{"id":4089,"date":"2024-12-25T12:40:26","date_gmt":"2024-12-25T11:40:26","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4089"},"modified":"2024-12-25T12:40:27","modified_gmt":"2024-12-25T11:40:27","slug":"notes-de-lecture-66","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4089","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 66"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>RICHARD PRICE \u2013 <em>FR\u00c8RES DE SANG<\/em> \u2013 Presses de la cit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/illustration427.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4091\" width=\"578\" height=\"578\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/illustration427.jpeg 80w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/illustration427-30x30.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>Plus de photos de lectrices, mais la belle gueule ab\u00eem\u00e9e (et un peu floue) de Richard Price (Babelio, avec leur aimable&#8230;)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir lu une anthologie autour de<em> Nyarlathotep <\/em>et de Lovecraft (et de Robert Bloch et de Lord Dunsany) sur laquelle je n\u2019\u00e9prouve pas un grand besoin d\u2019\u00e9crire, je me suis plong\u00e9, sur les conseils d\u2019un ami cher, dans l\u2019\u0153uvre de Richard Price.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne savais pas grand-chose de lui, si ce n\u2019est qu\u2019il est un sc\u00e9nariste appr\u00e9ci\u00e9, notamment par Spike Lee ou Martin Scorcese. Il a \u00e9crit une demi-douzaine d\u2019\u00e9pais polars souvent tragiques et toujours violents avec pour d\u00e9cor les bas-fonds new-yorkais&nbsp;: le Bronx ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Une famille italo-am\u00e9ricaine des classes moyennes avec le p\u00e8re (Tommy) \u00e9lectricien macho et s\u00e9ducteur, la m\u00e8re (Marie) femme au foyer mentalement perturb\u00e9e, un fils (Stony) entre l\u2019adolescence et l\u2019\u00e2ge adulte qui semble suivre les traces du p\u00e8re et un autre (Albert), plus jeune, anorexique et tyrannis\u00e9 par la m\u00e8re. On peut ajouter \u00e0 ce portrait de famille le fr\u00e8re de Tommy, Chubby, pilier de bistrot et confident de Stony et son \u00e9pouse, Phyllis, qui a renonc\u00e9 \u00e0 avoir des enfants apr\u00e8s avoir \u00e9touff\u00e9 accidentellement leur b\u00e9b\u00e9. On ne sait ce qu\u2019il y a d\u2019autobiographique l\u00e0-dedans, mais \u00e7a sent le v\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux fr\u00e8res se retrouvent souvent chez Banian, un bistrot tenu par un Irlandais t\u00e9trapl\u00e9gique, pour se raconter leurs histoires de cul et leurs \u00e9pouses respectives se voient pour se raconter leur triste condition de femmes tromp\u00e9es et humili\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>On suit le fils a\u00een\u00e9, Stony, dans ses premi\u00e8res amours avec des filles auxquelles il ne fait pas confiance comme dans son amiti\u00e9 avec un d\u00e9nomm\u00e9 Butler, employ\u00e9 du commerce de lingerie fine familial. Il est cens\u00e9 s\u2019inscrire \u00e0 l\u2019universit\u00e9, mais il pr\u00e9f\u00e8re son travail au service p\u00e9diatrie d\u2019un h\u00f4pital public o\u00f9 il peut s\u2019occuper de gamins comme son petit fr\u00e8re. Il leur raconte des histoires, les aime et est aim\u00e9 d\u2019eux, ce qui l\u2019incite \u00e0 imaginer l\u00e0 son avenir contre les pressions familiales pour qu\u2019il devienne \u00e9lectricien comme le p\u00e8re et comme son oncle, \u0153uvrant dans une compagnie dont leur propre p\u00e8re a fond\u00e9 le syndicat.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc l\u2019histoire d\u2019un tiraillement, d\u2019un dilemme, d\u2019une mise en tension entre sa volont\u00e9 propre et ce qu\u2019on aimerait qu\u2019il devienne. Le Docteur Harris, un psy qui s\u2019occupe de son jeune fr\u00e8re, lui conseille de suivre sa voie quand son p\u00e8re l\u2019initie au m\u00e9tier lors d\u2019un stage d\u2019une quinzaine. Tout cela finit mal, et on le sentait venir, entre la beaufitude des deux fr\u00e8res et l\u2019hyst\u00e9rie vindicative de leurs femmes, entre les injonctions contradictoires et le grand vide \u00e0 peine meubl\u00e9 par le sexe et la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre n\u2019est pas un polar et il est plus pr\u00e8s des nouvelles d\u2019un Raymond Carver ou des romans d\u2019un Hubert Selby Jr. On se surprend \u00e0 tourner les 400 pages avec jubilation tant tout cela est rempli de dr\u00f4lerie et de bouffonnerie avec beaucoup de sc\u00e8ne de sexe et des dialogues crus et truculents. Un style tr\u00e8s imag\u00e9, cin\u00e9matographique, et on sait pourquoi Price est aussi sc\u00e9nariste.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans toute cette mis\u00e8re affective et sociale d\u00e9crite par l\u2019auteur, on sent qu\u2019il sauve tout ce qui peut l\u2019\u00eatre d\u2019humanit\u00e9 et d\u2019humour chez ses personnages, jamais r\u00e9ductibles \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s les plus sombres mais souvent mus par des \u00e9lans fraternels. Ils sont prisonniers eux-m\u00eames de leurs conditionnements et ballott\u00e9s dans des vies qu\u2019ils n\u2019ont pas choisi, faisant ce qu\u2019ils peuvent sans la culture, sans les mots, sans les opportunit\u00e9s qui auraient pu les arracher \u00e0 leur m\u00e9diocrit\u00e9. Cette chance que Stony n\u2019a pu saisir, malgr\u00e9 ses dispositions, plomb\u00e9 par le poids des traditions familiales et du milieu oppressant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 signaler que ce roman est son deuxi\u00e8me, \u00e9crit en 1976 mais paru bien plus tard. On pense \u00e0 un William Boyle quand on lit Price, et on entend la po\u00e9sie urbaine d\u2019un Lou Reed. New York city&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DYLAN THOMAS \u2013 <em>CE MONDE EST MON PARTAGE ET CELUI DU D\u00c9MON<\/em> \u2013 Points \/ Seuil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 l\u2019on reparle du g\u00e9nial po\u00e8te gallois qui a laiss\u00e9 son pr\u00e9nom au plus illustre des rockers am\u00e9ricains. Encore que celui-ci aurait dit que cela n\u2019avait rien \u00e0 voir avec lui mais qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un vieil oncle nomm\u00e9 Dillon. On reconna\u00eet bien l\u00e0 l\u2019as de la mystification et du brouillage de piste. Mais passons&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>On avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici de son <em>Portrait de l\u2019artiste en jeune chien <\/em>et on a droit maintenant \u00e0 ses deux principaux recueils<em>&nbsp;: 18 po\u00e8mes et 25 po\u00e8mes, <\/em>plus, en suppl\u00e9ment, un long po\u00e8me au titre peu engageant<em>&nbsp;: Ballade de l\u2019amorce aux longues jambes. <\/em>C\u2019est l\u00e0 toutes ses \u0153uvres de jeunesse et, comme un Rimbaud gallois, il n\u2019\u00e9crira plus beaucoup apr\u00e8s, se contentant de s\u2019exhiber fin saoul dans des lectures de po\u00e8mes aux \u00c9tats-Unis pour des sommes plut\u00f4t rondelettes, en tout cas plus \u00e9lev\u00e9es que ne lui rapportaient ses po\u00e8mes. Il mourra \u00e0 39 ans d\u2019une pneumonie dans un h\u00f4pital new-yorkais et l\u2019angelot beau comme un dieu \u00e9tait devenu un ob\u00e8se alcoolique vieilli pr\u00e9matur\u00e9ment. \u00ab&nbsp;Le sale type est-il mort ou vivant&nbsp;?&nbsp;\u00bb dira son \u00e9pouse Caitlin en entrant dans la chambre d\u2019h\u00f4pital o\u00f9 il rend son dernier souffle. On peut r\u00eaver mieux comme \u00e9pitaphe.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus qu\u2019\u00e0 Rimbaud, aux romantiques et aux surr\u00e9alistes, Thomas fait penser \u00e0 Mallarm\u00e9, \u00e0 la recherche du mot ultime, \u00e0 la mani\u00e8re des po\u00e8tes symbolistes auxquels on pourrait le rattacher. Mais il est beaucoup plus que cela dans la modernit\u00e9 m\u00eame de sa po\u00e9sie o\u00f9 les sons et les rythmes sont plus importants que les vers et les mots. Une sorte de m\u00e9lop\u00e9e dissonante o\u00f9 n\u2019est surtout pas privil\u00e9gi\u00e9e la rime et l\u2019harmonie des phrases.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre, <em>Ce monde est mon partage et celui du d\u00e9mon<\/em>, est tir\u00e9 du po\u00e8me <em>Si j\u2019\u00e9tais d\u00e9rang\u00e9 par le frottis de l\u2019amour <\/em>et on trouve des fulgurances dans cette cascade de mots disharmonieux et syncop\u00e9s. Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, les po\u00e8mes de Thomas sont \u00e0 la po\u00e9sie ce que le Free jazz est \u00e0 la musique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va chercher son inspiration dans la mythologie et les th\u00e8mes bibliques, comme Dylan, mais il est aussi obs\u00e9d\u00e9 par la maternit\u00e9 et par la mort. T\u00e9tons, ventre, ver, cr\u00e2ne, sexe\u2026 Toute sa po\u00e9sie tourne autour de la pourriture, de la chair, du corps et des s\u00e9cr\u00e9tions. C\u2019est \u00e0 la fois herm\u00e9tique, confus et obsc\u00e8ne, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des po\u00e8tes de la pl\u00e9iade et des romantiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le laid peut \u00eatre beau, disait Baudelaire, et la po\u00e9sie de Thomas qui semble mal fichue, insultante, tordue et dissonante, est foutrement belle. \u00c0 d\u00e9conseiller toutefois \u00e0 celles et ceux qui ont de la po\u00e9sie une image plus classique. L\u2019anti Victor Hugo&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>RICHARD PRICE \u2013 <em>SOUVENEZ-VOUS DE MOI <\/em>\u2013 Les Presses de la Cit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un Richard Price, direz-vous&nbsp;? Eh oui, quand on a la chance de d\u00e9couvrir un bon auteur de polar, on s\u2019y tient, on s\u2019y accroche. Il y a tellement de m\u00e9diocres dans la partie, en France surtout.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Lower East Side, un quartier de New York au nord de Manhattan, juste avant le Bronx. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des maisons r\u00e9nov\u00e9es pour bobos et, de l\u2019autre, des blocs occup\u00e9s par des pauvres dont pas mal de petits truands, de cam\u00e9s et de dealers. Il faut bien survivre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intrigue est simple, mais ce qui donne l\u2019int\u00e9r\u00eat au r\u00e9cit, ce sont les ramifications entre les personnages, principaux ou secondaires, la description pr\u00e9cise du quartier et aussi les dialogues entre tout ce petit monde, la grande force de Price mais il n\u2019en abuse pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La tourn\u00e9e des grands ducs, trois jeunes types en goguette&nbsp;: Eric Cash, chef de rang d\u2019un bistrot pour touristes du quartier, Ike Marcus, un serveur d\u2019occasion et son ami Steve Boulware, un \u00e9tudiant. Cash a un bon boulot et ne r\u00eave plus alors que les deux autres poursuivent leurs r\u00eaves de devenir sc\u00e9naristes ou, pourquoi pas, acteurs ou cin\u00e9astes \u00e0 Hollywood. Une agression comme il s\u2019en passe des dizaines par jours dans la zone&nbsp;: tentative de vol et un coup de feu qui part accidentellement, Marcus est admis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 il mourra, Boulware, ivre-mort, est rest\u00e9 \u00e0 terre et ne se souvient de rien et Cash a pris la fuite, s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 dans une entr\u00e9e d\u2019immeuble et s\u2019y est terr\u00e9 avant de rentrer chez lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Matthew \u00ab&nbsp;Matty&nbsp;\u00bb Clark et sa coll\u00e8gue Yolanda sont charg\u00e9s de l\u2019enqu\u00eate, en lien avec le service \u00ab&nbsp;qualit\u00e9 de la vie&nbsp;\u00bb, soit un faux-taxi o\u00f9 prennent place des policiers qui arpentent le quartier. Cash est interrog\u00e9 et son t\u00e9moignage est mis en question par des passants qui disent n\u2019avoir vu que trois personnes et pas cinq, d\u2019o\u00f9 des soup\u00e7ons qui p\u00e8sent sur lui, d\u2019autant qu\u2019il n\u2019a pas appel\u00e9 les secours.<\/p>\n\n\n\n<p>Clark m\u00e8ne l\u2019enqu\u00eate avec ses peu de moyens et des sup\u00e9rieurs qui minimisent les faits. Yolanda, sa coll\u00e8gue, a connu une enfance et une adolescence dans les quartiers pauvres et elle ne prend pas l\u2019affaire \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. La guerre \u00e0 la pauvret\u00e9 est devenue une guerre aux pauvres, et la police n\u2019est l\u00e0 que pour r\u00e9primer, pas pour comprendre et encore moins pour secourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Clark est talonn\u00e9 par le p\u00e8re de Marcus qui veut savoir ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 son fils, en d\u00e9pressif en rupture de ban avec sa famille. Il fait pression sur la police et m\u00e8ne sa propre enqu\u00eate, jusqu\u2019\u00e0 donner une conf\u00e9rence de presse en parall\u00e8le. Boulware, desso\u00fbl\u00e9, organise un enterrement public pour Ike qui se termine en carnaval fa\u00e7on Nouvelle-Orl\u00e9ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Les petits criminels, le jeune Tristan, un adolescent perturb\u00e9 qui \u00e9crit des po\u00e8mes et Little Dap, le Noir qui lui a donn\u00e9 le flingue, suivent discr\u00e8tement l\u2019enqu\u00eate \u00e0 distance, heureux de voir qu\u2019elle n\u2019avance pas et continuant leurs petites affaires de deals et de vols \u00e0 la tire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce roman passionnant, c\u2019est justement la progression de cette enqu\u00eate et Price semble conna\u00eetre les rouages de la machine polici\u00e8re comme s\u2019il en \u00e9tait membre. On suit Clark, perturb\u00e9 par les turpitudes de ses deux fils, dans les cuisines de l\u2019enfer et on lit avec jubilation les minutes de ses interrogatoires. Un travail de fourmi, \u00e0 la recherche de l\u2019homme qui a vu l\u2019homme qui a vu l\u2019ours, ou d\u2019un tel qui aurait vendu un flingue au copain d\u2019un copain. Un travail de terrain qui nous fait justement arpenter chaque centim\u00e8tre carr\u00e9 du quartier et, surtout, vivre la vie de chacun de ses habitants.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages ne sont jamais univoques ou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et celui de Cash, par exemple, est troublant en jeune homme banal en apparence confront\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9mons apr\u00e8s cette affaire qui le d\u00e9passe. C\u2019est finement vu c\u00f4t\u00e9 psychologie avec une empathie toujours en veille. Tout le contraire d\u2019un polareux qui verrait tout cela en surplomb et avec m\u00e9pris. On sent bien que Price vient de l\u00e0 et qu\u2019entre les justiciers \u00e0 la Clint Eastwood et les po\u00e8tes de la rue, il a choisi son camp.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Richard Price a l\u2019empathie et l\u2019objectivit\u00e9 des grands artistes&nbsp;\u00bb, a dit de lui Hubert Selby (c\u2019est sur la quatri\u00e8me de couverture), et on ne peut que se r\u00e9jouir de ce que les grands esprits se rencontrent, m\u00eame si la vision tragique et lyrique d\u2019un Selby n\u2019est pas celle, pragmatique et rigoureuse, de Price. Mais l\u2019humanit\u00e9 est la m\u00eame. Deux grands messieurs, perdus au milieu des pires d\u00e9pravations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JAMES LEE BURKE \u2013 <em>SWAN PEAK<\/em> \u2013 Rivages noir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait dresser la carte des \u00c9tats-Unis avec les auteurs de polars&nbsp;: Connelly et Ellroy \u00e0 Los Angeles, Pronzini \u00e0 San Francisco, Winslow \u00e0 San Diego et \u00e0 la fronti\u00e8re mexicaine, Johnson \u00e0 Cheyenne (Wyoming), Pelecanos \u00e0 Washington, Price et Boyd \u00e0 New York, Lehane \u00e0 Boston, Leonard \u00e0 Detroit et bien s\u00fbr Burke \u00e0 la Nouvelle-Orl\u00e9ans, son fief. Avant toute chose, chaque auteur choisit son territoire et s\u2019y tient.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve avec plaisir Dave Robicheaux, sa femme Molly et son ami Clete Purcel, ancien du Vietnam devenu d\u00e9tective priv\u00e9 et homme \u00e0 tout faire du sh\u00e9rif adjoint du district d\u2019Iberia, David Robicheaux, que l\u2019on imagine plus que sous les traits d\u2019un Tommy Lee Jones depuis un certain film.<\/p>\n\n\n\n<p>L&nbsp;\u2018ouragan Katrina a fait ses ravages et la petite bande est partie se mettre au vert dans le Montana, dans la ferme d\u2019un ami de Robicheaux. Au menu, en principe, p\u00eache et montagne, mais c\u2019est tout autre chose qui va se passer, on s\u2019en doute.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019abord Clete qui a des ennuis avec la milice d\u2019un riche propri\u00e9taire du coin pour avoir os\u00e9 camper sur ses terres. Puis c\u2019est le meurtre quasi-rituel de deux jeunes \u00e9tudiants avant l\u2019assassinat d\u2019un couple de Californiens sur une aire d\u2019autoroute. Entre temps, on suit les tribulations d\u2019une ex-vedette du rod\u00e9o \u2013 Jimmy Dale &#8211; enferm\u00e9 dans un p\u00e9nitencier qui finit par agresser \u00e0 l\u2019arme blanche un surveillant sadique \u2013 Nix Troyce &#8211; sensible \u00e0 ses charmes avant de s\u2019\u00e9vader. Le fugitif avait d\u00e9but\u00e9 sur sc\u00e8ne avec l\u2019\u00e9pouse du propri\u00e9taire des terres \u2013 Jamie Sue Wellstone n\u00e9e Stapleton -, une ex-chanteuse country rang\u00e9e des mandolines. Les riches propri\u00e9taires \u2013 Ridley et Leslie Wellstone &#8211; sont entour\u00e9s de deux hommes de main (Lyle Hobbes et Quince Whitley) qui gardent leur ranch comme des cerb\u00e8res. L\u2019un d\u2019eux \u00e9tait le sicaire d\u2019un homme de la mafia mort dans un accident d\u2019avion qui n\u2019avait rien eu d\u2019accidentel, et le mafioso avait broy\u00e9 la main de Purcel dans une vie ant\u00e9rieure. Il se dit que l\u2019un de ces truands aurait r\u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l\u2019accident. Bref, le puzzle prend forme et tout se tient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la demande du vieux sh\u00e9rif Higgins, Robicheaux prend l\u2019affaire en main et enqu\u00eate sur les meurtres qui impliquent la petite famille des riches propri\u00e9taires et de l\u2019ex-star de la Country devenue Mrs Wellstone. Et tout se complique avec une intrigue aux petits oignons comme toujours chez Burke.<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de r\u00e9sumer une histoire o\u00f9 personnages et faits nouveaux apparaissent \u00e0 chaque chapitre. L\u2019ex gardien de prison sorti de l\u2019h\u00f4pital casse la gueule \u00e0 un cerb\u00e8re des propri\u00e9taires du ranch quand Clete Purcel \u2013 le vrai h\u00e9ro de ce roman \u2013 d\u00e9molit l\u2019autre cerb\u00e8re avant de s\u2019\u00e9prendre de l\u2019ex-country girl puis d\u2019une agente du FBI. Un \u00e9l\u00e9phant dans un jeu de porcelaine, comme le d\u00e9crit Robicheaux. S\u2019en m\u00eale un \u00e9vang\u00e9liste marron qui fait la tourn\u00e9e de ses paroissiens dans un biplan et un homme masqu\u00e9 qui veut mettre le feu \u00e0 Purcel avant d\u2019en \u00eatre emp\u00each\u00e9 par l\u2019ex-taulard toujours poursuivi par la haine de son ex-gardien&nbsp;; une haine qu\u2019essaye de temp\u00e9rer une fille d\u00e9lur\u00e9e \u2013 Candace Sweeney &#8211; qui l\u2019a pris en affection.<\/p>\n\n\n\n<p>Une histoire \u00e0 base de sexe. Leslie Wellstone est bien le rescap\u00e9 de l\u2019accident qui s\u2019est refait une vie. Il s\u2019est servi d\u2019un ancien complice au Texas, l\u2019homme au masque \u2013 Harold Waxman -, pour assassiner les deux jeunes \u00e9vang\u00e9liste et le couple qui mena\u00e7ait de le d\u00e9noncer pour une affaire de films pornographiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais peu importe l\u2019intrigue apr\u00e8s tout, tant ce qui domine chez Burke est le mal, ou plut\u00f4t sa conception du mal. Robicheaux est un ancien alcoolique devenu catholique. Burke pr\u00e9sente dans ses romans toute une s\u00e9rie de criminels pervers, haineux et sadiques. Souvent des gamins pauvres mal pouss\u00e9s victimes de p\u00e9dophilie et de p\u00e8res incestueux. Burke ne leur cherche pas d\u2019excuses et s\u2019exprime plus en th\u00e9ologien qu\u2019en sociologue ou en psychologue. Il croit en l\u2019ontologie du mal, autant dire qu\u2019il croit au diable, sans possibilit\u00e9 de r\u00e9demption pour des \u00e2mes maudites vou\u00e9es \u00e0 la destruction, la leur et celle des autres. On pourrait lui objecter que dans un pays on on ach\u00e8te des armes \u00e0 feu aussi facilement qu\u2019ici un paquet de chips, le mal a de quoi prosp\u00e9rer, mais ce n\u2019est pas son sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une phrase de Robicheaux, plus politique, qui dit que la lutte des classes ne s\u2019exerce pas entre riches et pauvres, mais entre les pauvres et les plus pauvres qu\u2019eux. Th\u00e9ologien, m\u00e9taphysicien mais aussi fin politique. \u00c0 m\u00e9diter apr\u00e8s les scores du R.N&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN-LOUIS FOURNIER \u2013 <em>PO\u00c8TE ET PAYSAN <\/em>\u2013 Stock \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un livre trouv\u00e9 dans la bo\u00eete. Fournier, producteur de t\u00e9l\u00e9vision, ancien critique litt\u00e9raire \u00e0 <em>L\u2019Aurore,<\/em> un mauvais point, et complice de Pierre Desproges dans ses \u0153uvres, un bon point. C\u2019est lui qui a produit la plupart de ses spectacles au Th\u00e9\u00e2tre de la ville et l\u2019hilarant <em>Monsieur Cyclop\u00e8de<\/em> \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, chronique loufoque devant autant \u00e0 Pierre Dac qu\u2019\u00e0 Blaise Pascal. \u00ab&nbsp;\u00c9crivain et humoriste&nbsp;\u00bb, comme il est pr\u00e9sent\u00e9 en quatri\u00e8me de couverture avec ce fort aphorisme de Michel Audiard&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e0 la campagne, le jour on s\u2019ennuie, la nuit on a peur&nbsp;\u00bb. Le ton est donn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019argument est mince&nbsp;: au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, le narrateur, un jeune intellectuel, s\u2019est fianc\u00e9 avec la fille d\u2019un fermier et, en gage d\u2019amour, il se propose de reprendre la ferme familiale perdue au fin fond du Pas-De-Calais. Pour les familiers de la r\u00e9gion, on reconna\u00eet les lieux&nbsp;; Hesdin, Saint-Pol-sur-Ternoise, Monchy\u2026 \u00c0 la ferme, on fait de l\u2019\u00e9levage de bovins et on cultive la betterave sucri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>On imagine la suite. Le jeune godelureau cin\u00e9phile et fou de musique classique, est peu cr\u00e9dible en fermier, ou plut\u00f4t en ouvrier agricole devant manier la fourche toute la sainte journ\u00e9e. Il fait tout de travers, trace des sillons pas droits, conduit mal le tracteur et laisse parfois divaguer les vaches. Son futur beau-p\u00e8re le gourmande mais pas trop, voyant quand m\u00eame en lui le futur \u00e9poux de sa fille.<\/p>\n\n\n\n<p>On a droit \u00e0 une soixantaine de nouvelles de deux pages en moyenne avec, pour chacune d\u2019elles, une sc\u00e8ne cocasse, un brin de po\u00e9sie et une chute plus ou moins dr\u00f4le. C\u2019est sympathique, touchant, et caustique avec une description de la campagne qui n\u2019invite pas \u00e0 y s\u00e9journer longtemps. Pour le peu qu\u2019on en ait une vision un peu romantique des verts p\u00e2turages, des chemins pierreux et des animaux de la ferme fa\u00e7on Walt Disney, on d\u00e9chante vite pour se rendre compte que c\u2019est un monde de duret\u00e9 et de labeur et, comme l\u2019auteur l\u2019\u00e9crit, il faut \u00eatre n\u00e9 dans une ferme pour pouvoir en supporter toutes les contraintes, toutes les servitudes. Si la terre ne ment peut-\u00eatre pas, comme faisait dire Emmanuel Berl au mar\u00e9chal, ses v\u00e9rit\u00e9s sont p\u00e9nibles \u00e0 entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, le jeune homme sera un moment d\u00e9laiss\u00e9 par sa belle et il quittera la ferme pour se r\u00e9fugier chez sa m\u00e8re. Il gagnera sa vie comme \u00ab&nbsp;script-boy&nbsp;\u00bb \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 r\u00e9gionale avant de produire des journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s et des \u00e9missions. En route vers une petite gloriole. Sauf que sa promise lui reviendra, attir\u00e9e par sa nouvelle situation, et qu\u2019ils finiront par se marier, m\u00eame si le mariage ne durera pas. On pense \u00e0 ce fort aphorisme qu\u2019on attribue \u00e0 tort \u00e0 Sacha Guitry&nbsp;: \u00ab&nbsp;ma femme et moi avons \u00e9t\u00e9 heureux pendant 25 ans, et puis on s\u2019est rencontr\u00e9s&nbsp;\u00bb. Bien dans l\u2019esprit d\u2019un petit livre sympathique et amusant, pas indispensable, mais r\u00e9jouissant et tendre. Pas aussi f\u00e9roce que son ami Desproges, mais on retrouve parfois sa malice et son ironie. Po\u00e8te et paysan, un oxymore&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>3 ao\u00fbt 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RICHARD PRICE \u2013 FR\u00c8RES DE SANG \u2013 Presses de la cit\u00e9 Apr\u00e8s avoir lu une anthologie autour de Nyarlathotep et de Lovecraft (et de Robert Bloch et de Lord Dunsany) sur laquelle je n\u2019\u00e9prouve pas un grand besoin d\u2019\u00e9crire, je me suis plong\u00e9, sur les conseils d\u2019un ami cher, dans l\u2019\u0153uvre de Richard Price. Je&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4089\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4091,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4089"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4089"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4089\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4093,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4089\/revisions\/4093"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4091"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4089"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4089"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4089"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}