{"id":4357,"date":"2025-09-24T16:34:08","date_gmt":"2025-09-24T14:34:08","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4357"},"modified":"2025-09-24T16:34:08","modified_gmt":"2025-09-24T14:34:08","slug":"vinginces-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4357","title":{"rendered":"VINGINCES 4"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>PRINCE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4358\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479-300x225.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479-768x576.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479-1200x900.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479-900x675.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479-600x450.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479-30x23.jpg 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration479.jpg 1280w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Vue du Mont-noir (Belgique), piqu\u00e9e sur Internet.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment une bonne p\u00e9riode. La m\u00e8re avait encore des probl\u00e8mes qui relevaient de la psychiatrie et elle avait \u00e9chapp\u00e9 de peu \u00e0 un nouvel internement. Le p\u00e8re n\u2019avait pas pu b\u00e9n\u00e9ficier de ses cong\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9, recrut\u00e9 depuis peu comme agent d\u2019enqu\u00eate dans la mairie d\u2019une petite commune du coin. Mon fr\u00e8re venait de se faire r\u00e9former d\u00e9finitivement apr\u00e8s quelques mois dans la for\u00eat noire suivi d\u2019un s\u00e9jour en h\u00f4pital militaire. Il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 reprendre son emploi de comptable au Cr\u00e9dit du Nord o\u00f9 il avait toujours des pr\u00e9tentions sur une apparitrice dont la beaut\u00e9 avait tout d\u2019artificiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas qui avait eu l\u2019id\u00e9e, mais on s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9s tous les deux au Mont-Noir qui n\u2019\u00e9tait pas le toit de la Belgique, mais un petit sommet du plat pays. On \u00e9tait chez une vieille tante, dans un petit appartement de la rue principale&nbsp;; une art\u00e8re bruyante o\u00f9 les touristes s\u2019agglutinaient dans des bistrots grands comme des halls de gare, des baraques \u00e0 frites, des salles de jeux et des dancings. Une sorte de mini Las Vegas \u00e0 la fronti\u00e8re belge.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019y \u00e9tait rendus dans la M\u00e9hari d\u2019un cousin qui, au d\u00e9part de Lille, avait pris la direction de Dunkerque pour sillonner \u00e0 vive allure les Monts de Flandres. Mont-noir mais aussi Mont-rouge, Mont-Cassel, Mont Kemmel ou Mont-Des-Cats. Il y avait bien d\u2019autres monts, mais c\u2019\u00e9tait c\u00f4t\u00e9 wallon et on ne les connaissait pas trop. C\u00f4t\u00e9 wallon, ils avaient eu un festival pop au Mont de l\u2019Enclus, \u00e0 Amougies, mais au Mont-noir, on avait la r\u00e9sidence d\u2019une \u00e9crivaine de renom, celle qu\u2019on appelait pas encore Marguerite Ourse noire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon fr\u00e8re avait invit\u00e9 ses copains du Cr\u00e9dit du Nord, une joyeuse bande de godelureaux qui passait son temps \u00e0 s\u2019envoyer des piques, \u00e0 faire des plaisanteries de gar\u00e7ons de bain et \u00e0 se jouer des tours dans la joie et la bonne humeur. Mon fr\u00e8re \u00e9tait un peu en retrait par rapport \u00e0 eux qui ressemblaient \u00e0 d\u2019\u00e9ternels coll\u00e9giens s\u2019amusant d\u2019un rien, d\u2019une insouciance qui confinait \u00e0 la stupidit\u00e9. Mon fr\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 ce halo de tristesse qui parfois l\u2019\u00e9loignait de la bande. L a bande des quatre avec, outre mon fr\u00e8re, un pseudo-intellectuel un peu pr\u00e9tentieux pr\u00e9nomm\u00e9 Francis, un type plus \u00e2g\u00e9, Pierre, ancien d\u2019Alg\u00e9rie et alcoolique et Jean-Pierre, le plus sympathique, un supporter du LOSC qui ne cachait pas ses origines ouvri\u00e8res. \u00c0 ce groupe s\u2019\u00e9tait joint \u00c9ric, un petit brun \u00e0 moustache copain de Francis, dragueur imp\u00e9nitent un peu fanfaron qui faisait un stage d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 la banque et s\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 suivre la. troupe, par ennui ou en qu\u00eate d\u2019une bonne fortune amoureuse<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019ils ne jouaient pas \u00e0 la p\u00e9tanque ou au tarot par temps couvert, ils jouaient au tennis dans une p\u00e2ture o\u00f9 ils avaient install\u00e9 un filet trou\u00e9. Si mon fr\u00e8re et moi \u00e9tions h\u00e9berg\u00e9s chez la tante, eux s\u2019\u00e9taient d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 camper dans deux grandes tentes bariol\u00e9es o\u00f9, la nuit venue, ils picolaient et menaient grand bruit jusqu\u2019\u00e0 pas d\u2019heures, \u00e0 la surprise des voisins.<\/p>\n\n\n\n<p>Des voisins qui n\u2019\u00e9taient autres que la tante et nous, les deux fr\u00e8res, plus une baraque lou\u00e9e par un couple d\u2019ouvriers roubaisiens et leur nombreuse prog\u00e9niture. Personne ne se plaignait outre mesure car la famille avait sympathis\u00e9 avec eux et mon fr\u00e8re et moi \u00e9tions r\u00e9guli\u00e8rement invit\u00e9s \u00e0 leurs r\u00e9jouissances nocturnes. Lorsque le temps le permettait, \u00c9ric sortait la guitare et on passait la soir\u00e9e \u00e0 fredonner des chansons de Dylan ou, en version fran\u00e7aise, de Greame Allwright ou de Hugues Aufray. Il n\u2019\u00e9tait pas rare que Agn\u00e8s, la seule fille de la famille Prince \u2013 c\u2019\u00e9tait leur nom \u2013 rejoignait la bande de boy-scouts que nous formions avec nos carnets de chant et nos tambourins.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019avait d\u2019yeux que pour \u00c9ric, qui se donnait le beau r\u00f4le avec ses quelques accords de guitare et sa voix chaude. Souvent herm\u00e9tique aux plaisanteries \u00e9grillardes que s\u2019envoyaient les gar\u00e7ons, elle payait juste un peu d\u2019attention \u00e0 mon fr\u00e8re alors que son indiff\u00e9rence \u00e0 mon \u00e9gard \u00e9tait totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les employ\u00e9s de banque furent partis, mon fr\u00e8re et moi \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement invit\u00e9s \u00e0 jouer aux cartes le soir, dans la baraque des Prince. Agn\u00e8s s\u2019occupait de ses petits fr\u00e8res et suppl\u00e9ait sa m\u00e8re pour les t\u00e2ches domestiques alors que l\u2019a\u00een\u00e9 des gar\u00e7ons prenait place autour de la table avec le p\u00e8re et nous deux pour des parties qui pouvaient se prolonger jusqu\u2019au milieu de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019essayais d\u2019attirer son attention mais rien n\u2019y faisait. Mes tentatives de rapprochement, mes efforts pour m\u2019int\u00e9resser \u00e0 ses centres d\u2019int\u00e9r\u00eat, mes marques un peu surjou\u00e9es de gentillesse. Rien n\u2019op\u00e9rait. Je m\u2019\u00e9tais enhardi \u00e0 prendre rendez-vous avec elle pour une balade dans la campagne et sa m\u00e8re l\u2019avait encourag\u00e9 \u00e0 accepter. Ce jour-l\u00e0, il avait plu sans arr\u00eat et nous avions pass\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 nous r\u00e9fugier dans des auberges flamandes. Nous n\u2019avions \u00e9chang\u00e9 que des banalit\u00e9s et elle avait pass\u00e9 son temps \u00e0 \u00e9luder des questions plus personnelles, voire plus intimes. J\u2019avais fait chou-blanc, et ma seule satisfaction avait \u00e9t\u00e9 de constater que des gens dans la rue me regardaient avec envie, comme si Agn\u00e8s \u00e9tait ma copine.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 le peu d\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle me marquait et son \u00e9ternelle froideur \u00e0 mon endroit, j\u2019en \u00e9tais amoureux et je connaissais mes premi\u00e8res insomnies qu\u2019elle peuplait de sa fine silhouette. Je passais le plus clair de mes nuits \u00e0 l\u2019imaginer avec moi, main dans la main, en esp\u00e9rant des volupt\u00e9s que, sans nul doute, elle me r\u00e9servait. Elle passait et repassait devant mes yeux fatigu\u00e9s avec son casque blond et le ciel de ses yeux ench\u00e2ss\u00e9s dans un visage de madone. Je la revoyais le lendemain, un peu en-de\u00e7a de mon r\u00eave, avec ses short en jean ou ses salopettes, avec toujours des sabots hollandais tr\u00e8s \u00e0 la mode cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0. Certains jours, elle se maquillait et s\u2019habillait en dame, indiff\u00e9rente en apparence \u00e0 l\u2019effet qu\u2019elle produisait sur moi. Mais ces courtes vacances se terminaient sans qu\u2019Agn\u00e8s ne f\u00eet le moindre geste ou ne pronon\u00e7\u00e2t le moindre mot qui e\u00fbt pu me donner si peu que ce soit un espoir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la rentr\u00e9e, j\u2019\u00e9margeais en classe terminale malgr\u00e9 des r\u00e9sultats m\u00e9diocres l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Je devais ma fortune \u00e0 des comp\u00e9tences en anglais, fran\u00e7ais ou philosophie qui ne constituaient pas les mati\u00e8res \u00e0 gros coefficients de cette option commerciale et \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque mes travaux scolaires, mes disques de rock et mes bouquins de science-fiction me laissaient un peu de temps, j\u2019allais faire un tour chez les parents d\u2019Agn\u00e8s, s\u00fbr de la trouver dans cette habitation ouvri\u00e8re le long du canal de Roubaix. Nous \u00e9changions quelques banalit\u00e9s et elle semblait m\u2019accompagner \u00e0 regret lorsque je lui proposais de sortir. Un peu plus \u00e2g\u00e9e que moi, elle \u00e9tait entr\u00e9e dans la vie active, comme on disait alors, comme pu\u00e9ricultrice. Elle adorait les enfants et je me disais qu\u2019ils avaient bien de la chance, car, en d\u00e9pit de mes visites aussi fr\u00e9quentes qu\u2019impromptues, je ne lui sentais pas le moindre \u00e9lan vers moi. Au contraire, elle r\u00e9agissait mal \u00e0 mes timides approches et me r\u00e9p\u00e9tait que nous \u00e9tions \u00ab&nbsp;copains &#8211; copines&nbsp;\u00bb et rien de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en \u00e9tais \u00e0 la soup\u00e7onner d\u2019\u00eatre lesbienne ou au moins asexu\u00e9e, mais je devais me persuader du contraire en la voyant, un jour que je me rendais chez elle, se laisser b\u00e9coter par un homme plus \u00e2g\u00e9 qu\u2019elle. Pour qu\u2019elle ne puisse remarquer et ma pr\u00e9sence et mon humiliation, je n\u2019avais pas observ\u00e9 suffisamment la sc\u00e8ne pour voir mon rival et bien mesurer tout ce qu\u2019il pouvait bien avoir de plus que moi. En tout cas, c\u2019en \u00e9tait termin\u00e9 de mes espoirs et la romance s\u2019achevait dans le d\u00e9pit et l\u2019amertume.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour surmonter ma d\u00e9convenue, je m\u2019effor\u00e7ais \u00e0 relativiser ses charmes et ses atouts. Apr\u00e8s tout, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une minette ordinaire qui n\u2019avait aucune classe, elle n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s cultiv\u00e9e et n\u2019avait aucune fantaisie. Elle s\u2019habillait mal, \u00e9tait d\u2019un entendement limit\u00e9 et manquait de sensibilit\u00e9, incapable de voir qui l\u2019aimait vraiment. Je chargeais encore la barque avec des d\u00e9tails qui la desservaient et des traits de caract\u00e8re que je lui devinais amplifi\u00e9s par ma haine.<\/p>\n\n\n\n<p>Car c\u2019est de haine qu\u2019il fallait maintenant parler, d\u2019une haine que je m\u2019effor\u00e7ais de garder froide et, surtout, de ne jamais lui t\u00e9moigner de quelque fa\u00e7on que ce soit. J\u2019avais toutefois toutes les peines \u00e0 l\u2019oublier, en d\u00e9pit de cette campagne de d\u00e9nigrement que j\u2019entretenais dans ma t\u00eate, et j\u2019attendais impatiemment ce point de non retour o\u00f9, f\u00fbt-elle la mieux dispos\u00e9e \u00e0 mon \u00e9gard, je l\u2019\u00e9carterais avec tout le m\u00e9pris dont je me sentais capable. Mais ce jour n\u2019arriva jamais que dans mes r\u00eaves, et dans mes r\u00eaves \u00e9veill\u00e9s seulement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passais le bac en pensant \u00e0 elle, me disant qu\u2019un succ\u00e8s pourrait peut-\u00eatre me valoir un retour en gr\u00e2ce, sans aucune illusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne la revis qu\u2019une fois, incidemment, alors que je tenais un piquet de gr\u00e8ve devant un bureau de poste. Je la vis passer avec des lettres et des paquets, maudissant les gr\u00e9vistes qui lui conseillaient de faire machine arri\u00e8re. Elle avait quand m\u00eame forc\u00e9 le barrage et s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9e aux guichets pour se faire servir par un jaune. Elle avait feint de ne pas me reconna\u00eetre et s\u2019\u00e9tait fendue de propos venimeux contre les gr\u00e9vistes, en appelant \u00e0 une privatisation qui seule pourrait remettre au travail des fain\u00e9ants pathologiques englu\u00e9s dans le fonctionnariat. J\u2019avais remarqu\u00e9 qu\u2019elle travaillait pour le compte d\u2019une entreprise de vente par correspondance, secteur des plus menac\u00e9s par cette longue gr\u00e8ve. Cela ne m\u2019avait pas emp\u00each\u00e9 de la d\u00e9tester encore un peu plus. On \u00e9tait en octobre 1974, trois ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 du Mont-noir.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois ans plus tard, elle s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9e au ch\u00f4mage, la crise ayant \u00e9t\u00e9 fatale aux entreprises de vente par correspondance. Elle \u00e9tait en conflit avec son employeur \u00e0 propos de ses indemnit\u00e9s de licenciement et c\u2019est dans ces conditions que j\u2019avais pu la revoir, dans un local syndical pr\u00e8s du central t\u00e9l\u00e9phonique o\u00f9 je travaillais.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait perdu un peu de sa superbe et je pensais en la voyant \u00e0 cette chanson des Stones, \u00ab&nbsp;Factory Girl&nbsp;\u00bb, une fille d\u2019usine qui avait perdu sa gr\u00e2ce juv\u00e9nile et dont le bleu des yeux semblait tourner au gris. Cette fois, elle me reconnut et je lui expliquais que moi aussi, j\u2019avais adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 ce syndicat pendant mon s\u00e9jour de deux ann\u00e9es \u00e0 Paris. On avait pris un verre et elle semblait mieux dispos\u00e9e \u00e0 mon \u00e9gard. Agn\u00e8s figurait sur ma courte liste des personnes \u00e0 homicider, mais elle n\u2019\u00e9tait pas prioritaire et j\u2019aurais volontiers ray\u00e9 son nom tant son souvenir ne m\u2019obs\u00e9dait plus depuis longtemps. Mais cette rencontre inopin\u00e9e relan\u00e7ait la partie.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019\u00e9tait pas mari\u00e9e, n\u2019avait pas d\u2019enfants, et habitait un appartement non loin de chez ses parents, comme si elle avait du mal \u00e0 couper le cordon ombilical. Elle allait encore r\u00e9guli\u00e8rement aider sa m\u00e8re et son p\u00e8re, ouvrier du textile, \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement en ch\u00f4mage partiel, plus pr\u00e8s de la porte que de l\u2019augmentation. Elle semblait beaucoup moins s\u00fbre d\u2019elle et avait visiblement besoin d\u2019une oreille complaisante. Je pouvais devenir son confident, ou son amant. \u00c0 moins que je mette \u00e0 ex\u00e9cution mon funeste projet.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle voulait qu\u2019on gard\u00e2t le contact et me donna son adresse, si je passais dans le coin. Une occasion facile de me prouver que je pouvais le faire, que je pouvais donner la mort et d\u2019oublier mes pr\u00e9c\u00e9dents \u00e9checs. Je me disais que si cette fois j\u2019\u00e9chouais, mon projet n\u2019avait plus lieu d\u2019\u00eatre et c\u2019est encore lui qui me faisait tenir debout.<\/p>\n\n\n\n<p>Agn\u00e8s m\u2019attendait et me regardait en souriant, en me servant le caf\u00e9. J\u2019avais pris mon revolver, tout en \u00e9tant persuad\u00e9 que je n\u2019aurais pas \u00e0 m\u2019en servir. Elle commen\u00e7a par me dire qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait syndiqu\u00e9e et qu\u2019elle aurait s\u00fbrement gain de cause contre son employeur. Elle ajouta qu\u2019elle se souvenait m\u2019avoir vu lors des gr\u00e8ves \u00e0 la poste, mais qu\u2019elle ne comprenait pas, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et la rugosit\u00e9 des rapports sociaux et la lutte des classes, pas plus que l\u2019importance de l\u2019engagement syndical.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;J\u2019\u00e9tais conne \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u2026 l\u00e2cha-t-elle dans un soupir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il faut parfois \u00e0 certaines personnes vivre les choses pour prendre conscience de l\u2019injustice et des oppressions qu\u2019on nous fait subir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, et des humiliations m\u00eame&#8230;&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait en larmes et je lui mis la main sur l\u2019\u00e9paule. Elle se redressa, s\u2019avan\u00e7a vers moi et me prit la main. Elle sentit mon revolver dans une poche int\u00e9rieure et en fut surprise. J\u2019inventais une histoire o\u00f9 j\u2019avais \u00e9t\u00e9 menac\u00e9 par des militants d\u2019extr\u00eame-droite et qu\u2019il fallait bien que je me d\u00e9fende si quelque chose arrivait.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fit une moue sceptique et le charme \u00e9tait rompu. Dommage, j\u2019aurais pu enfin me purger de mes frustrations et peut-\u00eatre ranger ce fichu flingue au magasin des accessoires. Agn\u00e8s m\u2019embrassa avant de me quitter et je lui proposais un autre rendez-vous, chez moi. En lui promettant que, cette fois, je n\u2019aurais pas de revolver. Elle sourit et ses yeux brill\u00e8rent&nbsp;; des yeux redevenus d\u2019un bleu azur. Et moi, j\u2019\u00e9tais redevenu amoureux d\u2019Agn\u00e8s, pour longtemps, j\u2019esp\u00e9rais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>15 ao\u00fbt 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PRINCE Ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment une bonne p\u00e9riode. La m\u00e8re avait encore des probl\u00e8mes qui relevaient de la psychiatrie et elle avait \u00e9chapp\u00e9 de peu \u00e0 un nouvel internement. Le p\u00e8re n\u2019avait pas pu b\u00e9n\u00e9ficier de ses cong\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9, recrut\u00e9 depuis peu comme agent d\u2019enqu\u00eate dans la mairie d\u2019une petite commune du coin. Mon fr\u00e8re&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4357\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4358,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4357"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4357"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4357\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4360,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4357\/revisions\/4360"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4358"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4357"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4357"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4357"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}