{"id":4293,"date":"2025-06-24T16:10:36","date_gmt":"2025-06-24T14:10:36","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4293"},"modified":"2025-08-12T20:02:01","modified_gmt":"2025-08-12T18:02:01","slug":"notes-de-lecture-72-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4293","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 72"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4295\" width=\"575\" height=\"766\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468-768x1024.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468-225x300.jpg 225w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468-900x1200.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468-675x900.jpg 675w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468-450x600.jpg 450w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468-23x30.jpg 23w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/illustration468.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption>Encore une bo\u00eete \u00e0 livres, photo H\u00e9l\u00e8ne Rose, avec son aimable autorisation.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>HONOR\u00c9 DE BALZAC \u2013 ILLUSIONS PERDUES \u2013 Gallimard \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un pav\u00e9 de Balzac qui trouve sa place dans sa <em>Com\u00e9die humaine<\/em> avant les <em>Sc\u00e8nes de la vie parisienne <\/em>et<em> Splendeurs et mis\u00e8res des courtisanes <\/em>dont on a parl\u00e9 l\u2019autre fois. C\u2019est un roman en trois parties. La premi\u00e8re se d\u00e9roule \u00e0 Angoul\u00eame o\u00f9 Balzac analyse comme il sait le faire les caract\u00e9ristiques d\u2019une ville de province avec ses coteries, sa bourgeoisie, ses ranc\u0153urs, ses rivalit\u00e9s. Ici, on a le fr\u00e8res et la s\u0153ur Chardon, nobliaux ruin\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de leur m\u00e8re, une dame de Rubempr\u00e9. Leur p\u00e8re est un modeste apothicaire et leur m\u00e8re une garde-malade. Balzac n\u2019a pas son pareil pour marquer les diff\u00e9rences de classe entre les habitants de Lhomeau, un faubourg o\u00f9 vivent les aristocrates ruin\u00e9s et les ouvriers, et la ville haute o\u00f9 s\u2019\u00e9bat la bourgeoisie.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ce sont les S\u00e9chard avec le p\u00e8re, un vigneron m\u00e9chant et avare et son fils David S\u00e9chard qui poss\u00e8de une petite papeterie d\u2019o\u00f9 il s\u2019appr\u00eate \u00e0 breveter une invention de son cru consistant \u00e0 fabriquer du papier avec des v\u00e9g\u00e9taux divers. Mais les Cointet, imprimeurs concurrents, veulent racheter l\u2019imprimerie et le brevet et ils finiront par avoir le fils S\u00e9chard \u00e0 l\u2019usure. Lui \u00e9pouse \u00c9ve Chardon, la s\u0153ur de Lucien quand Lucien s\u2019amourache d\u2019une aristocrate d\u2019Angoul\u00eame, Madame de Bargeton. Elle est aussi amoureuse car Lucien est d\u2019une beaut\u00e9 rare et il est po\u00e8te. Le mari de la dame se bat en duel car suspect\u00e9 d\u2019\u00eatre cocu et, pour \u00e9chapper au scandale, la dame et Lucien s\u2019en vont \u00e0 Paris. Fin de la premi\u00e8re partie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Paris, Madame Bargenton rencontre ses amis Monsieur du Chatelet et la comtesse d\u2019Espars qui la mettent en garde contre ce qui serait une m\u00e9salliance. \u00c9pouser un po\u00e8te sans le sou et sans noblesse. La seule condition serait que Lucien devienne royaliste et demande faveur au roi pour retrouver le nom aristocratique de sa m\u00e8re. En attendant, il est abandonn\u00e9 et conna\u00eet la mis\u00e8re, se rapprochant d\u2019un groupe de po\u00e8tes romantiques baptis\u00e9 Le c\u00e9nacle. Il d\u00e9bute une carri\u00e8re prometteuse dans la presse et essaie de faire publier un recueil de po\u00e9sie et un roman historique. Il est guid\u00e9 dans le Paris litt\u00e9raire et mondain par \u00c9tienne Lousteau qui lui apprend les ficelles du m\u00e9tier. Lucien s\u2019\u00e9loigne du C\u00e9nacle et il apprend tous les vices de la profession&nbsp;: articles mensongers, critiques insinc\u00e8res, canards et provocations. Il tombe amoureux de Coralie, une actrice, et s\u2019\u00e9loigne de sa dame de c\u0153ur qu\u2019il appelle maintenant comme tout le monde \u00ab&nbsp;l\u2019os de seiche&nbsp;\u00bb, son soupirant Chatelet \u00e9tant baptis\u00e9 \u00ab&nbsp;Le h\u00e9ron&nbsp;\u00bb. Lib\u00e9ral et romantique, Lucien \u00e9crit dans des feuilles royalistes pour arriver \u00e0 ses fins mais il finit par d\u00e9plaire \u00e0 tout le monde, vomi des lib\u00e9raux et ind\u00e9sirable chez les royalistes. L\u2019argent vient \u00e0 manquer et il tire des traites et demande des avances \u00e0 son beau-fr\u00e8re qui lui donne tout ce qu\u2019il poss\u00e8de, ce qui ne suffit pas \u00e0 ass\u00e9cher le gouffre creus\u00e9 par des d\u00e9penses inconsid\u00e9r\u00e9es et l\u2019entretien de cocottes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la troisi\u00e8me partie et le retour piteux \u00e0 Angoul\u00eame. Madame de Bargeton a \u00e9pous\u00e9 Chatelet pass\u00e9 \u00e0 la paierie et Lucien essaie de sauver son beau-fr\u00e8re accul\u00e9 \u00e0 la faillite par les fr\u00e8res Contet et surtout abus\u00e9s par un avou\u00e9 aigrefin du nom de Petit-Claud. S\u00e9chard, sans le secours de son p\u00e8re, doit fuir et l\u2019imprimerie est pr\u00e9empt\u00e9e par les Contet. Il fera de la prison pour dette et Lucien, inconsolable et s\u2019accusant de tous les malheurs frappant sa famille, d\u00e9cide de se suicider.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est recueilli sur la route par un fiacre dans lequel roule un pr\u00eatre de Tol\u00e8de qui lui administre une grande le\u00e7on de cynisme. On aura reconnu la triste figure de Vautrin qui d\u00e9cide de prendre le po\u00e8te faible et na\u00eff sous son aile et de guider sa carri\u00e8re dans le mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Un court \u00e9pilogue cl\u00f4ture l\u2019ouvrage, mais les personnages reviendront dans les \u0153uvres futures.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne va pas dire que c\u2019est le meilleur Balzac, plein de descriptions et de dialogues, la m\u00eame chose qu\u2019il semble d\u00e9plorer chez d\u2019autres \u00e9crivains. Balzac peut consacrer trois pages \u00e0 d\u00e9crire un bouton de porte. Trop de digressions aussi, sur le m\u00e9tier d\u2019imprimeur, l\u2019histoire du journalisme, les combines financi\u00e8res de l\u2019\u00e9poque\u2026 Tout cela est parfois difficile \u00e0 lire et on finit par se lasser, m\u00eame si c\u2019est Balzac, sa vision impitoyable de l\u2019humanit\u00e9 et son regard ac\u00e9r\u00e9 sur la soci\u00e9t\u00e9 de son temps, celle de la bourgeoisie sous Charles X. C\u2019est Balzac, le Dickens fran\u00e7ais, c\u2019est dire \u00e0 quelle hauteur on le met.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JAMES HADLEY CHASE \u2013 TUEUR DE CHARME \u2013 Gallimard \/ S\u00e9rie noire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet surtout James Hadley Chase pour ses deux livres mettant en sc\u00e8ne Miss Blandish (P<em>as d\u2019orchid\u00e9e pour Miss Blandish <\/em>et <em>La chair de l\u2019orchid\u00e9e<\/em>). Il est aussi l\u2019auteur de <em>Eva,<\/em> adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Joseph Losey. C\u2019est un pionnier du polar hard-boiled (dur \u00e0 cuire) avec Carter Brown et Peter Cheyney. Le monde de Chase est dur, impitoyable, avec des personnages cyniques, sans moralit\u00e9 et sans scrupule qui, pour arriver \u00e0 leurs fins, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 prendre au pi\u00e8ge des individus na\u00effs et faibles. La loi de la jungle dans les grandes cit\u00e9s am\u00e9ricaines. Asphalt jungle&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, c\u2019est Dave Calvin, un employ\u00e9 de banque que son patron envoie remplacer le g\u00e9rant d\u2019une succursale de Pittsville (Californie, pas Wisconsin), victime d\u2019une crise cardiaque. Il vient \u00e0 l\u2019id\u00e9e de Calvin de s\u2019approprier la paie des ouvriers qui transite par cette banque chaque semaine. Pour cela, il imagine une machination mettant en sc\u00e8ne sa logeuse Kit Loring, une alcoolique sans scrupule qu\u2019il promet d\u2019\u00e9pouser une fois le m\u00e9fait commis. Il s\u2019agit pour elle de prendre l\u2019apparence de Alice Craig, la personne qui dirige la banque avec Calvin et de faire en sorte que les soup\u00e7ons se portent sur elle qu\u2019on supposera enfuie avec son amant hypoth\u00e9tique alors qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e. L\u2019amant est incarn\u00e9 par Calvin lui-m\u00eame, habill\u00e9 en cow-boy avec moustache et favoris postiches. Le but est de faire croire \u00e0 son existence, au moins aux clients de la pension o\u00f9 lui et Kit logent. Mais les choses ne se passent pas selon le sc\u00e9nario pr\u00e9vu. Toutefois, la morale n\u2019est pas sauve pour autant.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate commence avec Easton, un f\u00e9d\u00e9ral venu de San Francisco pour qui l\u2019affaire est limpide&nbsp;: Alice Craig a fait le coup pouss\u00e9e par son amant. Ce n\u2019est pas l\u2019avis de l\u2019adjoint du sh\u00e9rif Thomson, Ken Travers, le fianc\u00e9 de Iris Loring, la fille de Kit, qui flaire la machination. Calvin voit en Kit le maillon fiable qui pourrait les trahir, aussi d\u00e9cide-t-il de la tuer. Il a propos\u00e9 \u00e0 sa fille le poste de Alice Craig. Les policiers retrouvent la voiture de l\u2019amant suppos\u00e9 avec le corps de Alice Craig dans le coffre. Alors que Calvin veut noyer sa complice dans la baignoire, elle sort un revolver et les r\u00f4les s\u2019inversent. Elle a tout racont\u00e9 \u00e0 un avocat qui doit transmettre les documents \u00e0 la justice en cas de mort violente.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la police, l\u2019amant de Craig n\u2019a pu quitter la ville et une forte r\u00e9compense sera accord\u00e9e par la banque \u00e0 celui qui permettra de le retrouver. Iris Loring va travailler avec Calvin mais Travers vient lui dire qu\u2019il a d\u00e9couvert le pot-aux-roses. Calvin est le voleur et l\u2019assassin et il a abus\u00e9 son entourage avec un d\u00e9guisement et des postiches. Mais Calvin a commis une grosse erreur en tapant une lettre accusant Craig et son amant sur une vieille Remington de la banque qui tape mal certaines lettres. Il remplace nuitamment la machine, mais Iris Loring et Ken Travers ont tout compris. Ils ne soup\u00e7onnent pas encore Kit d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 sa complice.<\/p>\n\n\n\n<p>Calvin pr\u00e9texte un d\u00e9placement \u00e0 San Francisco pour laisser Iris seule en se doutant qu\u2019elle va profiter de son absence pour chercher la Remington et l\u2019argent. Fausse sortie, il la prend sur le fait et lui enjoint de sortir l\u2019argent de la ville avec Travers dans la voiture pour \u00e9chapper aux contr\u00f4les. Iris sait tout et Travers a devin\u00e9. Les amants diaboliques, qui maintenant se d\u00e9testent, parviendront-ils \u00e0 faire garder le secret \u00e0 Iris&nbsp;? Iris d\u00e9cide de partir \u00e0 San Francisco et se marier avec Travers qui d\u00e9missionne de la police, au grand soulagement de Calvin. Sauf que la culpabilit\u00e9 envahit sa future femme. Elle fait un scandale en mena\u00e7ant de se jeter du haut d\u2019un immeuble. Nos deux amants criminels finiront-ils sur la Chase \u00e9lectrique&nbsp;? Non. On ne va pas raconter la fin, mais \u00e7a se termine mal, sans surprise&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bon polar, sans g\u00e9nie mais bien construit avec, en creux, le portrait d\u2019une bourgade am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 50, l\u2019Am\u00e9rique d\u2019une certaine innocence, ou na\u00efvet\u00e9, en surface seulement. Bien vu, et efficace.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>FRAN\u00c7OIS MAURIAC \u2013 LE BAISER AU L\u00c9PREUX \u2013 Grasset \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux Mauriac, le cur\u00e9 militant de l\u2019Action fran\u00e7aise proche des Barr\u00e8s et Maurras et le chroniqueur de <em>l\u2019Express <\/em>vent debout contre la torture en Alg\u00e9rie. Entre temps, on en a eu un troisi\u00e8me, \u00e0 savoir le Gaulliste \u00e9purateur mais on ne pourra reprocher \u00e0 Mauriac de s\u2019\u00eatre souvent remis en question, un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Bernanos pour&nbsp; lequel j\u2019ai la plus grande admiration.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une \u0153uvre de jeunesse (1921) o\u00f9 Mauriac met en sc\u00e8ne un jeune homme conscient de sa laideur et de son insignifiance \u2013 Jean P\u00e9loueyre &#8211; incapable de vivre une vie normale. Son p\u00e8re J\u00e9r\u00f4me, val\u00e9tudinaire toujours entre deux siestes, a form\u00e9 le projet de le marier \u00e0 une certaine No\u00e9mi, belle fille de la campagne, afin surtout d\u2019avoir une descendance, de sorte que son magot n\u2019aille pas aux Cazenave et \u00e0 leur chef de clan, un notable anticl\u00e9rical. On est chez Mauriac quand m\u00eame, et les histoires de famille, les int\u00e9r\u00eats et la religion ne sont jamais loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mari\u00e9s s\u2019\u00e9vitent et la pr\u00e9sence de No\u00e9mi n\u2019a pour effet que de revigorer le p\u00e8re dont elle s\u2019occupe avec d\u00e9votion. Jean va parfois \u00e0 Arcachon chez une prostitu\u00e9e mais ne touche pas son \u00e9pouse, certain qu\u2019elle lui r\u00e9pugne. Il renoue avec sa vie de cloporte, errant dans les chemins et chassant parfois en \u00e9vitant le regard des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cur\u00e9 de la paroisse l\u2019incite \u00e0 partir pour Paris aux fins de recherches historiques sur le village. Il s\u2019y rend, tra\u00eenant entre des \u00e9glises et des bordels o\u00f9 il ne consomme jamais, fascin\u00e9 par les prostitu\u00e9es. Pendant son s\u00e9jour parisien, No\u00e9mi a un faible pour un m\u00e9decin venu de la ville soigner Robert Pieuchon, un jeune tuberculeux ami de Jean. Le m\u00e9decin passe tous les jours sous ses fen\u00eatres. Jean revient de Paris malade et elle fait appel \u00e0 ce m\u00eame m\u00e9decin mais c\u2019est elle qui finit par l\u2019\u00e9conduire, comme pour chasser son d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean a la tuberculose et on soup\u00e7onne ses contacts avec Pieurchon. No\u00e9mi fait \u00e0 nouveau appel au m\u00e9decin attir\u00e9 par elle. Jean meurt et No\u00e9mi ne se remariera pas. Elle rencontre \u00e0 nouveau le m\u00e9decin par hasard et il s\u2019approche d\u2019elle. Elle le fuit, jurant fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son \u00e9poux d\u00e9funt qu\u2019elle croit voir dans un vieux pin d\u00e9charn\u00e9. Elle ne l\u2019aura profond\u00e9ment aim\u00e9 qu\u2019une fois mort. Ainsi s\u2019ach\u00e8ve le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>On reconna\u00eet l\u00e0 Mauriac et son amour tr\u00e8s catholique pour les humbles, les faibles, les opprim\u00e9s. Dans les premiers chapitres, il cite souvent Nietzsche mais c\u2019est pour mieux contrebalancer ses obsessions tr\u00e8s chr\u00e9tiennes pour l\u2019humilit\u00e9, la volont\u00e9 de puissance et la force de vivre avec la maladie, la souffrance et la mort qui seuls rapprochent de Dieu et des hommes. En cela, il est proche d\u2019un Bernanos, m\u00eame s\u2019il n\u2019en a jamais eu le g\u00e9nie. On pense \u00e0 cette \u00e9pigramme de Sartre&nbsp; qui reprochait \u00e0 Mauriac d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent dans la t\u00eate de tous ses personnages, ne leur laissant aucune libert\u00e9, comme le Dieu des chr\u00e9tiens:&nbsp; \u00ab&nbsp;Dieu n\u2019est pas un artiste, Monsieur Mauriac non plus&nbsp;\u00bb. Peut-\u00eatre pas un artiste, mais un grand \u00e9crivain, on en dira peut-\u00eatre pas autant de Sartre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SIMENON \u2013<em> LE CHIEN JAUNE<\/em> \u2013 Gallimard \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un Simenon que je ne r\u00e9siste pas \u00e0 tirer de la bo\u00eete, quand j\u2019en trouve un. Une lectrice de ce blog m\u2019a fait remarquer que Maigret \u00e9tait misogyne. Pas beaucoup plus que Connelly qu\u2019elle adore.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut dire beaucoup de choses de Simenon, pas vraiment un humaniste mais bon, on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de tout \u00e7a et je n\u2019y reviens pas. Misogyne&nbsp;? Parce que Madame Maigret lui pr\u00e9pare son frichti quand il est en mission&nbsp;? C\u2019\u00e9tait plut\u00f4t dans l\u2019ordre de choses \u00e0 l\u2019\u00e9poque, malheureusement. On peut aussi parler de San Antonio et de F\u00e9licie, sa brave femme de m\u00e8re, toujours \u00e0 veiller au confort de son fils. Les temps ont chang\u00e9 et c\u2019est tant mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>En peu de mots, la pr\u00e9face de Marcel Aym\u00e9 dit tout de Simenon et de Maigret&nbsp;: le commissaire ne fait pas de psychologie pas plus qu\u2019il ne s\u2019appuie sur la logique, il se met dans la peau de ses personnages et se laisse guider par l\u2019atmosph\u00e8re environnante. C\u2019est ce qui fait tout le charme de ses enqu\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est connue&nbsp;: une s\u00e9rie de tentatives de meurtres dans la ville de Concarneau (coup de revolver, empoisonnement, agression au couteau) et, \u00e0 chaque fois, la pr\u00e9sence d\u2019un vieux chien couleur jaun\u00e2tre. On pense au roman de Jean Ray, <em>La cit\u00e9 de l\u2019indicible peur<\/em>, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Jean-Pierre Mocky sous le titre<em> La grande frousse<\/em>. Sauf qu\u2019ici c\u2019est du s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois notables, habitu\u00e9s du caf\u00e9 L\u2019amiral, semblent les victimes du potentiel assassin. On retrouve le chien ensanglant\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019un nouveau tir au revolver. Il a les reins bris\u00e9s. <em>Le phare de Brest,<\/em> journal local, a publi\u00e9 un article sur les myst\u00e8res de Concarneau, remis par un inconnu. Maigret para\u00eet d\u00e9pass\u00e9 et, aid\u00e9 de son inspecteur, va d\u2019une sc\u00e8ne de crime \u00e0 l\u2019autre. Seul indice, les grands pieds de l\u2019assassin.Mais tout cela n\u2019est que hors-d\u2019\u0153uvre et Pommeret, l\u2019un des trois notables, est d\u00e9couvert mort empoisonn\u00e9 chez lui. Un matin, un clochard fausse compagnie \u00e0 deux gendarmes sur un march\u00e9, l\u2019homme a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 dans les recoins d\u2019un phare, vivant de rapines. Maigret met le docteur Michoux, l\u2019un des trois notables, en prison pour le prot\u00e9ger. Le troisi\u00e8me, Servi\u00e8res, est toujours port\u00e9 disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le toit de l\u2019Amiral, Maigret surveille le vagabond qui s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 dans une chambre o\u00f9 il re\u00e7oit la visite de la serveuse de l\u2019\u00e9tablissement. Au m\u00eame moment, le douanier t\u00e9moin de la premi\u00e8re tentative de meurtre \u00e9chappe lui-m\u00eame \u00e0 un tir de revolver. Pas de chien cette fois-ci. Servi\u00e8res quant \u00e0 lui a \u00e9t\u00e9 vu \u00e0 Brest et appr\u00e9hend\u00e9 par la police \u00e0 Paris. Un disparu bien visible, en voyage. Cinq jours que Maigret est sur place. Le maire le harc\u00e8le et les journalistes s\u2019impatientent. La ville r\u00e9clame un coupable et Michoux sue la peur depuis sa prison. Un final \u00e0 la Agatha Christie, tous en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vagabond \u2013 L\u00e9on \u2013 s\u2019est fait manipuler par les trois notables et un Am\u00e9ricain agent de la prohibition (le roman est dat\u00e9 de 1931). Ils l\u2019ont incit\u00e9 \u00e0 charger de la coca\u00efne dans son bateau avant de partir pour New York, l\u2019ont d\u00e9nonc\u00e9 et ont touch\u00e9 la prime. L\u00e9on a tir\u00e9 cinq ans \u00e0 Sing Sing o\u00f9 il a adopt\u00e9 le chien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici aussi, on ne va pas divulguer l\u2019\u00e9pilogue, encore qu\u2019on puisse facilement le deviner. Une histoire de vengeance \u00e0 rebours o\u00f9 l\u2019on entend neutraliser l\u2019offens\u00e9 revenu en ville.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 lu ce livre il y a des ann\u00e9es et c\u2019est l\u2019un des Maigret les plus connus, mais on s\u2019y replonge avec d\u00e9lice. Simenon est ce qu\u2019il est, mais son Maigret a toujours eu pour mission de coincer les plus beaux sp\u00e9cimen de cette bourgeoisie cynique et de venger ses victimes, les pauvres et les faibles. Il ne se fait aucune illusion sur la possibilit\u00e9 de changer le monde, mais il fait son devoir l\u00e0 o\u00f9 il est. Une figure de chevalier au chapeau caboss\u00e9 et au pardessus \u00e9lim\u00e9. 75 Maigrets publi\u00e9s entre 1931 et 1972. 75 raisons, \u00e0 chaque fois, de se r\u00e9jouir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANDR\u00c9 GIDE \u2013 <em>CORYDON<\/em> \u2013 Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De Gide, on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit, on appr\u00e9cie surtout ses romans \u00e9crits en moraliste ironique tels <em>Les caves du Vatican <\/em>ou <em>Les faux-monnayeurs.<\/em> C\u2019est ici un tout autre exercice auquel il se livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la pr\u00e9face, il est \u00e9crit que Gide consid\u00e9rait <em>Corydon <\/em>comme le plus important de ces livres. Il est en tout cas le plus oubli\u00e9 aujourd\u2019hui. \u00c0 55 ans, Gide quitte sa femme et se d\u00e9cide \u00e0 assumer son homosexualit\u00e9. Il part avec le jeune Marc All\u00e9gret de par le monde et son <em>Corydon<\/em> vise \u00e0 sortir l\u2019homosexualit\u00e9 de l\u2019enfer o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 la tient. En protestant moraliste, il entend d\u00e9montrer que l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019est ni abjecte, ni damnable, qu\u2019elle est une forme d\u2019amour qui a toujours exist\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut se souvenir de la forte hostilit\u00e9 que Gide avait pour Proust. Pour lui, Proust peignait dans son \u0153uvre des invertis, des homosexuels eff\u00e9min\u00e9s, presque des travestis. Pour Gide, l\u2019homosexualit\u00e9 peut et doit \u00eatre virile, se r\u00e9f\u00e9rant aux Grecs et aux Romains. Elle n\u2019est en aucun cas une p\u00e2le imitation du f\u00e9minin par l\u2019outrance ou le travestissement. On laissera cette vision personnelle de l\u2019homosexualit\u00e9 \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de nos modernes LGTBQ+ et que sais-je encore&nbsp;? Mais venons-en au livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Corydon est un berger joueur de fl\u00fbte dans la mythologie grecque. Le personnage de Corydon est ici un homosexuel ami de l\u2019auteur qui d\u00e9fend son point de vue au long de quatre longs dialogues socratiques avec Gide lui-m\u00eame. Son point de vue&nbsp;: que l\u2019homosexualit\u00e9 a exist\u00e9 de tout temps et qu\u2019elle s\u2019est r\u00e9pandue surtout \u00e0 des p\u00e9riodes d\u2019\u00e9panouissement artistique et culturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quatre dialogues portent tour \u00e0 tour sur la science ou plut\u00f4t la zoologie, sur l\u2019art, sur la philosophie et enfin sur l\u2019histoire. Une d\u00e9monstration pas toujours facile \u00e0 suivre et dont la th\u00e8se peut para\u00eetre hardie&nbsp;\u00e0 celles et ceux qui tiennent l\u2019homosexualit\u00e9 pour une anomalie, une aberration ou, pire, pour un vice. Corydon se faisant l\u2019interpr\u00e8te de Gide affirme qu\u2019il n\u2019en est rien et qu\u2019au contraire, le r\u00e8gne animal et l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 tendent \u00e0 d\u00e9montrer que l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019est qu\u2019une forme d\u2019expression diff\u00e9rente du d\u00e9sir et de la sensualit\u00e9, de la libido pour le dire autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien l\u00e0 de r\u00e9volutionnaire pour les contemporains que nous sommes, mais il faut savoir que la premi\u00e8re version de ce livre, longtemps rest\u00e9 in\u00e9dit, date de 1911. On peut juste reprocher \u00e0 Gide le fameux pr\u00e9cepte qui veut qu\u2019\u00e0 vouloir trop prouver\u2026 Comme si l\u2019homosexualit\u00e9 devait \u00eatre la r\u00e8gle et l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 l\u2019exception. C\u2019est parfois ainsi qu\u2019on l\u2019entend, mais on ne peut que saluer cette ode \u00e0 la tol\u00e9rance et au d\u00e9passement des pr\u00e9jug\u00e9s et des a priori. Gide n\u2019\u00e9tait pas un p\u00e9d\u00e9 honteux. Un juste&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>5 novembre 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>HONOR\u00c9 DE BALZAC \u2013 ILLUSIONS PERDUES \u2013 Gallimard \/ Folio Un pav\u00e9 de Balzac qui trouve sa place dans sa Com\u00e9die humaine avant les Sc\u00e8nes de la vie parisienne et Splendeurs et mis\u00e8res des courtisanes dont on a parl\u00e9 l\u2019autre fois. C\u2019est un roman en trois parties. 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