{"id":4326,"date":"2025-08-15T16:37:03","date_gmt":"2025-08-15T14:37:03","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4326"},"modified":"2025-08-15T16:37:03","modified_gmt":"2025-08-15T14:37:03","slug":"notes-de-lecture-73","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4326","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 73"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"498\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-1024x498.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4328\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-1024x498.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-300x146.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-768x373.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-1536x746.jpg 1536w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-2048x995.jpg 2048w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-2000x972.jpg 2000w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-1600x778.jpg 1600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-1200x583.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-900x437.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-600x292.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/illustration474-30x15.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Liseuse, de Georges Croegaert (1848-1923)&#8230; Merci \u00e0 Jacques Vincent<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>JAMES HADLEY CHASE \u2013 <em>L\u2019ABOMINABLE PARDESSUS <\/em>\u2013 S\u00e9rie noire \/ Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un Chase mais cette fois l\u2019action se d\u00e9roule \u00e0 Londres, d\u2019o\u00f9 l\u2019auteur est d\u2019ailleurs natif. Frank Mitchell est un ancien militaire d\u00e9mobilis\u00e9 et qui v\u00e9g\u00e8te en vivant aux crochets de sa petite amie Netta.<\/p>\n\n\n\n<p>Il r\u00e9pond \u00e0 l\u2019annonce d\u2019un riche marchand qui, ayant re\u00e7u des lettres de menace, d\u00e9sire recruter un garde du corps. Avant de voir Sarek, le riche commer\u00e7ant, Mitchell doit en passer par sa secr\u00e9taire Emma Pearl, d\u00e9vou\u00e9e corps et \u00e2me \u00e0 Sarek et pas tr\u00e8s bien dispos\u00e9e \u00e0 son \u00e9gard. Il d\u00e9couvre vite que les lettres ont \u00e9t\u00e9 dactylographi\u00e9es par sa femme Rita.<\/p>\n\n\n\n<p>Sarek fait des allers et retours Londres \u2013 Paris, son entreprise est bas\u00e9e \u00e0 Wardour Street et il habite avec sa femme Rita \u00e0 la campagne au-del\u00e0 du West-end. Mitchell a tout de suite de mauvaises intentions et, soup\u00e7onnant de la part de son patron un trafic louche, se d\u00e9cide \u00e0 le voler.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sera aid\u00e9 en cela par Rita qui veut se d\u00e9barrasser de son mari. Les deux amants diaboliques pactisent, l\u2019un pour voler des diamants que Sarek trafique, l\u2019autre pour supprimer un mari qui la fait chanter \u00e0 cause d\u2019un meurtre commis sur un ancien amant alors qu\u2019elle \u00e9tait danseuse en \u00c9gypte. Un d\u00e9tail&nbsp;: Sarek se v\u00eat d\u2019un pardessus horrible qu\u2019il ne quitte jamais, pr\u00e9textant qu\u2019il a ce manteau pour qu\u2019on ne risque pas de lui piquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Mitchell en d\u00e9duit que les diamants doivent \u00eatre cousus dans le manteau et Rita lui laisse croire, bien qu\u2019elle sache qu\u2019il n\u2019en est rien. Miss Pearl a bien vu le man\u00e8ge des amants et veille au grain, mais Mitchell finit par tuer Sarek accidentellement alors qu\u2019il va faire un voyage \u00e0 Paris. Sa femme prend sa place dans l\u2019avion et arbore son pardessus pour tromper l\u2019h\u00f4tesse. Il s\u2019agissait de le supprimer et de faire croire qu\u2019il a rejoint une femme l\u00e0-bas. Mais rien ne se passe comme pr\u00e9vu et les ennuis commencent. On ne va pas divulg\u00e2cher, mais c\u2019est encore un bon polar qui tient en haleine, la marque de fabrique de Chase avec ses personnages immoraux et pr\u00eats \u00e0 tout, ses amants diaboliques et ses riches qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9trousser.<\/p>\n\n\n\n<p>On pense au <em>Facteur sonne toujours deux fois<\/em> de James Cain, m\u00eame si le roman n\u2019est pas \u00e0 la hauteur de ce classique du polar am\u00e9ricain mais bon, \u00e7a se laisse lire avec plaisir et c\u2019est aussi bien construit que bien men\u00e9. Un polar hard-boiled sans illusion sur la vie comme sur l\u2019humanit\u00e9. Cynique et amoral.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>FRAN\u00c7OIS WEYERGANS \u2013 <em>TROIS JOURS CHEZ MA M\u00c8RE <\/em>\u2013 Grasset<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019aimait bien Weyergans, \u00e9crivain franco-belge sensible et d\u00e9li\u00e9 qui finit m\u00eame \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Dr\u00f4le de parcours. Il est mort en 2019 et il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9, malgr\u00e9 quelques bons romans, quelques films et un style remarquable.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le style est \u00e9l\u00e9gant, les anecdotes dr\u00f4les et le r\u00e9cit enjou\u00e9, on ne sort pas du haut mal du roman fran\u00e7ais. Narcissisme et nombrilisme. Pas d\u2019intrigue, pas de mise en tension, pas de narratif construit. L\u2019auteur raconte sa vie, passant de sa m\u00e8re \u00e0 se femme et de celle-ci \u00e0 ses filles, sans oublier le p\u00e8re disparu et ses probl\u00e8mes de fric. Un roman familial d\u00e9cousu, si l\u2019on veut, mais tout cela manque de structure, malgr\u00e9 le talent de plume qui est \u00e9vident. Conqu\u00eates f\u00e9minines et m\u00e9galomanie mises \u00e0 part \u2013 encore que \u2013 on se croirait chez Sollers.<\/p>\n\n\n\n<p>Weyergans n\u2019oublie pas non plus qu\u2019il est cin\u00e9aste, et il multiplie les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Hollywood ou \u00e0 Cinecitta. M\u00eame si c\u2019est souvent bien venu, \u00e7a fait quand m\u00eame un peu \u00ab&nbsp;voyez ma culture&nbsp;\u00bb et \u00e7a fait surtout remplissage. On dirait qu\u2019il n\u2019a pas grand-chose \u00e0 dire, m\u00eame si il le dit bien.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, il nous parle de romans ou d\u2019essais \u00e0 \u00e9crire&nbsp;: un sur la litt\u00e9rature \u00e9rotique, un sur les volcans, un sur ses aventures galantes, qu\u2019il appellerait <em>Coucheries<\/em>, m\u00eame une pi\u00e8ce sur les amours de Louis XV et une biographie de Charlemagne par ses filles elles-m\u00eames. On dirait un vell\u00e9itaire qui procrastine, et si cela fait partie du charme du roman, c\u2019est toutefois un peu trop. Trop de facilit\u00e9, trop d\u2019auto-complaisance. Il nous balade d\u2019anecdotes en anecdotes et, si cela ne manque pas de charme \u2013 le bonhomme sait raconter \u2013 c\u2019est un peu l\u00e9ger pour un roman.<\/p>\n\n\n\n<p>Une vaste culture, une grande \u00e9rudition pour des pens\u00e9es vagabondes, tout un r\u00e9seau \u00e9pars de digressions. Pas d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 lire, mais on sent la fatigue et le manque d\u2019imagination.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la page 163 que commence vraiment le roman annonc\u00e9, avec couverture en fac-simil\u00e9. Mais \u00e7a ne s\u2019arrange pas pour autant&nbsp;. Toujours des anecdotes truff\u00e9es d\u2019\u00e9rudition avec des personnages \u00e0 haut capital culturel qui se rencontrent et souvent s\u2019enfilent. Weyergans et ses groupies. Sans vouloir faire dans le d\u00e9lit de sale gueule, on ne voit pas vraiment Weyergans en play-boy international. C\u2019est pourtant bien l\u2019image qu\u2019il se donne et \u00e7a pr\u00eate franchement \u00e0 rire. Ou bien veut-il nous faire son Woody Allen, car il y a beaucoup de choses qui le rattachent \u00e0 l\u2019humoriste am\u00e9ricain&nbsp;: la psychanalyse, l\u2019auto-d\u00e9rision, la cin\u00e9philie et bien s\u00fbr les femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on n\u2019a que des pistes, des brouillons, des virtualit\u00e9s et les trois jours chez sa m\u00e8re, entre Grenoble, Lyon et Avignon, ne sont en fait que trois jours dans sa t\u00eate pour un roman tout en \u00e9vitement, en pr\u00e9t\u00e9rition et en lignes de fuite. Le roman de la procrastination en fait. Bel aveu d\u2019impuissance, m\u00eame s\u2019il baise beaucoup dans le livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis tout au bout, dans les derni\u00e8res pages, il y va quand m\u00eame chez sa m\u00e8re. Sa m\u00e8re qui vient de passer deux jours et deux nuits dans son jardin \u00e0 la suite d\u2019une chute et qui va d\u2019h\u00f4pitaux en h\u00f4pitaux. L\u00e0 aussi, c\u2019est l\u00e9ger. Je me souviens d\u2019un<em> Apostrophes<\/em> des ann\u00e9es 1970 o\u00f9 Weyergans reprochait \u00e0 un auteur d\u2019exploiter la mort de son p\u00e8re pour faire pleurer ses lecteurs. \u00ab&nbsp;Je pourrais faire pleurer la France enti\u00e8re avec la mort de mon p\u00e8re&nbsp;\u00bb, lui avait-il dit avec rudesse. C\u2019est ce qu\u2019on appelle la pudeur. Il ne nous fait pas pleurer et nous fait parfois rire. Mais que tout cela est vain&nbsp;! J\u2019oubliais, ce livre a eu le Goncourt en 2005, coiffant au poteau Michel Houellebecq. Bien fait&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>STEPHEN KING \u2013 <em>MINUIT 2<\/em> \u2013 Albin Michel \/ J\u2019ai Lu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je vais vous faire un aveu. Je n\u2019ai jamais lu de Stephen King, m\u00eame si, comme tout le monde, j\u2019ai vu de nombreuses adaptations de ses romans dans des films ou des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. C\u2019est grave docteur?Pas si on s\u2019y met d\u00e8s maintenant, m\u00eame sur le tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire que pour moi, il repr\u00e9sentait l\u2019\u00e9pouvante \u00e0 deux balles, le fantastique de train-fant\u00f4me, l\u2019horreur bon march\u00e9. Mais c\u2019est un peu plus compliqu\u00e9 que cela. King n\u2019est certes pas Lovecraft ou Poe, mais il est King, ce qui n\u2019est pas rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Brian Engle, un pilote de ligne, revient d\u2019un vol Tokyo \u2013 Los Angeles o\u00f9 on a fr\u00f4l\u00e9 la catastrophe. \u00c0 peine arriv\u00e9, on lui apprend la mort dans un incendie de son ex-femme, de qui il avait divorc\u00e9. Il doit reprendre l\u2019avion pour Boston mais le vol n\u2019est pas plus rassurant. Une jeune aveugle cherche sa guide&nbsp;; Engle r\u00eave des Dalton arrivant dans Tombstone et \u00e0 son r\u00e9veil s\u2019aper\u00e7oit que presque tous les passagers ont disparu. Quelques personnes errent dans l\u2019all\u00e9e centrale, d\u00e9sempar\u00e9es. Surtout, personne n\u2019est en cabine et il n\u2019y a pas de pilote. Un vol fant\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p>On fait le tour des passagers et chacun d\u2019eux a son explication sur ce qui est en train de se passer. Seuls les passagers endormis au moment de la catastrophe seraient encore pr\u00e9sents dans l\u2019avion, les autres ayant disparu. Tout le monde pousse en tout cas Engle \u00e0 prendre les commandes, estimant qu\u2019il n\u2019est pas l\u00e0 par hasard. L\u2019appareil atterrit tant bien que mal \u00e0 Bangor, dans le Maine. L\u2019a\u00e9roport est d\u00e9sert et on improvise un toboggan pour faire descendre les passagers. Aucune vie dans l\u2019a\u00e9roport et alentour&nbsp;; les lieux sont d\u00e9serts, les panneaux \u00e9teints, les horloges arr\u00eat\u00e9es. Craig Toomy, un homme d\u2019affaire n\u00e9vros\u00e9, fausse compagnie au groupe dans sa volont\u00e9 in\u00e9branlable d\u2019assister \u00e0 un conseil d\u2019administration \u00e0 Boston. Il craint par-dessus tout les Langoliers, des monstres, boules noires pleines de dents, que lui faisaient craindre son p\u00e8re et qui se nourrissent des vell\u00e9itaires et des paresseux. Il trouve un revolver et tire sur l\u2019un des survivants mais le tir est frein\u00e9 et affaibli, comme tout ce qui les entoure. Toomy est neutralis\u00e9 mais la fillette aveugle entend toujours un bruit inqui\u00e9tant qui se rapproche. Sont-ils dans un univers parall\u00e8le avec ses propres lois physiques, dans une autre dimension, victimes d\u2019une faille temporelle ou d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne climatique&nbsp;? Suspens haletant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Circulation dans les deux sens&nbsp;\u00bb, il se disent que \u00e7a pourrait rentrer dans l\u2019ordre en faisant le voyage en sens inverse. L\u2019est est le pass\u00e9, l\u2019avion le pr\u00e9sent et l\u2019ouest le temps retrouv\u00e9. Pendant ce temps, Toomy poignarde la jeune aveugle qu\u2019il prend pour la cheffe des Langoliers&nbsp;. Il tue un autre passager, r\u00e9fugi\u00e9 dans un recoin de l\u2019avion, avant d\u2019\u00eatre frapp\u00e9 par un grille-pain utilis\u00e9 comme une fronde. Il a son compte, mais la petite aveugle insiste pour qu\u2019on ne le tue pas&nbsp;; \u00ab&nbsp;on aura besoin de lui&nbsp;\u00bb, dit-elle. Une \u00e9trange complicit\u00e9 lie Dinah l\u2019aveugle et Craig Toomy. Toomy qui retrouve son conseil d\u2019administration de Boston gr\u00e2ce \u00e0 une transmission de pens\u00e9e exerc\u00e9e par Dinah.<\/p>\n\n\n\n<p>On r\u00e9ussit \u00e0 faire red\u00e9marrer l\u2019avion et les Langoliers attaquent, s\u2019acharnant sur Toomy mais engloutissant des morceaux de r\u00e9alit\u00e9 pour les r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant. En fait, c\u2019est le pass\u00e9 qu\u2019ils d\u00e9vorent. Puis c\u2019est la course poursuite entre l\u2019appareil et les Langoliers alors que Dinah et Toomy sont morts. Brian, le pilote, veut repasser par la faille temporelle, la d\u00e9chirure dans l\u2019espace alors que Nick, l\u2019Anglais des services secrets ayant fait le voyage pour tuer un homme d\u2019affaire de Boston, s\u2019y oppose.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut non seulement repartir vers l\u2019ouest et traverser la d\u00e9chirure au-dessus du d\u00e9sert Mojave, mais il faut aussi \u00eatre tous endormis. Un gaz soporifique est lanc\u00e9 et les personnages \u2013 moins l\u2019Anglais qui a quitt\u00e9 l\u2019avion en vol \u2013 arrivent \u00e0 Los Angeles o\u00f9 ils constatent que, si \u00e0 Bangor le monde \u00e9tait mort, celui-ci n\u2019est pas encore n\u00e9. Les quelques passants les prennent pour des fant\u00f4mes ou des \u00ab&nbsp;nouveaux&nbsp;\u00bb, nouveaux hommes et nouvelles femmes. Ils sont en tout cas euphoriques et partis pour une vie nouvelle. Fin de l\u2019histoire. Et commencement d\u2019une autre. Ce gars-l\u00e0 est in\u00e9puisable.<\/p>\n\n\n\n<p>Mort Rainey, \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre, vient de se s\u00e9parer de son \u00e9pouse Amy et vit dans leur r\u00e9sidence secondaire du Maine (toute ressemblance\u2026). Il re\u00e7oit la visite de Shooter, un fermier du Mississippi qui l\u2019accuse de plagiat pour une nouvelle qu\u2019il pr\u00e9tend avoir \u00e9crite avant lui. La nouvelle a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par l\u2019\u00e9crivain deux ans avant que lui ne l\u2019\u00e9crive, mais il exige la preuve, la copie du magazine qui l\u2019a \u00e9dit\u00e9e pour la premi\u00e8re fois. Perplexit\u00e9 de l\u2019auteur qui sent quelque chose d\u2019anormalement agressif chez l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un peu une variation autour de l\u2019auteur, du livre et de ses lecteurs, comme il avait d\u00e9j\u00e0 pu le proposer dans <em>Misery. <\/em>La menace se pr\u00e9cise, son chat est retrouv\u00e9 mort avec, plant\u00e9 dans sa poitrine, un tournevis contenant un message de l\u2019homme. Amy, son ex-femme, lui apprend que sa maison a br\u00fbl\u00e9, sans possibilit\u00e9 de retrouver quoi que ce soit. Il part la retrouver et fait appel \u00e0 son agent pour retrouver l\u2019original de la revue.<\/p>\n\n\n\n<p>Se pose la question de savoir si l\u2019homme (Shooter) existe bien ou s\u2019il n\u2019est qu\u2019un \u00eatre sorti de son imagination malade. En d\u2019autres termes, est-il devenu fou&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On peut deviner la suite. Rainey souffre d\u2019une psychose schizophr\u00e9nique provoqu\u00e9e par un sentiment de culpabilit\u00e9 qui le mine depuis qu\u2019il a fait publier la nouvelle d\u2019un de ses amis sous son nom. Mais, comme rien n\u2019est simple chez King, cela ne veut pas dire que l\u2019homme au chapeau de quaker \u2013 Shooter \u2013 n\u2019existe pas. Un fant\u00f4me&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On a en tout cas deux r\u00e9cits efficaces et bien men\u00e9s. On a \u00e0 faire \u00e0 un professionnel, un \u00ab&nbsp;ma\u00eetre du suspense&nbsp;\u00bb, comme on \u00e9crit sur les dos de couverture. Et puis aussi un humour qui fait penser \u00e0 Crumb, truff\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la pop-culture. Peut-\u00eatre pas un chef-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature, mais on s\u2019emmerde pas une seule seconde. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>IAN RANKIN \u2013 <em>LA MAISON DES MENSONGES<\/em> \u2013 \u00c9ditions du masque<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Revoil\u00e0 mon \u00c9cossais favori, Ian Rankin et son vieil inspecteur Rebus, grognon, mal embouch\u00e9 et alcoolique. Plus sa subordonn\u00e9e pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e Sobhian Clarke. Sauf qu\u2019ici, Rebus est \u00e0 la retraite et qu\u2019on suit plut\u00f4t Clarke, qui est loin d\u2019avoir son pittoresque.<\/p>\n\n\n\n<p>Des enfants d\u00e9couvrent une voiture rouill\u00e9e dans un foss\u00e9 recouvert de verdure. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur un squelette avec des menottes aux chevilles. Suicide ou meurtre&nbsp;? Stuart Bloom \u00e9tait un d\u00e9tective priv\u00e9 qui travaillait pour homme d\u2019affaire, Ness. Ness \u00e9tait en bisbille avec un autre demi-truand \u2013 Brand &#8211; pour l\u2019achat d\u2019un terrain et Bloom \u00e9tait charg\u00e9 d\u2019\u00e9valuer ses intentions. Bloom avait aussi une aventure avec le jeune Sharkley, le fils d\u2019un inspecteur de Glasgow et les deux jeunes fr\u00e9quentaient un club sado-maso, The Rogues. Ness avait aussi mont\u00e9 une compagnie cin\u00e9matographique avec Locke (Locke-Ness).<\/p>\n\n\n\n<p>Les inspecteurs en charge de l\u2019affaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 Steele et Edwards &#8211; ont \u00e9t\u00e9 en-dessous de tout et on leur reproche d\u2019avoir b\u00e2cl\u00e9 le travail. Les jeunes policiers charg\u00e9s de l\u2019affaire, ceux des Crimes graves, les d\u00e9testent et les accusent de tous les maux. Conflit de g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;? Clarke, de ce qui reste de la brigade de \u00c9dimbourg, est amen\u00e9e \u00e0 travailler avec eux et elle fait \u00e9quipe avec Fox, l\u2019un des rares policiers int\u00e8gres. Elle le fait sans enthousiasme, mais s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019elle est suivie et re\u00e7oit des appels anonymes. Elle va parfois s\u2019entretenir avec Rebus, autant pour lui demander conseil que pour faire revivre leur belle amiti\u00e9. L\u2019enqu\u00eate est men\u00e9e par l\u2019inspecteur Sutherland.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans presque tous les romans de Rankin, on voit appara\u00eetre Cafferty, le criminel qui a mis toutes les activit\u00e9s illicites de \u00c9dimbourg sous sa coupe. Rebus va le voir et Cafferty admet qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 en cheville avec des enqu\u00eateurs de l\u2019\u00e9poque et il lui parle de l\u2019achat du terrain convoit\u00e9 \u00e9galement par des paramilitaires irlandais. Il n\u2019en dira pas plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Siobhan se sent toujours \u00e9pi\u00e9e par quelqu\u2019un identifi\u00e9 comme \u00e9tant Dallas Meilke, un ancien militaire victime du syndrome post-traumatique dont le fils a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 par la faute de la polici\u00e8re. Ce sont les deux flics pourris qui ont donn\u00e9 ses coordonn\u00e9es au harceleur. &nbsp;Son fils, Ellis, est accus\u00e9 d\u2019avoir assassin\u00e9 sa fianc\u00e9e, Kristen, dans une trag\u00e9die qui fait un peu Rom\u00e9o et Juliette \u00e9cossais. Sauf que le p\u00e8re est persuad\u00e9 que ce n\u2019est pas son fils qui a fait le coup&nbsp;. Siobhan s\u2019explique avec Dallas et c\u2019est Rebus qui reprendra l\u2019enqu\u00eate. Rebus qui revient donc dans le livre et c\u2019est tant mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>L&nbsp;\u2018un des flics ripoux, Steele, est de m\u00e8che avec Cafferty et ils sont d\u2019autant plus inquiets qu\u2019on a trouv\u00e9 une empreinte sur une menotte du d\u00e9tective assassin\u00e9. L\u2019information a fuit\u00e9 et Doug Kelly, un journaliste, s\u2019en sert pour entretenir la haine que la famille Bloom porte \u00e0 la police. Rebus va voir le jeune Ellis en prison mais il n\u2019en d\u00e9mord pas et s\u2019accuse du meurtre de Kristen. Darryl Christie, un truand qui travaillait pour Cafferty, demande \u00e0 lui parler et Rebus lui conseille de charger Cafferty pour l\u2019affaire Bloom. Christie l\u2019oriente vers Larry Huston, un cambrioleur qui travaillait pour Cafferty et Huston avoue \u00e0 Rebus avoir cambriol\u00e9 Brand sur les indications de Bloom. Clarke, de son c\u00f4t\u00e9 prend contact avec deux petits truands qui ont tremp\u00e9 dans l\u2019affaire. Ness tabasse Brand et le menace.<\/p>\n\n\n\n<p>Clarke interroge Hanratthy, l\u2019ex-propri\u00e9taire du Rogues devenu exploitant d\u2019un r\u00e9seau porno en ligne avec Locke (le Locke des films Locke \u2013 Ness). Elle le soup\u00e7onne d\u2019avoir amen\u00e9 les menottes.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de dialogues, Rebus qui interroge le p\u00e8re de Kristen puis l\u2019oncle d\u2019Ellis, Steele et Edwards qui passent sur le gril et jusqu\u2019\u00e0 Cafferty qui s\u2019en tire avec son cynisme et sa morgue habituelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Rebus est persuad\u00e9 que le gamin s\u2019est accus\u00e9 pour couvrir sa s\u0153ur, autrice du crime. L\u2019enqu\u00eate sur l\u2019assassin de Bloom oriente l\u2019\u00e9quipe vers une ferme o\u00f9 le v\u00e9hicule aurait \u00e9t\u00e9 immobilis\u00e9 pendant une d\u00e9cennie. Le fermier a tremp\u00e9 dans l\u2019affaire, et ses copains tournaient dans les films Locke-Ness, avec notamment le dealer de l\u2019\u00e9quipe, un nomm\u00e9 Gram ou Greame Hatch rebaptis\u00e9 Glenn Hazard, un homme de Brand.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout tournait en fait autour d\u2019un trafic d\u2019h\u00e9ro\u00efne achet\u00e9 sur le Darknet et qui a provoqu\u00e9 la mort de cinq gamins. Cafferty avait \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 \u00e0 tort et Hazard, le vrai coupable, faisait l\u2019objet d\u2019un chantage exerc\u00e9 par Bloom, manipul\u00e9 par Ness pour doubler Brand.<\/p>\n\n\n\n<p>En guise d\u2019\u00e9pilogue, Cafferty, lav\u00e9 de tout soup\u00e7on au moins pour cette affaire, peut renouer avec Conor Maloney, paramilitaire nord-irlandais qui le tenait \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Les \u00ab&nbsp;capitalistes du d\u00e9sastre&nbsp;\u00bb (Rankin dixit) peuvent envisager de faire des affaires juteuses sur fond de Brexit. Un Brexit qui profite \u00e0 l\u2019internationale du crime au Royaume-Uni.<\/p>\n\n\n\n<p>On reconna\u00eet bien l\u00e0 Rankin et son int\u00e9r\u00eat pour la politique avec son regard lucide sur une \u00c9cosse entre tourisme de masse et mis\u00e8re crasse. Dommage que l\u2019intrigue soit si compliqu\u00e9e avec une quinzaine de flics de diff\u00e9rentes brigades avec aussi un peu trop de dialogues, quand on sait la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9criture du bonhomme. Mais bon, on est heureux de retrouver le style et le savoir-faire de Rankin, son Rebus et sa Siobhan Clarke. Le couple p\u00e8re-fille qui n\u2019a de cesse que de sortir des placards de la police les fant\u00f4mes qui s\u2019y cachent. Des fant\u00f4mes en \u00c9cosse, quoi de plus normal, avec des ch\u00e2teaux, du whisky pur malt, du rock et du football. Tout ce qu\u2019on aime&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>TRISTAN ET ISEUT<\/em> \u2013 Presses Pocket<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un mythe, une l\u00e9gende sans auteur identifi\u00e9, chacun ayant repris l\u2019histoire (Chr\u00e9tien de Troyes, B\u00e9roul, Thomas d\u2019Angleterre jusqu\u2019\u00e0 la version moderne de Joseph B\u00e9dier), chacun l\u2019accommodant \u00e0 sa sauce. Un mythe qui prend ses racines dans l\u2019antiquit\u00e9 avant des versions indo-europ\u00e9ennes puis celtiques. Bref, un texte qui se perd dans la nuit des temps et qui peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 Michel Tournier qu\u2019on doit la pr\u00e9face. Il parle curieusement de \u00ab&nbsp;roman pharmaceutique&nbsp;\u00bb, tant les philtres, les poisons et les rem\u00e8des rythment le r\u00e9cit. Avec<em> Les chevaliers de la table ronde, <\/em><em>La J\u00e9rusalem d\u00e9livr\u00e9e <\/em>du Tasseet le <em>Roland furieux<\/em> de L\u2019Arioste, c\u2019est le premier roman, tout au moins en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-il besoin de rappeler l\u2019histoire de ces amants de l\u00e9gende&nbsp;? Tristan est n\u00e9 un jour de tristesse, car sa m\u00e8re est morte en couche. Il devient chevalier au pays de L\u00e9on (Bretagne). Son oncle \u2013 Marc De Cornouailles \u2013 lui confie la mission d\u2019aller chercher en Irlande la belle Iseut qu\u2019il entend \u00e9pouser. La Bretagne entre en guerre contre l\u2019Irlande et Tristan tue le chef de guerre irlandais. Bless\u00e9, il est recueilli par le roi d\u2019Irlande qui, magnanime, le fait soigner par sa fille, Iseut, celle qui sait tous les rem\u00e8des. Il consent aux \u00e9pousailles avec Marc.<\/p>\n\n\n\n<p>Tristan s\u2019embarque avec son \u00e9cuyer Gouvernal, Iseut et sa dame de compagnie Brangien vers la Bretagne mais, en chemin, Brangien m\u00e9lange les flacons et leur fait boire le philtre d\u2019amour. Ils sont donc encha\u00een\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, \u00e9perdus d\u2019amour pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. L\u2019oncle Marc endossera l\u2019emploi du cocu et tout le roman, sur le mode picaresque, jouera sur cet amour contrari\u00e9 par l\u2019oncle et ses s\u00e9ides, par des rivaux ou par des femmes jalouses.<\/p>\n\n\n\n<p>Tristan se changera tour \u00e0 tour en l\u00e9preux et en fou, tirant l\u2019\u00e9p\u00e9e mieux que personne en chevalier dont la bravoure et le courage d\u00e9sarment tout ennemi. Il y a aussi le personnage de Iseut aux blanches mains qui, en Cornouailles, soigne Iseut et en tombe amoureuse, mais ce n\u2019est qu\u2019un succ\u00e9dan\u00e9 et rien ne le d\u00e9tourne de la vraie, de la seule Iseut.<\/p>\n\n\n\n<p>Tristan mourra dans son pays de L\u00e9on, d\u2019une blessure mortelle, car toutes les \u00e9p\u00e9es sont enduites de poison. Iseut arrivera trop tard car elle seule peut le soigner. Elle se tue apr\u00e8s la mort de son amant et la l\u00e9gende veut qu\u2019enterr\u00e9s l\u2019un pr\u00e8s de l\u2019autre, les ronces autour de leurs tombes se m\u00e9langent et s\u2019entre-nouent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fois curiosit\u00e9 litt\u00e9raire et \u0153uvre immortelle, ce court roman annonce le roman de chevalerie (ceux dont raffolait le Quichotte) et le roman picaresque. M\u00eame si les ressorts et l\u2019intrigue pr\u00eatent \u00e0 sourire, on ne r\u00e9siste pas \u00e0 son charme surann\u00e9, lequel r\u00e9side dans le mythe de l\u2019amour absolu et \u00e9ternel.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019estoit un fort bon roman subtilement escrit et oncques ne le bayerait dans la bo\u00eete \u00e0 grimoires. Il m&nbsp;\u2018arrive d\u2019\u00e9crire un ancien fran\u00e7ais, une langue morte. C\u2019est pas pour autant que je pue de la gueule.<\/p>\n\n\n\n<p><em>23 novembre 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JAMES HADLEY CHASE \u2013 L\u2019ABOMINABLE PARDESSUS \u2013 S\u00e9rie noire \/ Gallimard Encore un Chase mais cette fois l\u2019action se d\u00e9roule \u00e0 Londres, d\u2019o\u00f9 l\u2019auteur est d\u2019ailleurs natif. Frank Mitchell est un ancien militaire d\u00e9mobilis\u00e9 et qui v\u00e9g\u00e8te en vivant aux crochets de sa petite amie Netta. 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