{"id":4428,"date":"2025-11-27T16:18:15","date_gmt":"2025-11-27T15:18:15","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4428"},"modified":"2025-11-27T16:18:16","modified_gmt":"2025-11-27T15:18:16","slug":"vinginces-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4428","title":{"rendered":"VINGINCES 6"},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong>DEHAUSSY<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4430\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1-768x1024.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1-225x300.jpg 225w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1-900x1200.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1-675x900.jpg 675w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1-450x600.jpg 450w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1-23x30.jpg 23w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration491-1.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Un dessin de Gotlib repr\u00e9sentant Hamster Jovial pendu nous avait servi \u00e0 illustrer une affiche contre le caporalisme instaur\u00e9 par Dehaussy<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire qui suit n\u2019a plus qu\u2019un lointain rapport avec la soif de vengeance de ces ann\u00e9es 1970 finissantes o\u00f9 je me baladais avec un revolver pour rendre un culte barbare \u00e0 Nemesis. Les choses, ou ma vie pour tout dire, avaient chang\u00e9 et, presque dix ann\u00e9es plus tard, cette p\u00e9riode vindicative et vengeresse me laissait partag\u00e9 entre le ridicule et la honte. N\u00e9anmoins, les hasards de la vie m\u2019avaient d\u00e9sign\u00e9 un nouvel ennemi qui me faisait regretter l\u2019abandon de mon arme, jet\u00e9e un soir de brume dans un canal aux eaux glauques.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9gis Dehaussy m\u2019avait replong\u00e9 dans les affres de la vengeance et de la haine, moi qui me croyait gu\u00e9ri \u00e0 jamais de ces fl\u00e9aux fruits du ressentiment et de la frustration. Il faut croire que je n\u2019\u00e9tais pas tout \u00e0 fait sauv\u00e9 ou, plus vraisemblable, que l\u2019individu en question \u00e9tait suffisamment abject pour m\u2019avoir r\u00e9concili\u00e9 avec ces tendances homicides rest\u00e9es dieu merci \u00e0 l\u2019\u00e9tat virtuel. Je voyais d\u2019embl\u00e9e en lui le parfait salaud sartrien d\u00e9crit dans un roman du philosophe. Encore que cette d\u00e9finition lui faisait trop d\u2019honneur. Disons plus prosa\u00efquement qu\u2019il \u00e9tait un individu mesquin, envieux, d\u00e9nu\u00e9 de toute sensibilit\u00e9, d\u2019empathie et d\u2019une intelligence m\u00e9diocre faisant de l\u2019opportuniste et du carri\u00e9riste qu\u2019il \u00e9tait un danger pour son entourage. Mais le d\u00e9finir ainsi manquerait de profondeur et ses actes parlaient encore mieux du caract\u00e8re fonci\u00e8rement mauvais du personnage.<\/p>\n\n\n\n<p>Au physique, il avait tout pour me d\u00e9plaire. Un visage tout en longueur avec des petits yeux m\u00e9chants et les cheveux tr\u00e8s courts. Une coll\u00e8gue et moi l\u2019avions tout de suite compar\u00e9 \u00e0 un li\u00e8vre pour quelques dents pro\u00e9minentes. Un li\u00e8vre qu\u2019on pouvait voir dans certaines illustrations de l\u2019<em>Alice au pays des merveilles<\/em> de Lewis Carroll, avec la montre dans le gousset de son gilet. Le li\u00e8vre de mars, mais lui nous \u00e9tait arriv\u00e9 un beau matin d\u2019avril 1983, juste apr\u00e8s les Municipales. Il venait du t\u00e9l\u00e9graphe nous disait-on, ce qui ne signifiait pas grand-chose&nbsp;; comptait-il les mots, allait-il porter les messages en mobylette, d\u00e9cryptait-il des bandes perfor\u00e9es? Nous nous amusions \u00e0 l\u2019imaginer dans tous ces r\u00f4les o\u00f9 il apparaissait peu cr\u00e9dible et nos moqueries \u00e9taient renforc\u00e9es par l\u2019antipathie naturelle que nous lui vouions d\u2019embl\u00e9e. Nous nous amusions aussi de sa tenue, imperm\u00e9able mastic, costume gris perle \u00e9triqu\u00e9 et cravate assortie. Une illustration parfaite de ces \u00ab&nbsp;hommes en gris&nbsp;\u00bb, financiers ou technocrates, que raillaient les humoristes de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous serra la main d\u2019une poigne \u00e9nergique et nous demanda pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous faisions dans le cadre du service. Les cinq personnes pr\u00e9sentes \u2013 trois femmes et deux hommes \u2013 lui r\u00e9pondirent \u00e0 l\u2019unisson \u00ab&nbsp;qu\u2019on faisait notre travail&nbsp;\u00bb, sans plus de commentaires. Dehaussy sembla courrouc\u00e9 devant ce qu\u2019il assimilait \u00e0 du mauvais esprit. Un petit chef interm\u00e9diaire, Mar\u00e9caux que nous surnommions Le Mar\u00e9chal pour ses id\u00e9es r\u00e9actionnaires, bredouilla quelques excuses \u00e0 son endroit, s\u2019en tirant pas une formule g\u00e9n\u00e9rique signifiant que nous \u00e9tions plus \u00e0 l\u2019aise dans l\u2019ex\u00e9cution que dans le discours. \u00c0 quoi Dehaussy r\u00e9pondit que, si le savoir-faire \u00e9tait essentiel, il ne fallait pas n\u00e9gliger toutefois le savoir-\u00eatre, indispensable de nos jours. Nous f\u00eemes semblant d\u2019acquiescer, avec un petit sourire complice entre nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi et mon ami Alfred travaillions avec trois femmes qu\u2019on nous avait adjointes pour supporter une charge de travail plus cons\u00e9quente avec les march\u00e9s de construction de lignes pass\u00e9s entre la Cosmod\u00e9moniaque et maintes entreprises priv\u00e9es. J\u2019avais perdu mon ami L\u00e9on, parti rejoindre sa dulcin\u00e9e \u00e0 Paris et je m\u2019ennuyais avec ces trois femmes un peu faiseuses d\u2019histoire, toujours occup\u00e9es de chicaneries et de rivalit\u00e9s et, surtout, tr\u00e8s superficielles. L\u2019une d\u2019elle, Marylin, se distinguait par un esprit frondeur et menait par le bout du nez les deux autres qui semblaient l\u2019admirer. Deux jeunes femmes plut\u00f4t catholiques et r\u00e9actionnaires qui, sous l\u2019influence de la premi\u00e8re, allaient faire se r\u00e9v\u00e9ler des app\u00e9tits sexuels insoup\u00e7onn\u00e9s, trompant all\u00e9grement leurs maris respectifs sans vergogne. Ce qui ne fut pas le cas de Marylin, attach\u00e9e \u00e0 son \u00e9poux malgr\u00e9 ses propos lestes et ses attitudes de d\u00e9lur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, Dehaussy resta enferm\u00e9 dans son bureau et seul Le Mar\u00e9chal avait la permission d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer. On se demandait \u00e0 quelle sauce allions-nous \u00eatre mang\u00e9s, tant les conciliabules entre les deux hommes ne pr\u00e9sageaient rien de bon pour nous. Parfois, l\u2019une ou l\u2019un de nous mettait une oreille \u00e0 la porte et les autres faisaient le guet. Quelques propos nous parvenaient de cette fa\u00e7on o\u00f9 il \u00e9tait question de changement d\u2019organisation, d\u2019un management plus ferme, d\u2019une gestion du temps plus optimale ou de la recherche d\u2019une plus grande efficacit\u00e9 afin de se pr\u00e9parer \u00e0 une concurrence qui mena\u00e7ait si l\u2019on en croyait les augures de Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ce round d\u2019observation, Le Mar\u00e9chal emmena Dehaussy pour contr\u00f4ler les chantiers et les agents des lignes qui reliaient les abonn\u00e9s (\u00ab&nbsp;les clients&nbsp;\u00bb selon eux) au r\u00e9seau. Ils les trouvaient lents et inorganis\u00e9s et malheur \u00e0 ceux qui quittaient le service 5 minutes avant la fin ou \u00e9taient surpris au comptoir d\u2019un bistrot. La premi\u00e8re mesure fut de s\u00e9parer des \u00e9quipes de deux ou trois et d\u2019individualiser tous les agents, apr\u00e8s des protestations syndicales et une journ\u00e9e de gr\u00e8ve qui n\u2019aboutirent pas \u00e0 les faire revenir sur leur d\u00e9cision. Le Mar\u00e9chal buvait du petit lait car tout ce dont il avait r\u00eav\u00e9 depuis longtemps s\u2019accomplissait gr\u00e2ce \u00e0 Dehaussy, devenu son ma\u00eetre \u00e0 penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nous, dans les bureaux, c\u2019\u00e9tait la m\u00eame punition. Des trois femmes, il n\u2019en resta que deux. Dehaussy prit Mona Forbon pour son secr\u00e9tariat et Marylin avait enfin obtenu une mutation qu\u2019elle attendait depuis longtemps. Restait Brigitte Catteau, pas la plus fut\u00e9e mais quelqu\u2019un qui nous appr\u00e9ciait et qui, en outre, \u00e9tait devenue la ma\u00eetresse d\u2019un ancien chef ayant d\u00fb changer de service \u00e0 la suite des premi\u00e8res restructurations que Dehaussy et Le Mar\u00e9chal d\u00e9signaient sous l\u2019euph\u00e9misme de r\u00e9organisations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dehaussy vivait son printemps autoritaire, et nous avions appris, sans qu\u2019on en soit tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9, qu\u2019il \u00e9tait un thurif\u00e9raire du Front National et admirateur de Jean-Marie Le Pen. Les r\u00e9sultats des Municipales l\u2019avaient combl\u00e9 d\u2019aise et il avait savour\u00e9 ceux des Europ\u00e9ennes de l\u2019ann\u00e9e suivante. Ses id\u00e9es avaient le vent en poupe et il pouvait poursuivre son travail de sape bas\u00e9 sur les m\u00eames axes&nbsp;: r\u00e9duction du personnel, augmentation de la production et d\u00e9gradation constante des conditions de travail. Il avait fait des d\u00e9g\u00e2ts, mais devait se promettre de ne pas en rester l\u00e0. Restait \u00e0 organiser la r\u00e9sistance, syndicale avant tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l\u2019autorisation de l\u2019union r\u00e9gionale, nous avions organis\u00e9 le contre-attaque. Un dessin de Gotlib repr\u00e9sentant Hamster Jovial pendu nous avait servi \u00e0 illustrer une affiche contre le caporalisme instaur\u00e9 par Dehaussy et le court texte qui l\u2019accompagnait ne prenait pas de gants pour d\u00e9noncer son autoritarisme et ses r\u00e9formes men\u00e9es \u00e0 coups de trique. L\u2019affiche avait \u00e9t\u00e9 mise en valeur dans le panneau syndical et la premi\u00e8re chose que fit Dehaussy fut de demander \u00e0 sa nouvelle secr\u00e9taire de la photographier avec, avait-il dit, l\u2019intention d\u2019attaquer le syndicat en diffamation.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa secr\u00e9taire qui \u00e9tait devenue sa ma\u00eetresse. Un boudin qui se donnait des allures d\u2019h\u00e9ro\u00efne de la s\u00e9rie <em>Dallas<\/em> avec permanente blonde peroxyd\u00e9e, robe fourreau, bas noirs et talons aiguille. Nous avions trouv\u00e9 l\u2019une de ses petites culottes dans le p\u00f4le des secr\u00e9taires qui ne laissait planer le doute sur la nature de leurs relations. En cas de gr\u00e8ve, Mona Fourmont la brisait en b\u00e2clant le travail du bureau en quelques heures et \u00e0 elle toute seule, mani\u00e8re de prouver que nous \u00e9tions en surnombre en d\u00e9pit des coupes claires pratiqu\u00e9es par Dehaussy, lequel admirait le z\u00e8le de sa nouvelle secr\u00e9taire amoureuse de son grand homme. La justice ne fut pas saisie et l\u2019affaire en resta l\u00e0. Je m\u2019en tirai personnellement avec une baisse de mes notes administratives, passant de 4 \u00e0 3 pour les deux crit\u00e8res retenus, \u00e0 savoir la comp\u00e9tence et la \u00ab&nbsp;mani\u00e8re de servir&nbsp;\u00bb. Je contre attaquai par les voies syndicales mais la hi\u00e9rarchie demeura inflexible. Le petit marquis accompagnant la transformation de la Cosmod\u00e9moniaque d\u2019un service public \u00e0 une multinationale avait \u00e9t\u00e9 fort courrouc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les L\u00e9gislatives de 1986 et la cohabitation, Dehaussy et Le Mar\u00e9chal ne se sentirent plus de joie. Le Front National avait fait un bon score, amenant 35 d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale et puis il y avait Chirac premier ministre, ce qui n\u2019\u00e9tait pour eux qu\u2019un pr\u00e9lude au grand coup de torchon qui devait balayer le socialisme dans le pays. On voyait de plus en plus Le Pen \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et Dehaussy parlait maintenant sans se cacher des espoirs d\u2019une r\u00e9volution nationale qui allait nous d\u00e9barrasser des assist\u00e9s, des fain\u00e9ants et des parasites&nbsp;; \u00e9trangers en premier lieu qui vivaient des largesses d\u2019un \u00e9tat social exsangue, mais pas qu\u2019eux, avec les victimes consentantes d\u2019un ch\u00f4mage de masse qui ne levaient pas le petit doigt pour chercher du travail. Le Mar\u00e9chal acquies\u00e7ait, malgr\u00e9 ses origines sociales modestes et ses propres enfants sans emploi. Il vivait dans une HLM de la banlieue de Lille et n\u2019en finissait pas de pester contre les Maghr\u00e9bins alli\u00e9s \u00e0 la crapule locale pour pourrir la vie des honn\u00eates gens travailleurs et disciplin\u00e9s, comme lui et les siens. J\u2019\u00e9tais devenu pour eux l\u2019incarnation de la chienlit et il allait m\u2019en cuire, \u00e0 en juger par leurs regards peu am\u00e8nes \u00e0 mon passage.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019en tirai tant bien que mal en m\u2019investissant dans des activit\u00e9s syndicales me permettant d\u2019\u00e9chapper, au moins temporairement, \u00e0 leur mesquinerie et \u00e0 leur volont\u00e9 de me nuire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s, Dehaussy s\u2019\u00e9tait vu seconder par un adjoint, un inspecteur qui avait mat\u00e9 l\u2019insurrection des postiers d\u2019un centre de tri de la banlieue de Lille. Godard \u2013 c\u2019\u00e9tait son nom \u2013 \u00e9tait charg\u00e9 des basses man\u0153uvres de son sup\u00e9rieur, passant la t\u00eate de entre les \u00e9tag\u00e8res pour nous surveiller et renseignant Dehaussy sur le climat social et les risques de r\u00e9bellion. Plus \u00e0 plaindre qu\u2019\u00e0 bl\u00e2mer, Godard d\u00e9jeunait avec nous \u00e0 la cantine, pas tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise dans le r\u00f4le du tra\u00eetre en service command\u00e9 mais d\u00e9sireux de montrer que le r\u00f4le qu\u2019on lui faisait jouer n\u2019excluait pas le sens de la camaraderie, voire de l\u2019estime.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de son quinquennat, Dehaussy fut appel\u00e9 \u00e0 de plus hautes fonctions. La direction d\u2019un Centre de construction de lignes \u00e0 Dunkerque avant celle d\u2019une agence commerciale \u00e0 Roubaix. On avait remarqu\u00e9 en haut lieu ses performances et, \u00e0 condition de mettre la p\u00e9dale douce sur ses opinions politiques, on lui entrevoyait un bel avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait en mai 1988 et son d\u00e9part \u00e9tait imminent. \u00c0 son grand dam, Mitterrand avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu au second tour contre Chirac et le coup avait \u00e9t\u00e9 rude pour lui. J\u2019avais fait campagne dans les comit\u00e9s Juquin et, \u00e0 titre professionnel, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 diriger un service boulevers\u00e9 de fond en comble et on m\u2019avait tendu ce pi\u00e8ge pour faire pi\u00e8ce \u00e0 mes libert\u00e9s syndicales. Le personnel avait \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9 et j\u2019avais eu une aventure avec une jeune femme venue renforcer le service. Dehaussy n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 sans remarquer cette liaison et nous ne faisions rien qui puisse la cacher, bien au contraire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour de son d\u00e9part, j\u2019osais entrer dans son bureau minist\u00e9riel avec l\u2019envie de lui dire enfin ce que je pensais de lui. Il protesta contre mon intrusion, arguant de ce qu\u2019il ne m\u2019avait pas invit\u00e9. Nonobstant, je commen\u00e7ais mon discours d\u00e9j\u00e0 bien rod\u00e9 dans ma t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Monsieur Dehaussy, je me permets de vous dire que je me r\u00e9jouis de votre d\u00e9part. Vous repr\u00e9sentez \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce que je d\u00e9teste. Vous \u00eates politiquement un fasciste et moralement une ordure et je tenais \u00e0 vous le dire. J\u2019ai tout d\u00e9test\u00e9 chez vous\u2026&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais d\u00e9pos\u00e9, en guise de cadeau de d\u00e9part, un \u00e9tron en plastique de farces et attrapes qu\u2019il projeta avec violence au plafond.<\/p>\n\n\n\n<p>Il quitta son bureau et m\u2019agonisa d\u2019injures avant de me frapper \u00e0 deux reprises. Deux coups de poing qui me laiss\u00e8rent un moment \u00e9tourdi. Je reprenais mes esprits et lui ass\u00e9nait un coup dans le plexus qui le coupa en deux avant de lui donner un coup de t\u00eate sur l\u2019ar\u00eate du nez, ce qui le fit saigner d\u2019abondance. Je terminai l\u2019envoi avec un coup de pied dans les parties qui le laissa pli\u00e9 en deux. Ses secr\u00e9taires furent attir\u00e9es par le grabuge et les soins s\u2019organis\u00e8rent. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 regagn\u00e9 ma position de travail. J\u2019aurais pu le tuer si j\u2019avais encore \u00e9t\u00e9 en possession d\u2019une arme, mais le combat s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 \u00e0 mains nues.<\/p>\n\n\n\n<p>Je fus suspendu quelques heures plus tard et on me fit comprendre que l\u2019affaire n\u2019en resterait pas l\u00e0. Je passais quelques jours plus tard en commission administrative paritaire, accompagn\u00e9 d\u2019un repr\u00e9sentant syndical. On insista sur le fait que, en d\u00e9pit de mon intrusion, ce n\u2019\u00e9tait pas moi qui avait ouvert les hostilit\u00e9s et que je n\u2019avais fait que r\u00e9pliquer \u00e0 une agression. Par ailleurs, un lointain contentieux existait entre nous dont la nature tenait \u00e0 l\u2019autoritarisme de Dehaussy dont moi et mes coll\u00e8gues pouvaient t\u00e9moigner.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019en tirai avec une semaine de mise \u00e0 pied, sous r\u00e9serve que l\u2019affaire rest\u00e2t interne \u00e0 la Cosmod\u00e9moniaque, et que la partie adverse n\u2019aille pas en justice. Les choses en rest\u00e8rent l\u00e0, et je regagnai mon poste accueilli comme un h\u00e9ros ayant mis fin \u00e0 la tyrannie d\u2019un \u00eatre odieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus tard, je comptais parmi les premiers adh\u00e9rents du syndicat SUD PTT apr\u00e8s ma d\u00e9mission de la CFDT. J\u2019avais pour la premi\u00e8re fois de ma vie la satisfaction d\u2019une vengeance assouvie. Sans armes et sans autre ressource que des mots et un peu de force physique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je retrouvais Dehaussy \u00e0 la faveur d\u2019un raout \u00e0 la direction et il me battit froid, comme je m\u2019y attendais. Il avait maigri et ne semblait plus faire montre d\u2019une agressivit\u00e9 diffuse qu\u2019il exsudait presque malgr\u00e9 lui. On me dit qu\u2019il avait un cancer en r\u00e9mission apr\u00e8s des mois d\u2019hospitalisation. Un cancer qui l\u2019aurait humanis\u00e9, aux dires de ses proches. Je n\u2019y croyais qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 et cette m\u00e9tamorphose me paraissait aussi factice qu\u2019illusoire. Mais je souhaitais me tromper et pouvoir accueillir Dehaussy dans le giron de la fraternit\u00e9 humaine, autant qu\u2019il soit possible.<\/p>\n\n\n\n<p><em>12 octobre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DEHAUSSY L\u2019histoire qui suit n\u2019a plus qu\u2019un lointain rapport avec la soif de vengeance de ces ann\u00e9es 1970 finissantes o\u00f9 je me baladais avec un revolver pour rendre un culte barbare \u00e0 Nemesis. Les choses, ou ma vie pour tout dire, avaient chang\u00e9 et, presque dix ann\u00e9es plus tard, cette p\u00e9riode vindicative et vengeresse me&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4428\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4430,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4428"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4428"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4428\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4432,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4428\/revisions\/4432"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4430"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4428"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4428"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4428"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}