{"id":4256,"date":"2025-05-22T15:21:20","date_gmt":"2025-05-22T13:21:20","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4256"},"modified":"2025-06-27T15:04:30","modified_gmt":"2025-06-27T13:04:30","slug":"vinginces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4256","title":{"rendered":"VINGINCES !"},"content":{"rendered":"\n<p>\u2026 <strong>Il peut s\u2019agir tout aussi bien, peut-\u00eatre mieux, d\u2019une variante r\u00e9gionale puisque cette tendance existe \u00ab&nbsp;dans toute la r\u00e9gion ardennaise&nbsp;\u00bb. Bruneau dixit.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un trait bien ardennais, objet de plaisanterie pour les deux amis (cf les badines vinginces et les monstres d\u2019innocince).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelques remarques sur la prononciation de Rimbaud d\u2019apr\u00e8s L<em>es Copp\u00e9es IV \u00e0 IX de Verlaine.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Du r\u00f4le de la d\u00e9formation lexicale dans les dizains para-rimbaldiens de Verlaine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>In <em>R\u00e9pertoire de la correspondance dat\u00e9e de Verlaine <\/em>\u2013 Michael Pakenham \u2013 Classiques Garnier.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration460.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4258\" width=\"576\" height=\"386\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration460.jpeg 474w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration460-300x201.jpeg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration460-30x20.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption>L&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 l&rsquo;on avait le choix entre le mal et le dessin industriel (Yves Adrien).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>1. LELOUP<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais procur\u00e9 un pistolet Smith et Wesson \u00e0 six coups \u00e0 l\u2019armurerie en bas de la rue o\u00f9 je travaillais, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 en finir cette fois, devant l\u2019implacable perspective d\u2019une vie rat\u00e9e et calamiteuse d\u00e9marr\u00e9e sous les pires auspices.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019en finir et bien que l\u2019id\u00e9e de me tirer une balle dans la t\u00eate ou dans la bouche f\u00fbt encore largement du domaine du fantasme, j\u2019avais \u00e9tabli une courte liste de personnes que je jugeais responsables de cet \u00e9chec lamentable. Peut-\u00eatre ne l\u2019\u00e9taient-ils pas directement et individuellement, ce serait leur faire trop d\u2019honneur, mais ils y avaient contribu\u00e9 de fa\u00e7on collective, sans se conna\u00eetre, agissant de concert pour ruiner le peu d\u2019estime que je pouvais avoir de moi d\u00e8s l\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019heure n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019introspection, et l\u2019important \u00e0 ce stade consistait \u00e0 d\u00e9signer les victimes, le contentieux qui nous opposait et le mode op\u00e9ratoire que j\u2019avais imagin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait cinq hommes et trois femmes, une parit\u00e9 non respect\u00e9e mais ces affaires-l\u00e0, entre la folie et le d\u00e9sespoir, ne s\u2019encombraient pas de ces consid\u00e9rations \u00e9galitaires. J\u2019avais jet\u00e9 mon d\u00e9volu sur Andr\u00e9 Leloup, mon professeur de technologie en quatri\u00e8me et troisi\u00e8me \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb, soit dans les ann\u00e9es scolaires 1967 \u2013 1968 et 1968 \u2013 1969. Je criais \u00ab&nbsp;Vingince&nbsp;\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence et en hommage \u00e0 Paul Verlaine, mon fr\u00e8re en m\u00e9lancolie, dont je venais de lire la correspondance o\u00f9 abondaient ces vocables drolatiques plus ou moins patoisants.<\/p>\n\n\n\n<p>Leloup \u00e9tait le seul \u00e0 nous faire dire la pri\u00e8re au d\u00e9but de ses cours. Un \u00ab&nbsp;je vous salue Marie&nbsp;\u00bb que, quand bien m\u00eame \u00e9tions-nous dans un \u00e9tablissement catholique, pas un de ces coll\u00e8gues ne psalmodiait plus, par peur du ridicule. Il avait \u00e9t\u00e9 le seul professeur \u00e0 continuer \u00e0 faire cours en mai 68, alors que les quelques \u00e9l\u00e8ves condamn\u00e9s par leurs parents \u00e0 assister aux derni\u00e8res heures de scolarit\u00e9 de ce printemps fou \u00e9taient condamn\u00e9s \u00e0 se regrouper aux premiers rangs pour voir et entendre ce rustre nous entretenir de perspectives cavali\u00e8res, de normes de dessin industriel et de calibres \u00e0 coulisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9testais ses cours et je les passais le plus souvent \u00e0 l\u2019infirmerie, m\u2019obligeant \u00e0 des pratiques qui allaient des cendres de cigarette dans un bock de bi\u00e8re bu la veille \u00e0 la r\u00e9tention de selles qui me permettaient de simuler des crises de gastro-ent\u00e9rite. Le p\u00e8re sup\u00e9rieur m\u2019ouvrait la porte de l\u2019antichambre de son bureau calfeutr\u00e9 o\u00f9 un petit lit d\u2019appoint m\u2019attendait pour y passer le plus clair de l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>Car Leloup s\u00e9vissait tous les lundis apr\u00e8s-midi, de 14 \u00e0 18 heures, et il n\u2019\u00e9tait pas homme \u00e0 s\u2019absenter. Je ne pouvais pas passer tous les lundis apr\u00e8s-midi \u00e0 l\u2019infirmerie et j\u2019y \u00e9tais une fois sur deux. Il fallait bien que je subisse ces heures interminables pass\u00e9es dans une peur tout juste att\u00e9nu\u00e9e par une certaine h\u00e9b\u00e9tude devant des propos techniques que je ne comprenais pas et, surtout, des exercices pratiques sur des feuilles \u00e0 dessin o\u00f9 j\u2019\u00e9tais bien incapable de tracer le moindre trait qui e\u00fbt la moindre signification.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quelques devoirs \u00e9taient confi\u00e9s aux bons soins de mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 dont c\u2019\u00e9tait la partie et j\u2019obtenais les meilleures notes, ce qui attisait ce m\u00e9pris m\u00eal\u00e9 de taquinerie franchouillarde que me vouait Leloup. Pas tout \u00e0 fait stupide, il voyait bien que je n\u2019\u00e9tais aucunement l\u2019auteur de ces tirets, traits mixtes et traits gras cens\u00e9s repr\u00e9senter un objet industriel. Pire que cela, je n\u2019\u00e9tais m\u00eame pas capable de reproduire si peu que ce soit ces figures g\u00e9om\u00e9triques que je pr\u00e9tendais avoir dessin\u00e9es dans un moment d\u2019inspiration, sous les conseils de mon fr\u00e8re, devais-je avouer pour minimiser ma performance et la rendre si peu que ce soit plausible.<\/p>\n\n\n\n<p>Leloup avait le poil luisant et la moustache fournie. Le regard bleu acier et une vilaine cicatrice \u00e0 la joue lui donnaient des airs de voyou, vite oubli\u00e9s par son \u00e9ternelle mise&nbsp;: longue blouse grise comme la houppelande d\u2019un moine, pantalon de costume du m\u00eame gris terne et des mocassins cir\u00e9s qui auraient pu faire office de miroirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me distinguais pas des \u00e9l\u00e8ves peu dou\u00e9s pour la mati\u00e8re et vite rel\u00e9gu\u00e9s au fond de la classe, souvent laiss\u00e9s \u00e0 leur triste sort. Ce fut la mythologie grecque qui me tira bien involontairement de ce purgatoire et j\u2019allais conna\u00eetre l\u2019enfer.<\/p>\n\n\n\n<p>Leloup demandait \u00e0 la classe de citer des m\u00e9taux et les mains se levaient pour en donner toutes sortes de variantes. \u00c0 un moment, je levais timidement la main pour sugg\u00e9rer quelque chose, histoire de montrer \u00e0 Leloup que je n\u2019\u00e9tais pas totalement indiff\u00e9rent \u00e0 ses le\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;L\u2019airain, dis-je, comme en m\u2019excusant.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; tsst, tsst. Il se lissa la moustache et t\u00e2cha de mettre les rieurs de son c\u00f4t\u00e9 en r\u00e9p\u00e9tant plusieurs fois \u00ab&nbsp;l\u2019airain&nbsp;\u00bb, ce qui devenait \u00ab&nbsp;les reins&nbsp;\u00bb. Visiblement, il ne connaissait pas le mot.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ben oui, \u00ab&nbsp;La biche aux pieds d\u2019airain&nbsp;\u00bb dans Ulysse. Je ne trouvais rien de mieux pour illustrer ma proposition. Un camarade ajouta que c\u2019\u00e9tait le m\u00e9tal dont on faisait les cloches et j\u2019eus l\u2019impression que la preuve \u00e9tait ainsi faite de la pertinence de l\u2019exemple choisi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;dont on fait les cloches&nbsp;\u00bb, vous en faites une belle de cloche&nbsp;\u00bb, conclut-il dans l\u2019hilarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Je le soup\u00e7onnais de ne pas conna\u00eetre le mot et de masquer son ignorance par une pirouette facile \u00e0 mes d\u00e9pens.<\/p>\n\n\n\n<p>Il passa le reste du cours pr\u00e8s de ma table \u00e0 dessin, \u00e9piant la moindre h\u00e9sitation, la moindre erreur dans un travail que j\u2019\u00e9tais d\u2019ailleurs loin de ma\u00eetriser. J\u2019entendais ses \u00e9ternels tsst, tsst, comme un serpent sur le point de cracher son venin et il me donnait des petits coups de poing dans l\u2019\u00e9paule, subtilement dos\u00e9s pour \u00e9viter tout soup\u00e7on de brutalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je finissais le cours en larmes et Leloup en vint presque \u00e0 me consoler, se mettant assis \u00e0 ma place et terminant ce dessin avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante. Il s\u2019adressa \u00e0 la classe en paraissant me valoriser apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de son travail, m\u2019attribuant un r\u00f4le dans ce qui tenait pour moi de la prouesse. Il est vrai que je n\u2019entendais rien \u00e0 la mati\u00e8re et j\u2019avais souvent en t\u00eate ces vers de Rimbaud&nbsp;: \u00ab&nbsp;je hais tous les m\u00e9tiers, ma\u00eetres et ouvriers&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je finissais p\u00e9niblement le trimestre, cette ann\u00e9e-l\u00e0, en essayant d\u2019imaginer pour l\u2019ann\u00e9e prochaine des strat\u00e9gies pour ne pas devoir me soumettre aux humeurs de dogue de Leloup et pour \u00e9chapper \u00e0 ce qui relevait de l\u2019emprise, tant la haine que j\u2019avais pour lui \u00e9tait forte. Le bonhomme m\u2019obs\u00e9dait et je revoyais sans cesse sa silhouette en imagination, comme la personnification de mes angoisses d\u2019adolescent.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ces deux ann\u00e9es scolaires &#8211; dont la seconde fut plus tranquille car Leloup m\u2019avait consid\u00e9r\u00e9 comme un cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et il me laissait croupir dans mon monde de r\u00eaverie tr\u00e8s loin des r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles, du dessin industriel et de la technologie &#8211; je revis Leloup sur une piste d\u2019athl\u00e9tisme, alors que je regardais un match de football sur un stade voisin. En m\u2019apercevant, il me d\u00e9cocha son \u00e9ternel sourire narquois au moment de se mettre dans les starting-blocks avec un grand short rouge \u00e9chancr\u00e9 et un d\u00e9bardeur vert qui laissait voir les abondantes touffes de poil de ses aisselles. Il finit par me gratifier d\u2019un petit hochement de t\u00eate en guise de bonjour et je lui r\u00e9pondais par la m\u00eame mimique. Leloup faisait du demi-fond mais je ne suivais pas sa course, juste amus\u00e9 \u00e0 la fin de le voir arriv\u00e9 en avant-derni\u00e8re position.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souvenais qu\u2019il avait un jour humili\u00e9 un \u00e9l\u00e8ve d\u2019un commentaire assassin apr\u00e8s qu\u2019il lui e\u00fbt demand\u00e9 quel sport il pratiquait&nbsp;: \u00ab&nbsp;le basket tsst tsst, sport de fillette&nbsp;\u00bb. Leloup \u00e9tait un homme, un vrai. Viril et sportif, il n\u2019aimait pas tout ce qui pouvait ressembler \u00e0 de la faiblesse, de la mollesse, de la passivit\u00e9 ou, pire, de l\u2019introspection. Il m\u2019arrivait de repenser \u00e0 lui avec ses moustaches nietzsch\u00e9ennes et son regard d\u2019une \u00e9trange duret\u00e9. Il repr\u00e9sentait tout ce que je d\u00e9testais et je l\u2019\u00e9rigeais mentalement en incarnation famili\u00e8re du fascisme. Que la b\u00eate meure, m\u2019\u00e9tais-je dit, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce film de Chabrol que j\u2019avais vu \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il y avait aussi du Lee Van Cleef en lui, le m\u00e9chant des westerns italiens que j\u2019allais voir avec mon fr\u00e8re dans un cin\u00e9ma de quartier.<\/p>\n\n\n\n<p>Il habitait toujours dans un pavillon, ce genre de constructions d\u2019apr\u00e8s-guerre qu\u2019on appelait C.I.L, dans les quartiers nord de la ville, pas tr\u00e8s loin de la fronti\u00e8re belge. J\u2019avais pris quelques renseignements sur lui, deux ou trois choses glan\u00e9es dans un bistrot o\u00f9 il lui arrivait de prendre un caf\u00e9. Leloup avait deux filles, deux \u00ab&nbsp;fillettes&nbsp;\u00bb devenues maintenant des femmes, et son \u00e9pouse avait des traits masculins aussi durs que les siens, v\u00eatue sans aucune concession aux canons de la f\u00e9minit\u00e9 avec des tenues sportives et fonctionnelles. Elle \u00e9tait elle-m\u00eame dans l\u2019enseignement, professeur de gymnastique. Le couple id\u00e9al&#8230;&nbsp; Par quelques indiscr\u00e9tions de voisinage, j\u2019avais aussi appris que Leloup \u00e9tait inscrit \u00e0 un stand de tir, qu\u2019il pratiquait l\u2019\u00e9t\u00e9 des sports de montagne, qu\u2019il participait \u00e0 des rallyes, qu\u2019il passait beaucoup de temps \u00e0 la piscine et qu\u2019il militait dans une officine gaulliste o\u00f9 il lui arrivait de faire le coup de poing contre des gauchistes ou des syndicalistes. Ce dernier d\u00e9tail m\u2019avait renforc\u00e9 dans mes intentions homicides.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait bien l\u00e0 mon Leloup, mon tortionnaire de l\u2019\u00e2me que je n\u2019avais pas revu depuis pr\u00e8s de dix ans maintenant et que j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9liminer en premier. Le premier des cinq, m\u2019\u00e9tais-je dit \u00e0 l\u2019\u00e9poque, pensant que la derni\u00e8re balle serait pour moi. La liste allait s\u2019allonger, on verra comment.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais tout pr\u00e9vu. Apr\u00e8s m\u2019\u00eatre inscrit dans le stand de tir o\u00f9 il aimait \u00e0 s\u2019exercer, je t\u00e2chais d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent aux heures o\u00f9 il y \u00e9tait, faisant mine de sympathiser afin d\u2019endormir sa m\u00e9fiance. L\u00e0, apr\u00e8s quelques s\u00e9ances en camarades, la balle que je lui destinais se m\u00ealerait aux d\u00e9tonations des tireurs et Leloup garderait son casque anti-bruit malgr\u00e9 un petit trou dans la tempe. Le plus dur serait de me retirer sans attirer l\u2019attention, au milieu de ses compagnons de jeu \u00e0 la g\u00e2chette facile. C\u2019\u00e9tait jouable.<\/p>\n\n\n\n<p>Leloup me consid\u00e9rait comme le dernier individu qu\u2019il aurait pu croiser dans un stand de tir. Dans son esprit comme dans ses lointains souvenirs, ma r\u00e9pugnance \u00e0 la mati\u00e8re qu\u2019il enseignait se confondait avec celle due maniement et de l\u2019entretien d\u2019une arme \u00e0 feu. Il faut dire que je m\u2019\u00e9tais pas mal entra\u00een\u00e9 depuis mes premiers pas \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, et que j\u2019avais m\u00eame trouv\u00e9 un plaisir un rien morbide \u00e0 l\u2019exercice.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 sans remarquer que Leloup avait terriblement maigri, jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre devenu une esp\u00e8ce de sac d\u2019os, voire de squelette ambulant. Il n\u2019avait rien dit \u00e0 ce sujet et je ne m\u2019\u00e9tais pas permis de lui demander quoi que ce fut. Tout juste m\u2019avait-il confi\u00e9 qu\u2019il avait mis fin \u00e0 ses activit\u00e9s sportives, passant le plus clair de ses loisirs au tir. \u00ab&nbsp;Une sorte de sport \u00e9galement&nbsp;\u00bb, avait-il conclu. J\u2019avais pris ma d\u00e9cision, la pesant et la soupesant encore. Leloup m\u00e9ritait-il la peine de mort&nbsp;? Peut-\u00eatre pas apr\u00e8s tout, mais c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t \u00e0 moi que je l\u2019infligeais, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 jouer une partie serr\u00e9e qui pouvait tr\u00e8s mal tourner.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque soir et les samedis et dimanches matin, j\u2019attendais Leloup qui ne venait pas, qui ne venait plus aux dires de ses amis d\u00e9fourailleurs. L\u2019un croyait savoir qu\u2019il \u00e9tait malade, un autre qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 hospitalis\u00e9. J\u2019aurais d\u00fb m\u2019en douter, il n\u2019en avait plus pour longtemps et je m\u2019en voulais d\u2019avoir tant attendu, mais il fallait bien m\u00fbrir une telle d\u00e9cision et la mettre \u00e0 ex\u00e9cution au moment opportun.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019allais encore au stand dans l\u2019espoir de le voir revenir, en trompe-la-mort indestructible. Mais je vis un soir dans le long couloir menant aux cibles son avis de d\u00e9c\u00e8s. Andr\u00e9 Leloup \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 des suites d\u2019une longue maladie, dans sa trente-septi\u00e8me ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Une balle \u00e9conomis\u00e9e, je pouvais ajouter encore un nom \u00e0 ma liste obituaire, en pensant que je me faisais terriblement violence pour venir \u00e0 bout de mes projets d\u2019assassinat. Alors, si la mort venait maintenant \u00e0 s\u2019en m\u00ealer, \u00e0 me couper l\u2019herbe sous le pied ou \u00e0 me tailler des croupi\u00e8res, mes motivations pourraient s\u2019en ressentir. Mais j\u2019entendais toujours ce mot terrible, comme un cri de guerre&nbsp;: vingince&nbsp;! Il importait de continuer, jusqu\u2019au bout, jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2026 Il peut s\u2019agir tout aussi bien, peut-\u00eatre mieux, d\u2019une variante r\u00e9gionale puisque cette tendance existe \u00ab&nbsp;dans toute la r\u00e9gion ardennaise&nbsp;\u00bb. Bruneau dixit. Un trait bien ardennais, objet de plaisanterie pour les deux amis (cf les badines vinginces et les monstres d\u2019innocince). Quelques remarques sur la prononciation de Rimbaud d\u2019apr\u00e8s Les Copp\u00e9es IV \u00e0 IX&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4256\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4258,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4256"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4256"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4256\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4260,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4256\/revisions\/4260"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4258"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4256"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4256"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4256"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}