE ROI <\/em>\u2013 Gallimard.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les lecteurs fid\u00e8les de ce blog savent tout l\u2019int\u00e9r\u00eat que l\u2019on porte \u00e0 Gilles Perrault, \u00e9crivain admirable, essayiste rigoureux et conscience sociale. On avait lu et aim\u00e9 son<em> Pull-over rouge<\/em> (sur l\u2019affaire Ranucci) et son <em>Homme \u00e0 part<\/em> (sur l\u2019affaire Curiel) mais on n\u2019avait pas encore eu l\u2019occasion de lire <em>Notre ami le roi<\/em>, dont on s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 dire beaucoup de bien).<\/p>\n\n\n\n<p>Soit le Maroc depuis la fin du protectorat et l\u2019ind\u00e9pendance accord\u00e9e sous Mohammed V jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, quelques ann\u00e9es avant le r\u00e8gne de Mohammed VI (M6 pour les intimes). Bref, on a tout le spectre du Maroc sous Hassan II et son r\u00e9gime policier o\u00f9 r\u00e8gnent les militaires, ces mercenaires qui ont servi la France durant la seconde guerre mondiale et en Indochine et se sont mis au service du roi, en tortionnaires en chef et ourdisseurs de complot. Ce seront Oufkir puis Dlimi. \u00c0 eux l\u2019ordre par la r\u00e9pression&nbsp;; aux anciens partis s\u2019\u00e9tant battus pour l\u2019ind\u00e9pendance comme vitrines d\u00e9mocratiques et \u00e0 lui, le roi, le pouvoir, incarnant le pays en ambassadeur \u00e0 l\u2019international se livrant \u00e0 ses petits et grands plaisirs royaux. Notre ami le roi, c\u2019est un souverain autocrate et d\u2019une rare hypocrisie que les journalistes les plus \u00e9minents viennent ponctuellement interviewer pour un tour d\u2019horizon de l\u2019actualit\u00e9 du Proche et du Moyen-Orient. On pense \u00e0 un Jean Daniel, souvent cit\u00e9, mais d\u2019autres moins connus se sont rompus \u00e0 l\u2019exercice avec une d\u00e9f\u00e9rence rare.<\/p>\n\n\n\n<p>Perrault nous convie dans les premi\u00e8res pages \u00e0 un pr\u00e9cis d\u2019histoire marocaine. Le Maroc est le seul pays du Maghreb \u00e0 avoir \u00e9chapp\u00e9 aux invasions turques et le caract\u00e8re alaouite de son Islam est profond\u00e9ment original, avec un roi \u00ab&nbsp;commandeur des croyants&nbsp;\u00bb. Perrault parle d\u00e9j\u00e0 du Makhzen (litt\u00e9ralement le magasin), ou l\u2019\u00e9tat profond marocain, qui s\u2019oppose au peuple des montagnes et aux paysans. Ce sont eux qui ont men\u00e9 la guerre du Rif en 1958 et combattu les colonisateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Hassan II arrive au pouvoir en 1961 alors que la guerre d\u2019Alg\u00e9rie se termine. La France ne voulait pas l\u00e2cher l\u2019Alg\u00e9rie, son p\u00e9trole et son gaz, mais elle laisse filer le Maroc apr\u00e8s avoir n\u00e9goci\u00e9 des accords sur les phosphates entre le palais et les industriels fran\u00e7ais. Le Maroc est libre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019abord l\u2019affaire Ben Barka, le seul v\u00e9ritable opposant retrouv\u00e9 mort apr\u00e8s un s\u00e9jour parisien o\u00f9 il devait rencontrer De Gaulle. Puis ce sont les \u00e9meutes de Casablanca la m\u00eame ann\u00e9e, r\u00e9prim\u00e9es dans le sang. Hassan et ses troupes ne souffrent aucune contestation, sous peine de prison, de torture.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1970, c\u2019est la tuerie de Skhirat o\u00f9 des militaires attaquent l\u2019une des propri\u00e9t\u00e9s du roi \u00e0 l\u2019occasion de son anniversaire. Le coup n\u2019est pas pass\u00e9 loin mais Hassan s\u00e9vit, lui qui ne conna\u00eet pas la mansu\u00e9tude. On soup\u00e7onne Oufkir d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 mouill\u00e9 dans l\u2019affaire, mais lui dit s\u00e9rieusement que, s\u2019il l\u2019avait \u00e9t\u00e9, le putsch aurait r\u00e9ussi. C\u2019est ensuite, en 1972, l\u2019avion royal qui est attaqu\u00e9 en plein ciel par des avions de chasse. Cette fois, Oufkir est le cerveau et il va se suicider apr\u00e8s ce ratage qu\u2019il assume. Sa famille restera quinze ans emprisonn\u00e9e dans des conditions inhumaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Des prisons justement, que Perrault nous fait visiter, Kenitra ou le bagne de Tazmamart o\u00f9 les prisonniers meurent d\u2019inanition dans un tombeau \u00e0 ciel ouvert. Perrault passe ensuite \u00e0 la marche verte et \u00e0 la conqu\u00eate du Sahara espagnol, \u00e0 la r\u00e9pression des Sahraouis et des jeunes gauchistes ayant fait leurs classes dans les universit\u00e9 fran\u00e7aises. Des ann\u00e9es de prison pour une poign\u00e9e de tracts.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roi agit \u00e0 sa guise, graciant certains et en condamnant d\u2019autres sans la moindre logique et en tout arbitraire. La logique, c\u2019est lui et rien d\u2019autre. Aussi s\u00e9ducteur avec ses interlocuteurs occidentaux qu\u2019impitoyable avec son peuple, Hassan II est un roi shakespearien qui n\u2019aura fait, toute sa vie durant, que jouer avec les siens, les promouvant un jour avant de les \u00e9carter le lendemain, selon son bon plaisir. Auditionn\u00e9 par Amnesty International, il parlera de ses bagnes et de ses prisonniers politiques comme de \u00ab&nbsp;son jardin secret&nbsp;\u00bb. Il n\u2019y poussait gu\u00e8re que des cadavres. On sort de cette lecture profond\u00e9ment \u00e9c\u0153ur\u00e9 par un homme qui aura fait vivre \u00e0 son peuple une v\u00e9ritable trag\u00e9die, ayant toujours su faire bonne figure aux yeux du monde. \u00ab&nbsp;Quand viendra-t-il, le temps du Maroc&nbsp;?&nbsp;\u00bb, interroge l\u2019auteur \u00e0 la fin de son livre. Euh, pas tout de suite\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NIKOS KAZANTZAKI &#8211; <em>LA DERNI\u00c8RE TENTATION DU CHRIST <\/em>\u2013 Presses Pocket \/ Plon.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration375.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3791\" width=\"575\" height=\"759\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration375.jpg 260w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration375-227x300.jpg 227w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration375-23x30.jpg 23w\" sizes=\"(max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption>Kazantaki, le cinqui\u00e8me \u00e9vang\u00e9liste, le meilleur. Photo Wikipedia.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On connaissait le film \u00e9ponyme de Scorcese qui avait fait un toll\u00e9 chez les ultra-cathos proches de l\u2019extr\u00eame-droite, mais on n\u2019avait jamais lu le livre. C\u2019est en plongeant dans <em>L\u2019\u00e9t\u00e9 grec <\/em>de Lacarri\u00e8re, qu\u2019on est tomb\u00e9s sur quelques noms d\u2019une litt\u00e9rature grecque assez peu connue par ici. Kazantzaki \u00e9tait souvent cit\u00e9, un nom difficilement pronon\u00e7able et des th\u00e8mes souvent tourn\u00e9s vers le sacr\u00e9 et le religieux. Pas vraiment sexy a priori, mais pourquoi pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre de l\u2019\u00e9dition originale \u00e9tait tout simplement <em>La derni\u00e8re tentation<\/em>, le \u00ab&nbsp;du Christ&nbsp;\u00bb ayant \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 avec le film. L\u2019auteur n\u2019a pas de chance avec les titres, puisque son <em>Alexis Zorba<\/em> n\u2019a connu le succ\u00e8s international qu\u2019apr\u00e8s l\u2019adaptation cin\u00e9matographique de son compatriote Cacoyannis sous le titre de <em>Zorba le Grec<\/em>.<em> Zorbec le gras<\/em>, aurait dit Pierre Dac, pas Grec le moins du monde, lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Un ph\u00e9nom\u00e8ne que ce Kazantzaki, \u00e9crivain (une \u0153uvre colossale), dramaturge (des dizaines de pi\u00e8ces) et philosophe, sp\u00e9cialiste de Nietzsche et de Bergson, entre autres. Bref, un auteur complet et prolifique avec une \u0153uvre d\u2019une richesse rare.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce roman a paru en 1954 et l\u2019auteur est mort trois ans plus tard. Le livre, publi\u00e9 en France en 1959, a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l\u2019index par la papaut\u00e9 et on doit bien avouer qu\u2019on se demande pourquoi. Il s\u2019agit en fait de l\u2019\u00c9vangile selon Saint-Mathieu revisit\u00e9, avec quelques variantes, mais fid\u00e8le aux Saintes \u00e9critures dans les grandes lignes. Apocryphe&nbsp;? M\u00eame pas, ou \u00e0 peine.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus travaille comme menuisier \u00e0 fabriquer des croix pour les crucifixions. C\u2019est un \u00eatre tortur\u00e9 qui ne sait quelle voie suivre. Il est amoureux de Marie-Madeleine, la prostitu\u00e9e de Magdana et ne sait pas choisir entre une vie normale avec mariage, enfants et un certain confort d\u2019un c\u00f4t\u00e9&nbsp;; et des signes d\u2019une divinit\u00e9 qui l\u2019appellent \u00e0 un destin prodigieux. Ce que Nietzsche appellerait une destin\u00e9e de surhomme&nbsp;: pr\u00eacher la bonne parole, r\u00e9unir des gens autour de lui, mourir sur la croix et ressusciter pour appeler \u00e0 la vie \u00e9ternelle dans la foi et l\u2019esp\u00e9rance. Bref, se faire petit et passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son destin, ou l\u2019assumer et devenir le jouet de forces qui le d\u00e9passent, \u00e0 commencer par le p\u00e8re \u00e9ternel, qui l\u2019appelle et le guide.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus a un fr\u00e8re, Jacques, mais les textes saints nous disent que les suppos\u00e9s fr\u00e8res n\u2019\u00e9taient en fait que des cousins lointains, dans la tradition juive. On voit souvent le personnage de Barabbas, bandit de grand chemin qui nourrit une haine envers J\u00e9sus et Marie-Madeleine est omnipr\u00e9sente en putain revendiqu\u00e9e secr\u00e8tement amoureuse de J\u00e9sus. Autre petite diff\u00e9rence, le personnage de Mathieu, l\u2019\u00e9vang\u00e9liste, qui est ici comme un scribe consignant l\u2019\u00e9pop\u00e9e, comme les bardes dans les romans de chevalerie. Et puis il y a Lazare, serviteur z\u00e9l\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ressuscit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019auteur livre la cl\u00e9 de son livre d\u00e8s la pr\u00e9face&nbsp;: le combat entre la chair et l\u2019esprit. Le r\u00e9el et l\u2019id\u00e9al. Ainsi, dans les derniers chapitres imagine-t-il une vie, ou une mort, parall\u00e8le, r\u00eav\u00e9e. J\u00e9sus n\u2019est plus crucifi\u00e9 et n\u2019a plus besoin de mourir. Il s\u2019appelle d\u00e9sormais Lazare. Marie-Madeleine a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e par Sa\u00fcl, qui deviendra Paul. J\u00e9sus retrouve Marie et Marthe et ils \u00e9l\u00e8vent leurs enfants tout en reprenant son m\u00e9tier de charpentier fabricant de berceaux, plus de croix. Les joies terrestres de l\u2019amour et du foyer contre les promesses d\u2019\u00e9ternit\u00e9 et d\u2019ailleurs, le monde de l\u2019esprit. C\u2019est en cela que l\u2019\u00e9vangile selon Kazantzaki est scandaleux et choquant pour le Vatican.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Paul De Tarse revient lui faire reproche de son incapacit\u00e9 \u00e0 jouer le r\u00f4le divin qui lui a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9. C\u2019est en fait Pilate qui aurait \u00e9t\u00e9 crucifi\u00e9 et Paul qui se sent investi de la mission abandonn\u00e9e par J\u00e9sus, au nom de ce quelque chose de plus grand que l\u2019homme qu\u2019on appelle le sacr\u00e9, l\u2019absolu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier chapitre est encore le plus curieux, avec les ap\u00f4tres devenus vieillards qui viennent reprocher \u00e0 J\u00e9sus de les avoir fait r\u00eaver, et de les avoir trahis. Judas lui reproche sa tra\u00eetrise, un comble. Seul Thomas le sceptique ne lui en veut pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ultime rebondissement, J\u00e9sus mourra bien sur la croix et sa tentation n\u2019\u00e9tait qu\u2019un r\u00eave. \u00ab&nbsp;Tout est accompli&nbsp;\u00bb. Un livre fort et obs\u00e9dant comme on n\u2019en lit pas tous les jours. L&nbsp;\u2018\u00e9crivain au patronyme quasi impronon\u00e7able est un grand conteur, un d\u00e9miurge et pas loin d\u2019\u00eatre un g\u00e9nie. L&nbsp;\u2018\u00e9vangile selon Saint-Nikos, soit le cinqui\u00e8me. Le meilleur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PATTI SMITH \u2013 <em>JUST KIDS <\/em>\u2013 Deno\u00ebl \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le temps, on conna\u00eet bien la dame, aussi irritante qu\u2019\u00e9mouvante. La fan absolue de Rimbaud qui r\u00eave d\u2019\u00c9thiopie et de Charleville \u2013 M\u00e9zi\u00e8res, l\u2019amie des grands esprits du Chelsea Hotel, William Burroughs en t\u00eate et bien s\u00fbr la rockeuse et la po\u00e9tesse. On avait d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de lire d\u2019elle <em>Mister Train<\/em>, en gardant un souvenir mitig\u00e9. C\u2019est ici de sa relation avec Robert Mapplethorpe qu\u2019il est question, une amiti\u00e9 amoureuse qui plonge ses racines dans leurs adolescences communes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit en fait d\u2019un tombeau pour Mapplethorpe, mort du sida en 1989, mais c\u2019est aussi une autobiographie de la po\u00e9tesse qui va de ses jeunes ann\u00e9es \u00e0 Chicago et dans le New Jersey jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re partie de sa carri\u00e8re de rockeuse \u00e0 succ\u00e8s. On passe donc de Brooklyn o\u00f9 elle fait la connaissance de Mappelthorpe, qui restera comme son fr\u00e8re (incestueux) au Chelsea Hotel puis au Max\u2019s Kansas City et au CBGB&nbsp;; et \u00e0 son ascension en tant que chanteuse et po\u00e9tesse.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019occasion de tirer des portraits de ses amis et de ses amants&nbsp;: Sam Sheppard, Jim Carrol, Tom Verlaine, Lenny Kaye, William Burroughs, Alan Lanier et enfin Fred \u00ab&nbsp;Sonic&nbsp;\u00bb Smith (ex MC5) qu\u2019elle \u00e9pousera et avec qui elle aura d\u2019autres enfants que le premier, abandonn\u00e9 \u00e0 une nourrice \u00e0 la fin de son adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p>Disons que tout cela se lit bien, mais on est un peu assomm\u00e9s par le c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;artistes pr\u00e9destin\u00e9s&nbsp;\u00bb de Smith et Mapplethorpe, comme s\u2019ils appartenaient tous deux \u00e0 un monde \u00e0 part avec la certitude d\u2019\u00eatre marqu\u00e9s du sceau du g\u00e9nie. C\u2019est un peu irritant et gageons que sans les nombreux contacts du Chelsea Hotel qu\u2019ils ont su faire fructifier, les deux auraient peut-\u00eatre eu \u00e0 assumer la vie du commun des mortels. Beaucoup de culot au service d\u2019un talent certain, mais pas de g\u00e9nies.<\/p>\n\n\n\n<p>On se pose parfois la question de savoir si ce livre aurait autant d\u2019int\u00e9r\u00eat s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par quelqu\u2019un d\u2019autre qu\u2019une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 comme Patti Smith. Question \u00e9videmment absurde, puisque son v\u00e9cu est irrempla\u00e7able et qu\u2019il donne beaucoup de prix \u00e0 ce roman.<\/p>\n\n\n\n<p>On prend quand m\u00eame beaucoup de plaisir \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans ce monde interlope de l\u2019underground new-yorkais dont la capitale est la Factory Warhol, avec ses artistes autoproclam\u00e9s, ses cam\u00e9s lunaires et ses travestis. Et puis, il y a ces pages \u00e9mouvantes sur la mort de Mapplethorpe qui succ\u00e8de \u00e0 celles de nombreux amis dans un milieu artistique que n\u2019a pas \u00e9pargn\u00e9 le sida.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on le disait d\u00e8s l\u2019entame, c\u2019est touchant et \u00e9nervant \u00e0 la fois&nbsp;; touchant par les qualit\u00e9s humaines et le sensibilit\u00e9 de Patti Smith, \u00e9nervant de la part de quelqu\u2019un qui vous met sa vie et son \u0153uvre dans la figure, comme si elle \u00e9tait d\u2019une nature exceptionnelle, s\u00fbre de son destin d\u2019artiste et d\u2019\u00e9lue. On n\u2019est pas oblig\u00e9s de prendre ses po\u00e8mes malgr\u00e9 ses quelques fulgurances, et les \u0153uvres artistiques qu\u2019elle a fait toute sa vie comme l\u2019expression du g\u00e9nie, loin s\u2019en faut. Patti Smith n\u2019est pas Dylan. Et puis il y a ces fixations sur Rimbaud et sur l\u2019\u00c9thiopie qui sont un peu aga\u00e7antes \u00e0 la longue.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce livre est aussi un r\u00e9v\u00e9lateur tr\u00e8s politique de ces ann\u00e9es 1967 \u2013 1968 jusqu\u2019au mitan des ann\u00e9es 1970 aux \u00c9tats-Unis et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 r\u00e9side peut-\u00eatre son principal int\u00e9r\u00eat. Jamais la dame ne s\u2019enferme dans sa tour d\u2019ivoire et elle sait communier avec les bruits du monde. C\u2019est en cela qu\u2019elle fait pencher la balance du bon c\u00f4t\u00e9 et qu\u2019elle \u00e9chappe aux accusations de narcissisme ou d\u2019\u00e9gotisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Car Patti Smith est avant tout une belle personne, l\u2019une de celles qui, vers le milieu des ann\u00e9es 1970, a r\u00e9enchant\u00e9 le rock avec une conscience de classe et un humanisme toujours l\u00e0. Smith, un nom tr\u00e8s commun pour une aventure artistique exceptionnelle. Allez, gloire \u00e0 elle (in excelsis d\u00e9o).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JACQUES GAILLOT \u2013 <em>COUP DE GUEULE CONTRE L\u2019EXCLUSION <\/em>\u2013 Ramsay<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lu par curiosit\u00e9 ce petit livre de notre cur\u00e9 favori, Monseigneur Gaillot dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici sur le mode obituaire C\u2019est un pamphlet contre les lois Pasqua de 1993, lors de la deuxi\u00e8me cohabitation avec Balladur en t\u00eate de gondole<\/p>\n\n\n\n<p>Des lois qui rappellent \u00e9trangement les lois immigration actuelles made in Darmanin, et Gaillot reprend la m\u00eame argumentation que les opposants du jour. Non, ces lois n\u2019arr\u00eateront aucunement une immigration rendue n\u00e9cessaire par les conflits et la mis\u00e8re&nbsp;. L\u2019immigration est une richesse. Des lois qui n\u2019ont d\u2019autre but que de stigmatiser l\u2019\u00e9tranger, de lui rendre la vie impossible et de rassurer les bons Fran\u00e7ais de souche qui rejettent sur des boucs \u00e9missaires les difficiles conditions de vie que leur vaut le syst\u00e8me capitaliste et le malaise dans la soci\u00e9t\u00e9, comme aurait dit Freud.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec des accents de pamphl\u00e9taire, un style alerte et beaucoup d\u2019humour un rien d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, Gaillot d\u00e9monte les arguments les uns apr\u00e8s les autres et il en appelle \u00e0 accueillir l\u2019\u00e9tranger dans une fraternit\u00e9 humaine \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du cynisme de toutes ces lois qui ne visent qu\u2019\u00e0 engranger quelques b\u00e9n\u00e9fices \u00e9lectoraux sur le dos des plus pauvres.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas seulement un cri du c\u0153ur, et Gaillot s\u2019appuie sur des \u00e9l\u00e9ments chiffr\u00e9s et des donn\u00e9es v\u00e9rifiables, puis\u00e9es dans la presse , dans des documents et des rapports d\u2019enqu\u00eate. Un vrai travail de sociologue, autant que de moraliste. Il exag\u00e8re peut-\u00eatre un peu le r\u00f4le de l\u2019\u00c9glise dans ces mobilisations anti-Pasqua, mais, apr\u00e8s tout, c\u2019est \u00e0 Saint-Bernard que des Sans Papiers avaient trouv\u00e9 refuge, avant l\u2019intervention des play-mobiles d\u2019un certain Jean-Louis Debr\u00e9, alors ministre de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Gaillot restitue bien l\u2019histoire politique de cette stigmatisation anti-immigr\u00e9s, depuis Giscard d\u2019Estaing et son million pour les bons immigr\u00e9s d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 retourner au pays. Il mouille aussi la gauche socialiste et Fabius, notamment cette parole scandaleuse qui veut que Le Pen apporterait de mauvaises r\u00e9ponses \u00e0 de bonnes questions. D\u00e9j\u00e0 une justification des saloperies \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Un coup de gueule salutaire et un hommage \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019immigr\u00e9s qui, contrairement \u00e0 leurs parents oblig\u00e9s de se fondre dans l\u2019anonymat, revendiquent leur place dans la soci\u00e9t\u00e9 en vertu de leurs qualit\u00e9s de femmes et d\u2019hommes d\u00e9sireux de se voir consid\u00e9r\u00e9s comme des citoyens \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Un paragraphe \u00e9clairant sur le t\u00e9lescopage avec l\u2019actualit\u00e9&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Le 13 ao\u00fbt 1993, le Conseil constitutionnel censura de nombreux articles de la loi Pasqua vot\u00e9e au printemps par l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Il fallut donc une r\u00e9forme de la Constitution pour que la loi nouvelle version \u2013 mais finalement \u00e0 peine modifi\u00e9e \u2013 puisse de nouveau \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e devant les parlementaires et adopt\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9monitoire&nbsp;? En attendant, la lutte continue, et merci Monseigneur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>27 janvier 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GILLES PERRAULT \u2013 NOTRE AMI LE ROI \u2013 Gallimard. Les lecteurs fid\u00e8les de ce blog savent tout l\u2019int\u00e9r\u00eat que l\u2019on porte \u00e0 Gilles Perrault, \u00e9crivain admirable, essayiste rigoureux et conscience sociale. 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