{"id":4288,"date":"2025-06-24T16:05:39","date_gmt":"2025-06-24T14:05:39","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4288"},"modified":"2025-06-24T16:05:40","modified_gmt":"2025-06-24T14:05:40","slug":"vinginces-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4288","title":{"rendered":"VINGINCES 2"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>2. BELLEMARE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration467.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4290\" width=\"581\" height=\"301\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration467.jpeg 160w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration467-30x16.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 581px) 100vw, 581px\" \/><figcaption>Humili\u00e9, je quittais le terrain apr\u00e8s avoir jet\u00e9 mon maillot sur la pelouse. On tenta de me retenir, mais je restais inflexible, rejoignant \u00e0 grands pas le vestiaire et m\u2019habillant \u00e0 la h\u00e2te pour regagner mon domicile en transports en commun. Photo sur Internet.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On le surnommait bien \u00e9videmment Pierre , en rapport \u00e0 l\u2019animateur de radio et de t\u00e9l\u00e9vision tr\u00e8s populaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque. De Pierre Bellemare, il avait les m\u00eames moustaches d\u2019un blond tirant vers le roux et des cheveux un peu frisott\u00e9s coiff\u00e9s en arri\u00e8re. C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qui les rassemblait.<\/p>\n\n\n\n<p>Bellemare Andr\u00e9 \u00e9tait un petit industriel du textile&nbsp;, d\u2019une silhouette \u00e9paisse avec un visage ingrat qui \u00e9voquait pour nous un vieux rat avec sa moustache lustr\u00e9e, ses petits yeux noirs mobiles comme s\u2019il se sentait sans cesse traqu\u00e9 et son nez aquilin en forme de patate. Il portait, du moins ne le connaissions-nous que comme cela vu du terrain, des bottes de caoutchouc, des pantalons de velours c\u00f4tel\u00e9, une veste de treillis et un chapeau tyrolien ridicule qu\u2019il n\u2019arborait que par temps de pluie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et il pleuvait souvent sur les terrains de nos adolescences, l\u00e0-bas dans le Nord, o\u00f9 s\u2019affrontaient les dimanches matins des \u00e9quipes de l\u2019agglom\u00e9ration de Roubaix \u2013 Tourcoing et vall\u00e9e de la Lys. Souvent des \u00e9quipes de patronage ou de quartiers, pas toujours au complet, pas toujours dans la m\u00eame tenue pour les onze joueurs, mais toujours d\u00e9sireuses de bien faire le plus souvent dans la boue, le vent et la pluie.<\/p>\n\n\n\n<p>Bellemare avait \u00e0 charge l\u2019entra\u00eenement des \u00e9quipes pupilles et minimes. Il \u00e9tait \u00e9galement charg\u00e9 de convoyer les jeunes joueurs dans son estafette, ou plut\u00f4t son minibus \u00e0 deux rangs o\u00f9 presque toute l\u2019\u00e9quipe prenait place&nbsp;; les autres \u00e9taient convenus d\u2019arriver par leurs propres moyens. Durant ces trajets, on ne voyait que la nuque rose et les cheveux en brosse de Bellemare qui conduisait prudemment, \u00e9conome de ses mots et peu d\u00e9sireux de se laisser distraire par des gamins bruyants. Il est vrai que Bellemare nous avait toujours intimid\u00e9 avec ses col\u00e8res, ses sautes d\u2019humeur et, plus rarement, ses insultes et parfois ses agressions physiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019invitait r\u00e9guli\u00e8rement chez les parents des joueurs pour, disait-il, faire connaissance. Bellemare pouvait se montrer sociable, voire charmeur. On lui servait l\u2019ap\u00e9ritif ou un verre de bi\u00e8re et il dissertait longuement sur le fils de la famille dont il avait sportivement la charge. Autant il pouvait \u00eatre \u00e9logieux \u00e0 notre \u00e9gard dans ces moments-l\u00e0, autant il semblait nous m\u00e9priser dans ces entra\u00eenements interminables o\u00f9 l\u2019on touchait peu le ballon. Bellemare adorait nous faire faire des tours de terrain et des exercices qui tenaient plus de la gymnastique que du football. Lui ne se d\u00e9pensait pas trop, sifflet \u00e0 la bouche et injure aux l\u00e8vres. Il n\u2019\u00e9tait pas rare que Bellemare interromp\u00eet nos entra\u00eenements pour nous faire laver sa voiture \u00e0 grands sauts. C\u2019\u00e9tait sa fa\u00e7on de se r\u00e9mun\u00e9rer, lui qui consid\u00e9rait que rien ne devait \u00eatre gratuit et que, pour b\u00e9n\u00e9vole qu\u2019il \u00e9tait, ce genre de services rendus pouvait constituer une modeste r\u00e9tribution. Sans parler des frais d\u2019essence des jours de match, dont il nous parlait abondamment comme pour insister sur ses c\u00f4t\u00e9s altruistes et ses qualit\u00e9s humaines. Il \u00e9tait radin, mesquin et bouffi d\u2019orgueil.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bord du terrain, il tirait sur sa bouffarde, une pipe puant un tabac malodorant \u00e0 base de clan. Pour lui, cela avait l\u2019odeur du pain d\u2019\u00e9pice mais, de notre c\u00f4t\u00e9, nous \u00e9tions unanimes pour ne sentir que des fragrances de tabac froid et d\u2019excr\u00e9ment. Bellemare marchait d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9 tout le long du terrain, et il lui arrivait de percuter le juge de touche dans son z\u00e8le \u00e0 nous surveiller et \u00e0 ne pas laisser passer la plus petite faute technique, le moindre rel\u00e2chement, la passe rat\u00e9e ou le tir mal ajust\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous engueulait et y prenait un vif plaisir, puisant dans son vocabulaire limit\u00e9 les termes les plus blessants. \u00ab&nbsp;Fain\u00e9ants&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;br\u00eales&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;abrutis&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;moules&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;bourrin&nbsp;s&nbsp;\u00bb\u2026 Ces mots revenaient le plus souvent et Bellemare se faisait un plaisir de les crier avec sa voix de stentor, jouissant de l\u2019effet qu\u2019ils produisaient sur nous autant que des r\u00e9actions qu\u2019il observait chez les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Bellemare n\u2019avait jamais su jouer au football et ses conceptions avaient tout pour lui ali\u00e9ner les d\u00e9fenseurs du beau jeu. Il nous voulait d\u00e9fensifs et dissuadait avec m\u00e9pris toute tentative individuelle ou toute d\u00e9monstration technique. Tout cela \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9, dans son esprit, aux professionnels et nous n\u2019avions pour notre part qu\u2019\u00e0 courir, tirer et nous replier \u00e0 toutes jambes lorsqu\u2019on avait perdu le ballon. Les conceptions de Bellemare n\u2019\u00e9taient pas compliqu\u00e9es et pouvaient se r\u00e9sumer au \u00ab&nbsp;kick and rush&nbsp;\u00bb anglais, soit des grands coups de botte vers l\u2019avant et des courses effr\u00e9n\u00e9es pour reprendre le ballon de la t\u00eate ou du pied. N\u2019importe comment.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thode Bellemare avait ses limites et les d\u00e9faites s\u2019accumulaient, inqui\u00e9tant les dirigeants qui avaient du mal \u00e0 s\u2019expliquer ce nombre consid\u00e9rable de revers. Bellemare les rassurait en leur disant qu\u2019il travaillait le fond, la pr\u00e9paration physique, et que les r\u00e9sultats viendraient forc\u00e9ment en fin de championnat, lorsque les autres \u00e9quipes seraient sur les genoux. Et puis, il fallait bien avoir conscience qu\u2019il faisait avec ce qu\u2019il avait, soit des joueurs de cours de r\u00e9cr\u00e9ation qui n\u2019avaient pas les qualit\u00e9s requises pour la comp\u00e9tition. Mais les fins de championnat n\u2019\u00e9taient gu\u00e8re meilleures que les d\u00e9buts. L\u2019\u00e9quipe avait d\u00e9j\u00e0 descendu de deux niveaux ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et on s\u2019appr\u00eatait \u00e0 &nbsp;\u00eatre \u00e0 nouveau rel\u00e9gu\u00e9s. Nos maillots cercl\u00e9s verts et blancs, ceux du Celtic de Glastow qui allait remporter la Coupe d\u2019Europe cette ann\u00e9e-l\u00e0, n\u2019inspiraient aucune crainte \u00e0 nos adversaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Je jouais \u00e0 l\u2019aile droite et, \u00e0 chaque dribble et \u00e0 chaque geste un peu technique, Bellemare me reprochait de me la jouer personnel, de faire valoir mes qualit\u00e9s suppos\u00e9es de technicien, de privil\u00e9gier le beau jeu et l\u2019\u00e9l\u00e9gance aux d\u00e9pends du collectif et de l\u2019efficacit\u00e9. J\u2019\u00e9tais, selon lui, un poseur qui se regardait jouer et il n\u2019avait d\u2019estime que pour ceux qui courraient, qui tiraient et qui \u00ab&nbsp;mouillaient le maillot&nbsp;\u00bb, selon son expression favorite. Il voulait des athl\u00e8tes, pas des esth\u00e8tes inefficaces qu\u2019il accusait de rendre compliqu\u00e9 un jeu simple o\u00f9 il suffisait d\u2019aller marquer dans le but adverse par les moyens les plus directs.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en avais assez du football du dimanche matin sous la f\u00e9rule de Bellemare, l\u2019homme \u00e0 l\u2019accoutrement de chasseur et \u00e0 la pipe puante. Un matin, je d\u00e9cidais de rester au lit, m\u00eame apr\u00e8s avoir re\u00e7u ma convocation en bonne et due forme. Mon p\u00e8re \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parti r\u00e9gler la circulation \u00e0 un carrefour r\u00e9guli\u00e8rement encombr\u00e9 et ma m\u00e8re m\u2019avait laiss\u00e9 dormir, estimant que c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 assez de se lever t\u00f4t tous les jours de la semaine et m\u00eame le samedi.<\/p>\n\n\n\n<p>Bellemare \u00e9tait venu frapper \u00e0 notre porte, inquiet de constater mon absence et craignant une panne d\u2019oreiller. Nous n\u2019\u00e9tions que dix apr\u00e8s deux d\u00e9fections de derni\u00e8re minute pour cause de maladies et il importait que je fusse sur le terrain. Ma m\u00e8re lui proposa un caf\u00e9 qu\u2019il refusa sans m\u00e9nagement. Il fallait que je m\u2019habille et rejoigne son minibus au plus vite. L\u2019honneur du club, le sien et le mien par la m\u00eame occasion, en d\u00e9pendaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensommeill\u00e9, je m\u2019habillais \u00e0 la h\u00e2te et le suivais, ses bottes macul\u00e9es de boue salissant les marches de l\u2019escalier. Il me regardait \u00e0 peine, furieux et stigmatisant ma conduite irresponsable. Si je ne souhaitais plus jouer, il fallait que je le dise franchement mais pas le faire sentir par des comportements pu\u00e9rils et incons\u00e9quents. C\u2019\u00e9tait bon pour une fois, mais cela ne devait plus se reproduire.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous jouions contre une \u00e9quipe de la banlieue de Lille et n\u2019avions pas la faveur du pronostic. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 onze, la victoire \u00e9tait quasi impossible alors \u00e0 dix, pensez&nbsp;! Bellemare me fit ce jour-l\u00e0 un sort particulier, s\u2019animant \u00e0 chacune de mes prises de balle, m\u2019injuriant \u00e0 gorge d\u00e9ploy\u00e9e et me rabaissant avec un sadisme consomm\u00e9. Il \u00e9tait vrai que rien ne me r\u00e9ussissait et que mes petites feintes ne trompaient personne, un d\u00e9fenseur adverse me servant de garde du corps et d\u00e9jouant toutes mes ruses. Humili\u00e9, je quittais le terrain apr\u00e8s avoir jet\u00e9 mon maillot sur la pelouse. On tenta de me retenir, mais je restais inflexible, rejoignant \u00e0 grands pas le vestiaire et m\u2019habillant \u00e0 la h\u00e2te pour regagner mon domicile en transports en commun. Je ne voulais surtout rien devoir \u00e0 Bellemare et surtout pas monter dans sa b\u00e9taill\u00e8re en p\u00e9nitent, apr\u00e8s la faute.<\/p>\n\n\n\n<p>Bellemare vint \u00e0 nouveau au domicile familial apr\u00e8s l\u2019esclandre. Il demanda des explications \u00e0 mon p\u00e8re qui justifia mon comportement par un acc\u00e8s d\u00e9pressif et des ennuis scolaires. J\u2019allais me reposer pour le reste de la saison et pour le solde du trimestre mais je serai de nouveau pr\u00e9sent la saison prochaine. Il en r\u00e9pondait et Bellemare \u00e9tait reparti rassur\u00e9, ne doutant pas un seul instant que ma volont\u00e9 d\u2019arr\u00eater avait surtout \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par lui et son comportement.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s Leloup, j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 que Bellemare serait ma prochaine victime. La mort m\u2019avait ravi Leloup et je craignais que Bellemare, bien plus vieux que lui, n\u2019\u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 tr\u00e9pas. Crainte injustifi\u00e9e. Il \u00e9tait bien vivant. Un peu trop \u00e0 mon go\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais pr\u00e9text\u00e9 une recherche d\u2019emploi dans sa branche. J\u2019en avais marre du tri postal et je me demandais si Bellemare avait toujours sa si vaillante petite entreprise et si par hasard on n\u2019avait pas besoin d\u2019un comptable ou d\u2019un secr\u00e9taire. Je saurai me montrer raisonnable quant aux gratifications, mais je serai tr\u00e8s satisfait de pouvoir travailler avec lui, en souvenir du bon vieux temps.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait par t\u00e9l\u00e9phone que je lui avais fait mon offre et Bellemare m\u2019avait confirm\u00e9 ce que j\u2019avais appris par ailleurs. Sa petite entreprise n\u2019existait plus apr\u00e8s son d\u00e9part en retraite et il avait mis un point d\u2019honneur \u00e0 ce que ses trois salari\u00e9s soient recas\u00e9s. N\u00e9anmoins, il \u00e9tait sensible \u00e0 ma demande et m\u2019avait invit\u00e9 \u00e0 prendre l\u2019ap\u00e9ritif. Il \u00e9tait maintenant veuf, ses enfants \u00e9taient partis faire leur vie et la solitude lui pesait. Pourquoi ne pas venir prendre un verre ?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019arrivais chez lui au bord du soir, avec mon petit calibre en poche. Si tout se passait bien, Bellemare aurait son compte avant m\u00eame d\u2019avoir servir nos verres. Il ne fallait surtout pas le laisser parler et refroidir mon d\u00e9sir de vengeance. Mais Bellemare avait toujours \u00e9t\u00e9 bavard et j\u2019avais \u00e0 peine toucher le m\u00e9tal froid de mon arme qu\u2019il me complimentait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Ah si je me souviens de toi, tu \u00e9tais le meilleur. J\u2019\u00e9tais toujours exigeant et j\u2019avais pas le compliment facile, mais j\u2019avais tout de suite remarqu\u00e9 que tu avais la classe.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; c\u2019est pourtant pas l\u2019impression que vous donniez\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; peut-\u00eatre, et je comprends que tu r\u00e9agisses comme \u00e7a, mais je te r\u00e9p\u00e8te qu\u2019\u00e0 votre \u00e2ge, si on vous t\u00e9moigniez du moindre signe d\u2019admiration, vous attrapiez le melon et il n\u2019y avait plus moyen de vous faire toucher terre de vous faire le moindre reproche.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah \u00e7a pour les reproches, vous \u00e9tiez particuli\u00e8rement dou\u00e9. Je n\u2019ai pas le souvenir que vous ayez gratifi\u00e9 quiconque de la moindre gentillesse.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019\u00e9tais comme \u00e7a. Mais on vieillit et je ne vois plus les choses de la m\u00eame fa\u00e7on. Tu sais, j\u2019ai vu mourir mon \u00e9pouse et j\u2019ai eu des probl\u00e8mes avec mes enfants. Comme sur les terrains de foot, j\u2019ai fait valoir mon autorit\u00e9 sans trop de discernement et ils ont fini par me dire merde. Un peu comme toi d\u2019ailleurs, si je me souviens bien\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Disons que j\u2019ai s\u00e9ch\u00e9 une fin de saison, mais j\u2019ai repris un peu apr\u00e8s avec quelqu\u2019un d\u2019autre que vous. Disons que c\u2019\u00e9tait un peu moins, disons, rigoureux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Militaire tu veux dire. J\u2019\u00e9tais con. Je ne jurais que par l\u2019engagement physique alors que toi, tu voulais jouer comme les ailiers droits qu\u2019on voyait \u00e0 la t\u00e9l\u00e9&nbsp;: Kopa, Ja\u00efr de l\u2019Inter de Milan ou m\u00eame Garrincha, celui qu\u2019on appelait \u00ab&nbsp;le dribbleur aux jambes torses&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et pourquoi pas George Best, tant que vous y \u00eates\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Putain oui, Best. Je mes souviens qu\u2019un jour, et je t\u2019avais maudit pour \u00e7a, tu avais dribbl\u00e9 un d\u00e9fenseur et, plut\u00f4t que de centrer tout de suite, tu \u00e9tais revenu vers lui pour le dribbler une seconde fois avant d\u2019aller vers le but, de dribbler le gardien et de marquer. J\u2019\u00e9tais sur le cul. Rouge de col\u00e8re pour ce petit exploit individuel qui me paraissait tellement vain, mais heureux de me dire que m\u00eame dans des \u00e9quipes de divisions perdues, on pouvait assister \u00e0 des petits miracles comme celui-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en avais assez entendu et je saluais une derni\u00e8re fois Bellemare. Un vieil homme d\u00e9j\u00e0 s\u00e9nile et qui se pissait dessus. Je n\u2019avais pas plus envie de tirer sur une ambulance que de m\u2019acharner sur un mort vivant. Il devait avoir une bonne soixantaine, mais il en paraissait vingt de plus, d\u2019une maigreur inqui\u00e9tante et un visage \u00e9maci\u00e9 avec une lippe de vieux chien neurasth\u00e9nique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous ne fumez plus la pipe?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh non, c\u2019\u00e9tait mon dernier petit plaisir, mais mon cardiologue me l\u2019a interdit. D\u00e9j\u00e0 que ma femme arr\u00eatait pas de m\u2019engueuler avec \u00e7a\u2026&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait abandonn\u00e9 la pipe avant de se la casser, pensais-je. C\u2019\u00e9tait imminent. En finir avec Bellemare aurait \u00e9t\u00e9 finalement lui rendre service. Je l\u2019avais trop d\u00e9test\u00e9 pour lui faire ce plaisir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2. BELLEMARE On le surnommait bien \u00e9videmment Pierre , en rapport \u00e0 l\u2019animateur de radio et de t\u00e9l\u00e9vision tr\u00e8s populaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque. 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