{"id":4217,"date":"2025-03-27T15:36:26","date_gmt":"2025-03-27T14:36:26","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4217"},"modified":"2025-03-27T15:42:44","modified_gmt":"2025-03-27T14:42:44","slug":"bob-dylan-like-a-complete-unknown","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4217","title":{"rendered":"BOB DYLAN : LIKE A COMPLETE UNKNOWN"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"691\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/ILLUSTRATION453-691x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4219\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/ILLUSTRATION453-691x1024.jpeg 691w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/ILLUSTRATION453-203x300.jpeg 203w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/ILLUSTRATION453-768x1138.jpeg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/ILLUSTRATION453-608x900.jpeg 608w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/ILLUSTRATION453-405x600.jpeg 405w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/ILLUSTRATION453-20x30.jpeg 20w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/ILLUSTRATION453.jpeg 800w\" sizes=\"(max-width: 691px) 100vw, 691px\" \/><figcaption>L&rsquo;affiche du film, piqu\u00e9e sur le Net, avec l&rsquo;aimable autorisation de qui de droit.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Un biopic sur Dylan . Pourquoi pas, bien qu\u2019on \u00e9tait quand m\u00eame m\u00e9fiant. La longue histoire de Dylan avec le cin\u00e9ma n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 tranquille. Des petits r\u00f4les chez Peckinpah par exemple (Alias dans <em>Pat Garrett et Billy The Kid)<\/em> aux documentaires de Scorcese en passant par son propre film, <em>Renaldo et Clara\u2026 <\/em>Disons \u00e0 boire et \u00e0 manger. Pourtant, on se surprend \u00e0 marcher avec ce film loin d\u2019\u00eatre parfait (quel film parfait pourrait-on faire sur Dylan?) et avec ses d\u00e9fauts, qui emporte l\u2019adh\u00e9sion, \u00e0 la fois du fan (que je suis) et du profane, si on en croit le bouche \u00e0 oreille.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On ne connaissait James Mengold, le r\u00e9alisateur, que par son biopic sur Johnny Cash (<em>Walk the line<\/em> en 2005). D\u00e9j\u00e0 convaincant, m\u00eame avec la plupart des d\u00e9fauts du biopic hollywoodien&nbsp;: sentimentalisme, esbroufe, hagiographie et r\u00e9\u00e9criture de l\u2019histoire pour le grand \u00e9cran avec parfois des coups de pied au cul de l\u2019histoire, la vraie. Dans le genre rock, la musique rach\u00e8te souvent les choses, \u00e0 condition qu\u2019elle soit en \u00e9quilibre avec les images, avec la narration. On jugera qu\u2019il y en a un peu trop ici, mais abondance de Dylan ne nuit pas, m\u00eame si c\u2019est parfois un rien encombrant.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le premier petit reproche que l\u2019on peut faire \u00e0 ce film, quand bien m\u00eame on fr\u00e9mit, on frissonne et on a presque les larmes aux yeux \u00e0 chaque fois que ce film-juke-box nous joue du Dylan. C\u2019est un vieux conditionnement, ou disons plut\u00f4t une maladie que j\u2019ai contract\u00e9e depuis l\u2019\u00e2ge de 11 ans en \u00e9coutant les versions Aufray-Delano\u00e9 des chansons de Dylan. Puis il y eut Greame Allwright et enfin Dylan lui-m\u00eame. Tous ces t\u00e2tonnements pour en arriver \u00e0 la source, comme un bapt\u00eame dans le Jourdain, avec langues de feu et glossolalie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la musique, c\u2019est aussi l\u2019acteur principal, le Canadien Timoth\u00e9e Chalamet, qui chante et joue de la guitare avec des accents dylanesques. D\u2019ailleurs, il a tout de Dylan et c\u2019est un point fort du film. La silhouette chaplinesque, l\u2019air de se foutre en permanence de tout et de tout le monde, la voix un peu nasillarde et cette fa\u00e7on de parler comme s\u2019il avait une patate dans la bouche. Jusqu\u2019\u00e0 ses tics et ses mimiques. On a rarement vu un tel mim\u00e9tisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Les acteurs sont plut\u00f4t bons en g\u00e9n\u00e9ral, de Edward Norton qui joue un Pete Seeger exsudant de bont\u00e9 pure \u00e0 Boyd Holbrook parfaitement cr\u00e9dible en Johnny Cash en passant par un Dan Fogler campant un Albert Grossman plus vrai que nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les femmes donc, de Monica Barbaro en Joan Baez ou de Elle Flaming en Sylvie Russo qui n\u2019est autre que Susan Rotolo, celle qu\u2019on voit photographi\u00e9e avec Dylan sur la pochette de<em> Freewheelin\u2019.<\/em> Elles sont toutes en retenue et en \u00e9motion et on pourrait continuer avec un casting parfait qui fait la force de ce film.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut cependant critiquer le point de vue de l\u2019auteur, pas le choix de nous montrer Dylan \u00e0 ses d\u00e9buts, mais plut\u00f4t de nous raconter Dylan par les femmes. Le h\u00e9ros n\u2019en sort pas grandi et sa misogynie et son c\u00f4t\u00e9 ours ne sont un secret pour personne. La vision de Dylan que nous propose ce film n\u2019est d\u2019ailleurs pas vraiment d\u2019admiration b\u00e9ate et elle est m\u00eame assez critique. On a un jeune homme immature et passablement mythomane qui vit dans les appartements de ses copines o\u00f9 il passe le plus clair de son temps \u00e0 chercher des accords de guitare et des paroles qui vont avec. Il est peu attentif \u00e0 ses muses et semble profiter d\u2019elles en attendant la gloire car on a l\u2019impression que Dylan sait qu\u2019il va \u00eatre Dylan, sans coup f\u00e9rir. Malgr\u00e9 sa jeunesse et ses faux-airs timides, il sait pertinemment qu\u2019il va r\u00e9ussir et rel\u00e9guer tous les autres en queue de peloton, comme s\u2019il \u00e9tait pr\u00e9destin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De tous ces protest-singers \u00e0 guitare dans le dos, c\u2019est Dylan qui, apr\u00e8s sa conversion rock, restera pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Les autres, m\u00eame Pete Seeger, l\u2019un des personnages principaux du film, seront oubli\u00e9s et ce film, entre autres m\u00e9rites, a celui de les rappeler \u00e0 la m\u00e9moire collective. Pete Seeger et Woody Guthrie, interpr\u00e9t\u00e9 brillamment par Scoot Mc Nairy.<\/p>\n\n\n\n<p>Que nous raconte ce film&nbsp; ?.Le premier Dylan dans la p\u00e9riode d\u00e9cembre 1961 \u00e0 juin 1965, soit les trois ann\u00e9es et demi qui ont fait d\u2019un apprenti po\u00e8te du Minnesota un dieu vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019abord Robert Zimmermann, jeune homme tourment\u00e9 venu de son Minnesota natal pour tenter sa chance \u00e0 New York, l\u00e0 o\u00f9 le Folk-song est \u00e0 la mode, dans le quartier branch\u00e9 de Greenwich Village.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9barque avec sa casquette fourr\u00e9e et sa guitare, un peu comme le Llewyn Davis des fr\u00e8res Coen. D\u2019abord une visite dans un h\u00f4pital du New Jersey o\u00f9 son ma\u00eetre, Woody Guthrie, est soign\u00e9 pour une maladie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il rencontre Pete Seeger et Zimmerman \u2013 ou d\u00e9j\u00e0 Dylan \u2013 en tout cas Bobby leur joue l\u2019une de ses compositions, \u00ab&nbsp;A Song To Woody&nbsp;\u00bb. Les deux folksingers sont admiratifs. Ce petit gars ira loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se produit dans des clubs de Greenwich Village, le Gaslight ou le Gerde\u2019s Folk City devant une poign\u00e9e d\u2019amateurs. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il est remarqu\u00e9 par Albert Grossman, directeur artistique chez Columbia qui veut \u00e9toffer son catalogue Folk avec Joan Baez (qui refuse) et Dylan (qui accepte).<\/p>\n\n\n\n<p>Joan Baez justement, souvent en vedette dans ses hootenanny folk o\u00f9 on joue sans se faire prier devant quelques amis, qui remarque le jeune homme maladroit et d\u00e9j\u00e0 d\u2019une ironie mauvaise, proche du cynisme. C\u2019est elle qui va le faire grandir, jouant de ses relations pour lui faire conna\u00eetre du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va tr\u00e8s vite l\u00e2cher sa petite amie de l\u2019\u00e9poque, Susan Rotolo, pour Joan Baez avec qui il se produira en duo. Un duo o\u00f9 la voix de Joan Baez \u00e9clipse souvent celle plut\u00f4t fluette de Dylan, mais c\u2019est lui qui \u00e9crit les chansons et il a compris tr\u00e8s vite que, pour exister dans le music-business, il importait d\u2019\u00e9crire et de composer son propre mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Joan Baez, il se produit au festival de Newport (Rhode Island) avant une tourn\u00e9e mondiale et on a pu les voir lors de la c\u00e9l\u00e8bre marche pour les droits civiques en ao\u00fbt 1963 \u00e0 Washington. Susan Rotolo s\u2019accroche mais sent qu\u2019elle a perdu la partie devant la diva du folk. Il lui reste attach\u00e9 mais se comporte comme un goujat, incapable de lui dire qu\u2019il l\u2019aime et de prendre soin d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Son premier album sort en 1962 avec tr\u00e8s peu de compositions originales et beaucoup de reprises. Grossman n\u2019entend pas prendre le moindre risque, m\u00eame s\u2019il sent que son poulain ira loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis ce sont les premiers succ\u00e8s et l\u2019album <em>Freewheelin\u2019<\/em> au printemps 1963. Le monde du folk est \u00e0 ses pieds et ses textes sont appris par c\u0153ur par la jeunesse en r\u00e9volte du monde entier. L\u2019actualit\u00e9 de ces temps nous est rapport\u00e9e par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une t\u00e9l\u00e9 en noir et blanc o\u00f9 des pr\u00e9sentateurs cravat\u00e9s et gourm\u00e9s racontent la marche du monde&nbsp;: les missiles \u00e0 Cuba et la peur nucl\u00e9aire, les marches pour les droits civiques, l\u2019assassinat de Kennedy, les premiers appel\u00e9s au Vietnam\u2026 Dylan chantera tout \u00e7a, mais de fa\u00e7on m\u00e9taphorique et po\u00e9tique, sans jamais se contenter de chroniquer comme la plupart des folksingers de l\u2019\u00e9poque. N\u2019emp\u00eache, on frissonne en entendant les paroles de \u00ab&nbsp;Masters Of War&nbsp;\u00bb et le final&nbsp; qui dit aux industriels de l\u2019armement qu\u2019il ira grimper sur leurs tombes pour bien s\u2019assurer qu\u2019ils sont morts. <em>The times they are a changin\u2019 s<\/em>ort en novembre 1963 et Dylan devient le porte-parole de sa g\u00e9n\u00e9ration, ce qu\u2019il ne voulait surtout pas. Avant la m\u00e9tamorphose&nbsp;: cuir, ray-ban, moto et \u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en 1964 que Joan Baez est r\u00e9pudi\u00e9e et que Dylan d\u00e9laisse le folk pour le blues et le rock. D\u2019abord avec <em>Another side of Bob Dylan <\/em>puis plus nettement encore avec<em> Bringing it all back home<\/em>. Le g\u00e9nie lui tombe dessus comme une douche froide et il donne naissance \u00e0 une po\u00e9sie rimbladienne o\u00f9 il mixte les r\u00e9cits bibliques aux mythologies occidentales. Dans cette conversion, il y a aussi l\u2019influence, pas suffisamment soulign\u00e9e, du rock anglais, du British Beat, pas seulement des Beatles.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est enfin Newport en juin 1965, le morceau de choix, ou le tour de force du film. L\u2019histoire est connue, Dylan s\u2019est acoquin\u00e9 avec des musiciens du Paul Butterfield Blues Band et il veut jouer du rock \u00e0 Newport, ce que lui d\u00e9conseille Seeger et lui interdit Alan Lomax, l\u2019organisateur. On conna\u00eet la suite&nbsp;: les fans le conspuent, personne ne le comprend et seul Johnny Cash semble avoir appr\u00e9ci\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film s\u2019arr\u00eate l\u00e0 et on pourrait faire une suite sur les ann\u00e9es 1965 \u2013 1966, les plus riches. \u00ab&nbsp;Deux mois plus tard, Dylan sortait <em>Highway 61 revisited&nbsp;\u00bb, <\/em>est-il \u00e9crit \u00e0 la toute fin, avant le g\u00e9n\u00e9rique. On pourrait faire plusieurs films comme celui-l\u00e0, tant Dylan a eu de vies, sachant toujours rena\u00eetre de ses cendres par une chanson ou une autre au milieu d\u2019albums m\u00e9diocres. Et puis ce prix Nobel qu\u2019il n\u2019est m\u00eame pas venu chercher. Pas plus qu\u2019il ne se d\u00e9placerait pour un Oscar remis pour avoir inspir\u00e9 ce film qui ne tient finalement que par lui, sa gr\u00e2ce, son histoire et son g\u00e9nie. A fuckin\u2019 genius&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>1\u00b0 mars 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>UN PARFAIT INCONNUE \u2013 JAMES MANGOLD avec Timoth\u00e9e Chalamet, Edward Norton, Monica Barbaro, Elle Flaming\u2026 (and many others). Dylan a \u00e9t\u00e9 conseiller sur ce film.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un biopic sur Dylan . Pourquoi pas, bien qu\u2019on \u00e9tait quand m\u00eame m\u00e9fiant. La longue histoire de Dylan avec le cin\u00e9ma n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 tranquille. 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