{"id":4078,"date":"2024-11-28T15:17:39","date_gmt":"2024-11-28T14:17:39","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4078"},"modified":"2024-11-28T15:17:40","modified_gmt":"2024-11-28T14:17:40","slug":"phil-lesh-le-mort-reconnaissant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4078","title":{"rendered":"PHIL LESH : LE MORT RECONNAISSANT"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"600\" height=\"600\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/illustration423.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4080\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/illustration423.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/illustration423-300x300.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/illustration423-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/illustration423-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption><em>The<\/em> <em>Grateful Dead Live<\/em> (1971). Vanit\u00e9 avec des roses dans les cheveux. Discogs.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Autant parler franc&nbsp;: le Grateful Dead n\u2019a jamais compt\u00e9 parmi mes groupes favoris. C\u2019est en tout cas un groupe important dans l\u2019histoire du rock, d\u2019abord en tant que formation phare avec le Jefferson Airplane de l\u2019Acide rock mais aussi et peut-\u00eatre surtout dans la d\u00e9structuration de sa musique, abandonnant la m\u00e9lodie et les rythmes binaires pour de longues explorations aux confluents du Free-jazz et de la musique atonale ou du Raga indien. Il fallait s\u2019\u00e9quiper d\u2019un gros shilom pour adh\u00e9rer totalement aux improvisations lysergiques du Dead, mais prendre un ticket pour ces voyages pouvait nous transformer. La mort, le 25 octobre, de Phil Lesh, beaucoup plus qu\u2019un bassiste, nous donne l\u2019occasion d\u2019\u00e9voquer la grandeur du mort reconnaissant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire du Dead se confond, au moins \u00e0 ses d\u00e9buts, avec celle des Merry Pranksters dont il n\u2019est pas hors sujet de retracer l\u2019odyss\u00e9e. Une bande de vieux Beats qui, d\u00e8s 1963, ont sem\u00e9 les graines, du c\u00f4t\u00e9 de San Francisco, du psych\u00e9d\u00e9lisme et de la Hip Generation. Leur histoire est cont\u00e9e dans le<em> Acid test<\/em> -(Points Seuil \u2013 1975) de Tom Wolfe, \u00e9crivain et journaliste dandy venu d\u2019une riche famille du Sud. On se contentera ici de l\u2019introduire en tant que chantre, barde ou a\u00e8de de l\u2019odyss\u00e9e des Joyeux Lurons, autrement dit les Merry Pranksters, soit une quinzaine de chevelus&nbsp;cam\u00e9s et de filles lib\u00e9r\u00e9es qui vont parcourir les \u00c9tats-Unis dans un bus bariol\u00e9 aux couleurs de l\u2019arc-en-ciel conduit par un certain Neal Cassady. Roll on, to the magical mystery tour&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pop\u00e9e culmine \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1964, quand le bus scolaire bariol\u00e9 part de San Francisco pour New York o\u00f9 trois \u00e9v\u00e9nements mettent la grosse pomme en effervescence, \u00e0 des titres tr\u00e8s divers&nbsp;: l\u2019exposition internationale, la campagne \u00e9lectorale mettant aux prises Lyndon B. Johnson et Barry Goldwater, s\u00e9nateur ultra-r\u00e9actionnaire de l\u2019Arizona et la sortie du deuxi\u00e8me livre \u2013 son chef-d\u2019\u0153uvre \u2013 de Kesey, un pav\u00e9 de 800 pages au titre surprenant (<em>Parfois J\u2019ai Comme Une Grande Id\u00e9e<\/em>, sorti en France tardivement chez Toussaint Louverture). Le titre est repris d\u2019un vieux blues de Leadbelly. \u00ab&nbsp;Votez pour Goldwater, histoire de rire&nbsp;\u00bb, sera leur slogan un poil d\u00e9concertant. On a en effet beaucoup ri, de Nixon \u00e0 Trump\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aller se fera par le sud&nbsp;; Arizona, Texas, Nouvelle Orl\u00e9ans, G\u00e9orgie\u2026 Le retour par le Nord, du Michigan au Montana avant l\u2019Oregon et la Californie. Sur une autre route o\u00f9 Cassady tape sans arr\u00eat sur la calandre de son bus ou tout autre objet \u00e0 sa port\u00e9e, comme un batteur de be-bop&nbsp;; o\u00f9 les autres chantent ou grattent la guitare&nbsp;; quand Kesey apaise tout son monde en gourou bienveillant. Tout est film\u00e9 et ce long film hyperr\u00e9aliste servira de fil conducteur \u00e0 Wolfe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux ann\u00e9es qui suivent sont plus compliqu\u00e9es. Traqu\u00e9s par la police et le F.B.I, les Pranksters vivent dans une propri\u00e9t\u00e9 achet\u00e9e par les \u00e9poux Kesey mais l\u2019exp\u00e9rience de vie communautaire devient difficile, avec la parano polici\u00e8re, les mauvais trips, les rivalit\u00e9s et la promiscuit\u00e9. D\u2019autres personnages comme Stanley Owsley III, autre pape du LSD, viendront d\u00e9fier Kesey en abandonnant l\u2019esprit festif et subversif du voyage. Kesey qui se dira tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u par sa visite new-yorkaise \u00e0 Timothy Leary, exp\u00e9rimentant scientifiquement les hallucinog\u00e8nes comme un chercheur scientifique, sans joie et sans extase. Les membres des Warlocks, groupe de Palo Alto qui deviendra le Dead, sont de toutes les f\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis Kesey se carapatera au Mexique pour \u00e9viter une premi\u00e8re incarc\u00e9ration, laissant en plan toute sa tribu. Il reviendra en homme traqu\u00e9 et n\u2019\u00e9chappera pas \u00e0 la prison avant de se rapprocher de Freewheelin\u2019 Frank et des Hell\u2019s Angels du chapitre d\u2019Oakland, loin des r\u00eaves pourpres des hippies de San Francisco. Un r\u00eave qui tournera au cauchemar dans les banlieues chics de Los Angeles. Comme en \u00e9cho, Cassady sera retrouv\u00e9 mort le long d\u2019une voix ferr\u00e9e, alcool et barbiturique.<\/p>\n\n\n\n<p>Tom Wolfe n\u2019a pas fait le voyage et son superbe roman s\u2019appuie sur des dizaines de t\u00e9moignages de Pranksters recueillis apr\u00e8s la bataille. Gu\u00e9rilla pacifiste contre l\u2019Am\u00e9rique WASP du conformisme, de la violence, du consum\u00e9risme, du fric et du cynisme. Chercheurs d\u2019ailleurs. D\u2019une vie proche des beaut\u00e9s de la nature et des liens d\u2019amiti\u00e9 et d\u2019amour entre les humains. Loin du ratio, de l\u2019efficacit\u00e9 et du fric.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Grateful Dead accompagnera donc les aventures de Ken Kesey et de ses Merry Pranksters, allant jusqu\u2019\u00e0 emprunter le bus magique. Jerry Garcia, Mickey Hart, Tom Constanten et Ron \u00abPig Pen&nbsp;\u00bb Mc Kernan seront du nombre des premiers suiveurs. Kesey et sa famille \u00e9largie sera parfois proche de groupes comme l\u2019Airplane ou Country Joe &amp; The Fish, soit les groupes de San Francisco les plus engag\u00e9s politiquement. Pas par hasard, bien s\u00fbr. Le Dead sortira de ce substrat, de ce bouillon de culture, pour s\u2019affirmer comme le groupe phare de l\u2019acide rock californien.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant l\u2019\u00e9pop\u00e9e Merry Pranksters, le Dead se fait appeler les Warlocks et jouent gratuitement dans les parcs de San Francisco. Phil Lesh (basse) et Bob Weir (guitare rythmique) rejoignent le groupe pour lui donner une assise plus rock. Apr\u00e8s un premier album (<em>The San Francisco Grateful Dead<\/em>) enregistr\u00e9 en 1967 mais qui ne sortira qu\u2019en 1972 (le Dead ayant longtemps tir\u00e9 fiert\u00e9 de ne pas se compromettre avec l\u2019industrie du disque), ils signent chez Warner Bros mais les difficult\u00e9s commencent. Leur premier manager, le p\u00e8re de Mickey Hart, le batteur, pique dans la caisse apr\u00e8s les concerts et se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un escroc. Solidaire du paternel, Hart est remplac\u00e9 par Billy Kreutzman et Bill Graham, patron du Fillmore West, veille sur leurs affaires avant que Rock Scully ne devienne leur manager. Le Dead fait les beaux jours du Fillmore o\u00f9 ils sont quasiment en r\u00e9sidence. Deux albums suivront en 1968. Retour d\u2019abord sur le premier album o\u00f9 le Dead joue des classiques du rock et du blues qu\u2019il d\u00e9structure \u00e0 volont\u00e9 et on peut trouver l\u00e0 leur reprise du \u00ab&nbsp;Morning Dew&nbsp;\u00bb de Tim Rose. Une merveille.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Anthem of the sun <\/em>et <em>Aoxomoxoa<\/em> (palindrome) sont deux albums difficiles o\u00f9, sur des textes du po\u00e8te Robert Hunter, le Dead propose de longues improvisations \u00e9lectriques dont les plus significatives sont \u00ab&nbsp;What\u2019s Become Of The Baby&nbsp;?&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Alligator&nbsp;\u00bb. Il y aura aussi \u00ab&nbsp;Dark Star&nbsp;\u00bb, un mod\u00e8le du genre qui figurera sur leur premier album live, <em>Live Dead,<\/em> en 1969 o\u00f9 il occupe toute une face. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 le Dead est engag\u00e9 au calamiteux festival d\u2019Altamont, un circuit automobile o\u00f9 les Stones seront en vedette avec un service d\u2019ordre assur\u00e9 par les Hell\u2019s Angels et un mort \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. On sent toutefois que le groupe ne s\u2019exprime jamais mieux que sur sc\u00e8ne et les enregistrements live sont ce qu\u2019ils font de mieux. De cette particularit\u00e9, le groupe va user et abuser.<\/p>\n\n\n\n<p>Constanten est parti et le Dead va sortir ses deux plus grands albums. Le groupe abandonne progressivement le psych\u00e9d\u00e9lisme d\u00e9brid\u00e9 et souvent instrumental pour de courtes ballades country inspir\u00e9es. Ce sera<em> Workingman\u2019s dead <\/em>puis<em> American beauty,<\/em> tous deux en 1970<em>. <\/em>On appr\u00e9ciera tout particuli\u00e8rement <em>\u00ab&nbsp;Casey Jones&nbsp;\u00bb<\/em> sur le premier <em>et \u00ab&nbsp;Box Of Rain&nbsp;\u00bb <\/em>sur le second.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore un live avec <em>The Grateful Dead Live<\/em> (1971) et un \u00abThe Other One&nbsp;\u00bb de dix-hui minutes avant un triple album en 1972 et un \u00ab&nbsp;Truckin\u2019&nbsp;\u00bb qui en fait treize. Ron Mc Kernan est mort alcoolique (Death don\u2019t have no mercy), remplac\u00e9 par les \u00e9poux Godchaux (Keith et Donna) et le Dead tourne partout, ses disques n\u2019\u00e9tant plus que des concerts enregistr\u00e9s dont on compile les meilleurs morceaux. Ainsi a-t-on pu les voir \u00e0 Faches-Thumesnil, dans la banlieue de Lille. Le Dead choisit la facilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux albums m\u00e9diocres (<em>Wake of the flood<\/em> 1973 et<em> From <\/em><em>M<\/em><em>ars hotel<\/em> 1974) et un autre calamiteux, ce <em>Blues for Allah<\/em> en pleine p\u00e9riode punk, navrant anachronisme, le Dead sortira encore une dizaine d\u2019albums (dont un avec Dylan) souvent d\u2019une rare indigence avant la mort de Jerry Garcia en 1995 qui marquera la triste fin du gang hippie de Palo Alto.<\/p>\n\n\n\n<p>La route du rock est jonch\u00e9e de cadavres et l\u2019histoire du Dead en regorge. Lesh apr\u00e8s Mc Kernan, Keith Godcheaux et Jerry Garcia. Quatre de chute et seuls Bob Weir et Billy Kreutzman sont toujours l\u00e0 pour nous parler d\u2019un temps pas si lointain o\u00f9 la jeune Am\u00e9rique r\u00eavait encore de n\u00e9ons arcs-en-ciel et d\u2019aubes menthol\u00e9es (merci \u00e0 Claude P\u00e9lieu). La jeune Am\u00e9rique des ann\u00e9es hippies \u00e0 qui les soli interminables de Jerry Garcia auraient pu servir de bande-son.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la mort n\u2019a pas de piti\u00e9, comme le chantait le r\u00e9v\u00e9rend Gary Davis, pas plus qu\u2019elle n\u2019a de reconnaissance. Elle emporte tout le monde au fil de sa faux, n\u2019\u00e9pargnant pas m\u00eame ceux qui lui avaient rendu hommage en la prenant pour nom. Phil Lesh, le natif de Berkeley, ne fera pas exception.<\/p>\n\n\n\n<p><em>27 octobre 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autant parler franc&nbsp;: le Grateful Dead n\u2019a jamais compt\u00e9 parmi mes groupes favoris. 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