{"id":4223,"date":"2025-04-24T15:45:09","date_gmt":"2025-04-24T13:45:09","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4223"},"modified":"2025-04-24T15:52:46","modified_gmt":"2025-04-24T13:52:46","slug":"notes-de-lecture-71","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4223","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 71"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>OSCAR WILDE &#8211; <em>LES PENS\u00c9ES<\/em> &#8211; Le cherche midi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"677\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454-677x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4225\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454-677x1024.jpg 677w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454-198x300.jpg 198w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454-768x1162.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454-793x1200.jpg 793w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454-595x900.jpg 595w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454-397x600.jpg 397w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454-20x30.jpg 20w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/illustration454.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 677px) 100vw, 677px\" \/><figcaption>Oscar Wilde, Irish dandy (photo Wikipedia)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Avant ses pens\u00e9es, on a droit \u00e0 une biographie d\u2019Oscar Wilde, n\u00e9 \u00e0 Dublin en 1854 d\u2019une artiste fantasque et d\u2019un m\u00e9decin port\u00e9 sur la boisson. Tr\u00e8s jeune, il choque par ses provocations et son accoutrement avant de gagner Londres et d\u2019obtenir des succ\u00e8s au th\u00e9\u00e2tre. Ses po\u00e8mes sont publi\u00e9s et il part aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il donne des conf\u00e9rences. On vient le voir comme une b\u00eate de foire&nbsp;: le vrai dandy britannique arrogant et fanfaron.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Paris, il rencontre Sarah Bernhard et Andr\u00e9 Gide, Mallarm\u00e9, Verlaine et Pierre Louys avec qui il va \u00e9crire un op\u00e9ra. Rien ne lui r\u00e9siste et on l\u2019invite partout pour son humour corrosif et son sens de la formule.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis c\u2019est l\u2019affaire de Sir Alfred Douglas et le proc\u00e8s en homosexualit\u00e9 que lui intente le p\u00e8re du jeune homme, le marquis de Queensberry. \u00ab&nbsp;Celui que vous accusez est un autre&nbsp;\u00bb. Deux ans dans la ge\u00f4le de Reading d\u2019o\u00f9 il \u00e9crit ses derniers po\u00e8mes apr\u00e8s avoir sorti son chef-d\u2019\u0153uvre, juste avant son incarc\u00e9ration, <em>Le portrait de Dorian Gray<\/em>. Wilde n\u2019est plus le m\u00eame apr\u00e8s cette triste exp\u00e9rience et il mourra peu apr\u00e8s, au tout d\u00e9but du si\u00e8cle \u00e0 venir&nbsp;, \u00e0 46 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pens\u00e9es de Wilde sont plut\u00f4t attendues&nbsp;: m\u00e9chantes, paradoxales, cyniques, anticonformistes, misogynes, romantiques et misanthropes. Wilde sacrifie tout \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 l\u2019art, \u00e0 l\u2019artifice et \u00e0 la sophistication. Il ne d\u00e9teste rien tant que la soci\u00e9t\u00e9, le travail, les gens s\u00e9rieux, les r\u00e8glements, le mariage, le conformisme, la nature, le r\u00e9el et tout ce qui peut nuire \u00e0 la fantaisie et \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019individu. On pourrait facilement le taxer d\u2019individualiste et de r\u00e9actionnaire, mais quelle signification pour lui&nbsp;? Dandy jusqu\u2019au bout des ongles, narcisse r\u00eaveur d\u00e9testant son temps, cette \u00e8re victorienne pudibonde et hypocrite qu\u2019il abhorre. On aurait aim\u00e9 pouvoir s\u00e9lectionner quelques pens\u00e9es, mais rien ne se d\u00e9marque vraiment du reste et si tout y est dr\u00f4le et enlev\u00e9, on a souvent un peu trop l\u2019impression de l\u2019entendre parler pour la post\u00e9rit\u00e9, avec un rien de fatuit\u00e9. Toujours \u00e0 la recherche du bon mot, cela doit \u00eatre fatigant \u00e0 la longue.<\/p>\n\n\n\n<p>La partie la plus int\u00e9ressante de ce petit livre est encore ce t\u00e9moignage d\u2019un gardien qui l\u2019a c\u00f4toy\u00e9 \u00e0 Reading et qui d\u00e9crit Wilde tel qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0-bas en enfant triste ivre de m\u00e9lancolie et plein de gr\u00e2ce, comme un saint la\u00efc \u00e9tranger au monde et \u00e0 ses semblables. Une image qui forme contraste avec le dandy insolent qu\u2019il \u00e9tait dans sa jeunesse, mais les deux Wilde se rejoignent dans cette m\u00e9lancolie incurable dissimul\u00e9e dans la ga\u00eet\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge tendre comme dans la bont\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge mur.<\/p>\n\n\n\n<p>Une pens\u00e9e quand m\u00eame&nbsp;: \u00e0 la douane, aux \u00c9tats-Unis, on lui demanda ce qu\u2019il avait \u00e0 d\u00e9clarer. \u00ab&nbsp;Je n\u2019ai \u00e0 d\u00e9clarer que mon g\u00e9nie&nbsp;\u00bb, dit-il. Avec tant de conviction qu\u2019on s\u2019interdit de rire. Wilde thing&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALAIN-FOURNIER \u2013 <em>LE GRAND MEAULNES \u2013<\/em> \u00c9ditions Emile-Paul Fr\u00e8re \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le genre de livre qu\u2019on vous oblige \u00e0 lire \u00e0 l\u2019adolescence et qui vous ennuie d\u00e8s les premi\u00e8res pages. On lui donnera une seconde chance. Et on fera bien. On sait que l\u2019auteur est mort au front, aux premiers tirs \u00e9chang\u00e9s d\u00e8s septembre 1914, durant la premi\u00e8re guerre mondiale, et que ce classique du romantisme sera son testament.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois, un enfant qui vit \u00e0 la campagne dans l\u2019\u00e9cole o\u00f9 ses parents sont instituteurs, est fascin\u00e9 par un nouveau pensionnaire, le grand Meaulnes. Augustin Meaulnes est plus \u00e2g\u00e9 que lui, intr\u00e9pide et ayant soif d\u2019aventures. Ses tentatives rat\u00e9es de fugue lui font une mauvaise r\u00e9putation, mais il s\u2019obstine et embarque Fran\u00e7ois dans ses r\u00eaves d\u2019\u00e9vasion. Un roman qui ressemble un peu au <em>Battling le t\u00e9n\u00e9breux<\/em> de Vialatte, m\u00eame si on est un peu en-de\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re escapade tourne court avec arr\u00eat nocturne dans une ferme pr\u00e8s de Vierzon, mais l\u2019essentiel est de poursuivre leur r\u00eave commun. Puis Fran\u00e7ois n\u2019est plus que le narrateur des aventures du grand Meaulnes qui s\u2019invite dans une noce de village donnant lieu \u00e0 un bal costum\u00e9. Mais la f\u00eate se finit tristement car, apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 une jeune fille, Frantz le futur mari\u00e9 en mal de confidences lui annonce que sa promise ne veut plus de lui. C\u2019est Yvonne de Galais, celle-l\u00e0 m\u00eame qui a sympathis\u00e9 avec Meaulnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 l\u2019\u00e9cole. C\u2019est maintenant l\u2019hiver et Meaulnes retrouve Fran\u00e7ois avec qui il poursuit une bande de voleurs dans le domaine, un ch\u00e2teau \u00e0 la sortie du village. L\u2019aventure au coin de la rue. La bande se compose d\u2019\u00e9l\u00e8ves men\u00e9s par deux boh\u00e9miens, les saltimbanques que Meaulnes avait connu \u00e0 la f\u00eate. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chauffour\u00e9e, Meaulnes et Fran\u00e7ois sympathisent avec eux qui leur parlent du domaine perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux boh\u00e9miens ne sont que le fianc\u00e9 de la f\u00eate et un com\u00e9dien. Le fianc\u00e9 porte un bandeau autour de la t\u00eate apr\u00e8s une tentative de suicide. Ils donnent des repr\u00e9sentations de leur petit cirque et fascinent Meaulnes et son camarade. Ils d\u00e9cident de repartir \u00e0 la recherche du domaine perdu, cette propri\u00e9t\u00e9 o\u00f9 Meaulnes s\u2019\u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 la noce. Faux-d\u00e9part et ils se retrouvent au-del\u00e0 des pr\u00e9s communaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis Meaulnes retourne chez sa m\u00e8re \u00e0 Paris et Fran\u00e7ois est tent\u00e9 d\u2019abandonner leur r\u00eave aliment\u00e9 par des lettres qu\u2019il re\u00e7oit de Paris o\u00f9 Meaulnes confond la jeune fille du domaine avec une femme qui vient s\u2019asseoir sur le m\u00eame banc que lui, le soir. Mais leur r\u00eave est en fuite et l\u2019aventure semble termin\u00e9e. Le r\u00eave et l\u2019aventure qui n\u2019existent que pour le r\u00eaveur ou l\u2019aventurier.<\/p>\n\n\n\n<p>Delouche, un \u00e9colier qui essaie de remplacer Meaulnes sans y parvenir, vient \u00e0 parler lui aussi du domaine perdu qu\u2019il d\u00e9crit comme un ch\u00e2teau-fort en ruines o\u00f9 vit une famille aristocratique. Il n\u2019en faut pas plus pour fouetter l\u2019imagination de Fran\u00e7ois et faire rena\u00eetre le r\u00eave. D\u2019autant qu\u2019une parente chez qui il passe des vacances lui parle du domaine des sablonni\u00e8res et de cette fameuse f\u00eate de mariage o\u00f9 la promise s\u2019est enfuie dans leur charrette. Meaulnes est inform\u00e9 de l\u2019histoire et il renonce \u00e0 un voyage pr\u00e9vue de longue date. La jeune fille en question serait partie \u00e0 Paris, est-ce la fille du banc&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Meaulnes revient au pays pour \u00e9pouser Yvonnes de Galais, la s\u0153ur de Frantz, mais il s\u2019ennuie avec elle, quitte le domicile conjugal et part \u00e0 la recherche du fr\u00e8re. Yvonne accouche d\u2019une fille et meurt peu de temps apr\u00e8s et elle a fait ses confidences \u00e0 Fran\u00e7ois&nbsp;: Meaulnes cherchait son r\u00eave et n\u2019a pu se satisfaire d\u2019une vie de couple.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois, devenu instituteur, retrouve dans un casier le journal tenu par Meaulnes qui raconte ses aventures parisiennes et ses retrouvailles avec une certaine demoiselle Blondeau dont il se persuade qu\u2019elle est le jeune fille du mariage, la promise ayant pris la fuite. Il l\u2019aime toujours mais se sacrifie pour Frantz et les deux amants tragiques peuvent se retrouver. Fran\u00e7ois lui pr\u00e9sente sa fille mais Meaulnes semble ailleurs, comme perdu dans ses r\u00eaves trop grands pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p>On aura compris que ce livre parle, d\u2019une fa\u00e7on un peu vieillotte, de l\u2019impossible r\u00eave, de l\u2019aventure emp\u00each\u00e9e et du romantisme. Il y avait un livre de ADG (son vrai nom \u00e9tait Alain Fournier) qui s\u2019appelait Le grand m\u00f4me, un polar amusant se d\u00e9roulant au m\u00eame endroit, dans le Cher. Les coups de revolver y abondaient mais le vrai Alain-Fournier n\u2019aura connu que les shrapnels allemands. Autre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BALZAC<\/strong> \u2013 <em><strong>FERRAGUS \/ LA FILLE AUX YEUX D\u2019OR<\/strong><\/em> \u2013 <strong>Garnier \/ Flammarion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici de L\u2019histoire des Treize et on a trouv\u00e9 un fort volume r\u00e9unissant les deux autres livres composant cette suite romanesque. L\u2019occasion de revenir sur ce cher Balzac, l\u2019un des auteurs les plus prolifiques avec peut-\u00eatre Simenon et San Antonio, dans des genres diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>Une longue introduction nous apprend que Balzac a laiss\u00e9 en court de chemin l\u2019id\u00e9e des Treize, cette franc-ma\u00e7onnerie de surhommes nietzsch\u00e9ens, brigands \u00ab&nbsp;en gants jaunes et carrosse&nbsp;\u00bb. Il se contentera de l\u2019histoire de l\u2019ancien for\u00e7at Ferragus, de l\u2019explorateur r\u00e9chapp\u00e9 des guerres napol\u00e9oniennes M\u00e9rivaux (<em>La duchesse de Langeais<\/em>) et du dandy De Mar\u00e7ay pour<em> La fille aux yeux d\u2019or<\/em>. Autant d\u2019individus qui s\u2019entraident surtout pour satisfaire leurs plaisirs et d\u00e9roger \u00e0 la loi. Pour Balzac, la v\u00e9ritable histoire des Treize ne peut se conter qu\u2019entre gens avertis, le soir \u00e0 la veill\u00e9e. Mani\u00e8re d\u2019avouer que, s\u2019il s\u2019est un temps passionn\u00e9 pour cette histoire, le soufflet est vite retomb\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons donc par <em>Ferragus. <\/em>D\u2019abord une description des rues de Paris avec un sieur Auguste de Maulincour qui s\u2019\u00e9prend de Madame Jules, une demi-mondaine mari\u00e9e au banquier Jules Desmarets. Ferragus fait ensuite son entr\u00e9e, comme au th\u00e9\u00e2tre. Un ancien for\u00e7at on l\u2019a dit. Il s\u2019appelle en fait Bourignard ou Monsieur de Funcal. Mille noms et mille visages. C\u2019est du Eug\u00e8ne Sue. Maulincour le voit roder pr\u00e8s de l\u2019appartement clandestin de Madame Jules et il tombe sur une lettre tomb\u00e9e de sa poche envoy\u00e9e par elle. Intrigu\u00e9, il va rendre la lettre mais l\u2019ex-bagnard a des soup\u00e7ons. Maulincour \u00e9chappe \u00e0 deux accidents, \u00e0 un empoisonnement et doit se battre en duel. Il pense que Ferragus, qu\u2019on dit mort, n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 ses turpitudes. La lutte s\u2019engage.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur Jules soup\u00e7onne son \u00e9pouse d\u2019infid\u00e9lit\u00e9 et il lui pr\u00eate une aventure avec Maulincour, mais il se trompe d\u2019amant. Maulincour affranchit Desmarets sur la vraie nature de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9. Sur ces entrefaites, c\u2019est Ida, une grisette qui s\u2019introduit chez les Desmarets pour accuser Madame Jules d\u2019essayer de lui voler son Jules, justement, Ferragus. Confusion, c\u2019est du Feydeau cette fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Desmarets tend un pi\u00e8ge \u00e0 Ferragus en s\u2019arrangeant avec sa logeuse \u2013 la m\u00e8re d\u2019Ida \u2013 pour pouvoir \u00e9pier une conversation entre lui et son \u00e9pouse. Elle accepte et on va avoir enfin le fin mot. On s\u2019en doutait un peu&nbsp;; au fil de la conversation, on apprend que Ferragus est le p\u00e8re de Madame Jules alias Cl\u00e9mence Desmarets. Bourignard est tenu pour mort et le chef des d\u00e9vorants (la bande de malfrats qu\u2019il r\u00e9git) est devenu De Funcal avec fausse lettre de mission de l\u2019ambassade du Portugal, comme Vautrin \u00e9tait devenu un \u00e9v\u00eaque espagnol. La pauvre Ida quant \u00e0 elle laisse une lettre o\u00f9 elle crie ses intentions de suicide. La m\u00e8re se d\u00e9sole et Desmarets, depuis son trou de serrure, est d\u00e9masqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Desmarets s&nbsp;\u2018en veut d\u2019avoir soup\u00e7onn\u00e9 sa femme et celle-ci lui raconte sa triste vie avant de s\u2019\u00e9teindre, morte de chagrin. Ferragus avait agi dans l\u2019ombre pour garantir la fortune de Desmarets&nbsp;. On passe \u00e0 l\u2019enterrement dont les modalit\u00e9s sont contrari\u00e9es par la bureaucratie parisienne et on s\u2019achemine vers l\u2019\u00e9pilogue. Madame Jules est enterr\u00e9e au P\u00e8re-Lachaise mais une urne fun\u00e9raire sera remise, plus tard, \u00e0 Desmarets. Le corps de la pauvre Ida sera retrouv\u00e9 dans la Seine par des p\u00eacheurs et elle sera mise \u00e0 la fosse commune. Desmarets apercevra encore Ferragus, roi des D\u00e9vorants, h\u00e2ve et d\u00e9charn\u00e9, au milieu de joueurs de boules. Maulincour est mort lui aussi, hant\u00e9 par une aventure trop grande pour lui. Ainsi s\u2019ach\u00e8ve le roman.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant dire que l\u2019on est loin du meilleur Balzac. Une histoire entre fantastique et m\u00e9lodrame. Le style est toujours l\u00e0 mais on pr\u00e9f\u00e8re les pages o\u00f9 Balzac nous d\u00e9crit son Paris des faubourgs et des ruelles ou son Paris de cimeti\u00e8res , aussi bien en g\u00e9ographe qu\u2019en sociologue.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un peu le m\u00eame sentiment de d\u00e9ception que l\u2019on a avec<em> La fille aux yeux d\u2019or<\/em>. Balzac n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e0 son aise dans ce genre de roman-feuilleton m\u00e2tin\u00e9 d\u2019\u00e9pouvante (il cite souvent le <em>Melmoth<\/em>, de Matthew G. Lewis). C\u2019est ici le dandy De Mar\u00e7ay, lui aussi l\u2019un des Treize, que Balzac met en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme pour Ferragus, Balzac commence par consacrer une trentaine de pages \u00e0 une vue en coupe de Paris, des classes laborieuses \u00e0 la haute bourgeoisie en passant par les classes moyennes et la boh\u00e8me artiste. Une vision d\u2019horreur o\u00f9 domine l\u2019impression que la ville est anim\u00e9e d\u2019une vie propre, comme un monstre d\u00e9vorant celles et ceux qui vivent en son c\u0153ur. Une devise commune&nbsp;: or et plaisirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis on en vient \u00e0 De Mar\u00e7ay, arch\u00e9type du dandy, entre le Beau Brummel et Oscar Wilde. Il est orphelin et son p\u00e8re, Lord Dudley, l\u2019a abandonn\u00e9 et a fait des enfants partout, jusqu\u2019\u00e0 La Havane. Sa m\u00e8re morte jeune, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par un pr\u00eatre. Apr\u00e8s toutes ses informations, on a envie de crier \u00e0 Balzac \u00ab&nbsp;au fait, au fait&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De Mar\u00e7ay rencontre son ami Pierre de Monerville et lui parle de la fille aux yeux d\u2019or, une fille f\u00e9line et fascinante que ne quitte pas une vieille dame semblant \u00eatre sa du\u00e8gne. De Mar\u00e7ay fait suivre leur fiacre pour conna\u00eetre leur adresse et l\u2019intrigue amoureuse peut commencer. Enfin, est-on tent\u00e9 de dire.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison de Paquita Vald\u00e8s (c\u2019est son nom) est une forteresse et elle est gard\u00e9e par la du\u00e8gne, en fait sa m\u00e8re et la marquise de San Real, son amie. De Mar\u00e7ay a soudoy\u00e9 le facteur pour un rendez-vous qu\u2019elle consent \u00e0 lui accorder, accompagn\u00e9e de la vieille dame. Puis, un domestique mul\u00e2tre lui permet d\u2019accomplir son dessein, en lui bandant les yeux. De Mar\u00e7ay est d\u00e9crit comme un prince oriental, avec ses caprices et sa cruaut\u00e9, rendant les femmes soumises, esclaves.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils font l\u2019amour dans un palais de marbre avec perversit\u00e9 et raffinement. Elle est folle de lui et il prend peur. Peu apr\u00e8s, Ferragus organise l\u2019intrusion dans la propri\u00e9t\u00e9 de Paquita. De Mar\u00e7ay tente de la tuer \u00e0 ce deuxi\u00e8me rendez-vous, comme s\u2019il voulait \u00e9chapper \u00e0 son emprise, mais c\u2019est la duchesse qui la poignarde, par jalousie, n\u2019acceptant pas que sa prot\u00e9g\u00e9e la trompe avec un homme.<\/p>\n\n\n\n<p>On a l\u2019impression que Balzac prend plaisir \u00e0 passer en revue le catalogue des perversions, du moins pour l\u2019\u00e9poque&nbsp;: sadisme, saphisme, travestissement, masochisme\u2026 Il semble jouer avec le contraste entre la froideur du dandy et la passion br\u00fblante de la fille, jusqu\u2019\u00e0 marier avec d\u00e9lice le feu et la glace. Un court roman o\u00f9 Balzac taille des croupi\u00e8res \u00e0 Barbey d\u2019Aurevilly ou de Sade. \u00c0 contre-emploi mais on sent que les trois romans de cette histoire des Treize (avec <em>La duchesse de Langeais<\/em> qui est encore le plus r\u00e9ussi) manquent leur but qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine la libert\u00e9 absolue de membres solidaires d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te. Il n\u2019en est finalement rest\u00e9 que trois histoires d\u2019amour originales et inattendues. Mais que de descriptions, que d\u2019apart\u00e9s, que de digressions\u2026 On croirait qu\u2019il a envie de parler d\u2019autre chose et de se distraire lui-m\u00eame de ses intrigues. N\u2019emp\u00eache, quelle plume&nbsp;! Quel que soit le sujet finalement. Un historien, un sociologue, un \u00e9conomiste, un philosophe\u2026 Un \u00e9crivain, quoi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TREVANIAN \u2013 <em>LA SANCTION<\/em> &#8211; Gallmeister<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les lecteurs attentifs de ce blog, ou du moins de ses notes de lecture, connaissent bien Trevanian. C\u2019est l\u2019angelo mysterioso du polar am\u00e9ricain, quelqu\u2019un qui ne donnait pas d\u2019interviews et refusait de se laisser photographier. On sait juste qu\u2019il est n\u00e9 \u00e0 Albany, qu\u2019il est mort en Angleterre et qu\u2019entre temps il s\u2019est engag\u00e9 dans les marines pour la Cor\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Austin (Texas) et a v\u00e9cu longtemps au pays basque. Mais l\u2019important chez lui, c\u2019est l\u2019\u0153uvre. <em>La sanction <\/em>a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran par Clint Eastwood.<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme est assassin\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al et Hemlock, officiellement un professeur d\u2019universit\u00e9 qui est en fait un tueur \u00e0 gages, doit se charger de celui qui l\u2019a tu\u00e9. En fait, la vie de Jonathan Hemlock ressemble au peu qu\u2019on sait de celle de l\u2019auteur&nbsp;: enfance mis\u00e9reuse \u00e0 Albany, pris en charge par une bienfaitrice dont il devient l\u2019amant, guerre de Cor\u00e9e, prof d\u2019universit\u00e9\u2026 La suite appartient \u00e0 la fiction&nbsp;: expertise en art et acheteur de tableaux \u00e0 des prix mirobolants, d\u2019o\u00f9 ses contacts avec la CII, le Dragon et son entreprise de tueurs. Plus une passion pour l\u2019alpinisme et l\u2019air des cimes. Portrait d\u2019un sybarite am\u00e9ricain dandy et totalement amoral.<\/p>\n\n\n\n<p>Son contact \u00e0 Montr\u00e9al est une certaine Felicity Arce avec qui il fait l\u2019amour et elle lui annonce qu\u2019il doit tuer un d\u00e9nomm\u00e9 Garcia Kruger. Dont acte. Apr\u00e8s une escapade meurtri\u00e8re en Europe, Hemlock rempile pour le CII qui pr\u00e9empte l\u2019achat d\u2019une vieille \u00e9glise \u00e0 Long Island, celle justement qu\u2019il veut s\u2019acheter. La CII veut dire en fait 102 en chiffres romains, soit la r\u00e9union de 102 services de contre espionnage n\u00e9s de la seconde guerre mondiale. Le service Recherche Sanction vise \u00e0 \u00e9liminer ceux qui se sont attaqu\u00e9s aux agents.<\/p>\n\n\n\n<p>Hemlock rencontre une jeune femme noire \u2013 Gemina &#8211; qui se fait passer pour une h\u00f4tesse de l\u2019air. En fait, elle est employ\u00e9e par Dragon pour le persuader d\u2019accepter une mission avec Miles Mellough, un coll\u00e8gue qu\u2019il d\u00e9teste pour avoir tu\u00e9 son meilleur ami, un Basque nomm\u00e9 Henri Bacq. Il refuse toujours la mission, mais sa conqu\u00eate lui prend l\u2019argent destin\u00e9 \u00e0 l\u2019achat d\u2019un tableau et il doit l\u2019accepter, par n\u00e9cessit\u00e9. La mission&nbsp;: tuer l\u2019un des trois alpinistes qui vont s\u2019attaquer au massif de l\u2019Eiger cet \u00e9t\u00e9 et il remplace l\u2019alpiniste am\u00e9ricain victime d\u2019un accident. On soup\u00e7onne l\u2019un des alpinistes d\u2019\u00eatre le deuxi\u00e8me assassin de Montr\u00e9al, un meurtre \u00e0 propos d\u2019une formule de bouillon de culture bact\u00e9riologique. L\u2019entra\u00eenement peut commencer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans l\u2019Arizona qu\u2019ils s\u2019entra\u00eenent, lui et Big Ben Bowman, un ami des services ancien alpiniste. Quelques chapitres sans int\u00e9r\u00eat pour qui ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 l\u2019alpinisme, sauf qu\u2019il couche avec une Indienne nomm\u00e9e George et qu\u2019il revoit son ennemi jur\u00e9, Mellough. Mellough qui, par l\u2019interm\u00e9diaire de George, essaie de le tuer mais c\u2019est lui qui le l\u00e2che en plein d\u00e9sert apr\u00e8s une poursuite en voiture. Puis c\u2019est enfin l\u2019Eiger, l\u2019ogre mangeur d\u2019hommes. Gemina revient, comme par hasard, et les trois compagnons d\u2019ascension \u2013 un Autrichien, un Allemand et un Fran\u00e7ais, sont longuement pr\u00e9sent\u00e9s avant l\u2019escalade. Lequel des trois ?<\/p>\n\n\n\n<p>Il a un flirt avec l\u2019\u00e9pouse du Fran\u00e7ais \u2013 Anna \u2013 et d\u00e9teste instinctivement l\u2019Allemand qui prend la direction du groupe. Bidet, le Fran\u00e7ais se sentant cocufi\u00e9, menace de le tuer et il fait ses adieux \u00e0 Gemina. Clement Pope, l\u2019envoy\u00e9 de Dragon, arrive \u00e0 son tour pour lui apprendre que Mellough est mort et que lui seul connaissait la cible. Ayant \u00e9t\u00e9 le complice de Mellough dans la mort de Bacq, Hemlock le d\u00e9molit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ascension peut commencer sous les yeux de Big Ben Bowman et de sa longue vue, avec les clients de l\u2019h\u00f4tel scrutant le spectacle. Elle n\u2019est pas sans difficult\u00e9, d\u2019autant que le climat se d\u00e9grade. Temp\u00eate et avalanche et l\u2019\u00e9quip\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le un fiasco. Au final, ses trois compagnons de cord\u00e9e p\u00e9rissent et seul Jonathan Hemlock, en h\u00e9ros qui se respecte, survit.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, les trois sont morts sans qu\u2019il le veuille et la mission a \u00e9t\u00e9 accomplie. Sur son lit d\u2019h\u00f4pital, il apprend que c\u2019est en fait Bowman qui \u00e9tait le deuxi\u00e8me tueur et seul Mellough le savait. Une machination.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est rare de lire des polars aussi bien \u00e9crits et d\u2019un humour aussi sp\u00e9cial, m\u00eame si le personnage principal finit par irriter \u2013 entre le dandy brillant et l\u2019horrible snob. On comprend pourquoi Eastwood a tenu \u00e0 adapter cette histoire. Mais bon, on ne boude pas son plaisir, Trevanian nous a encore bluff\u00e9. Massif, g\u00e9ant&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DELPHINE DE VIGAN \u2013 <em>RIEN NE S\u2019OPPOSE \u00c0 LA NUIT<\/em> \u2013 Jean-Claude Latt\u00e8s \/ J\u2019ai Lu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un roman trouv\u00e9 dans la bo\u00eete. De Vigan, et pas Le Vigan comme l\u2019acteur copain de C\u00e9line. Connais pas, d\u00e9j\u00e0 entendu parler alors pourquoi pas&nbsp;? Elle \u00e9crit dans la postface avoir eu la chanson de Bashung (\u00abOsez Jos\u00e9phine&nbsp;\u00bb) en t\u00eate et \u00e7a tombe bien, moi aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c9crire sa m\u00e8re&nbsp;\u00bb, comme elle l\u2019\u00e9crit au premier chapitre. Raconter sa m\u00e8re retrouv\u00e9e morte, suicid\u00e9e, dans la solitude. Et d\u2019\u00e9voquer des souvenirs d\u2019enfance o\u00f9 on a l\u2019impression de feuilleter l\u2019album de famille avec le portrait de la m\u00e8re \u2013 Lucile (avec un seul \u00ab&nbsp;l&nbsp;\u00bb) \u2013 qui se dessine au fil des pages mais aussi du p\u00e8re, Georges, journaliste publicitaire sociable et brillant mais dont la face obscure se d\u00e9voilera vite.<\/p>\n\n\n\n<p>On craint de vite se confronter au d\u00e9faut du roman fran\u00e7ais, son c\u00f4t\u00e9 nombriliste et auto-centr\u00e9, mais c\u2019est dieu merci un peu plus complexe. Appelons cela un roman familial.<\/p>\n\n\n\n<p>Familles nombreuses, familles heureuses&nbsp;? Pas s\u00fbr. On suit la fratrie de quatre filles et trois gar\u00e7ons (l\u2019un est mort accidentellement et un autre a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9) au fil d\u2019anecdotes moyennement int\u00e9ressantes, jusqu\u2019\u00e0 ce que Lucile s\u2019extraie du cocon familial, du charnier natal, et vive sa propre vie. Moins anecdotique, un gar\u00e7on mongolien na\u00eet et devient la mascotte de la famille tandis que le gamin adopt\u00e9 se suicide, la version officielle expliquant qu\u2019il n\u2019a jamais surmont\u00e9 son pass\u00e9 d\u2019enfant martyr. Lucile se marie avec Gabriel alors que Forrest est amoureux d\u2019elle. La famille se d\u00e9sunit.<\/p>\n\n\n\n<p>On est un peu agac\u00e9 par la fa\u00e7on dont l\u2019autrice raconte le roman en train de se faire, avec tout les doutes et les difficult\u00e9s qu\u2019on imagine, notamment par rapport \u00e0 sa famille. \u00c7a fait un peu \u00ab&nbsp;je me regarde \u00e9crire&nbsp;\u00bb mais soit. Est-ce le style, la dramatisation des situations, un certain portrait de la France des ann\u00e9es 1960 \u2013 1970&nbsp;? On est pris par l\u2019histoire et on se surprend \u00e0 poursuivre la lecture.<\/p>\n\n\n\n<p>Mariage puis divorce et changement de conjoints&nbsp;: Tib\u00e8re, un photographe naturiste qui lui am\u00e8ne son fils Julien puis Nebo, un bell\u00e2tre italien qui la quitte rapidement et Robert, un beauf. La famille recompos\u00e9e, dysfonctionnelle et un peu baba-cool (on fume beaucoup de joints) a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Yerres (Essonne), l\u00e0 o\u00f9 la narratrice passe son adolescence. Puis c\u2019est Niels, le nouvel amant, qui se suicide comme est retrouv\u00e9 pendu \u00e0 un arbre Milo, l\u2019un des fr\u00e8res de Lucile. La mal\u00e9diction p\u00e8se et Lucile se retrouve vite entour\u00e9e de cadavres.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en fait \u00e0 une enqu\u00eate, ou plut\u00f4t une contre-enqu\u00eate \u00e0 laquelle on a droit, sur la base d\u2019interviews et de t\u00e9moignages des membres survivants de la famille. Qu\u2019est-ce qui se cache derri\u00e8re l\u2019image d\u2019une famille moderne, banale et sans histoires&nbsp;? Qu\u2019est-ce que chacun cache comme douleurs secr\u00e8tes, failles et fragilit\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Lucile est d\u00e9pressive avec des acc\u00e8s d\u2019angoisse. Elle \u00e9crit dans une sorte de journal que son p\u00e8re a abus\u00e9 d\u2019elle. Et si c\u2019\u00e9tait la cl\u00e9&nbsp;? Camille, la belle-fille de Lucile, \u00e9voque les m\u00eames s\u00e9ductions ambigu\u00ebs. Lucile est diagnostiqu\u00e9e bipolaire, maniaco-d\u00e9pressive, et commencent les internements en psychiatrie. La folie, d\u2019abord subreptice, se fait envahissante.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis viennent les rechutes et l\u2019alcoolisme. Les filles sont recueillies dans la famille du p\u00e8re et elle n\u2019est plus que l\u2019ombre d\u2019elle-m\u00eame, sous camisole chimique, path\u00e9tique et muette dans les r\u00e9unions de famille o\u00f9 elle est toujours convi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Apparaissent les troubles pour l\u2019autrice qui p\u00e2tit de la situation. L\u2019anorexie sur quoi elle consacrera un livre (<em>Un jour sans faim<\/em>). Lucile s\u2019amourache d\u2019un violoniste \u00e9cossais clochard et alcoolique qui finira assassin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis c\u2019est la reconstruction, le retour \u00e0 la vie. Lucile consulte une professionnelle qui la remet sur les rails. C\u2019est la derni\u00e8re partie de ce roman, la plus \u00e9mouvante. Un beau portrait de femme. C\u2019est sa renaissance. Elle suit des \u00e9tudes universitaires, passe des examens, obtient des dipl\u00f4mes et entame, \u00e0 cinquante ans, une carri\u00e8re d\u2019assistante sociale. L\u2019autrice s\u2019aper\u00e7oit aussi qu\u2019elle a laiss\u00e9 des textes, collectionnant les lettres de refus de la part des \u00e9diteurs. Puis ce sont d\u2019autres rechutes et d\u2019autres r\u00e9tablissements avant que de devenir une grand-m\u00e8re affectueuse et respect\u00e9e. Enfin l\u2019ultime rechute et le suicide qui vient parachever un chemin de vie tortueux d\u2019une m\u00e8re courage toujours combative.<\/p>\n\n\n\n<p>Un roman \u00e9mouvant qui parle autant de la mort que de la famille, de l\u2019identit\u00e9 et de la descendance. C\u2019est d\u2019abord le livre de Lucile, comme au Moyen-\u00e2ge on \u00e9crivait des \u00ab&nbsp;livres de&#8230;&nbsp;\u00bb pour raconter une vie. Cela me touche d\u2019autant plus que c\u2019est ce que j\u2019ai essay\u00e9 de faire avec mon fr\u00e8re, toutes proportions gard\u00e9es, toutes choses \u00e9gales et tout ce que vous voudrez. Chacun ici bas devrait finir par avoir son livre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Novembre 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>OSCAR WILDE &#8211; LES PENS\u00c9ES &#8211; Le cherche midi Avant ses pens\u00e9es, on a droit \u00e0 une biographie d\u2019Oscar Wilde, n\u00e9 \u00e0 Dublin en 1854 d\u2019une artiste fantasque et d\u2019un m\u00e9decin port\u00e9 sur la boisson. 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