{"id":4027,"date":"2024-10-23T17:09:45","date_gmt":"2024-10-23T15:09:45","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4027"},"modified":"2024-10-23T17:09:45","modified_gmt":"2024-10-23T15:09:45","slug":"notes-de-lecture-64","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4027","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 64"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"617\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-1024x617.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4028\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-1024x617.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-300x181.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-768x463.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-1536x925.jpg 1536w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-2048x1234.jpg 2048w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-2000x1205.jpg 2000w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-1600x964.jpg 1600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-1200x723.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-900x542.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-600x361.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/illustration413-30x18.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Un lecteur, pour une fois. Ce n&rsquo;est pas moi, \u00e7a aurait pu. Photo Jacques Vincent. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>DANIEL BEN SAID &#8211; <em>UNE LENTE IMPATIENCE<\/em> \u2013 STOCK.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, Ben Said, c\u2019\u00e9tait un vieux dirigeant de la Ligue Communiste, un peu connu pour des essais philosophiques et des \u00e9crits sur Walter Benjamin. C\u2019est bien plus que \u00e7a, \u00e0 lire ce livre qui est \u00e0 la fois une autobiographie, une histoire collective de la Ligue et des mouvements sociaux sur fond d\u2019histoire politique de la seconde moiti\u00e9 du XX\u00b0 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, on est surpris par le style et le vocabulaire mis \u00e0 son service. Le bonhomme sait \u00e9crire et \u00e7a se sent d\u00e8s les premi\u00e8res phrases. On sent qu\u2019il a beaucoup lu, et pas seulement Trotski ou Marx.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire autobiographique d\u2019un Juif s\u00e9farade d\u2019Afrique du Nord dont la famille s\u2019est \u00e9tablie \u00e0 Toulouse. Un bistrot toulousain o\u00f9 des ouvriers viennent discuter politique et o\u00f9 on supporte le T\u00e9f\u00e9c\u00e9. Beaucoup d\u2019oncles sont morts en d\u00e9portation et le jeune Ben Said se sent une dette envers eux. C\u2019est ce qui l\u2019am\u00e8nera en partie \u00e0 cr\u00e9er, avec Krivine, Weber et Janette Habel, les Jeunesses Communistes R\u00e9volutionnaires (scission de l\u2019Union des \u00c9tudiants Communistes) au milieu des ann\u00e9es 1960. Un Gaullisme d\u00e9liquescent et une soci\u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9e qui sera r\u00e9veill\u00e9e par Mai 68 o\u00f9 notre homme prendra sa part. Puis ce sera la Ligue Communiste en 1969 et son adh\u00e9sion \u00e0 la IV\u00b0 Internationale et les affrontements muscl\u00e9s avec les fascistes d\u2019Occident d\u2019abord, puis d\u2019Ordre Nouveau et du PFN.<\/p>\n\n\n\n<p>La Ligue, c\u2019est aussi une histoire d\u2019amiti\u00e9 et plusieurs personnages font l\u2019objet d\u2019affectueux portraits, car Ben Sa, comme on l\u2019appelait, est un c\u0153ur tendre, un sensible, un gentil. Puis c\u2019est la dissolution par Marcellin en juillet 1973 et ces fi\u00e8res paroles de Ben Sa (non cit\u00e9es dans ce livre)&nbsp;: \u00ab&nbsp;nous avions une organisation \u00e0 perdre et un monde \u00e0 gagner&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis viennent les ann\u00e9es 1970 et les solidarit\u00e9s internationales avec Ben Sa dans le Portugal des \u0153illets, puis dans l\u2019Espagne post-franquiste apr\u00e8s avoir aid\u00e9 les militants basques de l\u2019ETA et d\u2019une section rattach\u00e9e \u00e0 la IV\u00b0 Internationale. Ce sera aussi l\u2019Italie des ann\u00e9es de plomb avec la description d\u2019un congr\u00e8s de Lotta Continua.<\/p>\n\n\n\n<p>Ben Said est partout, avec parfois Christophe Aguiton \u00e0 ses basques. En Am\u00e9rique du Sud, il participe aux d\u00e9bats internes entre partis trotskistes, avant la dictature&nbsp;; au Br\u00e9sil, il arrive apr\u00e8s la fin de la dictature et se lie d\u2019amiti\u00e9 avec des r\u00e9volutionnaires br\u00e9siliens autour du P.T qui allaient devoir se ranger \u00e0 la real politic&nbsp;; au Mexique, ce sont d\u2019autres r\u00e9volutionnaires nostalgiques des Pancho Villa ou Zappata qui doivent composer avec les r\u00e9alit\u00e9s. C\u2019est un peu le globe-trotter au service de la r\u00e9volution internationale et ce n\u2019est pas la partie la plus int\u00e9ressante de ce livre passionnant.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus int\u00e9ressant sont ces chapitres sur ce qu\u2019\u00eatre juif, religion et ethnie, ou sur ce que \u00e7a fait de ne plus l\u2019\u00eatre. On entre ici dans la mystique, le messianisme, avec le mythe du peuple \u00e9lu et de ses g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es du juda\u00efsme au communisme dans les tragiques soubresauts de l\u2019histoire. Ben Said fait le compte de tous les r\u00e9volutionnaires pass\u00e9s \u00e0 la Tora ou au Talmud, \u00e0 commencer par Benny Levy, secr\u00e9taire de Sartre et leader de la Gauche Prol\u00e9tarienne. Ben Said parlera de juif marrane, ces juifs convertis au catholicisme mais qui sont rest\u00e9s juifs dans leur tr\u00e9fonds.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le juda\u00efsme, c\u2019est Marx et ses diff\u00e9rents ex\u00e9g\u00e8tes. Marx ou plut\u00f4t les Marx et les marxismes. L\u00e0 aussi, de belles le\u00e7ons d\u2019histoire, de politique et de philosophie. Ben Said reste marxiste envers et contre tout et a toujours vomi le stalinisme, m\u00eame si la chute du mur symbolise pour lui la d\u00e9faite du mouvement ouvrier international. Voir aussi Traverso, dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici, avec qui il a beaucoup en commun.<\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019oublie pas Ben Said le philosophe qui conna\u00eet mieux que personne Marx bien s\u00fbr, mais aussi Althusser, Foucault, Guattari, Deleuze, Derrida\u2026 Il a enseign\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Vincennes puis Saint-Denis Paris VIII. Un philosophe, pas nouveau mais vrai qui manie le concept avec dext\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre se termine sur la vision d\u2019un homme malade qui d\u00e9laisse les luttes et les voyages politiques pour se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9criture, et on se dit que la politique y aura perdu ce que la litt\u00e9rature et la philosophie y auront gagn\u00e9. Car Ben Said est un grand \u00e9crivain. On termine sur l\u2019instabilit\u00e9 du monde, le triomphe du capitalisme financiaris\u00e9 mais aussi, comme toujours avec lui, sur des raisons d\u2019esp\u00e9rer avec les gr\u00e8ves de 1995, les luttes des \u00ab&nbsp;sans&nbsp;\u00bb ou la mont\u00e9e de l\u2019altermondialisme. Dans l\u2019attente, non du grand soir, mais d\u2019une d\u00e9faite du capital et de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un monde nouveau dessin\u00e9 par Andr\u00e9 Breton dans ses prol\u00e9gom\u00e8nes \u00e0 un troisi\u00e8me manifeste du surr\u00e9alisme.<\/p>\n\n\n\n<p>De belles pages sont aussi consacr\u00e9es aux derniers jours de Trotski, \u00ab&nbsp;le vieux&nbsp;\u00bb, au Mexique, avant le roman de Paduro. Ben Said a toujours eu la fibre latino-am\u00e9ricaine. Viva Ben Sa&nbsp;! Gloire au camarade Daniel&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ben Said mourra en 2010 et il laisse un grand vide, lui qui se d\u00e9finissait plus comme un militant que comme un intellectuel ou un philosophe. Un grand militant, un grand penseur, un grand homme&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN-CLAUDE IZZO \u2013 <em>SOL\u00c9A<\/em> \u2013 S\u00e9rie noire \/ Gallimard.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Autant l\u2019avouer tout de suite, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 un fan de Izzo. \u00c7a tient un peu du polar r\u00e9gional, politique certes, mais avec Marseille \u00e0 chaque coin de page&nbsp;; la mer, le ciel et les lumi\u00e8res. Et les \u00eeles du Frioul, le Panier, l\u2019Estaque, les Calanques\u2026 Faut vraiment aimer. Ne manquent que l\u2019O.M, Pagnol, la Cannebi\u00e8re et Notre-Dame de la Garde.<\/p>\n\n\n\n<p>On a ici un prologue avec Babette, une femme planqu\u00e9e dans une ferme du Gard, chez un ami s\u00fbr. Elle a enqu\u00eat\u00e9 sur la maffia et a accumul\u00e9 les documents compromettants pour la pieuvre dans trois disquettes (on ne parlait pas encore de cl\u00e9s USB, on est en 1997) dont l\u2019une cite des noms d\u2019hommes politiques et d\u2019hommes d\u2019affaire. Izzo entrecoupe ses pages de r\u00e9v\u00e9lations de la mafia extraites de rapports de l\u2019ONU et d\u2019articles du <em>Monde Diplomatique<\/em> (c\u2019est \u00e9crit en derni\u00e8re page), et \u00e7a fait un peu remplissage.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intrigue est bien men\u00e9e. Montale, ancien flic mis \u00e0 son compte, est poursuivi par un tueur de la maffia qui conna\u00eet ses liens avec Babette&nbsp;. Tous ses amis disparaissent les uns apr\u00e8s les autres&nbsp;: Sonia, une femme qu\u2019il venait de rencontrer puis Mavros son meilleur ami, toujours de la m\u00eame fa\u00e7on, \u00e9gorg\u00e9s de droite \u00e0 gauche, une signature. Montale vient d\u2019\u00eatre largu\u00e9 par Lole, la femme de sa vie et il tombe amoureux d\u2019une commissaire de police qui enqu\u00eate sur les faits et avec qui il est forc\u00e9 de collaborer. On a droit \u00e0 des notations justes sur l\u2019amour, sur la mort et sur la vie, peut-\u00eatre un peu trop tir\u00e9es vers le sentimental, lui parlerait de romantisme. .<\/p>\n\n\n\n<p>Izzo parle beaucoup des crimes de la maffia sur la C\u00f4te d\u2019Azur, de l\u2019affaire Yann Piat, du clan Forgette, des politiciens corrompus et des affairistes v\u00e9reux, convoquant aussi les th\u00e8ses altermondialistes sur le secret des affaires, l\u2019\u00e9vasion fiscale et la finance toxique. On est \u00e9videmment s\u00e9duit par un discours politique qui va dans le bon sens. On est aussi \u00e9mu par cette connivence, cette amiti\u00e9 et cet amour qui relient entre eux des personnages bien camp\u00e9s et attachants. \u00c7a ne vaut pas un roman comme <em>Total Kheops<\/em>, mais \u00e7a tient la route, m\u00eame si on n\u2019est toujours pas convaincu par un romancier qui s\u2019accorde trop de facilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Montale a \u00e9t\u00e9 incarn\u00e9 par Delon \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et Izzo a \u00e9t\u00e9 journaliste \u00e0 <em>La Marseillaise<\/em>, le quotidien communiste local. C\u2019est un fan de jazz et de salsa. \u00ab&nbsp;Sol\u00e9a&nbsp;\u00bb est d\u2019ailleurs un morceau de Miles Davis. Et puis, outre le Pastis (que je d\u00e9teste), Montale est un grand amateur de Lagavulin (pas peu cher, peuch\u00e8re!). Un homme de go\u00fbt, v\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALPHONSE DAUDET \u2013 <em>LES CONTES DU LUNDI<\/em> \u2013 Fasquelle \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ah Daudet&nbsp;!<em> Les lettres de mon moulin<\/em>, <em>Le petit chose<\/em>, l\u2019une de mes grandes tendresses. Dommage qu\u2019il ait enfant\u00e9 un fasciste notoire, son fils L\u00e9on, mais bon\u2026 On dit que les chiens ne font pas des chats. En l\u2019occurrence, et en l\u2019occurrence seulement, on pr\u00e9f\u00e9rera les chiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Daudet p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 aussi touch\u00e9 par le virus de l\u2019antis\u00e9mitisme, fort tard, et on mettra \u00e7a sur le compte de la s\u00e9nilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nouvelles de ce recueil, du moins dans sa premi\u00e8re partie, ont toutes traits \u00e0 la guerre de 1870, sous toutes les coutures. C\u00f4t\u00e9 arm\u00e9e fran\u00e7aise, c\u00f4t\u00e9 villages alsaciens, c\u00f4t\u00e9 campagne (et \u00e0 ce sujet, Daudet est beaucoup plus compatissant avec les paysans que L\u00e9on Bloy qui les maudissait dans <em>Sueurs de sang)<\/em> sans oublier du c\u00f4t\u00e9 de sa ch\u00e8re Provence. Il passe ensuite dans la Marne puis en banlieue et \u00e0 Paris avec des r\u00e9cits po\u00e9tiques qui racontent souvent la petite histoire dans la grande. Cette premi\u00e8re partie est intitul\u00e9e <em>Fantaisie et histoire<\/em>, soit la verve po\u00e9tique de Daudet se baladant \u00e0 travers l\u2019histoire dans ce qu\u2019elle peut avoir de plus tragique.<\/p>\n\n\n\n<p>Bazaine, Mac Mahon et Trochut (participe pass\u00e9 de \u00ab&nbsp;trop choir&nbsp;\u00bb disait Victor Hugo) d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et Bismarck et ses uhlans de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours sensible aux humbles et aux pauvres, Daudet n\u2019exalte pas l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, et la meilleure nouvelle et celle qu\u2019il consacre \u00e0 un d\u00e9nomm\u00e9 Chauvin (le nom restera), une sorte de D\u00e9roul\u00e8de qui se fera tuer entre la garde nationale et les communards.<\/p>\n\n\n\n<p>Daudet n\u2019est d\u2019ailleurs pas tendre avec la Commune, et bien des personnages d\u2019ouvriers se sont sentis trahis par ses promesses, promis \u00e0 la mis\u00e8re, au bagne ou \u00e0 la d\u00e9portation. On sent bien que les Communards ne sont pas de son bord.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie sont des nouvelles diverses o\u00f9 il recycle ses <em>Trois messes basses<\/em> (d\u00e9j\u00e0 parues dans <em>Les lettres<\/em>). On a ici des souvenirs d\u2019enfance, des r\u00e9cits de ses r\u00e9ussites et de ses \u00e9checs au th\u00e9\u00e2tre, des comtes \u00e0 la limite du fantastique. La derni\u00e8re nouvelle est un op\u00e9ra que Daudet, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un noble allemand, essaie de faire jouer \u00e0 Munich, alors que les \u00e9tats du sud de l\u2019Allemagne sont eux-m\u00eames en guerre contre les Prussiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tout se lit fort bien, avec de belles phrases po\u00e9tiques et un sens constant de l\u2019\u00e9merveillement. Daudet \u00e9tait un po\u00e8te de la banalit\u00e9 et du quotidien. Il en faut.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PATRICK DEVILLE \u2013 <em>VIVA<\/em> \u2013 Fiction et Cie \/ Seuil.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le Mexique de l\u2019\u00e9poque h\u00e9ro\u00efque et ses h\u00e9ros&nbsp;: Trotsky, B. Traven, Lowry, Artaud, Breton, Rivera, Kahlo, Sandino\u2026 Tout ce qu\u2019on aime. Un roman historique, mais qui s\u2019en diff\u00e9rencie par la po\u00e9sie et la mise en fiction de tous ces personnages exceptionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Les gringos s\u2019entassent dans le Mexique de Cardenas, terre d\u2019asile de tous les r\u00e9volutionnaires de par le vaste monde. Deville se concentre sur le personnage de Trotsky, devant \u00e9chapper \u00e0 la fois aux tueurs staliniens \u00e0 ses trousses, mais aussi aux nazis et \u00e0 l\u2019extr\u00eame-droite. Il reprend un peu la trame de l\u2019excellent roman de Padura, <em>L\u2019homme qui aimait les chiens<\/em>, soit un long exil et le choix du m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire tout en caressant encore le r\u00eave d\u2019une r\u00e9volution mondiale avec la fondation, en 1938, de la IV\u00b0 Internationale.<\/p>\n\n\n\n<p>On le sait, il n\u2019\u00e9chappera pas \u00e0 son tueur, mais l\u2019action se porte aussi sur Macolm Lowry, l\u2019auteur de <em>En-dessous du volcan<\/em>, fils de la bourgeoisie anglaise venu s\u2019enterrer au Mexique apr\u00e8s ses deux amours d\u00e9\u00e7us. Lowry \u00e9crira quasiment tout son roman \u00e0 Vancouver (Canada), ne faisant que boire jusqu\u2019au d\u00e9lire au Mexique.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que la libert\u00e9 du romancier intervient, qui fait dialoguer tous ces personnages, respectant une certaine v\u00e9rit\u00e9 historique mais n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 inventer parfois, pour son \u0153uvre litt\u00e9raire. Les plus beaux portraits sont ceux de Breton, t\u00e9tanis\u00e9 devant le vieux qui lui demande d\u2019\u00e9crire un manifeste mariant art et trotskisme&nbsp;; Artaud devenu fou sur les traces du peyotl avec une tribu mexicaine&nbsp;; Frida Kahlo conchiant les surr\u00e9alistes et livrant un combat amoureux avec Diego Rivera, lequel appara\u00eet comme un h\u00e9doniste laissant ses peintures murales et la r\u00e9volution pour l\u2019amour des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis encore Arthur Cravan, le neveu d\u2019Oscar Wilde tant vant\u00e9 par Breton dans ses <em>Trois suicid\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Cravan le boxeur, battu par Jack Johnson, voulant \u00e9chapper \u00e0 la conscription en 1914 et qui finira noy\u00e9. B. Traven enfin, le myst\u00e9rieux agitateur anarchiste ayant fui Munich et ses Conseils sous les coups des Corps francs et qui, ayant br\u00fbl\u00e9 ses papiers d\u2019identit\u00e9, change de nom comme de chemise, devenu \u00e9crivain sans cesser ses men\u00e9es r\u00e9volutionnaires. Il sera m\u00eame sur le tournage du film de Huston, <em>Le tr\u00e9sor de la Sierra Madr\u00e9<\/em> (d\u2019apr\u00e8s son roman), incognito.<\/p>\n\n\n\n<p>La mayonnaise prend par le style de l\u2019auteur et ses connaissances des personnages et du contexte. C\u2019est ici d\u2019histoire litt\u00e9raire, artistique, politique et historique qu\u2019il s\u2019agit. Deville a parfois des gr\u00e2ces d\u2019\u00e9criture qu\u2019on trouve chez un Michon ou chez un Bergougnioux. Une r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>On imagine un tel roman dans le Barcelone de 1936 avec Hemingway, Orwell et Garcia Lorca ou la Commune de Paris avec Rimbaud, Louise Michel ou Jules Vall\u00e8s. \u00c0 faire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>RAYMOND QUENEAU \u2013 <em>SAINT-GLINGLIN<\/em> \u2013 L\u2019imaginaire \/ Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ah Queneau, mon cher Queneau, celui que je ne suis pas loin de tenir pour le plus grand \u00e9crivain fran\u00e7ais du 20\u00b0 si\u00e8cle (Et Proust&nbsp;? Et C\u00e9line?). J\u2019ai fait une exp\u00e9rience singuli\u00e8re avec ce livre&nbsp;: l\u2019impression de l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 lu (et d\u00e9j\u00e0 chroniqu\u00e9 va savoir\u2026). S\u00e9nilit\u00e9, troubles de la m\u00e9moire&nbsp;? \u00c0 nos \u00e2ges on ne lit plus, disait quelqu\u2019un, on relit. C\u2019est sans doute ce que j\u2019ai fait, involontairement.<\/p>\n\n\n\n<p>Disons que <em>Saint-Glinglin<\/em> est l\u2019un des romans les plus loufoques et les plus d\u00e9concertants de Queneau, l\u2019un des plus myst\u00e9rieux aussi. R\u00e9sumer l\u2019histoire n\u2019aurait pas grand int\u00e9r\u00eat, mais on peut, pour bien savoir de quoi il s\u2019agit, revenir aux cinq th\u00e8mes qui d\u00e9coupent le livre.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord les poissons avec Pierre N\u00e9bonide, le h\u00e9ros, qui, au lieu d\u2019apprendre une langue \u00e9trang\u00e8re dans un pays inconnu, passe son temps \u00e0 observer des aquariums, ce qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 des r\u00e9flexions philosophiques sur l\u2019\u00eatre, le n\u00e9ant, la vie. Il n\u2019apprendra pas de nouvelle langue et reviendra dans sa Ville natale (Queneau l\u2019appelle ainsi&nbsp;: La ville natale) pour faire part de ses r\u00e9flexions et d\u00e9couvertes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce faire, il doit prononcer un discours en cl\u00f4ture du Printanier, une f\u00eate de village o\u00f9 on pr\u00e9sente et vend de la vaisselle avant de la casser apr\u00e8s les ablutions. Il faut dire que Pierre Nabonide a un fr\u00e8re, Paul, et une s\u0153ur H\u00e9l\u00e8ne et que son p\u00e8re est le maire du village.<\/p>\n\n\n\n<p>La commune, La ville natale, est pr\u00e9serv\u00e9e de la pluie par un chasse-nuage, invention du jeune Nabonide qui fait que le temps est toujours ensoleill\u00e9. Le fr\u00e8re Paul passe son temps dans \u00ab&nbsp;les collines arides&nbsp;\u00bb \u00e0 la recherche de sa s\u0153ur H\u00e9l\u00e8ne, une simplette emmur\u00e9e dans un vieux moulin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la troisi\u00e8me partie du livre, Le caillou, qui voit Pierre et Paul accomplir le parricide et tuer leur p\u00e8re, le maire, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une traque qui \u00e9voque la trag\u00e9die grecque, <em>\u0152dipe, M\u00e9d\u00e9e, Prom\u00e9th\u00e9e<\/em> et les Attrides. La s\u0153ur s\u2019en trouv\u00e9 d\u00e9livr\u00e9e et Pierre devient maire \u00e0 son tour. L\u2019une de ses premi\u00e8res d\u00e9cisions est de remiser le chasse-nuage dans la r\u00e9serve. Il peut repleuvoir sur La ville natale.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux longs chapitres sont consacr\u00e9s aux ruraux et aux touristes. Pour les ruraux, une d\u00e9testation de la vie \u00e0 la campagne, de la terre, des l\u00e9gumes, des plantes, de l\u2019herbe, des arbres et de tout ce qui pousse. On ne fait pas moins \u00e9cologiste. Pour les touristes, une actrice am\u00e9ricaine et un professeur du nom de Dussouchel qui s\u2019\u00e9patent des charmantes coutumes locales. Une actrice qui a vraiment exist\u00e9, Alice Phaye, dont la plastique \u00e9meut surtout Paul N\u00e9bonide.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9trangers, avant-derni\u00e8re partie, est consacr\u00e9 au monologue d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, la fille enferm\u00e9e, qui parle aux insectes et aux murs, sans aucune envie de sortir de son trou. \u00ab&nbsp;Elle ne pleure jamais&nbsp;\u00bb, conclut-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est enfin la Saint-Glinglin, une nouvelle f\u00eate au village cette fois g\u00e2ch\u00e9e par la pluie. Mais le nouveau maire remettra en place le chasse-nuage et on apprend que le p\u00e8re, ancien maire, a finalement \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en pierre dans une source p\u00e9trifiante. On essaie de lui \u00e9riger une statue, et le roman s\u2019arr\u00eate l\u00e0. \u00ab&nbsp;Le beau temps, le beau temps, le beau temps fixe&nbsp;\u00bb. Il n\u2019y a pas de fin \u00e0 vrai dire, pas plus qu\u2019il n\u2019y avait de d\u00e9but.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un roman d\u2019une dr\u00f4lerie f\u00e9roce, avec une galerie de personnages \u00e9patants. Une vision de la France profonde z\u00e9br\u00e9e d\u2019\u00e9clairs m\u00e9taphysiques. \u00c7a tient \u00e0 la fois du trait\u00e9 de philosophie et de la chronique villageoise. Seul un Queneau peut faire ce genre de choses et c\u2019est pour cela qu\u2019on l\u2019aime. Et qu\u2019on ne vienne pas nous parler d\u2019un Boris Vian, cent coud\u00e9es derri\u00e8re le grand Raymond. Que no, que si. Il n\u2019y a que lui pour faire \u00e7a. Raymond, l\u2019unique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>28 juin 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DANIEL BEN SAID &#8211; UNE LENTE IMPATIENCE \u2013 STOCK. 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