{"id":4008,"date":"2024-09-25T19:45:46","date_gmt":"2024-09-25T17:45:46","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4008"},"modified":"2024-09-25T19:45:47","modified_gmt":"2024-09-25T17:45:47","slug":"notes-de-lecture-63","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4008","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 63"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4010\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-300x169.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-768x432.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-1600x900.jpg 1600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-1200x675.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-900x506.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-600x338.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411-30x17.jpg 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/illustration411.jpg 1920w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Une lectrice en \u00e9t\u00e9. Photo Jacques Vincent<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>MICHAEL MOORCOCK &#8211; <em>ELRIC (L\u2019int\u00e9grale)<\/em> &#8211; Pocket \/ Fantasy<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un gros bouquin de 600 pages qui propose l\u2019int\u00e9grale, comme son nom l\u2019indique, des aventures d\u2019<em>Elric<\/em> dit aussi le N\u00e9cromancien, un prince blond albinos diaphane atteint d\u2019une maladie du sang et qui doit s\u2019abreuver de certain \u00e9lixir pour subsister.<\/p>\n\n\n\n<p>Un gros bouquin qui compte trois histoires&nbsp;: <em>Elric des dragons, La forteresse de la perle<\/em> et, pour finir,<em> Le navigateur sur les mers du destin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le prince Elric est un roi sans divertissement, comme aurait pu l\u2019\u00e9crire Giono, et il s\u2019ennuie sur le tr\u00f4ne de rubis que convoite Yirkoon, son rival, le fr\u00e8re de sa bien-aim\u00e9e Cimoril. C\u2019est le royaume de Menilbon\u00e9, dit aussi l\u2019\u00eele des Dragons. Elric devra repartir au combat nanti de son \u00e9p\u00e9e magique, Stormbringer, et il affrontera mille p\u00e9rils dans des aventures insens\u00e9es men\u00e9es dans les jeunes royaumes, aux confins du temps et de l\u2019espace, sur terre ou sur mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il partira dans la qu\u00eate de la perle, cette perle cens\u00e9e lui ramener \u00e0 la vie Cimoril, prisonni\u00e8re d\u2019un sortil\u00e8ge qui la retient inconsciente. Le prix \u00e0 payer est \u00e9lev\u00e9 et il lui faut nouer un pacte avec le seigneur du chaos, Arioch, pour triompher.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019en suivent des aventures en mer sur une sorte de nef des fous ou de vaisseau fant\u00f4me pour accoster \u00e0 l\u2019ancien royaume de Menilbon\u00e9 o\u00f9 g\u00eet l\u2019homme de jade, celui qui fut condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 apr\u00e8s avoir assist\u00e9 au sommet des dieux. L\u2019homme de jade finira par mourir apr\u00e8s que Elric e\u00fbt tu\u00e9 Avan Astran au fil de son \u00e9p\u00e9e. Une vie pour un mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 r\u00e9sum\u00e9s \u00e0 gros trait, si c\u2019est possible, les aventures de Elric. Des r\u00e9cits fascinants avec des univers parall\u00e8les, des temps qui se confondent, des r\u00eaves qui peuvent devenir r\u00e9els, des voleurs de r\u00eave et bien s\u00fbr des sortil\u00e8ges, des actes de sorcellerie, des batailles sanglantes, des monstres, des d\u00e9mons et des merveilles, comme aurait dit Lovecraft.<\/p>\n\n\n\n<p>Des univers beaux et inqui\u00e9tants que Moorcock n\u2019a pas son pareil pour imaginer et d\u00e9crire, car il faut une imagination prodigieuse pour cr\u00e9er tant de mondes disparates, chacun ayant ses propres lois, sa faune, sa flore, ses habitants, ses mythes et ses l\u00e9gendes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cart\u00e9siens et rationalistes s\u2019abstenir, car ce que nous propose Moorcock va bien au-del\u00e0 du fantastique et s\u2019apparente \u00e0 la pure f\u00e9erie, m\u00eame si ses histoires sont souvent des m\u00e9taphores du monde r\u00e9el, de sa brutalit\u00e9, de sa violence et de sa folie. Le pouvoir, la gloire, l\u2019argent et le sexe sont toujours recherch\u00e9s par tous les protagonistes, et c\u2019est une constante.<\/p>\n\n\n\n<p>Moorcock est le p\u00e8re de l\u2019Heroic-Fantasy, un genre particulier inspir\u00e9 de Tolkien et, comme pour l\u2019auteur du<em> Seigneur des anneaux<\/em>, des l\u00e9gendes celtes, scandinaves ou germaniques. Il nous int\u00e9resse tout particuli\u00e8rement pour avoir aussi \u00e9t\u00e9 le parolier de groupes de rock comme Hawkwind en Angleterre ou le Blue \u00d6yster Cult aux \u00c9tats-Unis. On insistera jamais assez sur le style pur et imag\u00e9 de ces histoires incroyables qui d\u00e9fient l\u2019imaginaire le plus fertile.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne va pas comparer, les genres, les traditions et les auteurs, mais quand on voit le nombrilisme et l\u2019univers \u00e9triqu\u00e9 de la plupart de nos \u00e9crivain-es de ce pays, on pourrait leur demander de lire ce livre et d\u2019autres ouvrages de Michael Moorcock, ne serait-ce que pour leur faire prendre conscience qu\u2019il existe autre chose qu\u2019eux et leurs petits ego chatouilleux. Mais c\u2019est peine perdue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 presque 85 ans, Moorcock va bient\u00f4t rejoindre l\u2019un de ces univers qu\u2019il a d\u00e9peint pour nous, pauvres mortels. Mais peut-\u00eatre est-il immortel, comme la plupart de ses h\u00e9ros, m\u00eame si l\u2019immortalit\u00e9 c\u2019est long, surtout vers la fin<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SIMENON \u2013<em> MAIGRET SE F\u00c2CHE \/ LA PIPE DE MAIGRET<\/em> &#8211; .Presses de la cit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On sait depuis longtemps, et on n\u2019 a pas attendu la biographie de Pierre Assouline pour le savoir, que l\u2019\u0153uvre de Simenon vaut beaucoup mieux que lui. Un grippe-sou obs\u00e9d\u00e9 sexuel sans empathie et sans compassion qui a toujours d\u00e9fendu bec et ongle son fr\u00e8re, un fasciste tra\u00een\u00e9 en justice pour des affaires criminelles. Mais foin de Simenon, on va parler de Maigret, le commissaire d\u00e9bonnaire et bougon, roi du Quai des orf\u00e8vres et parvenu au statut de mythe.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, que d\u2019humanit\u00e9 dans ses romans. On peut s\u00fbrement dissocier l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre, comme avec C\u00e9line ou Depardieu, mais qu\u2019importe. On va s\u2019\u00e9pargner les dissertations. Tout est question d\u2019atmosph\u00e8re, comme dans tous les bons Maigret (en existe-t-il d\u2019ailleurs de mauvais?). Il d\u00e9crit une France qui n\u2019existe plus, un Paris de l\u00e9gende et surtout une province et une campagne o\u00f9 des drames se nouent derri\u00e8re les volets des maisons qu\u2019on observe depuis les vitres d\u2019un train.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Maigret se f\u00e2che<\/em>, la premi\u00e8re histoire, Maigret coule des jours tranquilles en tant que retrait\u00e9 \u00e0 Meung sur Loire, dans le Loiret et une vieille dame autoritaire vient lui faire rependre du service. Maigret reprend donc la route vers un petit village de l\u2019Essonne (la Haute-Seine \u00e0 l\u2019\u00e9poque) o\u00f9 il rencontre un ancien camarade de lyc\u00e9e qu\u2019on appelait \u00ab&nbsp;le percepteur&nbsp;\u00bb \u00e0 cause de la profession de son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit une intrigue compliqu\u00e9e sur fond de n\u0153ud de vip\u00e8re et de drame familial o\u00f9 \u00ab&nbsp;le percepteur&nbsp;\u00bb joue le premier r\u00f4le. Un parvenu qui s\u2019est introduit dans une riche famille pour pousser le fils au jeu et l\u2019endetter. Il se suicidera apr\u00e8s des carambouilles financi\u00e8res quand \u00ab&nbsp;le percepteur&nbsp;\u00bb \u00e9pousera la fille de la maison apr\u00e8s avoir fait venir son fr\u00e8re, un \u00eatre falot et insipide, pour marier la cadette enceinte de ses \u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<p>La fille du fr\u00e8re et de la cadette s\u2019est suicid\u00e9e \u00e0 son tour et celui qu\u2019elle croit son cousin et qui est en fait son fr\u00e8re est s\u00e9questr\u00e9 dans un abri pour \u00e9viter qu\u2019il en fasse de m\u00eame ou crie la v\u00e9rit\u00e9. Mais le bon gros Maigret, qui d\u00e9teste visc\u00e9ralement ce monde de faux-semblant des parvenus flambeurs (on ne disait pas encore \u00ab&nbsp;bling-bling&nbsp;\u00bb) a renifl\u00e9 les dessous de l\u2019affaire et fera sortir la v\u00e9rit\u00e9 toute nue de ce puits infect. Maigret se f\u00e2che contre l\u2019hypocrisie, la bassesse d\u2019\u00e2me et l\u2019absence de scrupules d\u2019une bourgeoisie de province qui rappelle celle d\u2019un Claude Chabrol.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une sc\u00e8ne \u00e9mouvante o\u00f9 Maigret va aux renseignements Quai des orf\u00e8vres et retrouve ses coll\u00e8gues \u2013 Janvier, Lucas et Tarrence \u2013 qui le consid\u00e8rent toujours comme le patron. Ils vont s\u2019envoyer quelques chopes au bistrot Place Dauphine et d\u00e9jeunent ensemble. Une choucroute, probablement.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde histoire est plus courte. <em>La pipe de Maigret <\/em>lui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9e \u00e0 son bureau et il s\u2019en trouve fort agac\u00e9. Une vieille dame accompagn\u00e9e de son fils y \u00e9taient venus pour se plaindre de bruits nocturnes et de ce qu\u2019elle soup\u00e7onne \u00eatre des effractions, sans que rien ne soit vol\u00e9. Le fils temp\u00e8re les craintes de sa m\u00e8re mais il dispara\u00eet peu de temps apr\u00e8s cette entrevue.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 aussi, l\u2019enqu\u00eate se dirige vers un petit truand fra\u00eechement sorti de prison apr\u00e8s avoir tu\u00e9 l&nbsp;\u2018un de ses complices dans le vol d\u2019une bijouterie \u00e0 Nice. Leur planque \u00e9tait situ\u00e9e dans la maison de la vieille dame et le jeune homme, qui en savait trop, devait mourir. Sauf que Maigret est arriv\u00e9 et a confondu l\u2019assassin dans une guinguette de Chelles o\u00f9 il s\u00e9questrait le jeune homme, celui qui avait men\u00e9 sa propre enqu\u00eate sur les bijoux avec la pipe de Maigret au bec, puisque c\u2019\u00e9tait lui le voleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Maigret lui propose d\u2019autres pipes pour le consoler d\u2019avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort, mais celui-ci d\u00e9cline, arguant que ce ne serait pas vraiment \u00ab&nbsp;la pipe de Maigret&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une histoire courte, une nouvelle, tout aussi bien men\u00e9e que la pr\u00e9c\u00e9dente, avec une \u00e9conomie de mots et un style sec au service d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u2019atmosph\u00e8re, de d\u00e9tails qui font vrai et de personnages cocasses.<\/p>\n\n\n\n<p>La pipe, les demis du caf\u00e9 de la Place Dauphine, le b\u0153uf-carottes de Madame Maigret, le Paris de l\u2019apr\u00e8s-guerre, des fum\u00e9es de tabac gris et une gueule d\u2019atmosph\u00e8re, \u00e0 couper au couteau. \u00d4 nostalgie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TCHEKHOV \u2013 <em>CE FOU DE PLATONOV \/ LE SAUVAGE <\/em>\u2013 Gallimard \/ Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec Maupassant et peut-\u00eatre Raymond Carver, Tchekhov a toujours \u00e9t\u00e9 mon nouvelliste favori. Mais il est bien plus c\u00e9l\u00e8bre pour ses pi\u00e8ces et ce gros livre en propose deux, l\u2019une parmi les plus connues (<em>La cerisaie, La mouette, Oncle Vania, <\/em><em>Les trois soeurs<\/em>\u2026), l\u2019autre qui l\u2019est moins.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce fou de Platonov<\/em>&nbsp;: Anna Petrovna, riche veuve d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral, invite ses connaissances en vill\u00e9giature tous les ans dans sa maison de campagne. Parmi les nombreux invit\u00e9s figure Platonov, personnage principal de la pi\u00e8ce. C\u2019est un intellectuel d\u00e9sabus\u00e9 et cynique, devenu professeur en province, qui est aussi un s\u00e9ducteur poursuivi par les ardeurs de trois femmes&nbsp;: Anna la riche propri\u00e9taire, Sofia, une ancienne ma\u00eetresse qui le poursuit de ses assiduit\u00e9s, et son \u00e9pouse l\u00e9gitime Sacha qui se d\u00e9sesp\u00e8re de ses incartades et, \u00e0 chaque retour honteux au foyer, lui fait f\u00eate et imagine repartir sur des bases nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>On suit les p\u00e9r\u00e9grinations et les conversations de toute une bourgeoisie de l\u2019\u00e9poque tsariste avec, en arri\u00e8re-plan, quelques moujiks m\u00e9pris\u00e9s et qui existent \u00e0 peine dans le regard de leurs ma\u00eetres. On a donc, en plus de la description r\u00e9ussie d\u2019une certaine soci\u00e9t\u00e9, les \u00e9tats d\u2019\u00e2me d\u2019un homme conscient de son \u00e9go\u00efsme et de sa vanit\u00e9 qui c\u00e8de \u00e0 toutes les sollicitations des femmes lui tournant autour.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela finit mal, et Platonov, apr\u00e8s avoir papillonn\u00e9 et recueilli les faveurs des femmes, s\u2019enfonce dans le d\u00e9sespoir. La morale de Tchekhov est claire qui veut qu\u2019on ne peut pr\u00e9tendre au bonheur sans honn\u00eatet\u00e9 et sans fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses valeurs. Son Platonov a d\u2019ailleurs beaucoup de traits communs avec l\u2019Oblomov de Gontcharov et souligne la vacuit\u00e9 de la bourgeoisie de ces temps, son go\u00fbt des plaisirs et des distractions sans aucune conscience sociale, sans aucune compassion, sans aucune humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis le vent tourne, la propri\u00e9taire est ruin\u00e9e \u00e0 la suite d\u2019une coalition de ses cr\u00e9anciers, Sacha tente de se suicider et Platonov est tu\u00e9 par Sofia au bout de l\u2019ultime sc\u00e8ne. La farce en apparence l\u00e9g\u00e8re bascule dans le tragique.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce date de 1880 et annonce \u00e0 sa fa\u00e7on les bouleversements historiques \u00e0 venir \u00e0 travers ces personnages frivoles qui dansent sur un volcan et finiront dans les poubelles de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le sauvage&nbsp; <\/em><em>(cette pi\u00e8ce qui deviendra Oncle Vania) <\/em>: On attend des invit\u00e9s pour un anniversaire, notamment le professeur Serebriakov, un fat, et sa femme \u00c9l\u00e9na Andreevna. Ils tardent \u00e0 arriver, mais les premi\u00e8res sc\u00e8nes servent \u00e0 pr\u00e9senter les personnages. Puis l\u2019action se d\u00e9place dans la propri\u00e9t\u00e9 du professeur qui maudit sa vieillesse et se plaint de crises de goutte devant son \u00e9pouse, plus jeune que lui, et exc\u00e9d\u00e9e par ses g\u00e9missements.<\/p>\n\n\n\n<p>On appelle le Sauvage, ou Khrouthchev, un m\u00e9decin qui est aussi un amoureux de la for\u00eat et de la nature, un \u00e9cologiste avant la lettre. Khroutchev est lui amoureux de Sonia, la fille que \u00c9l\u00e9na a eu en premi\u00e8re noce.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans<em> Platonov<\/em>, Tchekhov d\u00e9crit un microcosme o\u00f9 les gens adorent parler, font profession d\u2019amiti\u00e9 et d\u2019amour avant de se ha\u00efr. La pi\u00e8ce bascule aussi dans la trag\u00e9die quand Voinitzki se suicide apr\u00e8s que Serebriakov lui e\u00fbt parl\u00e9 de vendre sa propri\u00e9t\u00e9 et de partir en Finlande, le laissant sans toit. \u00c9l\u00e9na quitte Serebriakov qu\u2019elle tient pour responsable du suicide. Elle reviendra et, \u00e0 la derni\u00e8re sc\u00e8ne, c\u2019est F\u00e9dor Ivanovitch, un jeune noceur personnage dosto\u00efevskien, qui est choisi par Sonia.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sauvage peut retourner \u00e0 ses for\u00eats et Tchekhov met en parall\u00e8le le d\u00e9sordre d\u2019une micro-soci\u00e9t\u00e9 de petits propri\u00e9taires perdus dans des intrigues mesquines avec la nature saccag\u00e9e et malmen\u00e9e. La pi\u00e8ce date de 1989. Un visionnaire, et un dramaturge brillant tant il sait faire vivre ses personnages et a cette capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire une soci\u00e9t\u00e9 qui s\u2019\u00e9tiole dans les mondanit\u00e9s, les comm\u00e9rages et l\u2019alcoolisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas la pi\u00e8ce la plus connue de Tchekhov et c\u2019est dommage. Lire du th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas toujours passionnant mais c\u2019est Tchekhov avec ses citations de Lermontov, de Gogol ou de Pouchkine. \u00c7a se lit comme un roman russe, avec la fum\u00e9e du samovar et le go\u00fbt de la vodka. Merci camarade Tchekhov.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BAUDELAIRE \u2013 <em>CONSEILS AUX JEUNES LITT\u00c9RATEURS \/ DE L\u2019ESSENCE DU RIRE<\/em> \u2013 \u00c9ditions Sillage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux courts textes de Baudelaire parus dans des journaux de l\u2019\u00e9poque, l\u2019un en 1851, l\u2019autre un peu plus tard en 1855. L\u2019\u00e9poque o\u00f9 Baudelaire vend sa plume dans les gazettes avec des chroniques o\u00f9 point d\u00e9j\u00e0 son humour grin\u00e7ant. Baudelaire en dandy journaliste.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Conseils aux jeunes litt\u00e9rateurs<\/em> n\u2019a pas grand-chose \u00e0 voir avec la <em>Lettre \u00e0 un jeune po\u00e8te <\/em>de Rilke. C\u2019est plut\u00f4t, sur un mode sarcastique, des consid\u00e9rations sur la malchance, les d\u00e9buts, les alliances, les relations, l\u2019inspiration, le r\u00f4le des femmes et les conditions mat\u00e9rielles du m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain. Tout ce qu\u2019il y a de plus s\u00e9rieux, mais on devine le sourire narquois de l\u2019auteur derri\u00e8re ces recommandations de simple bon sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus dr\u00f4le encore est cette charge ironique contre le parti de la vertu (<em>Les drames et les romans honn\u00eates<\/em>), et l\u2019\u00e9cole artistique dite du bon sens en lutte contre un romantisme d\u00e9vastateur, selon eux, dans une absence totale de mesure et une certaine complaisance pour le mal. Satanique, disent-ils. Baudelaire s\u2019en donne \u00e0 c\u0153ur joie contre les repr\u00e9sentants de cette \u00e9cole en d\u00e9non\u00e7ant toute intervention de la morale et de la vertu dans l\u2019\u0153uvre artistique. Enlev\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont de courts textes, d\u2019une vingtaine de pages. Des articles de journaux. Pas comme <em>De l\u2019essence du rire<\/em>, qui se pr\u00e9sente comme un essai philosophique sur le rire. Le rire qui, selon Baudelaire, est d\u2019essence r\u00e9ellement satanique et est proscrit par les religions (Dieu a-t-il jamais ri?). Le rire vient de la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019homme ou du sentiment qu\u2019il en a, et Baudelaire de convoquer Rabelais, Moli\u00e8re, Hoffman et ses contes et de distinguer les diff\u00e9rents rires (grotesque, rire significatif, rire relatif, rire absolu, pantomime\u2026) et tous les rires analys\u00e9s selon le g\u00e9nie propre de leurs pays respectifs. Le rire comme prise de conscience du malheur des hommes, de leur mal\u00e9diction, comme le traiteront plus tard Lautr\u00e9amont ou Breton dans son <em>Anthologie de l\u2019humour noir<\/em> (qui cite d\u2019ailleurs Baudelaire, un Baudelaire sadique auteur du <em>Mauvais vitrier <\/em>dans <em>Le spleen de Paris)<\/em>. La vie en beau&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pas sp\u00e9cialement dr\u00f4le, mais tr\u00e8s instructif et \u00e9clairant, plus pertinent en tout cas que <em>Le rire <\/em>de Bergson qui m\u2019a toujours fait b\u00e2iller. \u00ab&nbsp;Du m\u00e9canique plaqu\u00e9 sur de l\u2019humain&nbsp;\u00bb. Bof.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette version de ce texte date de 1857, l\u2019ann\u00e9e de la publication des <em>Fleurs du mal<\/em>, un autre genre de<\/p>\n\n\n\n<p>rigolade.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DANIEL LESUEUR \u2013 <em>COUVRE-FEU AU PAYS DES LUMI\u00c8RES<\/em> \u2013 Auto-\u00e9dition<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Daniel Lesueur, ancien journaliste rock pass\u00e9 au livre et \u00e0 l\u2019\u00e9dition \u2013 entre autres &#8211; est mon \u00ab&nbsp;relecteur&nbsp;\u00bb et mon \u00e9diteur depuis une bonne dizaine d\u2019ann\u00e9es et je ne serai donc pas objectif dans cette chronique. 18 livres au compteur pour moi, et des \u00e9changes parfois vifs mais toujours dans le respect mutuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Une petite critique de forme&nbsp;: le format du livre, mal ais\u00e9 \u00e0 lire ailleurs que dans son canap\u00e9, et la pagination charg\u00e9e qui fait un peu \u00ab&nbsp;casse-cro\u00fbte&nbsp;\u00bb, mais on finit par s\u2019y faire.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 lu une premi\u00e8re mouture de ce livre, sous un titre diff\u00e9rent, que j\u2019ai relu avec grand plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>De quoi s\u2019agit-il&nbsp;? Un tableau, une fresque, qui compile des centaines d\u2019extraits de livres, de coupures de presse et de donn\u00e9es statistiques sur l\u2019\u00e9tat de la France au moins depuis la premi\u00e8re guerre mondiale. On le voit, le propos est ambitieux et Lesueur se fait \u00e0 la fois historien, sociologue, moraliste et philosophe. On connaissait le d\u00e9clinisme, soit cette tendance au \u00ab&nbsp;c\u2019\u00e9tait mieux avant&nbsp;\u00bb incarn\u00e9e notamment par un Nicolas Baverez et une certaine droite derri\u00e8re lui, mais l\u2019auteur, si l\u2019on peut le rapprocher de cette \u00e9cole, n\u2019a pas ce c\u00f4t\u00e9 r\u00e9actionnaire qu\u2019on trouve sous ces latitudes. Non, c\u2019est l\u00e0 le livre honn\u00eate d\u2019un humaniste qui ne se r\u00e9sout pas au d\u00e9clin \u2013 on ne va pas dire au d\u00e9clin de la France, ce livre n\u2019a rien de cocardier ou de nationaliste \u2013 mais plut\u00f4t \u00e0 l\u2019abaissement des valeurs humaines d\u2019entraide, de coop\u00e9ration, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9&nbsp; et de bont\u00e9 (un mot qui choque tant il est d\u00e9mod\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>On a d\u2019abord une vision historique, depuis le d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 nos plus r\u00e9cents jours, de l\u2019\u00e9volution du pays. De 14-18 \u00e0 la Macronie en passant par les ann\u00e9es 30, la seconde guerre mondiale, P\u00e9tain, De Gaulle, la IV\u00b0 R\u00e9publique, Pompidou, Giscard, Mitterrand\u2026 Ces rappels historiques sont crois\u00e9s avec diverses th\u00e9matiques&nbsp;: agriculture, sant\u00e9, \u00e9conomie, \u00e9ducation, famille, jeunesse, argent,, religion, politique, modes de vie, communication\u2026 Les constats sont tr\u00e8s souvent justes, m\u00eame si on n\u2019est pas toujours d\u2019accord avec l\u2019auteur quant aux racines ou aux causes.<\/p>\n\n\n\n<p>Un livre bien construit. Le propos g\u00e9n\u00e9ral est de d\u00e9noncer cette course \u00e0 la modernit\u00e9 qui, en br\u00fblant tous les vaisseaux de l\u2019humanit\u00e9, toutes ses valeurs et ses enseignements, avilit et corrompt. L\u2019auteur s\u2019attaque \u00e0 l\u2019argent roi, au r\u00e8gne de la facilit\u00e9, de la d\u00e9brouille individuelle, de l\u2019\u00e9gotisme et du cynisme. On n\u2019a pas la place pour diss\u00e9quer chaque chapitre, mais on voit bien l\u2019id\u00e9e et elle est d\u00e9fendue avec talent et conviction, en pol\u00e9miste.<\/p>\n\n\n\n<p>Lesueur n\u2019est pas pour rien un sp\u00e9cialiste du rock et de la chanson (du cin\u00e9ma aussi). Sur le rock, il en conna\u00eet dix fois plus que moi qui passe pourtant dans mon entourage pour un \u00e9rudit. Des chanteurs et des chansons parcourent l\u2019ouvrage, et cela lui donne une note nostalgique bienvenue.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut regretter l\u2019abondance des citations et critiquer le choix de certains auteurs tels Alexis Carrel, p\u00e8re de l\u2019eug\u00e9nisme et pr\u00e9curseur du nazisme, Jean Montaldo, ex plume de <em>Minute<\/em> ou Fran\u00e7ois De Closets, \u00e9ternel pourfendeur du service public, de l\u2019\u00e9tat social et des fonctionnaires. Mais on trouve aussi des journalistes du <em>Monde Diplomatique<\/em>, Debord, Chomsky\u2026 \u00c0 charge et \u00e0 d\u00e9charge, disons que le propos n\u2019est pas politiquement situ\u00e9, se revendiquant d\u2019un humanisme plut\u00f4t apolitique.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut aussi tiquer lorsque l\u2019auteur parle d\u2019\u00e9cologie en laissant entendre que des formations politiques comme LFI ou Les \u00c9cologistes ont abandonn\u00e9 l\u2019\u00e9cologie originelle d\u2019un Ren\u00e9 Dumont ou de ses premiers th\u00e9oriciens (Gorz, Ellul, Illich\u2026). L\u2019\u00e9cosocialisme a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 par cette gauche comme l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme et d\u2019autres courants plus modernes. Mais tout cela n\u2019est pas bien grave.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le militant d\u2019Attac que je suis, c\u2019est tout le discours \u00e9conomique et social sur les in\u00e9galit\u00e9s, la mondialisation, l\u2019\u00e9conomie casino ou les multinationales qui font mouche. Pas nouveau certes, mais bien dit et bien senti.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est dommage que ce livre n\u2019ait pu trouver d\u2019\u00e9diteur, mais Lesueur n\u2019appartient pas au gratin universitaire et n\u2019est pas du nombre des intellectuels m\u00e9diatiques. Il \u00e9crit en honn\u00eate homme, au sens que lui donnait La Bruy\u00e8re&nbsp;; quelqu\u2019un qui s\u2019indigne et pousse un coup de gueule devant l\u2019ahurissante d\u00e9rive \u00e0 laquelle nous assistons.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019aucuns pourront dire qu\u2019il n\u2019y a rien de nouveau sous le soleil et que tout cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit mille fois, sauf qu\u2019une telle mise en perspective et une telle masse d\u2019informations compil\u00e9e laisse songeur. Un manuel de savoir-vivre, \u00e0 l\u2019usage des vieilles g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MICHAEL MOORCOCK &#8211; ELRIC (L\u2019int\u00e9grale) &#8211; Pocket \/ Fantasy Un gros bouquin de 600 pages qui propose l\u2019int\u00e9grale, comme son nom l\u2019indique, des aventures d\u2019Elric dit aussi le N\u00e9cromancien, un prince blond albinos diaphane atteint d\u2019une maladie du sang et qui doit s\u2019abreuver de certain \u00e9lixir pour subsister. 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