{"id":3923,"date":"2024-06-26T16:19:06","date_gmt":"2024-06-26T14:19:06","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3923"},"modified":"2024-06-26T16:19:07","modified_gmt":"2024-06-26T14:19:07","slug":"introduction-a-kim-fowley-loutrageux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3923","title":{"rendered":"INTRODUCTION \u00e0 KIM FOWLEY L&rsquo;OUTRAGEUX."},"content":{"rendered":"\n<p>DE HOLLYWOOD \u00c0 BABYLONE<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/illustration397.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3925\" width=\"573\" height=\"955\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/illustration397.jpg 285w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/illustration397-180x300.jpg 180w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/illustration397-18x30.jpg 18w\" sizes=\"(max-width: 573px) 100vw, 573px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>La couverture de son autobiographie, <em>Le seigneur de l&rsquo;ordure<\/em> (Kick books). <\/p>\n\n\n\n<p><strong>LORD KIM<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Adolescent, je savais tr\u00e8s peu de choses sur Kim Fowley. Deux ou trois choses, gu\u00e8re plus.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est lui qui se cachait derri\u00e8re ce Napol\u00e9on XIV et son \u00ab&nbsp;They\u2019re Coming To Take Me Away&nbsp;\u00bb, un classique du rock psychotique que le music man du <em>Pop Club<\/em> nous pr\u00e9sentait comme un gag de producteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait aussi cet album des Belfast Gypsies, avec les fr\u00e8res Mac Auley compagnons de route de Van Morrison au sein de Them. Encore eux. Kim Fowley l\u2019avait produit et on se demandait s\u2019il fallait prendre au s\u00e9rieux cet \u00ab&nbsp;Aria For The Fallen Angel&nbsp;\u00bb d\u00e9marqu\u00e9 de Jean-S\u00e9bastien Bach.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019avec <em>Rock &amp; Folk<\/em> en la personne de Yves Adrien et de son manifeste punk, le fameux <em>Je chante le rock \u00e9lectrique<\/em>, qu\u2019on avait une vision plus pr\u00e9cise de ce qui tenait \u00e0 la fois du ph\u00e9nom\u00e8ne de foire et du prince de l\u2019outrage. La pochette de<em> I\u2019m bad<\/em> illustrait, entre autres f\u00e9tiches la prose exalt\u00e9e du journaliste po\u00e8te, celui qui allait devenir le Lautr\u00e9amont du rock. On entrevoyait la b\u00eate, son regard inqui\u00e9tant de Frankenstein pop et son front raccourci par une tignasse envahissante.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, en 1973, <em>Best <\/em>\u00e9lisait <em>International heroes<\/em> comme disque du mois et l\u2019album paraissait en mentionnant le troph\u00e9e. Je ne pouvais qu\u2019acheter le disque, le premier vrai contact avec ce personnage sulfureux qu\u2019on d\u00e9crivait comme un m\u00e9galomane pervers.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien m\u2019en prit, car on trouvait une vraie sensibilit\u00e9 et un grand talent d\u2019auteur-compositeur tout au long de ces titres o\u00f9 pointaient aussi l\u2019humour et la d\u00e9rision. \u00ab&nbsp;Internationale Heroes&nbsp;\u00bb, la chanson-titre, avait tout d\u2019une ballade m\u00e9lancolique \u00e0 la Dylan (\u00ab&nbsp;yes we\u2019re born to lose&nbsp;\u00bb)&nbsp;; quand son \u00ab&nbsp;I Hate You&nbsp;\u00bb semblait \u00eatre la plus belle chanson de haine jamais \u00e9crite avec ses inflexions Lou Reediennes et son alacrit\u00e9. Lou Reed, Dylan\u2026 Du Procol grand cru. On pouvait aussi citer John Cale, Ian Hunter ou David Bowie pour un album qui pouvait entrer dans le spectre assez large du rock d\u00e9cadent avec une production singuli\u00e8re qui pla\u00e7ait Fowley dans le sillage d\u2019un Phil Spector avec lequel tout avait d\u2019ailleurs commenc\u00e9, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 car le bougre n\u2019\u00e9tait pas un perdreau de l\u2019ann\u00e9e, n\u00e9 en juillet 1939 et d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un vieux du haut de nos 19 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisqu\u2019il \u00e9tait question d\u2019une t\u00e9tralogie et qu\u2019on osait la comparaison avec Wagner (lequel rapprochement avait aussi \u00e9t\u00e9 fait avec Eddie Cochran sous la plume du m\u00eame Yves Adrien), j\u2019achetais successivement les albums <em>Good clean fun<\/em>, <em>Outrageous<\/em> et ce <em>I\u2019m bad<\/em> qui me faisait fantasmer sur un artiste qui s\u2019affichait sans vergogne comme \u00ab&nbsp;mauvais&nbsp;\u00bb, m\u00e9chant et perverti dans une g\u00e9n\u00e9ration qui pla\u00e7ait encore l\u2019amour et la paix parmi ses vertus cardinales. Kim Fowley n\u2019\u00e9tait visiblement pas de la g\u00e9n\u00e9ration hippie et il avait finalement plus \u00e0 voir avec ces monstres cyniques qu\u2019\u00e9taient Frank Zappa ou Captain Beefheart, soit les contempteurs ironiques du Peace and love de San Francisco.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Zappa, aussi bien que Beefheart, n\u2019avaient pas cette filiation au rock\u2019n\u2019roll et au College rock, de m\u00eame qu\u2019ils n\u2019avaient pas saisi l\u2019essence \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, fun et kitsch de cet \u00e9vangile accord\u00e9 aux adolescents boutonneux. Lord Kim, lui, savait tout cela et, avec Iggy Pop, il pouvait pr\u00e9tendre au titre d\u00e9risoire de parrain du punk, une sorte de proph\u00e8te des temps nouveaux, des temps d\u2019apr\u00e8s les 30 glorieuses, de la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique et des utopies politiques. Kim Fowley annon\u00e7ait les enfers, se complaisant dans un r\u00f4le de Cassandre pr\u00e9disant une fin de civilisation et son corollaire d\u2019invasions barbares. Des temps troubl\u00e9s dont il serait la figure embl\u00e9matique, le symbole.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Open Market \u00e9tait ce disquaire punk avant la lettre sis rue des Lombards, pas loin du trou des Halles. En m\u00eame temps que les disques jou\u00e9s \u00e0 son plein, on pouvait entendre le bruit envahissant des engins de terrassement et de levage. Le propri\u00e9taire \u00e9tait un individu sec et nerveux, mal aimable pour tout dire, une caricature de rocker un peu voyou du nom de Marc Zermati. Il y avait peu de disques dans ces grands bacs \u00e0 moiti\u00e9 vides, mais un rayon \u00e9tait plein du dernier Kim Fowley,<em> Animal god of the streets&nbsp;.<\/em> Le dernier, mais aussi les autres, cette t\u00e9tralogie dont parlait Adrien, un temps engag\u00e9 l\u00e0 comme vendeur. Zermati et ses quelques comparses avaient fait de Kim Fowley et des Flamin\u2019 Groovies leurs produits phares, des rondelles qui tr\u00f4naient en t\u00eate de gondole devant des originaux des Pretty Things ou des Troggs. Groovy&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>On achetait des singles par brass\u00e9e, des imports anglais de Eddie &amp; The Hot Rods ou de Graham Parker plus les premiers albums de Doctor Feelgood ou des Ducks Deluxe. C\u2019\u00e9tait deux ans avant la d\u00e9ferlante punk, mais l\u2019\u00e9tablissement annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 les formes des choses \u00e0 venir (shapes of things\u2026 to come). Le groupe Bijou r\u00e9p\u00e9tait parfois dans l\u2019arri\u00e8re-salle et la poudre blanche passait des lames \u00e9tincelantes des couteaux aux narines enflamm\u00e9es. Dehors, des filles court-v\u00eatues nous proposaient leurs charmes dans un m\u00e9lange de provocation et d\u2019arrogance (are you man enough?), et nous avions du mal \u00e0 ne pas succomber aux chants de ces sir\u00e8nes \u00e0 porte-jarretelles et talons aiguille. Sex and drugs and rock\u2019n\u2019roll, comme chanterait Ian Dury, un autre prot\u00e9g\u00e9 de l\u2019Open Market, un peu plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas tr\u00e8s loin de l\u00e0, La Parall\u00e8le \u00e9tait mieux achaland\u00e9e, mais nous y allions plus pour les livres et la presse underground que pour les disques. L\u2019ambiance \u00e9tait plus bienveillante et chaleureuse, plus du c\u00f4t\u00e9 des freaks et des baba-cools que de la vague punk encore en gestation.<\/p>\n\n\n\n<p>Au carrefour de l\u2019Od\u00e9on, c\u2019est l\u2019ours, un autre rocker rugueux et pas tr\u00e8s liant, qui nous accueillait dans son antre de Music Action pour des soldes d\u2019albums am\u00e9ricains o\u00f9 on pouvait, en cherchant bien, d\u00e9gotter un ou deux Kim Fowley. La boutique avait la particularit\u00e9 de mettre \u00e0 disposition tous les groupes proto-punks am\u00e9ricains \u2013 Pere Ubu, Modern Lovers, Real Kids\u2026 &#8211; que Philippe Garnier nous vantait dans ses chroniques am\u00e9ricaines de <em>Rock &amp; Folk<\/em>. On pouvait croiser par moment des critiques rock qui revendaient leurs services de presse pour arrondir leurs chiches fins de mois. Et puis il y avait Dave Music, \u00e0 R\u00e9publique, un v\u00e9ritable mus\u00e9e de l\u2019homme o\u00f9 on pouvait rafler des tr\u00e9sors de tous les garage bands am\u00e9ricains des ann\u00e9es 1960 tels qu\u2019on les avait d\u00e9couverts avec les albums <em>Nuggets <\/em>compil\u00e9s par Lenny Kaye. On allait \u00e0 la cueillette des singles et \u00e0 la moisson des albums avec nos grands sacs sigl\u00e9s des diff\u00e9rents magasins o\u00f9 l\u2019on pouvait souvent voir des posters des parrains du punk encore \u00e0 venir&nbsp;: Wayne Kramer dont on demandait la lib\u00e9ration, Iggy Pop en mode d\u00e9connexion apr\u00e8s le fulgurant <em>Raw power<\/em>, et notre Kim Fowley, maquill\u00e9 et en fourrure, un sourire narquois accroch\u00e9 \u00e0 des l\u00e8vres boudeuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Kim Fowley qui s\u2019occupait d\u2019un Girl group, les Runaways de Joan Jett, comme un prox\u00e9n\u00e8te qui aurait lanc\u00e9 ses gagneuses sur le Strip. On \u00e9tait en 1976 et Fowley \u00e9tait l\u2019un des producteurs les plus pris\u00e9s du rock business, appel\u00e9 \u00e0 travailler avec Blue Cheer, Alice Cooper Kiss. Le Dracula du rock commen\u00e7ait \u00e0 prendre la lumi\u00e8re, ce qui n\u2019est jamais bon pour les princes de l\u2019obscur jet\u00e9s hors de la crypte. Il s\u2019ensuivait des provocations incessantes, des interviews d\u00e9lirantes qui faisaient les choux gras des gazettes punk, des d\u00e9clarations ahurissantes de m\u00e9galomanie et de suffisance. Notre homme \u00e9tait visiblement gagn\u00e9 par l\u2019hubris et il allait vite se revendiquer comme l\u2019inventeur du Punk-rock, \u00e2me damn\u00e9e pr\u00e9curseur aussi bien des Ramones que des Sex Pistols. M\u00eame si la reconnaissance n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une valeur tr\u00e8s pris\u00e9e des Punks, la plupart d\u2019entre eux, dans leurs rares moments de lucidit\u00e9, ont quand m\u00eame souvent cit\u00e9 Kim Fowley parmi leurs influences, peut-\u00eatre pas tant dans la musique que dans l\u2019attitude et l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s divers travaux alimentaires et une semi-r\u00e9clusion \u00e0 Hollywood, dont il restera l\u2019une des cr\u00e9atures les plus extravagantes, Kim Fowley mourra d\u2019un cancer de la prostate le 15 janvier 2015, \u00e0 75 ans. Il sera accus\u00e9 d\u2019agressions sexuelles et de viols sur la personne notamment de Jacqueline Fuchs, alias Jackie Fox chez les Runaways durant une party pour le Nouvel an 1976. Triste fin pour un rocker flamboyant qui aura sem\u00e9 son empreinte sur tous les genres musicaux (College rock, Surf rock, Pop, Garage, Psych\u00e9d\u00e9lique, Hard-rock, Glitter rock, Punk\u2026) tout au long d\u2019une carri\u00e8re qui aura dur\u00e9 plus de 50 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Producteur \u00e9m\u00e9rite, auteur-compositeur pr\u00e9cieux et rocker de tous les exc\u00e8s, Kim Fowley a laiss\u00e9 une trace ind\u00e9l\u00e9bile dans l\u2019histoire du rock, m\u00eame si le fumet du scandale a pu minorer son g\u00e9nie incontestable. Un sorcier du son, une pop star de l\u2019ombre, un prince de l\u2019outrage.<\/p>\n\n\n\n<p><em>2 avril 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DE HOLLYWOOD \u00c0 BABYLONE La couverture de son autobiographie, Le seigneur de l&rsquo;ordure (Kick books). LORD KIM Adolescent, je savais tr\u00e8s peu de choses sur Kim Fowley. Deux ou trois choses, gu\u00e8re plus. 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