{"id":3799,"date":"2024-03-28T16:10:49","date_gmt":"2024-03-28T15:10:49","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3799"},"modified":"2024-03-28T16:10:50","modified_gmt":"2024-03-28T15:10:50","slug":"metropolexpos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3799","title":{"rendered":"M\u00c9TROPOL\u2019EXPOS"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"522\" height=\"783\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration380-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3801\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration380-1.jpg 522w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration380-1-200x300.jpg 200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration380-1-400x600.jpg 400w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/illustration380-1-20x30.jpg 20w\" sizes=\"(max-width: 522px) 100vw, 522px\" \/><figcaption>Les dr\u00f4les de bonshommes de Pascal Barbe, \u00e0 La Piscine. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Amateurs d\u2019art et esth\u00e8tes, on vous emm\u00e8ne faire un tour des expositions dans la m\u00e9tropole Lilloise, saison automne \u2013 hiver (et m\u00eame un peu printemps). D\u2019abord \u00e0 Tourcoing, au Muba (Mus\u00e9e des beaux arts, tout simplement) o\u00f9 on attendait Marc Ronet, mais o\u00f9 ce fut Pierre-Yves Bohm et une mani\u00e8re d\u2019\u00e9piphanie. \u00c0 Tourcoing encore, avec \u00c9tienne Dinet \u00e0 l\u2019Institut du Monde Arabe, \u00e0 l\u2019emplacement de l\u2019ancienne piscine. \u00c0 Roubaix ensuite, o\u00f9 on se r\u00e9gale toujours des collections permanentes de La Piscine (c\u2019est fou ce que les piscines ont un devenir mus\u00e9e) sans n\u00e9gliger les expositions temporaires dont celle de Pascal Barbe, un artiste m\u00e9connu \u00e0 d\u00e9couvrir. Bref, quelques impressions, \u00ab&nbsp;en rev\u2019nant de l\u2019expo&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En mati\u00e8re de critique d\u2019art, on tient pour ind\u00e9passable le <em>Certains<\/em>, de Joris-Karl Huysmans, dandy esth\u00e8te dont la plume, pour l\u2019exercice, est \u00e0 la fois ironique et f\u00e9roce. Huysmans court les expositions pour divers journaux et la plupart des \u0153uvres vues sont moqu\u00e9es avec un humour caustique et grin\u00e7ant qui reste sa marque. Mais Huysmans a aussi ses enthousiasmes, notamment envers les impressionnistes qu\u2019il est l\u2019un des premiers \u00e0 encenser.<\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019a pas envie de brocarder Marc Ronet, mais de l\u00e0 \u00e0 admirer ses \u0153uvres\u2026 Ronet est un ch\u2019ti, natif de Marcq-en-Bar\u0153ul et \u00e9l\u00e8ve de Eug\u00e8ne Leroy. On peut \u00eatre s\u00e9duit par ses jeux de lumi\u00e8res et ses clairs-obscurs, mais on est en revanche perplexe devant ses travaux d\u2019art avec des b\u00e2tons (colonne vert\u00e9brale) et des textiles (capuches) qui rappellent au mieux un Matisse qu\u2019on n\u2019a jamais vraiment pris\u00e9. Le genre de jugement qui peut vous disqualifier chez biens des amateurs d\u2019art, mais on marche un peu \u00e0 l\u2019\u00e9motion et on n\u2019est pas critique d\u2019art (\u00e7a se saurait). L\u2019exposition s\u2019intitule <em>La main et le geste<\/em> et ne nous a pas convaincu. On l\u2019aura compris.<\/p>\n\n\n\n<p>Les collections permanentes font la part belle \u00e0 Eug\u00e8ne Leroy, qu\u2019on n\u2019appr\u00e9cie pas non plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Fort heureusement, un petit coin \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 un illustre inconnu (de moi) du nom de Pierre-Yves Bohm. Un autre ch\u2019ti (n\u00e9 \u00e0 Roncq) qui a travaill\u00e9 et habit\u00e9 toute sa vie \u00e0 Roubaix. Une \u0153uvre picturale exceptionnelle qui m\u00e9lange all\u00e9grement l\u2019absurde et la dr\u00f4lerie. Un style remarquable, de belle facture, et un univers fascinant qu\u2019il cr\u00e9e aussi avec divers mat\u00e9riaux et toujours des couleurs fascinantes. Une filiation certaine avec une Annette Messager ou un G\u00e9rard Fromanger, mais avec des d\u00e9rives vers l\u2019univers de J\u00e9r\u00f4me Bosch. J\u2019ai m\u00eame achet\u00e9 le catalogue de son exposition au sortir du mus\u00e9e, et je reste pantois devant certaines de ses toiles. Un nom \u00e0 retenir pour celles et ceux qui s\u2019int\u00e9ressent aux arts plastiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours \u00e0 Tourcoing, \u00e0 l\u2019emplacement de l\u2019ancienne piscine dans une rue o\u00f9 j\u2019ai habit\u00e9 adolescent, c\u2019est l\u2019Institut du Monde Arabe qui nous invite \u00e0 d\u00e9couvrir Eug\u00e8ne \u00ab&nbsp;Nasr Ad Dine&nbsp;\u00bb (apr\u00e8s sa conversion \u00e0 l\u2019Islam) Dinet. Parisien, lui, il fait de brillantes \u00e9tudes et se met \u00e0 peindre sous l\u2019influence de Bouguereau, soit une peinture acad\u00e9mique proche de l\u2019art pompier. Mais, \u00e0 23 ans, Dinet suit une exp\u00e9dition d\u2019entomologistes en Alg\u00e9rie et il se produit comme un petit miracle, une r\u00e9v\u00e9lation, une \u00e9piphanie (encore une).<\/p>\n\n\n\n<p>Il apprendra l\u2019Arabe, se convertira \u00e0 l\u2019Islam et sera le fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 des peintres orientalistes. Sa vie se d\u00e9roulera d\u00e9sormais en Alg\u00e9rie et il sera un f\u00e9roce combattant du colonialisme fran\u00e7ais, cherchant \u00e0 peindre des femmes arabes dans tout leur myst\u00e8re et dans toute leur beaut\u00e9. Les regards p\u00e9tillent et les yeux scrutent langoureusement le peintre qui, c\u2019est manifeste, aime et d\u00e9sire ses mod\u00e8les. Il peint aussi des paysages, des villages, des oasis, des d\u00e9serts\u2026 Plus que d\u2019une religion, c\u2019est d\u2019un pays dont il est tomb\u00e9 amoureux et la maison de ses parents en Seine-et-Marne accueilleras des bless\u00e9s maghr\u00e9bins pendant la premi\u00e8re guerre mondiale. Il demandera un hommage d\u2019\u00c9tat aux combattants alg\u00e9riens.<\/p>\n\n\n\n<p>Dinet, ou plut\u00f4t Nasr Ad Dine, fera le p\u00e8lerinage \u00e0 La Mecque en 1929 et il mourra l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s \u00e0 Paris. Il y avait du Charles De Foucauld en lui, le m\u00eame amour mystique d\u2019un peuple et de son Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Roubaix maintenant et, au mus\u00e9e de la piscine, une exposition Georges Arditi \u2013 p\u00e8re de l\u2019acteur Pierre et cousin de l\u2019\u00e9crivain \u00c9lias Canetti \u2013 qui ne nous a pas laiss\u00e9 un souvenir imp\u00e9rissable. Entre attraction et cubisme, un style qui se rapproche d\u2019un Fernand L\u00e9ger ou d\u2019un Georges Braques dans les meilleurs moments, mais \u00e7a reste quelques coud\u00e9s en-de\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019on aime dans les collections permanentes de La Piscine, c\u2019est R\u00e9my Cogghe, lui aussi un r\u00e9gional de l\u2019\u00e9tape mais natif de Mouscron et donc Belge. Il grandira \u00e0 Roubaix o\u00f9 une rue porte son nom et, apr\u00e8s avoir fait du dessin industriel, rentre \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Beaux-Arts de Bruxelles o\u00f9 sa peinture commence \u00e0 se distinguer par des repr\u00e9sentations des traditions de la r\u00e9gion du Nord&nbsp;: combats de coqs, jeu de bourles, sc\u00e8nes de cabaret, carnaval, sc\u00e8nes de douane et de fronti\u00e8res\u2026 Cogghe est le peintre du Nord et on sent chez lui un amour des humbles et de leurs passe-temps avec un sens aigu de l\u2019observation et un go\u00fbt prononc\u00e9 pour la farce paysanne. On reste impressionn\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9 de ses personnages et par le r\u00e9alisme de sa peinture. Il peint des trognes, des mastroquets, des po\u00eales \u00e0 charbon, des ouvriers et des servantes avec un \u00e9gal bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours \u00e0 La Piscine, l\u2019exposition Pascal Barbe. Un dr\u00f4le de p\u00e8lerin celui-l\u00e0. Il est n\u00e9 en 1957 \u00e0 Bruay-En-Artois (ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s certain fait divers que le patelin minier sera rebaptis\u00e9 Bruay-La-Bussi\u00e8re, en fusionnant avec la commune d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa biographie, on apprend qu\u2019il \u00e9tait un grand ami de Jean-Pierre Mocky pour qui il a fait des affiches, qu\u2019il a beaucoup expos\u00e9 en Pologne et en Allemagne et qu\u2019il a fait partie du groupe arty-punk Bazooka. C\u00f4t\u00e9 presse, il a dessin\u00e9 pour la premi\u00e8re version de <em>Politis <\/em>et a exerc\u00e9 aussi ses talents \u00e0 <em>Actuel<\/em>. \u00c0 ne pas confondre avec le Barbe qui dessinait pour<em> Charlie Mensuel <\/em>et quelques autres revues humoristiques.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exposition a pour titre <em>Passage et fissures<\/em>, et on est tout de suite dans le ton. D\u2019abord, on a de grandes feuilles constell\u00e9es de petits dessins et il faudrait une loupe \u2013 et du temps \u2013 pour saisir tous ces croquis qui tiennent \u00e0 la fois du graffiti et de la chiure de mouche.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis ce sont des toiles avec d\u00e9j\u00e0 ses petits bonshommes, hommes-cloportes, hommes araign\u00e9es, hommes chauve-souris se baladant au milieu de formes g\u00e9om\u00e9triques qui font penser \u00e0 un Miro ou un Fernand L\u00e9ger. On n\u2019est jamais loin non plus d\u2019une certaine bouffonnerie \u00e0 la Jarry.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, ce sont les bonshommes qui ressemblent aux Shadocks de Jacques Rouxel mais toujours avec ce c\u00f4t\u00e9 pas fini, rudimentaire, cellulaire. Des troncs, des boules comme t\u00eates et de longues piques pour faire les bras et les jambes. Des bonshommes qu\u2019on trouve dans tous les \u00e9tats et dans toutes les positions possibles, avec accessoires pour figurer des sc\u00e8nes comiques o\u00f9 l\u2019absurde le dispute \u00e0 la farce. Ce sont en fait des bonshommes-machines confront\u00e9s \u00e0 toutes sortes d\u2019objets de notre modernit\u00e9 avec, \u00e0 chaque fois, des l\u00e9gendes ou des po\u00e8mes \u00e0 lire \u00e0 l\u2019endroit ou \u00e0 l\u2019envers, en miroir.<\/p>\n\n\n\n<p>Des po\u00e8mes courts qui doivent \u00e0 la meilleure veine surr\u00e9aliste de l\u2019\u00e9criture automatique, \u00e0 des Crevel, des Desnos ou des Tristan Tzara.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut voir aussi deux petits films. Un court-m\u00e9trage o\u00f9 il met en sc\u00e8ne l\u2019un de ses bonshommes et un autre, plus ambitieux, qui s\u2019intitule &nbsp;<em>La pomme et le papillon&nbsp;<\/em> o\u00f9 la vision drolatique, toujours dans son style \u00e9l\u00e9mentaire, du conflit entre Macintosh et Apple.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut aussi feuilleter un gros catalogue avec l\u2019int\u00e9grale de ses dessins, certains qu\u2019on retrouve dans l\u2019exposition, certains qu\u2019on d\u00e9couvre dans ce livre \u00e9pais qu\u2019on referme \u00e0 regret, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de comprendre ses po\u00e8mes \/ ha\u00efkus qui font images et valent surtout par la sonorit\u00e9 des mots, comme une musique qu\u2019il serait vain d\u2019analyser.<\/p>\n\n\n\n<p>Un artiste \u00e0 d\u00e9couvrir, un original dont la vision du monde et de ses contemporains n\u2019a rien de banale.<\/p>\n\n\n\n<p>On fait encore un tour dans des expositions de sculptures impressionnantes et dans une salle consacr\u00e9e \u00e0 la ville de Roubaix, ses portraits d\u2019hommes et femmes un peu connues, ces monuments, ses cour\u00e9es, ses ruelles. Roubaix qu\u2019on quitte au bord du soir, le premier jour du printemps, avec dans les yeux toute la beaut\u00e9 de ce lieu unique, La Piscine. In ar\u2019venant d\u2019l\u2019expo\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>20 mars 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Amateurs d\u2019art et esth\u00e8tes, on vous emm\u00e8ne faire un tour des expositions dans la m\u00e9tropole Lilloise, saison automne \u2013 hiver (et m\u00eame un peu printemps). 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