{"id":4321,"date":"2025-08-15T16:29:44","date_gmt":"2025-08-15T14:29:44","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4321"},"modified":"2025-08-15T16:29:44","modified_gmt":"2025-08-15T14:29:44","slug":"vinginces-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4321","title":{"rendered":"VINGINCES 3"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>BERGERET<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"885\" height=\"500\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration473.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4323\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration473.jpg 885w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration473-300x169.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration473-768x434.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration473-600x339.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration473-30x17.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 885px) 100vw, 885px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Je crois me souvenir qu\u2019elle se pr\u00e9nommait Nicole. Oui, Nicole Bergeret, professeur de Fran\u00e7ais et accessoirement surveillante d\u2019examens officiels en saison, d\u00e9sign\u00e9e ou soucieuse d\u2019arrondir ses fins de mois. Elle tr\u00f4nait au milieu de la pi\u00e8ce, avec sa tignasse fris\u00e9e, ses petits yeux m\u00e9chants et sa complexion osseuse de maigre pathologique, le jour o\u00f9 je passais l\u2019oral du baccalaur\u00e9at, un apr\u00e8s-midi bleu de l\u2019\u00e9t\u00e9 1972.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais d\u00fb en passer par elle pour les pr\u00e9liminaires, en gros le fait de d\u00e9cliner son identit\u00e9 et de pr\u00e9ciser \u00e0 quel lyc\u00e9e on appartenait. Je n\u2019avais pas ma carte d\u2019identit\u00e9 ce jour-l\u00e0, et un copain de classe avec qui j\u2019avais fait la route en voiture m\u2019avait dit que cela n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire. Je soup\u00e7onne ce vieux gamin adipeux au sourire invariablement coll\u00e9 au coin des l\u00e8vres de l\u2019avoir fait expr\u00e8s pour me mettre dans l\u2019embarras. Pour dispensable qu\u2019elle pouvait \u00eatre, lui l\u2019avait bien sa carte, et \u00e0 jour.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;\u00ab&nbsp;Vous ne ferez jamais rien dans la vie&nbsp;! S\u2019\u00e9tait-elle exclam\u00e9 en constatant ce d\u00e9faut de pi\u00e8ces d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je restais sans voix, aucune r\u00e9plique ne me venant spontan\u00e9ment et assomm\u00e9 par la pr\u00e9diction malveillante de cette haridelle. Je n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 courir chez moi r\u00e9cup\u00e9rer les papiers et \u00e0 revenir dans ce lyc\u00e9e roubaisien o\u00f9 mon sort et mon avenir devaient se jouer.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On vous autorise \u00e0 repasser chez vous mais c\u2019est bien \u00e0 titre exceptionnel. La salle d\u2019examen n\u2019est pas un moulin et nous attachons beaucoup d\u2019importance \u00e0 la confidentialit\u00e9&nbsp;\u00bb, ajouta-t-elle en semblant sourire de mon total d\u00e9sarroi.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m\u2019avait sign\u00e9, toujours exceptionnellement, un ausweis qui me permettait de franchir les portes du bahut et c\u2019est comme cela que j\u2019avais connu son nom. Il m\u2019\u00e9voquait celui de Bergeron, ce vieux patron de F.O adepte de la politique contractuelle et de la trahison de classe. Je confondais les deux noms dans un m\u00eame ressentiment et j\u2019attrapais un bus qui mena\u00e7ait de partir de la grand-place. Je n\u2019avais m\u00eame pas de ticket et j\u2019en achetais au chauffeur qui, par des grognements sourds, me faisait comprendre qu\u2019il y avait suffisamment de points de vente et que ce n\u2019\u00e9tait pas dans ses attributions de vendre des tickets \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Je me le tenais pour dit et lui demandait un carnet de 10. Je devais retourner chez mes parents, reprendre un bus sur la place de Tourcoing et retourner \u00e0 Roubaix pour retrouver la cerb\u00e8re avant retour chez moi. La cerb\u00e8re, ou plut\u00f4t la pythie et ses pr\u00e9dictions. Une Cassandre de C.E.S qui ne me voyait pas un grand avenir. Moi non plus, du reste.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, un marathon \u00e0 accomplir le plus rapidement possible, pour ne pas \u00eatre hors d\u00e9lais et \u00e9viter de me pointer avant l\u2019extinction des feux. J\u2019\u00e9tais dans la position d\u2019un coureur attard\u00e9 menac\u00e9 par la voiture balai (on \u00e9tait en plein Tour de France et j\u2019avais la m\u00e9taphore sportive). Fort heureusement, les correspondances s\u2019encha\u00eenaient \u00e0 la minute pr\u00e8s et je pouvais arriver sur les lieux tremp\u00e9 de sueur et la gorge s\u00e8che. J\u2019aurais tout donn\u00e9 pour un verre d\u2019eau qu\u2019on finit par consentir \u00e0 m\u2019apporter, mais j\u2019\u00e9tais attendu par un ar\u00e9opage de professeurs qui regardaient leur montre dans un bel ensemble. Tous mes condisciples avaient d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 les \u00e9preuves et j\u2019avais l\u2019impression de jouer les arr\u00eats de jeu, voire les prolongations , pour refiler la m\u00e9taphore sportive.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passais devant chaque membre du corps enseignant dans les mati\u00e8res o\u00f9 mes notes avaient \u00e9t\u00e9 jug\u00e9es insuffisantes. Je m\u2019en tirai plut\u00f4t bien, ayant paradoxalement r\u00e9ussi \u00e0 l\u2019\u00e9crit dans des mati\u00e8res o\u00f9 j\u2019\u00e9tais habituellement mauvais, et \u00e9chou\u00e9 dans celles o\u00f9 j\u2019avais l\u2019habitude de briller. La prof de Fran\u00e7ais, beaucoup plus sympathique que sa coll\u00e8gue, me vota un 20\/20, et encore, \u00ab&nbsp;en notant vache&nbsp;\u00bb aurait-elle pu dire imitant Robert Dalban dans <em>Les tontons flingueurs. <\/em>Elle ne dit rien de tel et j\u2019avais dissert\u00e9 sur le th\u00e8me de la vengeance, justement, tirant des exemples dans des romans et des films, de Dumas pour <em>Mont\u00e9-Cristo<\/em> \u00e0 Chabrol pour <em>Que la b\u00eate meur<\/em><em>e<\/em><em>.<\/em> On ne pouvait pas me reprocher mon \u00e9clectisme et j\u2019avais d\u00fb \u00eatre assez brillant, ce qui n\u2019\u00e9tait pas vraiment dans mes habitudes.<\/p>\n\n\n\n<p>Quinze jours plus tard, je pouvais lire mon nom dans la presse locale et je n\u2019avais m\u00eame pas eu \u00e0 me d\u00e9placer dans ce bahut maudit. J\u2019avais mon bac, un passeport pour la vie active plut\u00f4t qu\u2019un sauf-conduit pour l\u2019universit\u00e9.-<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais retrouv\u00e9 trace de Bergeret \u00e0 la faveur du syndicalisme. Quelques ann\u00e9es s\u2019\u00e9taient pass\u00e9es et j\u2019avais d\u00fb prendre un poste \u00e0 Paris \u00e0 la suite d\u2019un concours administratif r\u00e9ussi, ce qui r\u00e9duisait un peu la port\u00e9e de la cruelle sentence de la Bergeret. J\u2019avais adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 un syndicat qui entendait porter haut les valeurs de l\u2019\u00e9cologie, de l\u2019autogestion et du f\u00e9minisme et une gr\u00e8ve contre les premi\u00e8res consoles de visualisation, le travail sur \u00e9cran pour aller vite, avait mis en lumi\u00e8re aupr\u00e8s de la conf\u00e9d\u00e9ration notre petite \u00e9quipe syndicale. Cela nous avait valu, avec trois camarades, d\u2019\u00eatre convi\u00e9s \u00e0 une A.G annuelle o\u00f9 chacun \u00e9tait appel\u00e9 pour valoriser ses luttes victorieuses avec des formules convenues qui se terminaient invariablement par \u00ab&nbsp;une lutte exemplaire&nbsp;\u00bb. \u00c9lu comme porte-parole, je regagnais ma place sous les applaudissements et un changement de plateau avait eu lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019estrade, \u00e0 la tribune, on pouvait voir Nicole Bergeret entour\u00e9e des huiles du syndicat, les quelques visages connus du grand public vers lesquels la presse et les m\u00e9dias accouraient pour recueillir la position officielle du syndicat sur tous les sujets touchant \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et au social. Elle repr\u00e9sentait un syndicat d\u2019enseignants qui avait eu le vent en poupe au moment des lois Debr\u00e9, l\u2019homme \u00e0 l\u2019entonnoir croqu\u00e9 par Cabu dans mon <em>Charlie Hebdo<\/em>. Au micro, elle rappela au public la valeur primordiale de l\u2019\u00e9ducation dans toute d\u00e9mocratie digne de ce nom et \u00e9grena d\u2019une voix monocorde les quelques \u00ab&nbsp;luttes exemplaires et victorieuses&nbsp;\u00bb dans des \u00e9tablissements scolaires de France et de Navarre. \u00ab&nbsp;Si vous trouvez que l\u2019\u00e9ducation co\u00fbte cher, essayez l\u2019ignorance&nbsp;\u00bb, ass\u00e9na-t-elle, parodiant Lincolon. Au final, elle fit siffler un ministre de l\u2019\u00e9ducation nationale de l\u2019\u00e9poque, un d\u00e9nomm\u00e9 Ren\u00e9 Haby, en se fendant d\u2019un bon mot repris par la foule&nbsp;: \u00ab&nbsp;on viendra \u00e0 bout d\u2019Haby&nbsp;!\u00bb. Un triomphe.<\/p>\n\n\n\n<p>Je faisais quelques pas dans sa direction, mais elle feignait de ne pas me reconna\u00eetre et il \u00e9tait possible qu\u2019elle ne m\u2019ai pas remis apr\u00e8s cette apr\u00e8s-midi de chien de l\u2019oral du bac. Apr\u00e8s tout, nous nous \u00e9tions vus \u00e0 peine un quart d\u2019heure au total et, si elle \u00e9tait aussi peu physionomiste que je l\u2019\u00e9tais, il n\u2019y avait rien d\u2019extraordinaire \u00e0 ce qu\u2019elle m\u2019ignor\u00e2t. Et puis, j\u2019avais ma fiert\u00e9 et je ne me voyais pas faire des pieds et des mains pour approcher la vedette du jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux tables \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du hall o\u00f9 nous \u00e9tions, je remarquais quelques p\u00e9titions qu\u2019on nous appelait \u00e0 parapher. Sur l\u2019une d\u2019elles, qui concernait le monde de l\u2019\u00e9ducation, je pouvais voir la signature de Bergeret. Et pas seulement la signature, puisqu\u2019il y \u00e9tait inscrit \u00e0 l\u2019encre violette son adresse et m\u00eame son num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone. Je m\u2019empressais de recopier ces pr\u00e9cieuses informations pour m\u2019en servir en temps utile. Apr\u00e8s tout, je m\u2019\u00e9tais senti humili\u00e9 et j\u2019avais l\u2019intention de me rappeler \u00e0 son mauvais souvenir, m\u00eame s\u2019il n\u2019y avait pas eu mort d\u2019homme et que sa petite appr\u00e9ciation quant \u00e0 ma personne avait \u00e9t\u00e9 dig\u00e9r\u00e9e depuis longtemps. Non, je ne ferai s\u00fbrement rien dans la vie, si ce n\u2019est que des boulots aussi alimentaires qu\u2019administratifs et quelques passions monomaniaques dans des domaines aussi divers que le rock, le football ou la litt\u00e9rature. Si on pouvait appeler \u00e7a une vie.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019appris par la suite que Dame Bergeret avait grimp\u00e9 dans l\u2019appareil, et la petite surveillante d\u2019un lyc\u00e9e technique de Roubaix \u00e9tait devenue r\u00e9dactrice en chef du magazine du syndicat, un journal qui \u00e9tait m\u00eame vendu en kiosque. Cette information m\u2019amena \u00e0 ourdir un plan de bataille. J\u2019avais quitt\u00e9 Paris et, retourn\u00e9 dans le Nord apr\u00e8s un \u00e9pisode d\u00e9pressif qui me laissait inerte avec des cocktails m\u00e9dicamenteux que j\u2019am\u00e9liorais avec un peu d\u2019alcool. Plut\u00f4t qu\u2019un suicide, j\u2019avais donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en finir avec les quelques tourmenteurs que je jugeais responsables de ma d\u00e9ch\u00e9ance, de ma \u00ab&nbsp;d\u00e9compensation&nbsp;\u00bb, comme disait mon psychiatre. Nicole Bergeret en faisait partie, peut-\u00eatre pas aux premi\u00e8res loges, mais \u00e0 un rang pas trop \u00e9loign\u00e9, comme on disait sur les tableaux de mutation de l\u2019administration.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s mes \u00e9checs avec un professeur de technologie et un entra\u00eeneur de football, il fallait cette fois r\u00e9ussir avec cette petite bourgeoise d\u00e9testable mont\u00e9e en graine dans un syndicat qui commen\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 renier ses valeurs et ses convictions. Bient\u00f4t viendrait Solidarnosc et les compromis sociaux avec le pouvoir socialiste avant la conversion au lib\u00e9ralisme, mais on n\u2019en \u00e9tait pas encore l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Fort de quelques articles publi\u00e9s dans la presse syndicale locale, je me faisais recommander par notre secr\u00e9taire d\u00e9partemental aupr\u00e8s de Bergeret. Ils se connaissaient et semblaient en parfaite connivence. Avant une ascension syndicale qui l\u2019avait amen\u00e9 dans la ville lumi\u00e8re, la dame avait fait ses premi\u00e8res armes dans la m\u00e9tropole, usant de fermet\u00e9 devant les rejetons des classes populaires \u00e0 majorit\u00e9 maghr\u00e9bines. Elle avait de l\u2019autorit\u00e9, on ne pouvait pas lui enlever \u00e7a. J\u2019avais cru bon de proposer un fort article sur l\u2019autogestion, de ses origines syndicales aux derni\u00e8res survivances de Lip et du Joint fran\u00e7ais en passant par la Yougoslavie de Tito et la social-d\u00e9mocratie su\u00e9doise. Vaste programme.<\/p>\n\n\n\n<p>En fin de matin\u00e9e, elle daigna me recevoir pour discuter d\u2019un article qu\u2019elle trouvait trop long et trop orient\u00e9 politiquement. J\u2019avais refait le voyage \u00e0 Paris et elle m\u2019avait introduit dans son petit bureau au si\u00e8ge, rue de Montyon. J\u2019avais mon calibre en poche mais il aurait \u00e9t\u00e9 suicidaire d\u2019en faire usage dans ce fief du syndicalisme et, apr\u00e8s quelques \u00e9changes de banalit\u00e9s, je lui proposais de reprendre la discussion de fa\u00e7on plus conviviale, dans un restaurant chinois que j\u2019avais rep\u00e9r\u00e9 pas tr\u00e8s loin. \u00c0 ma grande surprise, elle accepta, en bonne camarade qui ne se refusait pas les plaisirs de l\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle continuait sur ce qui constituait \u00e0 ses yeux les faiblesses de mon texte, en r\u00e9dac\u2019 chef avis\u00e9e. Selon elle, j\u2019avais trop tendance \u00e0 d\u00e9crire l\u2019autogestion telle qu\u2019elle devait \u00eatre, et non pas comme elle l\u2019\u00e9tait si on s\u2019en r\u00e9f\u00e9rait aux exp\u00e9riences v\u00e9cues dans le monde r\u00e9el. Quant \u00e0 la Yougoslavie du camarade Tito, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une caricature d\u2019autogestion dans un contexte non d\u00e9stalinis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;\u00ab&nbsp;Vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 en Yougoslavie&nbsp;?, m\u2019interrogea-t-telle \u00e0 br\u00fble-pourpoint.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, tout ce que j\u2019en connais, c\u2019est par le football. Vous savez, Djazic, Skoblar\u2026 Les Br\u00e9siliens de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pour un article l\u00e0-dessus, vaudrait mieux voir<em> France Football<\/em>, mais pour ce qui est de l\u2019autogestion\u2026 L\u2019article est plut\u00f4t bien \u00e9crit, mais c\u2019est le fond qui\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bon, on ne va pas finasser. Vous ne le publierez pas, c\u2019est \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n\u2019ai pas dit \u00e7a. Moyennant quelques corrections, c\u2019est publiable. Disons que je vais devoir vous faire revoir votre copie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Une copie qui vaut combien&nbsp;? Je rebondissais sur le mot pour la faire revenir inconsciemment \u00e0 son pass\u00e9 de prof.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh disons 11 sur 20, avec mention \u00ab&nbsp;peut mieux faire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On en \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 au th\u00e9 au jasmin et aux biscuits chinois et je lui demandais \u00e0 partir de quelle note elle publiait. Elle me r\u00e9pondit 14.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;J\u2019ai donc trois points \u00e0 rattraper, c\u2019est un peu plus que cet oral de contr\u00f4le du bac o\u00f9 j\u2019en avais \u00e0 peine deux. Un retard que j\u2019ai quand m\u00eame combl\u00e9, et pas gr\u00e2ce \u00e0 vous. Oui, vous y \u00e9tiez, au coll\u00e8ge Roger Salengro, et vous m\u2019avez m\u00eame assur\u00e9 que je ne ferai jamais rien dans la vie\u2026&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle devint livide et s\u2019absenta pour gagner les toilettes. Je r\u00e9glais l\u2019addition et me dirigeai \u00e0 mon tour dans l\u2019\u00e9troit couloir menant aux commodit\u00e9s. J\u2019attendais qu\u2019elle sorte, se rajuste et se remaquille avant de sortir mon arme et de la pointer vers elle, occup\u00e9e \u00e0 se refaire une beaut\u00e9 devant le miroir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si elle avait vu l\u2019arme, et je la rangeais dans la poche int\u00e9rieure de ma veste quand elle revint vers moi, presque larmoyante.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;-Je me souviens maintenant, mais ces p\u00e9riodes d\u2019examen sont stressantes. Il arrive qu\u2019on dise n\u2019importe quoi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Remarquez, vous ne vous \u00eates pas tromp\u00e9e de beaucoup. Je n\u2019ai encore rien fait et je ne ferai s\u00fbrement jamais rien, m\u00eame les quelques meurtres que je me proposais de perp\u00e9trer, mais ce serait trop d\u2019honneur \u00e0 vous faire. Vous repr\u00e9sentez \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce que je d\u00e9teste, mais je m\u2019en voudrais de risquer la prison, ou m\u00eame pire, pour vous. Au revoir madame, et bonne continuation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ouvrit les yeux comme des soucoupes, feignant de ne pas comprendre ce que je lui disais. Elle prit son sac \u00e0 main, mit son manteau et quitta l\u2019\u00e9tablissement comme si elle avait le diable \u00e0 ses trousses. Je m\u2019engouffrais dans le m\u00e9tro pour la gare du Nord, pas m\u00e9content de lui avoir fait peur, \u00e0 d\u00e9faut de mettre mon projet \u00e0 ex\u00e9cution. Je n\u2019\u00e9tais pas dou\u00e9, aussi bien pour la vie que pour la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus de 40 ann\u00e9es plus tard, j\u2019\u00e9crivais une biographie des Who o\u00f9 je relevais cette phrase du proviseur Kibblewhite lanc\u00e9e \u00e0 la future pop star&nbsp;: \u00ab&nbsp;vous ne ferez jamais rien de bon dans votre vie, Daltrey&nbsp;\u00bb. Le chanteur confiait que cette sentence hardie lui avait servi de moteur. Il est vrai que devenir le chanteur de l\u2019un des plus grands groupes de rock du monde \u00e9tait une belle revanche.<\/p>\n\n\n\n<p>Une revanche que je n\u2019aurais pas, mais, pour l\u2019heure, il me restait encore mes six balles, intactes, alors qui sait&nbsp;? Une renomm\u00e9e de faits divers, \u00e7a se prend aussi, non&nbsp;? Le fameux quart d\u2019heure warholien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BERGERET Je crois me souvenir qu\u2019elle se pr\u00e9nommait Nicole. Oui, Nicole Bergeret, professeur de Fran\u00e7ais et accessoirement surveillante d\u2019examens officiels en saison, d\u00e9sign\u00e9e ou soucieuse d\u2019arrondir ses fins de mois. Elle tr\u00f4nait au milieu de la pi\u00e8ce, avec sa tignasse fris\u00e9e, ses petits yeux m\u00e9chants et sa complexion osseuse de maigre pathologique, le jour o\u00f9&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4321\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4323,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4321"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4321"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4321\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4325,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4321\/revisions\/4325"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4323"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4321"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4321"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4321"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}