{"id":4388,"date":"2025-10-30T15:12:21","date_gmt":"2025-10-30T14:12:21","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4388"},"modified":"2025-10-30T15:12:21","modified_gmt":"2025-10-30T14:12:21","slug":"vinginces-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4388","title":{"rendered":"VINGINCES 5"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u><strong>DUVETEUX<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-1024x267.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4390\" width=\"576\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-1024x267.png 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-300x78.png 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-768x200.png 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-1536x400.png 1536w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-1600x417.png 1600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-1200x313.png 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-900x234.png 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-600x156.png 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485-30x8.png 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/illustration485.png 1920w\" sizes=\"(max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption>La clinique du docteur Olivenstein, l&rsquo;amateur de fromage. Photo Wikipedia.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019avais su par un ami qu\u2019il avait quitt\u00e9 Paris pour revenir habiter chez ses parents, dans une banlieue industrielle de Lille. Nous \u00e9tions donc devenus voisins, pour ainsi dire. Herv\u00e9 Duveteux figurait sur ma liste, mais un m\u00e9lange de piti\u00e9 et de vergogne m\u2019emp\u00eachait d\u2019imaginer la sanction avec enthousiasme. Autant tirer sur une ambulance, me disais-je parfois, en revoyant le bonhomme tel qu\u2019il \u00e9tait dans mon souvenir, juste avant mon d\u00e9part. Le teint h\u00e2ve, les joues creus\u00e9es, les yeux cern\u00e9s et une bouche d\u00e9j\u00e0 en partie \u00e9dent\u00e9e, mais ce qui attirait le plus l\u2019attention \u00e9tait encore sa maigreur. L\u2019image d\u2019un cadavre ambulant ou d\u2019un fant\u00f4me urbain revenait souvent, et ses cheveux blonds filasses comme ses lunette noires port\u00e9es en permanence pour cacher la dilatation des pupilles lui donnait de faux airs d\u2019Andy Warhol.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019avais connu au temps des ann\u00e9es punks, vers 1976 \u2013 1977, alors que je revenais d\u2019un long cong\u00e9 maladie et qu\u2019il \u00e9tait devenu ami avec Jacques, celui avec qui je partageais une piaule dans un petit immeuble du Marais. Herv\u00e9 avait lou\u00e9 une chambre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et nous \u00e9tions maintenant trois \u00e0 cohabiter dans cet endroit inhospitalier o\u00f9 une foldingue agressive nous interpellait au bas des escaliers pour nous promettre une sorte de punition divine si nous continuions \u00e0 mener cette vie de patachon vou\u00e9e \u00e0 la drogue, au sexe et au rock\u2019n\u2019roll, selon la trilogie habituelle. Elle n\u2019employait pas ces mots, mais on pouvait r\u00e9sumer ainsi les r\u00e9criminations permanentes dont elle nous harcelait et l\u2019aversion qu\u2019elle nous vouait.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait de sexe, seul Herv\u00e9 avait parfois quelques bonnes fortunes, des cam\u00e9es ramen\u00e9es de Marmottan qu\u2019il honorait dans sa piaule. C\u00f4t\u00e9 drogue, lui aussi se distinguait de nous par une addiction \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne quand nous n\u2019en \u00e9tions qu\u2019\u00e0 un joint lors des concerts et un sirop pour la toux avec de la cod\u00e9ine qui s\u2019appelait Netux. Pour le rock\u2019n\u2019roll, c\u2019\u00e9tait un peu l\u2019inverse. C\u2019est plut\u00f4t Herv\u00e9 qui avait du mal \u00e0 suivre, ignorant toutes les nouveaut\u00e9s punks pour se passer en boucle des albums du Velvet Underground et des Stooges. C\u2019est le seul point sur lequel la bignole ne se trompait pas, mais il n\u2019\u00e9tait pas difficile d\u2019en arriver l\u00e0 en nous voyant charrier nos sacs de disques griff\u00e9s des boutiques des Halles, de Saint-Michel ou de R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa vie devenait de plus en plus v\u00e9g\u00e9tative. L\u2019hiver 1976 \u2013 1977 avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rude, et nous allions souvent d\u00eener dans un Tunisien au bas de la rue, avant de trancher entre le concert rock, les salles de cin\u00e9ma ou le caf\u00e9-th\u00e9\u00e2tre. Il nous fallait prendre un pont et traverser la sc\u00e8ne, mais nous n\u2019\u00e9tions souvent que deux, Herv\u00e9 ayant souvent fait d\u00e9fection sous de multiples pr\u00e9textes. En fait, il ne supportait pas le froid et avait de plus en plus de mal \u00e0 se bouger. Pour lui, accomplir le parcours qui nous menait au c\u0153ur des r\u00e9jouissances avait tout d\u2019une exp\u00e9dition aux longs pr\u00e9paratifs et \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution plus qu\u2019incertaine. Ses joues devenaient cramoisies et la morve coulait de son nez avec d\u2019incessants acc\u00e8s de toux. Un \u00e9ternel enrhum\u00e9 ou un bronchiteux chronique, nous n\u2019avions pas encore port\u00e9 un diagnostic pr\u00e9cis. On pouvait s\u2019entendre ne tout cas sur le fait qu\u2019il \u00e9tait mal barr\u00e9, et il n\u2019\u00e9tait pas rare que l\u2019un de nous y aille d\u2019un \u00ab&nbsp;passera pas l\u2019hiver&nbsp;\u00bb qu\u2019il nous arrivait m\u00eame de prononcer en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Herv\u00e9 l\u2019apathique passa l\u2019hiver et nous r\u00e9apparut au printemps, toujours aussi maladif et pitoyable. Il s\u2019\u00e9tait mis en cong\u00e9 maladie et suivait un traitement dans la clinique du docteur Olivenstein, une cure de d\u00e9sintoxication recommand\u00e9e par la m\u00e9decine du travail apr\u00e8s une visite de routine. Il s\u2019\u00e9tait fait un ami, un grand gaillard aux airs de Pierre Cl\u00e9menti avec un long manteau de cuir et des doc marten\u2019s aux pieds. Les deux intrus avaient fait irruption dans la chambre, nous avaient dit de quoi il s\u2019agissait \u00e0 savoir qu\u2019ils en voulaient \u00e0 notre argent et qu\u2019il ne nous serait fait aucun mal. Je m\u2019\u00e9tais retrouv\u00e9 ligot\u00e9 \u00e0 une fauteuil alors que Jacques devait prendre le maximum avec sa carte de cr\u00e9dit, sous la menace du couteau de celui que nous ne connaissions pas. Duveteux avait l\u2019air d\u00e9sol\u00e9 pour nous mais il fallait bien se payer leur came, sous peine de crises de manque.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Duveteux disparut totalement de la circulation, il n\u2019en resta pas moins pr\u00e9sent dans ma m\u00e9moire et, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 question de vengeance apr\u00e8s coup, nous avions estim\u00e9 que le pauvre \u00e9tait plus \u00e0 plaindre qu\u2019\u00e0 bl\u00e2mer. N\u2019\u00e9tant pourtant pas d\u2019un temp\u00e9rament vindicatif, je n\u2019\u00e9tais pas tout \u00e0 fait de cet avis, et j\u2019avais inscrit Duveteux dans mon cycle de la \u00ab&nbsp;vingince&nbsp;\u00bb apr\u00e8s que j\u2019eusse eu vent de son retour dans nos contr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que je sonnais \u00e0 l\u2019adresse qu\u2019on m\u2019avait indiqu\u00e9e, chez ses parents. Ils habitaient un petit pavillon tr\u00e8s classe moyenne dans un lotissement, derni\u00e8re maison d\u2019un ensemble qui donnait sur un parc arbor\u00e9 juste avant une route nationale. Au loin, on voyait de grands panneaux publicitaires au nom des usines de tracteur Massey-Ferguson et le patelin \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00e9tait connu pour abriter les usines P\u00e9chiney \u2013 Ugine \u2013 Kulhman. Une dame charmante vint m\u2019ouvrir mais ne me fit pas rentrer apr\u00e8s que j\u2019eusse mentionner son fils Herv\u00e9. La petite brunette aux abords de la cinquantaine habill\u00e9e avec recherche finit quand m\u00eame par me dire que Herv\u00e9, son fils, n\u2019\u00e9tait plus sous son toit et qu\u2019elle se d\u00e9sint\u00e9ressait de son sort depuis les trop nombreuses frasques auxquels il s\u2019\u00e9tait livr\u00e9 depuis son retour de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui demandais s\u2019il \u00e9tait retourn\u00e9 \u00e0 Paris, mais la dame, sur le point de m\u2019\u00e9conduire, m\u2019avoua in extremis que son fils \u00e9tait toujours dans le coin, malheureusement, ajouta-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques recherches, d\u2019abord l\u2019annuaire puis le fichier du central t\u00e9l\u00e9phonique o\u00f9 j\u2019exer\u00e7ais mes activit\u00e9s professionnelles, je finis par trouver un nomm\u00e9 Duveteux Herv\u00e9 \u00e0 Roubaix, soit \u00e0 quelques encablures de l\u2019endroit o\u00f9 je travaillais. L\u2019occasion \u00e9tait trop belle.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pouvais y aller \u00e0 pied, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9 mon revolver \u00e0 la maison. Je me demandais d\u2019embl\u00e9e si j\u2019avais assez de haine et de ressentiment \u00e0 l\u2019endroit de Duveteux pour mener \u00e0 bien son ex\u00e9cution, d\u2019autant que je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 la principale victime de l\u2019agression du Marais qui datait d\u00e9j\u00e0 d\u2019un an. Un plat qui se mange froid, certes, mais \u00e0 condition de ne pas le laisser pourrir et d\u2019entretenir la flamme vengeresse qui restait le moteur de l\u2019affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un appartement en centre-ville, une ancienne maison de ma\u00eetre partag\u00e9e entre plusieurs studios mis en location. L\u00e0 aussi, c\u2019est une femme qui m\u2019ouvrit, plut\u00f4t style baba-cool avec chasuble violette, pantalon pattes d\u2019eph\u2019 et mocassins blancs. Une petite blonde aux yeux rieurs, mignonne sans plus, mais avec quelque chose d\u2019apaisant dans le regard et une gentillesse, pour ne pas parler de bont\u00e9, qui exsudait de tout son \u00eatre. Elle fut un peu surprise par ma visite et se montra \u00e0 moiti\u00e9 rassur\u00e9e lorsque je lui dis que j\u2019avais connu Herv\u00e9 \u00e0 Paris et que, sachant qu\u2019il \u00e9tait revenu dans le Nord, j\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 le revoir, ne serait-ce que pour \u00e9voquer de vieux souvenirs communs, en camarades.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp; \u00ab&nbsp;Herv\u00e9 est au travail, mais il sera l\u00e0 ce soir, me dit-elle, comme un encouragement \u00e0 revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il travaille\u2026 J\u2019avais du mal \u00e0 cacher mon trouble, tant le caract\u00e8re de Herv\u00e9 et le concept de travail me paraissaient antinomiques.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; oui, dans un centre de sortie d\u2019addictions, \u00e0 Wattrelos.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et lui, il en est sorti&nbsp;? Je regrettais d\u2019avoir prononc\u00e9 ces mots qui pouvaient laisser croire que ma visite n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait amicale.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019en prit pas du tout ombrage et en profita pour faire une mani\u00e8re d\u2019\u00e9loge de son compagnon.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, il s\u2019en est sorti, d\u00e9finitivement, apr\u00e8s une derni\u00e8re rechute chez ses parents. Il a engag\u00e9 une cure avec des produits de substitution et a fini par \u00eatre recrut\u00e9 par le centre o\u00f9 il avait enfin trouv\u00e9 des th\u00e9rapeutes \u00e0 l\u2019\u00e9coute. Son exp\u00e9rience et ses connaissances en ont fait un atout pr\u00e9cieux pour leur \u00e9tablissement&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le centre s\u2019appelait Clairi\u00e8res, pr\u00e8s de la laini\u00e8re Prouvost \u2013 Masurel \u00e0 Wattrelos, et j\u2019avais encore le temps de m\u2019y rendre \u00e0 pied.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019entrais dans le hall o\u00f9 je demandais si Herv\u00e9 pouvait me recevoir et, apr\u00e8s quelques effusions, nous d\u00e9cid\u00e2mes de prendre un pot \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, apr\u00e8s son service.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant le trajet, Herv\u00e9 me r\u00e9suma \u00e0 gros traits son parcours depuis le fameux jour de l\u2019agression, un parcours que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 devin\u00e9. Retour piteux \u00e0 Marmottan, condamnations pour usage et possession de stup\u00e9fiants, ray\u00e9 des cadres de l\u2019administration des PTT, retour peu glorieux chez les parents et rencontre miraculeuse de Odile, celle qui l\u2019aura sauv\u00e9, comme une Marie-Madeleine au bout de son calvaire. Le reste, rien que du bonheur (ou presque), location d\u2019un appartement, vie commune, d\u00e9saccoutumance, cure de m\u00e9thadone et retour \u00e0 l\u2019emploi dans un domaine o\u00f9 sa fibre sociale pouvait d\u00e9sormais s\u2019exercer. Il me dit aussi que, quelle que soit les situations p\u00e9nibles auxquelles on puisse \u00eatre confront\u00e9s, il y a toujours une issue, une lumi\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Le bout du tunnel, fis-je, plagiant un ancien premier ministre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, m\u00eame si \u00e7a pr\u00eate \u00e0 rire. J\u2019ai beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi sur le mal que j\u2019ai pu faire, et je me dis parfois qu\u2019il m\u2019a fallu en passer par l\u00e0 pour arriver \u00e0 cette pl\u00e9nitude o\u00f9 tu me vois. Et toi, qu\u2019est-ce que tu deviens&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je lui dis sans ambages que je n\u2019avais pas l\u2019intention de parler de moi, rentr\u00e9 dans la m\u00e9tropole sur simple demande de mutation et employ\u00e9 dans un central t\u00e9l\u00e9phonique \u00e0 corriger des fiches et \u00e0 jouer les utilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu aurais voulu faire autre chose, j\u2019imagine. Je me souviens que tu \u00e9crivais et qu\u2019on t\u2019avait compliment\u00e9 pour tes lettres au courrier des lecteurs de journaux rock. On devait aussi monter un groupe o\u00f9 tu aurais \u00e9crit les textes. C\u2019est loin tout \u00e7a\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pas si loin que \u00e7a, et si j\u2019ai quitt\u00e9 Paris, c\u2019est aussi un peu \u00e0 cause de cette agression. Un peu de parano\u00efa s\u00fbrement mais le sentiment de ne plus \u00eatre en s\u00e9curit\u00e9 nulle part. Finalement, c\u2019est peut-\u00eatre toi et ton pote qui ont bris\u00e9 mes r\u00eaves, et c\u2019est s\u00fbrement pour \u00e7a que je continue \u00e0 t\u2019en vouloir et que j\u2019ai voulu te revoir&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il devinait mes intentions hostiles, mais ne s\u2019en formalisait pas, consid\u00e9rant sagement que je pouvais avoir un contentieux avec lui \u00e0 la suite de ce qu\u2019il ne se pardonnait pas d\u2019avoir fait. Il me demanda si j\u2019\u00e9tais venu vers lui pour lui faire un mauvais sort ou pour assouvir une quelconque vengeance et je ne pus lui cacher plus longtemps \u00eatre venu arm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; .&nbsp;\u00ab&nbsp;Je ne savais pas que tu en \u00e9tais \u00e0 ce point l\u00e0. Tu dois \u00eatre sacr\u00e9ment malheureux. Tu vois, si tu venais \u00e0 me flinguer, j\u2019en viendrai presque \u00e0 admettre que ce serait un juste ch\u00e2timent pour toutes les saloperies que j\u2019ai pu faire. Mais ce n\u2019est pas moi que tu supprimerais, c\u2019est un autre moi-m\u00eame que je suis oblig\u00e9 de tra\u00eener malgr\u00e9 moi. Mais je sais que tu ne le feras pas, te connaissant. Ce n\u2019est pas une question de courage ou de d\u00e9termination, mais tu as tout d\u2019un faux m\u00e9chant, ou d\u2019un vrai gentil pour le dire autrement. Et puis, j\u2019ai maintenant une amoureuse et ce serait vraiment du g\u00e2chis. Je te souhaite de trouver un tel bonheur. C\u2019est possible pour toi aussi mais, de gr\u00e2ce, range ce flingue, \u00e7a ne te va pas du tout&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On passa encore quelques heures \u00e0 se rem\u00e9morer notre vie \u00e0 Paris, nos anciens amis et nos sorties dans les cin\u00e9mas du quartier latin, les caf\u00e9s-th\u00e9\u00e2tres du Marais, les concerts \u00e0 la Porte de Pantin et les disquaires. Des souvenirs, ou des visions de tous ces gens que nous avions crois\u00e9s tout au long de ce s\u00e9jour qu\u2019il assimilait \u00e0 une saison en enfer. Il me fit part de son intention de rentrer, au bout de quelques bi\u00e8res, me disant qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas sorti de la came pour sombrer dans l\u2019alcoolisme. Nous avions beaucoup ri devant ce trait d\u2019humour.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis Herv\u00e9 m\u2019emmena chez lui o\u00f9 sa compagne avait pr\u00e9par\u00e9 un repas qu\u2019il me pria de partager. Je devais d\u00e9noter face \u00e0 un couple aussi uni dans une vision parfaite du bonheur marital. Au sortir de chez eux, j\u2019avais envie de jeter mon flingue dans le canal, dans une poubelle ou sous une plaque d\u2019\u00e9gout. Je n\u2019en fis rien finalement, pensant \u00e0 le ranger dans le grenier de la maison de mes parents, comme pi\u00e8ce \u00e0 conviction symbolisant une d\u00e9rive mortif\u00e8re due \u00e0 un mal-\u00eatre persistant. Je ferais beaucoup mieux d\u2019abandonner mes projets de vengeances et d\u2019aller prendre rendez-vous chez un psychanalyste. La raison semblait enfin l\u2019emporter devant ces pulsions morbides dont je commen\u00e7ais \u00e0 me d\u00e9faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je pense que j\u2019avais failli tuer un homme heureux\u2026 Le bonheur est si rare. C\u2019\u00e9tait bien l\u00e0 le pire des crimes, et rien que d\u2019y avoir pens\u00e9, je me maudissais., moi et mon revolver. L\u2019adieu aux armes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>15 septembre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DUVETEUX J\u2019avais su par un ami qu\u2019il avait quitt\u00e9 Paris pour revenir habiter chez ses parents, dans une banlieue industrielle de Lille. Nous \u00e9tions donc devenus voisins, pour ainsi dire. Herv\u00e9 Duveteux figurait sur ma liste, mais un m\u00e9lange de piti\u00e9 et de vergogne m\u2019emp\u00eachait d\u2019imaginer la sanction avec enthousiasme. Autant tirer sur une ambulance,&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4388\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4390,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,1,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4388"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4388"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4388\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4392,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4388\/revisions\/4392"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4390"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4388"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4388"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4388"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}