{"id":4261,"date":"2025-05-22T15:36:34","date_gmt":"2025-05-22T13:36:34","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4261"},"modified":"2025-05-22T15:36:35","modified_gmt":"2025-05-22T13:36:35","slug":"notes-de-lecture-72","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4261","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 72"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4263\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-300x200.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-768x512.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-2048x1365.jpg 2048w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-2000x1333.jpg 2000w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-1600x1067.jpg 1600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-1200x800.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-900x600.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-600x400.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/illustration461-30x20.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Une bo\u00eete \u00e0 livres \u00e0 la campagne, plus belle que la mienne (photo Jacques Vincent).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>CHR\u00c9TIEN DE TROYES \u2013 <em>YVAIN LE CHEVALIER AUX LIONS <\/em>\u2013 L\u2019\u00e9cole des loisirs.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Fan de <em>Ka<\/em><em>a<\/em><em>melo<\/em><em>t<\/em><em>t<\/em>, j\u2019ai voulu en savoir plus sur les l\u00e9gendes celtiques du roi Arthur, des chevaliers errants, des \u00e9p\u00e9es magiques, des fontaines miraculeuses et des for\u00eats hant\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Chr\u00e9tien de Troyes a v\u00e9cu au XI\u00b0 si\u00e8cle et on ne sait presque rien de lui, on ne sait m\u00eame pas s\u2019il \u00e9tait de Troyes. De quelque part en Champagne, qu\u2019on appelait Champaigne \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 lui qu\u2019on doit les premiers romans de chevalerie et l\u2019histoire est un classique du genre. Yvain donc chevalier aux lions qui tue en duel le seigneur d\u2019une province voisine et qui, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une servante, est graci\u00e9 par la dame du seigneur d\u00e9funt, laquelle lui pardonne et l\u2019\u00e9pouse c\u00e9ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Yvain a fait v\u0153u de chevalerie et il doit guerroyer avec Gauvain son ami. Sa dame lui donne un an pour lui revenir, mais il est trop absorb\u00e9 dans ses combats h\u00e9ro\u00efques et laisse passer le d\u00e9lai. C\u2019est alors qu\u2019\u2019il s\u2019\u00e9gare dans les bois, \u00e0 demi-fou et que la servante le reconna\u00eet. Sera-t-il pardonn\u00e9 par sa belle&nbsp;? Le suspense est intenable.<\/p>\n\n\n\n<p>Il prouve sa bravoure au combat contre le comte d\u2019Allier qui menace le ch\u00e2teau et il triomphe&nbsp;; tous les combattants, galvanis\u00e9s par lui, vantant son courage. Mais la dame du ch\u00e2teau le boude et il repart errer dans les terres, solitaire comme jamais. Yvain sauve un lion des crochets d\u2019un serpent et le lion ne le quitte plus. Comme par hasard (on est dans la f\u00e9erie), il retrouve la servante r\u00e9pudi\u00e9e par sa dame qui lui fait payer ce qu\u2019elle estime \u00eatre la trahison d\u2019Yvain. Elle est prisonni\u00e8re dans une chapelle et il doit la lib\u00e9rer. Le lion ne le quitte plus et il est pris \u00e0 parti par les gens d\u2019un ch\u00e2teau voisin qui lui demandent son aide pour chasser un g\u00e9ant tenant captif les fils du suzerain et mena\u00e7ant de capturer sa fille. La lutte s\u2019engage entre Yvain et Harpin de la montagne, le susdit g\u00e9ant. \u00c9videmment, le g\u00e9ant est taill\u00e9 en pi\u00e8ces. \u00c0 peine massacr\u00e9 le g\u00e9ant qu\u2019il va secourir la servante prisonni\u00e8re et on a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 le b\u00fbcher pour elle. La bataille s\u2019engage avec ses accusateurs et il sort bless\u00e9 comme son lion, mais vainqueur, comme d\u2019habitude. Aussi brillant dans l\u2019action que dans le verbe, il r\u00e9ussit \u00e0 convaincre le peuple que la servante n\u2019est coupable de rien et surtout pas d\u2019avoir trahi sa dame. Elle a reconnu Yvain et l\u2019am\u00e8ne au ch\u00e2teau, mais sa dame, l\u2019amour d\u2019Yvain, ne le reconna\u00eet toujours pas.<\/p>\n\n\n\n<p>On the road again. Yvain doit rendre justice \u00e0 une jeune fille spoli\u00e9e de sa part d\u2019h\u00e9ritage mais, entre. temps, il est men\u00e9 au ch\u00e2teau de la mauvaise aventure. Un fief o\u00f9 des ouvri\u00e8res tissent toute la journ\u00e9e et sans rel\u00e2che apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 captur\u00e9es par des d\u00e9mons. Car le ch\u00e2teau est hant\u00e9 et Yvain, aid\u00e9 par son lion, doit se battre contre deux d\u00e9mons, ou plut\u00f4t deux \u00ab&nbsp;N\u00e9tun&nbsp;\u00bb, ou fils de Neptune. L\u00e0 encore, il triomphe et le suzerain veut le remercier en lui offrant sa fille. Il d\u00e9cline et vexe son h\u00f4te.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 la cour du roi Arthur pour restituer l\u2019h\u00e9ritage de la jeune fille que convoite sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e. Un point de droit qui va \u00e0 nouveau se r\u00e9gler par les armes mais c\u2019est cette fois son ami Gauvain qui lui est oppos\u00e9. Avec leur heaume, les deux chevaliers ne se reconnaissent pas et en d\u00e9cousent sauvagement. Tous deux bless\u00e9s, ils se disent aussi tous deux vaincus. Puisque personne n\u2019a gagn\u00e9, l\u2019h\u00e9riti\u00e8re est r\u00e9tablie dans ses droits.<\/p>\n\n\n\n<p>Yvain retourne \u00e0 la fontaine qui provoque l\u2019orage pour retrouver son amour. Toute la r\u00e9gion est d\u00e9vast\u00e9e par la pluie et Lunette, la servante toujours fid\u00e8le, conseille \u00e0 sa dame de faire appel \u00e0 Yvain pour les aider. \u00c7a tombe bien, il est \u00e0 la porte et ne provoque plus les \u00e9l\u00e9ments. La servante, avant sa venue, fait jurer sa dame que si le chevalier revient les sauver, elle lui pardonnera. Ne tenant surtout pas \u00e0 \u00eatre parjure, elle retombe dans les bras de son chevalier et ainsi pourront-ils vivre enfin leur amour. The end.<\/p>\n\n\n\n<p>Un roman pr\u00e9curseur de toute la litt\u00e9rature, avec Le <em>Roland Furieux <\/em>de l\u2019Arioste ou <em>La J\u00e9rusalem d\u00e9livr\u00e9e <\/em>du Tasse, bien avant Cervant\u00e8s et son <em>Quichotte<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le <em>Kaamelott <\/em>d\u2019Alexandre Astier diffus\u00e9e, h\u00e9las, sur<em> M6,<\/em> Gauvain et Yvain sont d\u00e9crits comme deux cr\u00e9tins incapables de mener \u00e0 bien la moindre mission. Alors, h\u00e9ros ou bras cass\u00e9s&nbsp;? L\u2019histoire jugera, comme dirait l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CASANOVA \u2013 <em>HISTOIRE DE MA VIE<\/em> \u2013 Folio \/ Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme Balzac est un peu l\u2019arch\u00e9type de l\u2019\u00e9crivain, Casanova est synonyme de libertinage. Celui que Fellini appelait \u00ab&nbsp;il stronzo&nbsp;\u00bb (le con) aura \u00e9t\u00e9 le s\u00e9ducteur que l\u2019on sait, mais aussi un cabaliste, un franc-ma\u00e7on, un courtisan, un diplomate plus ou moins espion et aussi un \u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici une version courte des <em>M\u00e9moires de Casanova<\/em> qui vont de son enfance \u00e0 Venise jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9daction de ses m\u00e9moires, juste avant sa mort, \u00e0 Dux en Boh\u00e8me, actuelle R\u00e9publique Tch\u00e8que. Plus que tout autre, Casanova aura fait l\u2019Europe buissonni\u00e8re, d\u2019Italie en Turquie en passant par l\u2019Autriche, la Prusse, la Suisse et bien s\u00fbr la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res pages ne nous font voyager que dans l\u2019actuelle Italie. Venise o\u00f9 il na\u00eet avant une enfance \u00e0 la Dickens dans un pensionnat de Padoue o\u00f9 ses parents l\u2019ont laiss\u00e9. Sa grand-m\u00e8re vient l\u2019en retirer et on le place chez un professeur de l\u2019\u00e9tablissement \u00e0 Anc\u00f4ne. Ledit professeur a une s\u0153ur, Bettine, trois ans plus vieille que notre h\u00e9ros qu\u2019elle d\u00e9pucelle. Casanova vit sa premi\u00e8re histoire d\u2019amour contrari\u00e9e par sa jeune ma\u00eetresse et d\u00e9j\u00e0 un rival. On la cro\u00eet poss\u00e9d\u00e9e alors qu\u2019elle est prise de convulsions et elle attrape une maladie qui la d\u00e9figure. Elle revient \u00e0 elle et retrouve son apparence physique mais Casanova est d\u00e9j\u00e0 parti pour d\u2019autres aventures. Ce n\u2019est gu\u00e8re qu\u2019un prologue \u00e0 sa vie galante bien remplie.<\/p>\n\n\n\n<p>On le retrouve \u00e0 Rimini o\u00f9 il s\u2019amourache d\u2019un castrat dont il est persuad\u00e9 qu\u2019il est une vraie femme. Il veut v\u00e9rifier mais Bellino regimbe et Casanova se console en faisant l\u2019amour avec ses deux s\u0153urs. Son pressentiment ne le trahit pas et Bellino se pr\u00e9nomme en fait Th\u00e9r\u00e8se, usant d\u2019une sorte de godemich\u00e9 pour donner le change. Il ou elle a d\u00fb se substituer \u00e0 un jeune castrat mort accidentellement pour ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer ses fr\u00e8res et s\u0153urs. Apr\u00e8s une nuit d\u2019amour, ils se quittent et ce parangon de virilit\u00e9 admet qu\u2019il aurait pu basculer dans l\u2019homosexualit\u00e9 si Th\u00e9r\u00e8se e\u00fbt \u00e9t\u00e9 rest\u00e9e Bellino. Cruel aveu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Constantinople, un dignitaire lui propose d\u2019\u00e9pouser sa fille Z\u00e9line, mais \u00e0 la condition qu\u2019il se convertisse \u00e0 l\u2019Islam. Il lui en fait la promesse pour ne pas le d\u00e9sobliger mais prend la poudre d\u2019escampette apr\u00e8s une derni\u00e8re orgie aux bains turcs. On le retrouve \u00e0 Corfou o\u00f9 il sert au service des gal\u00e8res d\u2019un riche armateur. Le gouverneur lui propose de le recruter comme lieutenant et il se rend vite compte que c\u2019est son \u00e9pouse, Madame F. qui a orient\u00e9 ce choix. Il tombe amoureux d\u2019elle mais elle se refuse \u00e0 lui, se disant incapable de tromper son mari. Apr\u00e8s force baisers, caresses et minauderies, il finit par se lasser et va se contenter aupr\u00e8s d\u2019une catin qui lui refile la v\u00e9role. Madame F. est enfin dispos\u00e9e \u00e0 subir ses assauts, mais c\u2019est trop tard. Ne voulant pas la contaminer il repart pour Venise.<\/p>\n\n\n\n<p>Un long r\u00e9cit met en sc\u00e8ne une Fran\u00e7aise, Henriette, surprise au lit avec un militaire hongrois \u00e0 Cesena. La Sainte inquisition fait forcer la porte de leur chambre car elle soup\u00e7onne un accouplement hors des liens du mariage. Casanova s\u2019insurge contre cette atteinte aux droits et la belle, le Hongrois et lui partent pour Parme, sous domination espagnole. \u00c9videmment, il tombe amoureux d\u2019Henriette et le Hongrois s\u2019efface devant cet amour partag\u00e9 car \u00e0 chaque fois Casanova aime, il est aim\u00e9 de retour. Incidemment, il s\u2019aper\u00e7oit par son nom que la belle Henriette est tr\u00e8s certainement l\u2019une de ses cousines. Qu\u2019est-ce que \u00e7a peut faire du moment qu\u2019on s\u2019aime, comme dit la chanson.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre histoire, c\u2019est autant de nouvelles, en fait. Une de ses amies lui demande express\u00e9ment de r\u00e9unir le maximum de linges pour une s\u0153ur qui, au couvent, souffre d\u2019h\u00e9morragies apr\u00e8s une fausse couche. Casanova s\u2019y rend et, comme on pouvait s\u2019y attendre, la couventine en question en tombe amoureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit une \u00e9vasion rocambolesque o\u00f9, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un moine, il \u00e9chappe \u00e0 ses gardiens qui le tiennent reclus dans un \u00e9difice entre l\u2019\u00e9glise Saint-Marc et le palais ducal. Une description scrupuleuse, geste par geste, d\u2019un ennui colossal, d\u2019autant qu\u2019on ne sait rien des tenants et aboutissants de ladite \u00e9vasion.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis c\u2019est Paris, avec l\u2019atroce ex\u00e9cution de Damiens, celui qui a intent\u00e9 \u00e0 la vie de Louis XV. Une vieille marquise est prise par derri\u00e8re par le valet de Casanova \u2013 Tireta \u2013 alors qu\u2019ils assistent au spectacle. La dame se plaint \u00e0 Casanova et exige des excuses. Lui se doute qu\u2019elle a d\u00fb \u00eatre complice. Au final, Tireta devient l\u2019amant de la duchesse quand Casanova lutine sa servante dans la pi\u00e8ce \u00e0 c\u00f4t\u00e9, incognito. La dame a d\u00e9couvert la volupt\u00e9 et elle \u00e9conduit les pr\u00eatres qui jusque-l\u00e0 l\u2019entouraient.<\/p>\n\n\n\n<p>Une histoire qui aurait plu \u00e0 Voltaire et, justement, le voil\u00e0 qui appara\u00eet. Il le rencontre \u00e0 Gen\u00e8ve et c\u2019est sa grande admiration. Entre deux compliments, ils parlent litt\u00e9rature italienne&nbsp;: L\u2019Arioste, Plutarque, Le Tasse, Dante\u2026 Deux esprits brillants qui semblent se mesurer. Il y aura deux autres rounds o\u00f9 ces hommes d\u2019esprit rivalisent sur des sujets aussi divers que la religion, les superstitions, la politique\u2026 Ce qui n\u2019emp\u00eache pas Casanova de trousser les trois filles de son logeur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Naples, il tombe amoureux de Leonilda, la ma\u00eetresse du duc qui l\u2019a invit\u00e9. Il faut savoir qu\u2019il est invit\u00e9 partout et qu\u2019il est rare qu\u2019il ne couche pas avec les dames des lieux. Il d\u00e9cide d\u2019\u00e9pouser Leonilda mais, au moment de le pr\u00e9senter \u00e0 Lutezia, sa m\u00e8re, il s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 amants \u00e0 Rome. D\u2019ailleurs, Leonilda est sa fille et, nonobstant, il finit dans un lit avec m\u00e8re et fille. On a beau s\u2019efforcer de suivre ses aventures galantes, tout cela est tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9titif, voire ennuyeux.<\/p>\n\n\n\n<p>On reprend les m\u00eames au chapitre suivant, mais \u00e0 Lucerne. Le duc est mort et m\u00e8re et fille vivent chez un autre nobliau qui a des vues sur elles. Il entend \u00e9pouser la fille et la m\u00e8re retombe dans les bras de Casanova mais, gr\u00e2ce \u00e0 Anastasia, une servant qui s\u2019entiche de lui, il peut donner le change et continuer ses marivaudages avec sa fille, en tout bien tout honneur.<\/p>\n\n\n\n<p>Casanova se querelle avec un Juif dans un bel \u00e9lan d\u2019antis\u00e9mitisme (Voltaire l\u2019\u00e9tait aussi, antis\u00e9mite) et Maldoqu\u00e9e, le Juif, entend lui d\u00e9montrer qu\u2019il est quelqu\u2019un de bien et qu\u2019il serait bien re\u00e7u chez lui. Il est donc h\u00e9berg\u00e9 et s\u2019\u00e9prend de la fille de son h\u00f4te, Lia. Elle minaude et se dit pucelle mais Casanova lui lit des passages de l\u2019Aretin, auteur libertin, et lui montre des estampes. Il la surprend en train de mettre les figures en pratique avec son jeune amant. Casanova se sent m\u00e9pris\u00e9 et , aux abords de la cinquantaine, il sent que son charme joue moins. Mais son voyage est retard\u00e9 et, retournant chez son h\u00f4te, Lia s\u2019offre \u00e0 lui. On s\u2019en doutait \u00e0 peine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Trieste, c\u2019est une servante qui vient le rejoindre dans son lit, refusant de suivre son ma\u00eetre et les aventures continuent avec Ir\u00e8ne, une actrice mais on n\u2019en peut plus. Finalement, Fellini ne se trompait pas de beaucoup en le traitant de con. Un phraseur infatu\u00e9 en tout cas. Don Juan, ou Don Peniblos&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9RIC VUILLARD \u2013 <em>CONGO<\/em> \u2013 Babel \/ Actes Sud<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On replonge dans un Vuillard, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 enthousiasm\u00e9 par son <em>Une sortie honorable<\/em> sur l\u2019Indochine. Ici c\u2019est le Congo pour un court roman d\u2019\u00e0 peine 100 pages. Non fiction et histoire, sa marque de fabrique qui est aussi celle d\u2019un Patrick Deville.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit livre qui commence avec la conf\u00e9rence de Berlin en 1884 et le partage de l\u2019Afrique par les puissances d\u2019Europe occidentale. \u00c0 la fois l\u2019apog\u00e9e et l\u2019institutionnalisation du colonialisme.<\/p>\n\n\n\n<p>On fait un focus sur le Congo dont l\u2019explorateur Stanley fixe les limites sous les ordres du roi L\u00e9opold de Belgique, acheteur \u00e0 titre priv\u00e9 de l\u2019immense pays. Puis retour \u00e0 ce conseil d\u2019administration qui charcute le continent en fonction des int\u00e9r\u00eats de ses capitalistes et de ses capitaines d\u2019industrie.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019attarde sur quelques colons explorateurs particuli\u00e8rement ignobles&nbsp;: Lemaire l\u2019incendiaire, Fievez le coupeur de mains, Wahis le s\u00e9ide de Leopold\u2026 Mais ils ne sont que des rouages d\u2019un syst\u00e8me inhumain et cruel. On pense aux h\u00e9ros de Joseph Conrad et \u00e0 leurs tristes \u00e9pop\u00e9es coloniales les conduisant au bord de la folie. Car c\u2019est bien de folie qu\u2019il s\u2019agit, m\u00eame guid\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Vuillard met le projecteur sur quelques personnages et il le fait avec la vacherie qu\u2019on lui conna\u00eet et cet humour caustique et grin\u00e7ant qu\u2019il garde m\u00eame en regard des pires atrocit\u00e9s. Ainsi des jumeaux Goffinet, tristes bourgeois bruxellois qui seront les fond\u00e9s de pouvoir du roi Popaul, comme on l\u2019appelle dans une parodie de La Braban\u00e7onne. La Belgique en prend d\u2019ailleurs plein la gueule. On suit dans les derni\u00e8res pages le calvaire de Fievez retourn\u00e9 dans son village, malade et alcoolique au dernier degr\u00e9, cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment une impossible r\u00e9demption.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit livre sur la colonisation, le libre \u00e9change, la spoliation mais surtout une terrible r\u00e9flexion sur le mal au sens m\u00e9taphysique. On est quand m\u00eame stup\u00e9fait par cette force du style, ces gr\u00e2ces d\u2019\u00e9criture et cette col\u00e8re infernale, cette rage d\u00e9ferlante. Vuillard n\u2019\u00e9crit pas pour passer le temps ou pour faire un succ\u00e8s de librairie. Ses livres sont des hurlements contre un monde d\u00e9sert\u00e9 par la gr\u00e2ce o\u00f9 le mal semble avoir triomph\u00e9 sans partage. La lucidit\u00e9 cruelle d\u2019un L\u00e9on Bloy ou d\u2019un Bernanos, mais sans m\u00eame la mis\u00e9ricorde du Christ.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DIDIER DAENINCKX \u2013 <em>CANNIBALE <\/em>\u2013 Verdier \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Daeninckx, bof. Quelques bons romans comme le superbe<em> Meurtre pour m\u00e9moire <\/em>sur le 17 octobre 1961 ou encore <em>Lumi\u00e8re noire <\/em>sur un trafic de migrants sans papiers, mais aussi pas mal de rat\u00e9s. J\u2019en parle ici car le th\u00e8me est voisin de celui de Vuillard, le colonialisme, mais Daeninckx n\u2019est pas Vuillard, juste un bon artisan du polar \u00e0 la fran\u00e7aise. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas mal. Daeninckx a l\u2019\u00e9criture militante et met sa plume au service de causes justes qu\u2019il d\u00e9fend. C\u2019est honorable.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, c\u2019est l\u2019exposition coloniale de 1931 et des kanaks enlev\u00e9s \u00e0 leur village pour garnir le pavillon des \u00ab&nbsp;cannibales&nbsp;\u00bb de Nouvelle-Cal\u00e9donie. Entre le marigot aux crocodiles et la fosse aux lions, on leur demande, presque nus, d\u2019impressionner le chaland par des cris et des grimaces mena\u00e7antes. Les foules appr\u00e9cient l\u2019exotisme et les frissons \u00e0 bon march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les crocodiles meurent tous et il s\u2019agit de les remplacer. Un zoo de Francfort veut bien pr\u00eater les siens, mais \u00e0 condition qu\u2019on leur livre une poign\u00e9e de kanaks, consid\u00e9r\u00e9s comme autant d\u2019animaux exotiques. Mino\u00e9, la fille du chef, et une dizaine de kanaks sont emmen\u00e9s de force dans un bus cens\u00e9 les amener Gare de l\u2019est via un dortoir de l\u2019arm\u00e9e du salut \u00e0 La Chapelle. Goc\u00e9n\u00e9 et Badimoin s\u2019\u00e9chappent du zoo humain et partent \u00e0 leur recherche dans un Paris o\u00f9 tout leur est \u00e9tranger&nbsp;: le m\u00e9tro, les avenues, les trains, les gares, les voitures, les gens\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On ne va pas d\u00e9tailler les p\u00e9rip\u00e9ties mais qu\u2019on sache que tout cela finit mal. Badimoin est abattu par la police et Goc\u00e9n\u00e9 n\u2019est sauv\u00e9 que par l\u2019intervention \u00e9nergique d\u2019un ouvrier banlieusard qui paiera son geste de deux ans de prison. Mais Caroz, l\u2019ouvrier, n\u2019oubliera pas Goc\u00e9n\u00e9 et, \u00e0 la retraite et une fois son \u00e9pouse d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, il ira s\u2019installer en Kanakie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit est racont\u00e9 par Goc\u00e9n\u00e9 \u00e0 de jeunes ind\u00e9pendantistes qui tiennent un barrage contre la gendarmerie et les forces coloniales et cette histoire de zoo humain trouve des \u00e9chos contemporains dans la r\u00e9pression contre le peuple kanak r\u00e9volt\u00e9, dans les ann\u00e9es 1980 et de nos jours. La camionnette de Goc\u00e9n\u00e9 a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e par les jeunes avec Caroz en passager, et Goc\u00e9n\u00e9 a pu raconter son histoire, comme pour la transmettre de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. On le laissera passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a cette sc\u00e8ne o\u00f9 les deux kanaks, traqu\u00e9s par la police, trouvent refuge dans le gourbi d\u2019un balayeur s\u00e9n\u00e9galais, ex tirailleur gaz\u00e9 en 14-18, et c\u2019est bouleversant d\u2019humanit\u00e9. C\u2019est aussi \u00e7a Daeninckx, pas le talent d\u2019un Vuillard ou d\u2019un Deville, mais un souci constant des classes populaires, des ch\u00f4meurs, des immigr\u00e9s, des opprim\u00e9s. Une compassion active pour tous les martyrs du capitalisme, pour toutes les victimes de la b\u00eatise et de la haine. Ne serait-ce que pour \u00e7a&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;S\u2019ils s\u2019obstinent, ces cannibales, \u00e0 faire de nous des h\u00e9ros \/ Qu\u2019ils sachent que nous retournerons nos balles, contre nos propres g\u00e9n\u00e9raux&nbsp;\u00bb<\/em>. <em>(L\u2019Internationale<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANTOINE CHOPLIN \u2013<em> LA NUIT TOMB\u00c9E<\/em> \u2013 La fosse aux ours<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un auteur que je ne connaissais pas, publi\u00e9 chez un petit \u00e9diteur lyonnais. C\u2019est un ami qui me l\u2019avait recommand\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une histoire incroyable, celle de Gouri qui circule en Ukraine en moto avec une remorque attach\u00e9e derri\u00e8re. Il a une id\u00e9e fixe, rejoindre Pipriat, le village qu\u2019il a du \u00e9vacuer apr\u00e8s Tchernobyl officiellement pour y retrouver des vestiges de son p\u00e8re mort et de sa fille. En chemin il s\u2019arr\u00eate dans la famille et son oncle Iavkov, la peau devenue diaphane \u00e0 cause des radiations, lui raconte comment il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9 pour retourner la terre et faire \u00e9vacuer les villages apr\u00e8s la catastrophe. Il a fallu aussi tuer des chiens et des chats contamin\u00e9s, m\u00eame ceux de Piotr, un gamin attard\u00e9 recueilli par le couple que Iavkov forme avec Vera, une m\u00e8re courage rest\u00e9e optimiste malgr\u00e9 tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Gouri avait \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 comme \u00e9crivain public \u00e0 Kiev pour les demandes de d\u00e9dommagements et d\u2019indemnisations. Il a pu quitter le village le lendemain du drame et il y revient comme pour expier.<\/p>\n\n\n\n<p>Les voisins sont invit\u00e9s pour l\u2019occasion au d\u00eener et on se raconte des souvenirs en lisant des po\u00e8mes que Gouri a \u00e9crit dans le temps, au son de l\u2019accord\u00e9on. Une veill\u00e9e qui renforce Gouri dans sa volont\u00e9 de retourner l\u00e0-bas, dans la zone interdite, au pays maudit. Kouzma, un voisin, veut l\u2019accompagner et il prend place derri\u00e8re la moto. L\u2019\u00e9quip\u00e9e se poursuit et on prend un pont en \u00e9chappant aux gardes et aux vigiles pour arriver \u00e0 Pripriat et retrouver la maison familiale afin d\u2019y glaner quelques souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte notamment, cette porte o\u00f9 il avait fait des marques \u00e0 chaque anniversaire de sa fille, qu\u2019on devine morte, pour relever sa taille. Cette porte qu\u2019il embarque, amarr\u00e9e \u00e0 la remorque, comme ultime souvenir des temps heureux, des temps d\u2019avant la catastrophe.<\/p>\n\n\n\n<p>Kouzma le quitte en s\u2019engouffrant dans une for\u00eat et Gouri revient chez Vera et Iavkov avant son retour \u00e0 Kiev. Il trouve Iavkov mourant et il l\u2019aide \u00e0 \u00e9crire une lettre pour dire \u00e0 sa femme son amour, ou disons son profond attachement, lui qui n\u2019a pas les mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Un court roman \u00e9mouvant avec ses petits riens et ses notations justes. Un roman de la m\u00e9moire, de la dignit\u00e9 et de la vie. M\u00eame une catastrophe nucl\u00e9aire qui a an\u00e9anti toute une r\u00e9gion inhabit\u00e9e n\u2019emp\u00eache pas les souvenirs, la nostalgie, le go\u00fbt de ce qui a exist\u00e9 et des lieux o\u00f9 on a grandi. Des kilom\u00e8tres \u00e0 moto pour retrouver des bribes de vie pass\u00e9e. Une sorte de Quichotte ukrainien. Beau et int\u00e8gre.<\/p>\n\n\n\n<p>Tristesse\u2026 De Choplin.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Janvier 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHR\u00c9TIEN DE TROYES \u2013 YVAIN LE CHEVALIER AUX LIONS \u2013 L\u2019\u00e9cole des loisirs. 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Chr\u00e9tien de Troyes a v\u00e9cu au XI\u00b0 si\u00e8cle et on ne sait presque rien&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4261\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4263,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4261"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4261"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4261\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4265,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4261\/revisions\/4265"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4263"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4261"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4261"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4261"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}