{"id":4361,"date":"2025-09-24T16:40:48","date_gmt":"2025-09-24T14:40:48","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4361"},"modified":"2025-09-24T16:40:48","modified_gmt":"2025-09-24T14:40:48","slug":"notes-de-lecture-67","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4361","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 67"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c0 relire ces notes de lecture, je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019il n\u2019y a pas de num\u00e9ro 67 quand il se trouve deux num\u00e9ros 72. J\u2019en profite pour recycler quelques chroniques conserv\u00e9es sur deux fichiers perdus. Ceci pourra expliquer leur bri\u00e8vet\u00e9 par rapport aux originaux d\u00e9finitivement perdus dans le cyber-espace. Nos excuses aux lectrices et lecteurs attach\u00e9s si peu que ce soit \u00e0 ces chroniques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LUCIEN BODARD \u2013 <em>LA VALL\u00c9E DES ROSES<\/em> \u2013 Grasset<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le grand Lucien Bodard, grand reporter en Asie pour le <em>France Soir <\/em>de Lazareff (il y a couvert aussi bien la Chine de Mao que la guerre du Vietnam) et \u00e9crivain pr\u00e9cieux dont on a pu appr\u00e9cier des ouvrages comme <em>Anne-Marie<\/em> ou <em>Monsieur le consul<\/em>. Des histoires qui tournent autour d\u2019un gamin d\u00e9laiss\u00e9 par ses parents ambassadeurs de France en Chine.<\/p>\n\n\n\n<p>Bodard s\u2019int\u00e9resse ici \u00e0 une intrigante \u2013 Yi Yi -, fille de paysan qui veut devenir imp\u00e9ratrice. Elle use de ses charmes pour approcher la cour et, perc\u00e9e \u00e0 jour par la m\u00e8re de l\u2019empereur Hieng Fong, est faite prisonni\u00e8re, surveill\u00e9e par des eunuques dont elle r\u00e9ussit \u00e0 s\u00e9duire le chef&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>Hieng Fong est un empereur d\u00e9bauch\u00e9, libertin et ivrogne, p\u00e9d\u00e9raste de surcro\u00eet. YiYi r\u00e9ussit \u00e0 se faufiler parmi les 100 filles recrut\u00e9es dans tout le pays \u00e0 la demande de la m\u00e8re qui veut une \u00e9pouse \u00e0 son fils. Sur les 100, 30 seront choisies pour devenir ses concubines et une seule sortira du lot.<\/p>\n\n\n\n<p>YiYi, devenue Tseu Hi, parvient au bout d\u2019intrigues toutes plus subtiles les unes que les autres, \u00e0 devenir imp\u00e9ratrice. Juch\u00e9e sur le tr\u00f4ne, elle r\u00e8gle ses comptes avec celles et ceux qui ont fait si peu que ce soit obstacle \u00e0 son ascension. Elle se d\u00e9barrasse de la m\u00e8re de l\u2019empereur, puis du grand surveillant eunuque et elle empoisonne Hieng Fong, r\u00e9gnant sur 500 millions de sujets. On sait sa cruaut\u00e9 et son absence de morale, mais elle fascine et personne n\u2019ose remettre en question son pouvoir et sa domination. Le pays s\u2019est ouvert \u00e0 une putain cruelle.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re partie voit les colons \u2013 Fran\u00e7ais et Anglais \u2013 mettre un terme \u00e0 cet empire dans le feu et dans le sang. Les derni\u00e8res pages sont les plus violentes, dans un roman qui comporte d\u00e9j\u00e0 plusieurs sc\u00e8nes m\u00ealant atrocit\u00e9s et horreurs. Les barbares ont franchi les portes du c\u00e9leste empire, et Tseu-Hi n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 abdiquer et \u00e0 s\u2019exiler.<\/p>\n\n\n\n<p>Moins subtil que <em>Anne-Marie <\/em>ou<em> Monsieur le consul<\/em>, qui \u00e9taient aussi plus autobiographiques, Bodard s\u2019amuse \u00e0 nous choquer au fil des pages avec une ambitieuse sans foi ni loi qui accumule les crimes et les pires atrocit\u00e9s dans une amoralit\u00e9 totale. On a toujours la plume d\u2019un grand romancier, volcanique, torrentiel, et des portraits gla\u00e7ants de personnages tous plus abjects les uns que les autres&nbsp;; le tout dans un empire o\u00f9 triomphe le mal. Bodard est certes romancier, mais sa connaissance encyclop\u00e9dique de l\u2019histoire de la Chine pourrait en remontrer \u00e0 bien des sinologues. Les r\u00eaves de grandeur de Yiyi n\u2019avaient aucune chance de se r\u00e9aliser, mais ils sont devenus r\u00e9els, entra\u00eenant le chaos.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore bravo au \u00ab&nbsp;gros Lulu&nbsp;\u00bb, comme on l\u2019appelait \u00e0 <em>France Soir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA BRUY\u00c8RE \u2013 LES CARACT\u00c8RES \u2013 Flammarion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9cole, j\u2019avais un faible pour La Bruy\u00e8re et je me r\u00e9galais de ses personnages dans mes livres de lecture. On avait Mopse, le misanthrope d\u00e9nigrant ses contemporains, son \u00e9poque et la vie de la cour, mais pr\u00eat \u00e0 accourir pour la moindre distinction. On avait l\u2019amateur de tulipes ou l\u2019amateur de prunes, monomaniaques qui passaient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la vie par leur ridicule marotte. On avait M\u00e9nalque, le distrait pathologique. On avait ce \u00ab&nbsp;Petits hommes&nbsp;\u00bb qui nous mettait d\u00e9finitivement en garde contre les importants et les f\u00e2cheux.<\/p>\n\n\n\n<p>Et tant de personnages encore, des dizaines, tous plus ridicules les uns que les autres, tous victimes de leur orgueil, de leur vanit\u00e9, de leurs lubies. La Bruy\u00e8re les croque \u00e0 la perfection dans des chapitres qui sont autant de th\u00e8mes o\u00f9 il ne se prive pas de d\u00e9veloppements philosophiques et d\u2019aper\u00e7us lucides sur son \u00e9poque et sur les nobles, pr\u00e9lats, courtisans et f\u00e2cheux qu\u2019il a pu croiser \u00e0 la cour ou ailleurs. Un vrai jeu de massacre auquel il se livre avec alacrit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Car La Bruy\u00e8re avait eu ses entr\u00e9es \u00e0 la cour de Louis XIV, avant d\u2019en \u00eatre \u00e9cart\u00e9. Il \u00e9tait trop lucide et trop caustique pour cet ar\u00e9opage d\u2019hypocrites et d\u2019envieux. La Bruy\u00e8re \u00e9tait \u00e0 la fois \u00e9crivain, philosophe et, surtout, moraliste. Un moraliste impitoyable de la stature d\u2019un Vauvenargues, d\u2019un Bossuet ou du Cardinal de Retz. Soit un esprit brillant et pr\u00e9venu contre la b\u00eatise, les enthousiasmes sur commande et les flatteries de toutes sortes.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais un vieux professeur de Fran\u00e7ais qui, pour r\u00e9sumer le grand si\u00e8cle et ses gloires litt\u00e9raires, usait d\u2019une phrase mn\u00e9motechnique&nbsp;: \u00ab&nbsp;la racine boit l\u2019eau de la fontaine moli\u00e8re&nbsp;\u00bb. Il aurait pu y caser La Bruy\u00e8re&#8230; Quand m\u00eame, le plus grand.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LEONARDO SCIASCIA \u2013<em> LE CONSEIL D\u2019\u00c9GYPTE<\/em> \u2013 Deno\u00ebl<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sciascia le Sicilien, \u00e9crivain, philosophe, dramaturge, po\u00e8te et aussi homme politique (longtemps d\u00e9put\u00e9 du Partito Radicale de Marco Panella), auteur de nombreux romans policiers un peu atypiques. C\u2019est ici l\u2019histoire, \u00e0 Palerme, \u00e0 la fin du XVIII\u00b0 si\u00e8cle, d\u2019une lutte des classes entre une noblesse soucieuse de conserver ses privil\u00e8ges et une jeunesse qui aspire \u00e0 plus de libert\u00e9 et \u00e0 plus d\u2019\u00e9galit\u00e9, pouss\u00e9e par la r\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Sciascia nous raconte les intrigues de la cour et les luttes internes entre le clerg\u00e9 et la noblesse pour le pouvoir sur le peuple. C\u2019est dans ce contexte tendu que le moine aum\u00f4nier Giuseppe Vella, un Maltais, confectionne de faux manuscrits \u00e0 la faveur de la visite \u00e0 la cour d\u2019un dignitaire musulman venu du Maroc. L\u2019un de ces faux manuscrits serait \u00e9crit par un philosophe arabe qui sape la noblesse sicilienne dans ses pr\u00e9tentions \u00e0 gouverner. Vella est aussi un diseur de bonne aventure, lisant la destin\u00e9e de ses semblables dans les astres.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, le narrateur nous raconte la vie de Francesco Paolo Di Biasi, un avocat ayant lu Rousseau et qui veut faire de la Sicile une r\u00e9publique. On suit les bisbilles entre clerg\u00e9 et noblesse, cette noblesse des Deux Siciles qui vient de se lib\u00e9rer du joug normand pour tomber dans l\u2019escarcelle du royaume de Naples. Le clerg\u00e9 est soumis par le vice-roi \u00e0 l\u2019imp\u00f4t \u00ab&nbsp;pois chiches&nbsp;\u00bb en vertu d\u2019un vieux r\u00e8glement datant des Normands qui occupaient le royaume.<\/p>\n\n\n\n<p>Sciascia se pla\u00eet \u00e0 d\u00e9crire la bassesse et la mesquinerie de tout ce petit monde accroch\u00e9 \u00e0 ses pr\u00e9bendes et \u00e0 ses privil\u00e8ges. Un lutte des classes, d\u00e9j\u00e0, qui pr\u00e9figure un d\u00e9cha\u00eenement le chaos politique et religieux une fois que le caract\u00e8re apocryphe du manuscrit a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Sciascia, sp\u00e9cialiste de son compatriote Pirandello, est un romancier d\u2019exception qui sait maintenir le lecteur en haleine sur des sujets historiques dont le lecteur fran\u00e7ais n\u2019est pas familier. C\u2019est dire si son talent redoutable suffit \u00e0 nous passionner pour des intrigues politiques conduites \u00e0 fleuret mouchet\u00e9. Outre la Sicile et ses m\u0153urs, Sciascia \u00e9tait aussi capable d\u2019\u00e9crire sur Stendhal ou sur la mort d\u2019Aldo Moro avec, en \u00e9ternelle toile de fond, la mafia, ce cancer de la soci\u00e9t\u00e9, et ses ravages. Il n\u2019en a jamais eu peur, malgr\u00e9 moult intimidations, estimant que la lutte pour la libert\u00e9 valait bien tous les risques. Un grand bonhomme et un grand \u00e9crivain. Viva Sciascia&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>l<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN ANOUILH \u2013<em> COLOMBE \u2013<\/em> La table ronde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les deux Jean \u2013 Anouilh et Giraudoux \u2013 ont pass\u00e9 le plus clair de leur temps \u00e0 recycler les classiques de la trag\u00e9die grecque pour notre plus grand bonheur. \u00c9lectre, Antigone, M\u00e9d\u00e9e\u2026 Beaucoup de personnages de la mythologie grecque sont pass\u00e9s par leurs fourches caudines. Giraudoux, grand lettr\u00e9 et germaniste distingu\u00e9&nbsp;; Anouilh, plus populaire et amuseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Colombe appartient aux \u00ab&nbsp;pi\u00e8ces brillantes&nbsp;\u00bb d\u2019Anouilh et elle a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e nagu\u00e8re par Dani\u00e8le Delorme dans le r\u00f4le titre avec, entre autres, Yves Robert et Jacques Dufilho. Elle a \u00e9t\u00e9 reprise plusieurs fois dans diff\u00e9rents th\u00e9\u00e2tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame Alexandra est une actrice vaniteuse et \u00e9go\u00efste, totalement d\u00e9pourvue de la moindre fibre maternelle. Elle a toujours choy\u00e9 l\u2019un de ses fils, Armand, et doit maintenant faire face \u00e0 son autre fils, Julien qu\u2019elle a trop d\u00e9laiss\u00e9. Julien qui vient lui demander quelques sous avant de partir faire son service militaire, lui qui aurait pu obtenir des dispenses mais qui est fier de servir la patrie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il part en laissant sa bien aim\u00e9e, Colombe, qui lui est soumise. Madame Alexandra proposera \u00e0 l\u2019ing\u00e9nue de se produire avec elle sur sc\u00e8ne, d\u2019abord dans des petits r\u00f4les, puis en haut de l\u2019affiche tant elle semble dou\u00e9e pour la com\u00e9die. Alexandra s\u2019en veut d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9closion d\u2019une rivale, mais Colombe prend confiance en elle et elle finira par laisser Julien \u00e0 ses obligations militaires. A star is born\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Bon, autant dire que ce n\u2019est pas du meilleur Anouilh (\u00ab&nbsp;c\u2019est pas de la nouille&nbsp;\u00bb, comme disait Francis Blanche), et on peine \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ces personnages un peu trop arch\u00e9typaux et caricaturaux. Mais bon, on a quand m\u00eame quelques r\u00e9pliques qui font mouche et cet humour caustique d\u2019Anouilh, anar de droite et ennemi de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une de ses filles se pr\u00e9nommait Colombe, comme par hasard et une autre est devenue com\u00e9dienne. Un anar qui avait l\u2019esprit de famille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>FRAN\u00c7OIS B\u00c9GAUDEAU \u2013<em> ENTRE LES MURS <\/em>\u2013 Folio \/ Verticales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme \u00e0 peu pr\u00e8s tout le monde, j\u2019ai vu ce film de Laurent Cantet sur un sc\u00e9nario auquel avait collabor\u00e9 B\u00e9gaudeau lui-m\u00eame. B\u00e9gaudeau l\u2019anar mal embouch\u00e9 pas toujours tr\u00e8s sage et son roman qui n\u2019a pas eu l\u2019heur de plaire \u00e0 toute la communaut\u00e9 \u00e9ducative.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un professeur de Fran\u00e7ais en classe de quatri\u00e8me dont la difficult\u00e9 principale est de susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat de ses \u00e9l\u00e8ves, des jeunes issus de l\u2019immigration pas vraiment captiv\u00e9s par les belles lettres. Ils s\u2019appellent Esmeralda, Souleymane, Khoumba et pr\u00e9f\u00e8rent nettement s\u2019int\u00e9resser au Rap, au Stand-up ou au football.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est toute la progression de l\u2019approche de ce professeur atypique qui fait le prix de ce roman, m\u00eame si on peut ne pas \u00eatre sensible \u00e0 un style brut de d\u00e9coffrage, \u00e9crit comme on parle et sans m\u00eame l\u2019excuse du \u00ab&nbsp;rendu \u00e9motif&nbsp;\u00bb c\u00e9linien. On va dire qu\u2019il use d\u2019une langue vivante, celle qu\u2019on parle dans son lyc\u00e9e de banlieue. Pourquoi pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Petit \u00e0 petit, le professeur d\u00e9cide d\u2019abandonner le commentaire et les batailles d\u2019id\u00e9es pour se mettre \u00e0 la port\u00e9e de ses \u00e9l\u00e8ves et se confronter \u00e0 eux sur leur propre terrain. Se cantonner aux faits, aux gestes, au r\u00e9el et \u00e0 la quotidiennet\u00e9 de ce petit monde \u00e9voluant loin des discours et des th\u00e9ories.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, le travail du professeur est de jouer avec les affects, les sensations, les sentiments pour faire sortir ses \u00e9l\u00e8ves de leur quant \u00e0 soi et de leur passivit\u00e9. La m\u00e9thode n\u2019est pas sans risque, mais elle seule, selon B\u00e9gaudeau, permet de recr\u00e9er un lien qui ne soit pas en surplomb ou d\u2019autorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9gaudeau se d\u00e9finit politiquement comme un marxiste libertaire qui ne croit pas en la r\u00e9volution. On pourrait le situer dans cette gauche radicale o\u00f9 se retrouvent les Ruffin, Lordon, Lagasnerie et autres Bernard Friot. Une gauche radicale qui est la hantise des bourgeois de gauche et de celles et ceux qui sont pass\u00e9s du gauchisme au r\u00e9publicanisme la\u00efcard et islamophobe. Suivez mon regard\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Rien que pour cela, on aurait tendance \u00e0 en dire du bien, m\u00eame si son roman n\u2019est, somme toute, pas si terrible dans sa recherche un peu pu\u00e9rile de choquer le bourgeois. N\u2019emp\u00eache, on aurait bien aim\u00e9 avoir un prof comme \u00e7a, plut\u00f4t que les cuistres et les guignols qu\u2019on a vu se succ\u00e9der sur nos estrades. Mais c\u2019\u00e9tait il y a longtemps. Autres temps autres m\u0153urs. Autres murs&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN-PIERRE CHABROL \u2013 <em>LE LION EST MORT CE SOIR<\/em> \u2013 Grasset<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"775\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration480-775x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4363\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration480-775x1024.jpg 775w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration480-227x300.jpg 227w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration480-768x1015.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration480-681x900.jpg 681w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration480-454x600.jpg 454w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration480-23x30.jpg 23w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/illustration480.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 775px) 100vw, 775px\" \/><figcaption>Jean-Pierre Chabrol (portrait de Jean-Pierre Houdry), Wikipedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce cher Chabrol, c\u00e9venol communiste et ami cher de Ren\u00e9 Fallet. Un conteur hors-pair dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici mais on ne s\u2019en lasse pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lion est mort ce soir, c\u2019est l\u2019histoire de P\u00e9trus, un jeune marginal qui d\u00e9barque dans un village des C\u00e9vennes et est embauch\u00e9 dans l\u2019entreprise des s\u0153urs Goureolle. Gise et Miette, deux jeunes femmes qui g\u00e8rent un poulailler industriel Les deux s\u0153urs sont bizarres, avec des attitudes qui d\u00e9concertent le nouveau venu. Amoureux de Miette, P\u00e9trus obtient d\u2019elle quelques confidences. Elles sont les filles d\u2019Armand Goureolle, dit le capitaine Merlin, h\u00e9ros de la r\u00e9sistance qui, \u00e0 la mort de sa femme, aurait abus\u00e9 de ses deux filles.<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e9trus s\u2019enfuit apr\u00e8s une semaine pass\u00e9e dans le poulailler qui a subi des coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, rendant incomestibles les couv\u00e9es d\u2019\u0153ufs. D\u2019autant que l\u2019entreprise cens\u00e9e leur acheter les \u0153ufs ne leur font pas de cadeaux. Tout le village attendait la chute des s\u0153urs et les conversations malveillantes vont bon train.<\/p>\n\n\n\n<p>On apprend que le p\u00e8re de P\u00e9trus est mort pendant la guerre d\u2019Espagne, c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicains et que le futur capitaine Merlin, le fameux Goureolle, combattait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 avant de s\u2019engager dans la r\u00e9sistance en France. La grande histoire rejoint cette chronique villageoise bien trouss\u00e9e. Chabrol sait m\u00e9nager ses effets et conduire un r\u00e9cit o\u00f9 l\u2019on se surprend \u00e0 tourner les pages sans s\u2019en apercevoir. Des pages vraies, sensibles et dr\u00f4les. Chabrol a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9crivain populaire, mani\u00e8re de sous-entendre qu\u2019il n\u2019a pas les codes culturels et les tendances narcissiques des grands \u00e9crivains<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement, on pr\u00e9f\u00e9rera toujours les Chabrol ou les Fallet aux Sollers et aux D\u2019Ormesson. Affaire de go\u00fbt, ou plut\u00f4t question de classe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>REN\u00c9 BEL<\/strong><strong>L<\/strong><strong>ETTO \u2013 <\/strong><em><strong>L\u2019ENFER<\/strong><\/em><strong> \u2013 <\/strong><strong>Folio \/ <\/strong><strong>P.O.L<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un roman qui a eu un franc succ\u00e8s dans les ann\u00e9es 1980, m\u00eame si le titre a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9, par Henri Barbusse notamment \u00e0 propos de la grande guerre. C\u2019\u00e9tait autre chose et il faut \u00eatre gonfl\u00e9, ou inculte pour reprendre un titre pareil. Mais passons.<\/p>\n\n\n\n<p>Une histoire abracadabrantesque, comme aurait dit Villepin apr\u00e8s Rimbaud, avec un h\u00e9ros \u2013 Michel Soler \u2013 qui a d\u00e9cid\u00e9 de se suicider, on ne sait trop pourquoi d\u2019ailleurs\u2026 Peut-\u00eatre cet \u00e9t\u00e9 caniculaire \u00e0 Lyon et un mois d\u2019ao\u00fbt d\u2019enfer, d\u2019o\u00f9 le titre on suppose.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, il ne mourra pas, ne faisant que faire sauter son appartement. Et puis ce sera une suite de hasards qui le font s\u2019associer avec une jeune femme pour traquer des truands d\u2019envergure pratiquant l\u2019art du kidnapping pour un nabables payant grassement.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Soler affronte mille dangers et le personnage falot et suicidaire du d\u00e9but du roman a laiss\u00e9 la place \u00e0 un s\u00e9ducteur aventurier, pr\u00eat \u00e0 tout pour sauver un gamin s\u00e9questr\u00e9 et pour confondre l\u2019armada de truands qu\u2019il a \u00e0 ses trousses.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne va pas d\u00e9tailler l\u2019histoire, contrairement \u00e0 l\u2019habitude, car c\u2019est compl\u00e8tement absurde, pas cr\u00e9dible pour un sou et finalement plut\u00f4t ennuyeux.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Belletto, le genre d\u2019\u00e9crivain qui a eu son heure de gloire. Tout ce qu\u2019on peut retenir de ce roman mal fichu, c\u2019est qu\u2019il d\u00e9crit bien Lyon par un \u00e9t\u00e9 torride. C\u2019est peu mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a. Autrement, on ne va pas perdre son temps avec ce livre qui pr\u00e9sente peu d\u2019int\u00e9r\u00eat et veut nous la faire \u00e0 l\u2019esbroufe, \u00e0 l\u2019estomac comme disait le grand Julien Gracq, l\u2019anti-Belletto.<\/p>\n\n\n\n<p>Le genre de bouquin qu\u2019on remet aussit\u00f4t dans la bo\u00eete, apr\u00e8s lecture. Et on s\u2019en veut d\u2019avoir perdu son temps \u00e0 absorber ces 400 pages. Masochisme ou ennui&nbsp;? Les deux mon g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JULES VERNE \u2013<em> VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE<\/em> \u2013 Hetzel \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avoue que j\u2019ai tr\u00e8s peu lu Jules Verne et que je ne connais ses romans, ou certains d\u2019entre eux, qu\u2019\u00e0 travers des films ou des s\u00e9ries TV. Tous ses livres parus dans la Biblioth\u00e8que verte me tombaient des mains, et le vieux Verne n\u2019avait pas mes faveurs. Peut-\u00eatre trop scientifique, trop technologique, trop rationnel pour tout dire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire commence un peu comme<em> L\u2019\u00eele au tr\u00e9sor<\/em> de Stevenson, un gamin qui part \u00e0 l\u2019aventure. Axel, le narrateur, est embarqu\u00e9 par son oncle, le professeur Lindenbrock, un g\u00e9ologue renomm\u00e9, pour partir en Islande \u00e0 la recherche du volcan qui offrirait une ouverture vers le c\u0153ur de la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Lindenbrock a trouv\u00e9 dans un grimoire des runes, ou un langage cod\u00e9 \u00e9crit par un alchimiste islandais du XVI\u00b0 si\u00e8cle. Bien que controvers\u00e9, son livre indique pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019exploration peut commencer.<\/p>\n\n\n\n<p>On suit donc le vieil homme et l\u2019enfant, accompagn\u00e9s d\u2019un guide islandais, dans leur p\u00e9riple.Si les d\u00e9buts sont encourageants et prennent l\u2019allure de l\u2019\u00e9pop\u00e9e, les difficult\u00e9s commencent vite avec des boyaux infranchissables et des intoxications de gaz divers, sans parler des \u00e9boulis et des calamit\u00e9s diverses. Ils d\u00e9bouchent sur une \u00eele \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation inconnue et peupl\u00e9e d\u2019animaux pr\u00e9historiques vivant l\u00e0 depuis le d\u00e9luge. Ils finissent par se demander s\u2019ils n\u2019ont pas r\u00eav\u00e9. Lindenbrock et Axel retournent en Allemagne transform\u00e9s par leur exp\u00e9dition et le gamin peut retrouver la fille dont il \u00e9tait secr\u00e8tement amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, disons qu\u2019on se laisse prendre au r\u00e9cit qui nous replonge dans les livres qu\u2019on d\u00e9vorait adolescents (Edgar Poe ou R.L Stevenson en t\u00eate), avec ce c\u00f4t\u00e9 un peu fantastique dont Jules Verne parfumait ses histoires.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a ne donne pas envie de relire tous ses livres \u2013 et il y en a \u2013 mais on passe en tout cas un bon moment. Le fatal Picard Verne (d\u2019Amiens m\u00eame s\u2019il est n\u00e9 \u00e0 Nantes) ne devrait pas \u00eatre confin\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature Jeunesse, il vaut beaucoup mieux que \u00e7a, Julot.<\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DANIEL BEN SAID \u2013 <em>MOI LA R\u00c9VOLUTION <\/em>\u2013 Gallimard \/ Au vif du sujet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en historien que Ben Said fait parler la r\u00e9volution, dialoguant parfois avec Mitterrand. La r\u00e9volution qui ne tient pas ses promesses de 1789 et s\u2019\u00e9tiole, trahie par ses thurif\u00e9raires, jusqu\u2019\u00e0 la terreur et la suite. D\u2019abord, le suffrage censitaire puis les atermoiements et les reculs sur l\u2019esclavage, Ha\u00efti, Saint-Domingue, Toussaint Louverture ou Dessalines. On croise des personnages comme Restif de la Bretonne ou Sade.<\/p>\n\n\n\n<p>Autres grandes oubli\u00e9es de la r\u00e9volution, les femmes qu\u2019on renvoie aux enfants et au m\u00e9nage, surtout pas \u00e0 la citoyennet\u00e9 et au droits, de vote en particulier. On guillotine Olympe De Gouges pour la seule raison qu\u2019elle fait de la politique et entend gouverner elle aussi. La r\u00e9volution, ,qui est femme, a de quoi s\u2019insurger. Seuls les enrag\u00e9s les d\u00e9fendront, autant dire l\u2019extr\u00eame-gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9publique et r\u00e9volution. On pourrait les croire s\u0153urs, mais des s\u0153urs f\u00e2ch\u00e9es. Apr\u00e8s l\u2019esclavagisme et les femmes, les \u00e9trangers. La r\u00e9publique universelle d\u2019un Anarchasis Cloots finit sur l&nbsp;\u2018\u00e9chafaud et on lui pr\u00e9f\u00e8re les concepts de nation, de territoire, de langue, de patrie. L\u2019\u00e9tat jacobin triomphe et Napol\u00e9on pourra imposer son code civil.<\/p>\n\n\n\n<p>Citant Michelet, Renan ou Tocqueville, Ben Sa\u00efd s\u2019interroge sur la r\u00e9volution qu\u2019on a trop souvent dite bourgeoise. Il r\u00e9fute cette vision trop restrictive et fait de la r\u00e9volution une mystique fraternelle qui aura transform\u00e9 le monde en profondeur. L\u2019internationalisme et l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale \u00e9taient possibles, mais c\u2019est l\u2019industrie, le commerce, le nationalisme et la bourgeoisie qui ont vaincu. L\u2019utopie r\u00e9volutionnaire, qui est centrale pour l\u2019auteur, en a pris un sacr\u00e9 coup.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des chapitres les plus int\u00e9ressants concerne l\u2019\u00e9conomie et l\u00e0, il ne s\u2019adresse plus \u00e0 Mitterrand mais \u00e0 Rocard, alias Riquiqui. Comptabilit\u00e9 macabre d\u2019abord avec les morts de la r\u00e9volution, bien inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux des guerres napol\u00e9oniennes. Les Montagnards sont dans une \u00e9conomie de guerre alors que les Girondins sont d\u00e9j\u00e0 proches de nos lib\u00e9raux. La r\u00e9volution que choisissent les Furet et les Nora est celle des Girondins, contre-r\u00e9volutionnaire en fait. La propri\u00e9t\u00e9 et ses droits constitue la principale pierre d\u2019achoppement d\u2019une authentique r\u00e9volution sociale. Au lieu de cela, ce sera l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 et sa main invisible. L\u2019un des grands m\u00e9rites de ce livre est d\u2019ailleurs de multiplier les parall\u00e8les entre cette \u00e9poque et la n\u00f4tre. Concordance des temps comme dirait Jean-No\u00ebl Jeanneney, l\u2019un des grands artisans du bicentenaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une seconde partie, on s\u2019attaque \u00e0 la politique et \u00e0 ses institutions. Peuple, \u00e9tat, parti. Dictature du prol\u00e9tariat ou du peuple et bureaucratie r\u00e9publicaine. Ben Said pose la question de la repr\u00e9sentation, de la d\u00e9l\u00e9gation, de la d\u00e9mocratie directe alors que se profile Thermidor. L\u2019\u00e9ducation est centrale dans ce d\u00e9bat, comme l\u2019avait compris Condorcet qu\u2019il cite comme il cite aussi les ennemis de la r\u00e9volution tel un Joseph De Ma\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis la terreur, la violence, le meurtre institutionnalis\u00e9, la guillotine judiciaris\u00e9e. Suite logique des r\u00e9volutions ou parano\u00efa de r\u00e9volutionnaires harcel\u00e9s de toute part. Au passage, un beau portrait de Saint-Just, le dandy de la r\u00e9volution, l\u2019homme qui en contient toutes les grandeurs, tous les r\u00eaves mais aussi toutes les ambigu\u00eft\u00e9s, toutes les errances. Les Thermidoriens et les Jacobins ont trahi la r\u00e9volution qui n\u2019est pas sans t\u00e2che, mais il s\u2019agissait de sortir de si\u00e8cles d\u2019injustices, de fait du prince, de famines. Ben Said n\u2019est pas de ceux qui jettent le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du bain. Et quelle proportion entre les morts imputables \u00e0 la r\u00e9volution et les guerres modernes&nbsp;? Pas qu\u2019une question d\u2019\u00e9chelle, mais la place de l\u2019\u00c9tat, de la volont\u00e9 de puissance, de la barbarie.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re partie, c\u2019est la r\u00e9volution vue par les historiens (Furet, Ozouf, Leroy-Ladurie et d\u2019autres), et la post\u00e9rit\u00e9 qu\u2019on lui a donn\u00e9 \u00e0 travers des personnages comme Saint-Simon, ou Auguste Comte. La r\u00e9volution confondue avec le progr\u00e8s et la science. Finalement, Ben Said pr\u00e9f\u00e8re encore Michelet ou P\u00e9guy. Et c\u2019est dans cette partie qu\u2019il est le meilleur, en pamphl\u00e9taire furieux maniant l\u2019ironie et l\u2019humour comme personne avec, toujours, cette grande intelligence historique et philosophique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les derni\u00e8res pages, il s\u2019insurge contre cette r\u00e9volution consid\u00e9r\u00e9e comme un mal n\u00e9cessaire afin d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la d\u00e9mocratie bourgeoise du consensus et des grands \u00e9quilibres o\u00f9 le peuple reste \u00e0 sa place. L\u2019opinion et l\u2019argent pour laisser le champ libre au march\u00e9. Tout \u00e7a pour \u00e7a\u2026 On sent bien que Ben Said, r\u00e9volutionnaire dans l\u2019\u00e2me, ne s\u2019y r\u00e9sout pas. Les derni\u00e8res lignes sont \u00e0 cet \u00e9gard \u00e9difiantes&nbsp;: \u00ab&nbsp;il faudra tout revoir et tout reprendre. Tout rediscuter et redisputer. Tout remettre en jeu, le pass\u00e9 et l\u2019avenir&#8230;&nbsp;\u00bb. Un travail d\u2019historien, de philosophe et peut-\u00eatre surtout d\u2019\u00e9crivain. Chapeau&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9RJC VUILLARD \u2013 LA GUERRE DES PAUVRES \u2013 Actes Sud-<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un Vuillard, l\u2019une de mes grandes d\u00e9couvertes de l\u2019ann\u00e9e avec Richard Price. \u00c7a se passe souvent de la m\u00eame fa\u00e7on&nbsp;: on en lit un, on est bluff\u00e9 et on en cherche d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici l\u2019histoire, au XVI\u00b0 si\u00e8cle et dans cette partie de l\u2019Allemagne qui allait devenir la Prusse, de Thomas M\u00fcntzer, un moine r\u00e9volt\u00e9 qui a vu mourir son p\u00e8re pendu \u00ab&nbsp;comme un sac de graine&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La Bible de Gutenberg vient d\u2019\u00eatre tir\u00e9e \u00e0 des milliers d\u2019exemplaires et, dans le m\u00eame temps, Luther en appelle \u00e0 la r\u00e9forme. Mais Luther ne r\u00e9pondra jamais \u00e0 une lettre que M\u00fcntzer lui avait adress\u00e9. Trop subversif, trop proche du peuple pour une religion r\u00e9form\u00e9e dont l\u2019aboutissement sera finalement de r\u00e9concilier l\u2019\u00e9glise et l\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p>Au passage, Vuillard nous raconte dans son style toujours rageur et f\u00e9roce, d\u2019autres r\u00e9voltes paysannes en Angleterre. Depuis le Kent ou d\u2019autres provinces anglaises, des paysans affam\u00e9s d\u00e9ferlent vers Londres et prennent d\u2019assaut la tour de Londres o\u00f9 ils d\u00e9capitent princes et pr\u00e9lats. Les r\u00e9voltes sont r\u00e9prim\u00e9es dans le sang mais c\u2019est toute l\u2019Europe qui en appelle \u00e0 Dieu directement, et non plus \u00e0 l\u2019\u00e9glise qu\u2019ils savent corrompue, pour la justice et l\u2019\u00e9galit\u00e9, m\u00eame dans la pauvret\u00e9. Jan Hus, en Boh\u00e8me, est lui aussi de ces th\u00e9ologiens d\u00e9froqu\u00e9s qui en appellent \u00e0 la r\u00e9volte, au nom de l\u2019\u00e9glise mis\u00e9ricordieuse. Il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort pour h\u00e9r\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00fcntzer m\u00e8nera la r\u00e9volte des paysans. Arm\u00e9 du \u00ab&nbsp;glaive de G\u00e9d\u00e9on&nbsp;\u00bb, il f\u00e9d\u00e8re les paysans de Souabe avant le Tyrol et jusqu\u2019en Alsace. Vuillard le d\u00e9crit comme un ange exterminateur atteint de folie, mais il voit aussi en lui l\u2019humili\u00e9 d\u00e9finitif menant combat pour l\u2019homme. Les \u00e9meutes atteignent toute l\u2019Allemagne et les puissants prennent peur, Luther y compris. Des arm\u00e9es se ligueront pour mettre fin \u00e0 la r\u00e9bellion populaire et c\u2019est le prince de Hesse qui d\u00e9cimera \u00e0 coup de canons les paysans arm\u00e9s de fourches ou d\u2019arbal\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier chapitre est consacr\u00e9 au supplice de M\u00fcntzer, d\u00e9capit\u00e9 et dont la t\u00eate est jet\u00e9e en p\u00e2ture aux chiens. C\u2019est bouleversant, intense et fort et on comprend pourquoi Vuillard, grand pourfendeur du colonialisme et du capitalisme, a voulu \u00e9crire sur cette histoire imm\u00e9moriale. M\u00fcntzer et ses hommes ont perdu, mais Vuillard se propose \u00e0 la derni\u00e8re ligne de faire un jour le r\u00e9cit de la victoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019il re\u00e7oive ici tous mes encouragements dans cette t\u00e2che proph\u00e9tique. Le jour o\u00f9 les pauvres gagneront, encore et toujours une histoire de r\u00e9volution, hein Ben Said&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 relire ces notes de lecture, je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019il n\u2019y a pas de num\u00e9ro 67 quand il se trouve deux num\u00e9ros 72. J\u2019en profite pour recycler quelques chroniques conserv\u00e9es sur deux fichiers perdus. Ceci pourra expliquer leur bri\u00e8vet\u00e9 par rapport aux originaux d\u00e9finitivement perdus dans le cyber-espace. 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