{"id":4449,"date":"2025-11-27T16:37:10","date_gmt":"2025-11-27T15:37:10","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4449"},"modified":"2025-11-27T16:37:11","modified_gmt":"2025-11-27T15:37:11","slug":"tommy-superstar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4449","title":{"rendered":"TOMMY SUPERSTAR"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"835\" height=\"835\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration496.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4451\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration496.jpg 835w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration496-300x300.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration496-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration496-768x768.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration496-600x600.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/illustration496-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 835px) 100vw, 835px\" \/><figcaption>Tommy, l&rsquo;affiche du film trouv\u00e9e sur Internet<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019\u00e9tait il y a 50 ans. Ken Russell mettait en sc\u00e8ne <em>Tommy<\/em>, d\u2019apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ra rock des Who. Un film diversement appr\u00e9ci\u00e9 mais qui reste l\u2019un des plus beaux mariages entre rock et cin\u00e9ma. Il y aura aussi<em> Quadrophrenia<\/em> (le film), mais <em>Tommy<\/em>, avec son parti pris de mauvais go\u00fbt, son c\u00f4t\u00e9 baroque et barr\u00e9 et son lyrisme resteront dans l\u2019histoire, ru rock comme du cin\u00e9ma. Cette chronique, plus longue que d\u2019habitude, est extraite de la biographie consacr\u00e9e au groupe (1).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le producteur Robert Stigwood qui a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les droits de <em>Tommy<\/em> et c\u2019est la Columbia qui a accept\u00e9 de produire le film&nbsp;; Universal \u2013 concurrent de MCA \u2013 ayant finalement renonc\u00e9 comme d\u2019ailleurs Warner Bros, effray\u00e9e par la r\u00e9putation sulfureuse de Ken Russell, l\u2019homme de Stigwood. Columbia s\u2019est entendu avec Ken Russell pour la r\u00e9alisation, et il a carte blanche pour la distribution, entra\u00eenant dans l\u2019aventure son ami et acteur f\u00e9tiche Oliver Reed, en plus de l\u2019actrice am\u00e9ricano- su\u00e9doise Ann-Margret et de Jack Nicholson. Lambert et Stamp, les managers, essaieront jusqu\u2019au dernier moment de r\u00e9cup\u00e9rer les droits par l\u2019entremise de Ted Oldman, l\u2019avocat du groupe, lequel ira m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 saouler Townshend pour obtenir son paraphe, mais le subterfuge \u00e9chouera, m\u00eame si un nouveau proc\u00e8s au long cours va opposer les ex managers \u00e0 ceux auxquels les droits ont \u00e9chu. Townshend se montrera intraitable sur ce point.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1974, Ken Russell est d\u00e9j\u00e0 un cin\u00e9aste populaire, auteur singulier d\u2019une demi-douzaine de longs m\u00e9trages. Il s\u2019est impos\u00e9 par son style baroque d\u2019un romantisme \u00e9chevel\u00e9 \u2013 non exempt de provocations et d\u2019outrances \u2013 en marge des grands noms du Free Cinema. Ses <em>Devils<\/em> (film historique sur l\u2019affaire des poss\u00e9d\u00e9es de Loudun) avait fait scandale en 1971. Il restera comme le metteur en sc\u00e8ne sp\u00e9cialiste des biographies de grands compositeurs classiques (<em>Music Lovers<\/em> ou <em>La Symphonie Path\u00e9tique<\/em> sur Tcha\u00efkovski en 1973, <em>Mahler<\/em> cette ann\u00e9e-l\u00e0 et plus tard <em>Lisztomania<\/em> avec encore Roger Daltrey), un genre exp\u00e9riment\u00e9 dans les ann\u00e9es 60 avec des moyens m\u00e9trages pour la <em>BBC<\/em>. D\u00e9j\u00e0, il nous avait livr\u00e9 des portraits tr\u00e8s personnels de Prokofiev, Bartok, Debussy ou Isadora Duncan. Townshend s\u2019est tout de suite entendu avec lui, d\u2019abord parce qu\u2019il est un admirateur, ayant particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 son <em>Messie Sauvage<\/em>, un portrait \u00e0 sa mani\u00e8re, encore un, du peintre Henri Gaudier-Brzeska. Russell n\u2019est pas ce qu\u2019on appelle un perdreau de l\u2019ann\u00e9e et il a d\u00e9j\u00e0 eu le temps de marquer le cin\u00e9ma anglais de son empreinte originale.<\/p>\n\n\n\n<p>Russell n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le premier sur les rangs, et beaucoup d\u2019autres projets ont capot\u00e9, dont un premier sc\u00e9nario \u00e9crit par Kit Lambert lui-m\u00eame, sans parler du producteur Joseph Strick pourtant int\u00e9ress\u00e9 de longue date. En outre, Stamp, en d\u00e9pit de la volont\u00e9 de Townshend de ne pas c\u00e9der les droits au duo, avait pris langue avec Michael Carreras, un ponte de la Hammer Films. Ce serait d\u2019ailleurs Carreras qui aurait recommand\u00e9 Russell. Il d\u00e9croche donc la timbale et triomphe de cette foire d\u2019empoigne. Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas avare de compliments sur <em>Tommy<\/em> \u2013 l\u2019album &#8211; qu\u2019il d\u00e9crit comme \u00ab&nbsp;le meilleur op\u00e9ra moderne depuis le <em>Wozzeck<\/em> d\u2019Alban Berg&nbsp;\u00bb (cit\u00e9 par Roger Daltrey).<\/p>\n\n\n\n<p>Roger Daltrey ne se sent pas pr\u00eat et il doute fort de ses pr\u00e9sum\u00e9s talents d\u2019acteur. Il sait bouger sur sc\u00e8ne et chanter, certes, mais pas parler et occuper l\u2019espace sur un tournage de film, bien qu\u2019il ait d\u00fb t\u00e2ter des planches au th\u00e9\u00e2tre. Il appr\u00e9cie n\u00e9anmoins ce changement d\u2019horizon et la chaleureuse ambiance d\u2019une \u00e9quipe de tournage le distrait des chausse-trappes et des jalousies d\u2019un groupe de rock, d\u2019autant qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 par les conflits depuis les plus lointaines origines des Who. Une \u00e9quipe qui prend ses quartiers \u00e0 Hayling Island, pr\u00e8s de Portsmouth, et Daltrey apprend les rudiments du m\u00e9tier avec des figurants handicap\u00e9s, ce qui semble s\u2019imposer pour l\u2019incarnation d\u2019un h\u00e9ros sourd, muet et aveugle. Ce compagnonnage inattendu va l\u2019amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le handicap et \u00e0 son insuffisante prise en compte dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Dans son autobiographie , il \u00e9voque longuement l\u2019\u00e9tat second dans lequel il a travers\u00e9 ce film&nbsp;; certaines sc\u00e8nes notamment o\u00f9 il se trouvait quasiment en transe, sans aucun souvenir des s\u00e9quences tourn\u00e9es&nbsp;; pas plus de la sc\u00e8ne de l\u2019Acid Queen Tina Turner que celle o\u00f9 il est enferm\u00e9 dans un sarcophage avec tour \u00e0 tour des serpents, puis des papillons et enfin des coquelicots que Russell retiendra au final.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une p\u00e9riode rapide d\u2019adaptation, Daltrey a les plus cordiaux rapports avec Oliver Reed et entretient des liens affectifs avec Ann-Margret, celle qui joue sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cran et a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9e durant le tournage par un \u00e9clat de verre lui ayant valu 21 points de suture. Ken Russell a aussi la particularit\u00e9 de pousser ses acteurs jusqu\u2019au bout de leurs \u00e9motions, selon les techniques de l\u2019Actor Studio dont il d\u00e9fend les pr\u00e9ceptes. Pas de cam\u00e9ra sur l\u2019\u00e9paule avec lui&nbsp;: il tourne \u00e0 l\u2019ancienne. Mais les d\u00e9buts de Daltrey dans la carri\u00e8re sont encore plus difficiles lorsqu\u2019il retrouve toutes ses facult\u00e9s, et qu\u2019il doit multiplier, sans doublure, les sc\u00e8nes d\u2019escalade sur le mont Keswick ou de deltaplane dans les collines de Marlborough Downs. Avec un sadisme consomm\u00e9, Russell l\u2019oblige \u00e0 refaire ces sc\u00e8nes p\u00e9nibles plusieurs fois, comme s\u2019il voulait le pousser dans ses retranchements. En tout cas, ce tournage est l\u2019occasion pour Daltrey, arriv\u00e9 \u00e0 la trentaine, de se r\u00e9inventer dans un domaine o\u00f9 il ne se voyait pas d\u2019avenir et cela lui ouvre des perspectives, lui qui doute de pouvoir chanter dans un groupe de rock jusqu\u2019\u00e0 un \u00e2ge canonique. M\u00eame si son ascension dans la carri\u00e8re sera r\u00e9sistible, il n\u2019en sera pas moins le Frantz Liszt du <em>Lisztomania<\/em> du m\u00eame Russell, un an apr\u00e8s la sortie de <em>Tommy<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le film \u2013 qui sera donc un film musical sans dialogues -, parti d\u2019un budget initial plut\u00f4t modeste pour ce genre de production, il atteindra un total de 2 millions de dollars. Russell veut partir de la version orchestrale de Lou Reizner et il fait d\u00e9couvrir \u00e0 Townshend des \u0153uvres classiques dont le <em>Carmina Burana<\/em> de Carl Orff. Les deux s\u2019entendent comme larrons en foire, une vraie complicit\u00e9 intellectuelle et, si Russell a entrepris de parfaire son \u00e9ducation classique, Townshend r\u00e9ussit \u00e0 attirer son attention sur les enregistrements des Who. L\u2019ambition de Russell est de faire de <em>Tommy<\/em> une version moderne du <em>Hamlet <\/em>de Shakespeare, et c\u2019est pourquoi il inverse la situation&nbsp;: ce n\u2019est plus le p\u00e8re qui tue l\u2019amant, mais l\u2019amant qui triomphe du p\u00e8re. Le p\u00e8re assassin\u00e9 devient ainsi le p\u00e8re spirituel que Tommy voit en r\u00eave, comme Hamlet \u00e9tait hant\u00e9 par la m\u00e9moire de son p\u00e8re, trahi par les siens. Autre modification dans le sc\u00e9nario, l\u2019action se passe apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, et plus apr\u00e8s la premi\u00e8re. 1921 a fait place \u00e0 1951, soit la g\u00e9n\u00e9ration du baby boom. Townshend \u00e9tait en retard d\u2019une guerre. Les nouvelles sc\u00e8nes imagin\u00e9es par Russell n\u00e9cessitent des extensions musicales, mais Townshend tient \u00e0 ce que l\u2019adaptation reste fid\u00e8le au disque. Il peut donc r\u00e9investir le studio de Ramport avec Ron Nevison pour la production. Les enregistrements ont commenc\u00e9 d\u00e9but 1974, et Townshend travaille avec un document en deux colonnes, l\u2019une avec le d\u00e9roul\u00e9 des actions, l\u2019autre avec les paroles des chansons.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le film, Townshend est plus que r\u00e9serv\u00e9 en ce qui concerne la pr\u00e9sence des stars recrut\u00e9es par Russell. Stigwood aura raison de ses r\u00e9ticences en lui faisant observer que le trio de stars engag\u00e9 vise aussi \u00e0 se concilier les bonnes gr\u00e2ces d\u2019Hollywood, la carri\u00e8re de <em>Tommy<\/em> en d\u00e9pendant. Finalement, pour Townshend, l\u2019essentiel est qu\u2019ils sachent chanter dans ce qui n\u2019est finalement qu\u2019une com\u00e9die musicale. Sur ce point, il se montre optimiste. Il est admiratif du Roger Daltrey acteur, ravi &#8211; lui qu\u2019on a souvent dit jaloux et envieux &#8211; d\u2019observer la m\u00e9tamorphose cin\u00e9matographique du chanteur qui prend devant tout le monde une nouvelle dimension. Suivant de pr\u00e8s le tournage, il est tout autant enthousiasm\u00e9 par Tina Turner, Elton John ou son ami Eric Clapton, soit la cat\u00e9gorie pop stars d\u2019un casting de luxe.<\/p>\n\n\n\n<p>En mars et avril 1974, quatre chansons sont donc enregistr\u00e9es en plus de l\u2019album original, avec une belle brochette de pop stars de l\u2019\u00e9poque&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les nouveaux enregistrements, le tournage peut commencer fin avril. Tina Turner chante \u00ab&nbsp;The Acid Queen&nbsp;\u00bb, Nicholson \u00ab&nbsp;Go To The Mirror&nbsp;\u00bb et Ann-Margret \u00ab&nbsp;Smash The Mirror&nbsp;\u00bb&nbsp;; Townshend ne jouant que pour les s\u00e9quences o\u00f9 le groupe appara\u00eet. La sc\u00e8ne de \u00ab&nbsp;The Hawker&nbsp;\u00bb est tourn\u00e9e dans une \u00e9glise avec des signes et symboles vaudou partout et en la pr\u00e9sence d\u2019Arthur Brown, de Clapton et de l\u2019in\u00e9vitable John Entwistle toujours \u00e0 l\u2019aise dans le registre iconoclaste. Dans ce culte pa\u00efen, Marylin Monroe a remplac\u00e9 la Vierge Marie. Post-moderne, on vous dit. Le tournage durera au total 6 mois, de mars \u00e0 ao\u00fbt 1974. Les Who ont sorti <em>Quadrophrenia <\/em>en mars 1973, et ils sont occup\u00e9s par leurs carri\u00e8res en solo. Leur prochain album ensemble, le m\u00e9diocre <em>Who by num<\/em><em>b<\/em><em>ers<\/em>, ne sortira qu\u2019en octobre 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>Les derni\u00e8res sc\u00e8nes de <em>Tommy<\/em> seront tourn\u00e9es en ao\u00fbt 1974 et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation. Townshend se m\u00eale \u00e0 l\u2019un de ces nombreux concours de boisson \u00ab&nbsp;\u00e0 la Guinness&nbsp;\u00bb avec Moon et Reed. Il s\u2019est achet\u00e9 un yacht et a c\u00e9d\u00e9 son hovercraft \u00e0 son p\u00e8re. D\u00e9sireux d\u2019essayer au plus vite sa nouvelle acquisition, il embarque avec lui ses compagnons de biture. La croisi\u00e8re ne s\u2019amuse pas tant que \u00e7a car le yacht est vite d\u00e9sorient\u00e9 et Moon a form\u00e9 le projet de regagner la c\u00f4te \u00e0 la nage. On conna\u00eet ses aptitudes dans ce domaine. Reed part \u00e0 sa recherche et Townshend trouve pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019aller dormir. Il se r\u00e9veillera avec le fid\u00e8le Barney \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s quand le bateau sera pris en charge par le Yacht Club de Portsmouth. Townshend se sent un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019effervescence mondaine de <em>Tommy<\/em>, m\u00eame s\u2019il se r\u00e9jouit de la mise en valeur de Daltrey. Il pr\u00e9f\u00e8re se consacrer, en studio, aux nouvelles orchestrations pour la bande son. Il va d\u2019ailleurs pouvoir innover dans le domaine qui l\u2019int\u00e9resse vraiment &#8211; le son &#8211; puisque Terry Rawlings, leur \u00e9diteur musical, le pr\u00e9sente \u00e0 John Mosely, de Command &#8211; un studio d\u2019enregistrement ultra-moderne sur Piccadilly Circus qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9 avec Ray Dolby. Un studio ayant d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9 le syst\u00e8me Dolby, \u00ab&nbsp;quintaphonique&nbsp;\u00bb, sur cinq canaux. La B.O de <em>Tommy<\/em> sera ainsi l\u2019un des premiers enregistrements sur cinq canaux, mais Townshend, pourtant perfectionniste, en a plus qu\u2019assez et il s\u2019est jur\u00e9 de ne plus travailler sur une musique de film. Serment honor\u00e9 jusqu\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en a pas tout \u00e0 fait fini avec <em>Tommy<\/em> et son monde cependant et, n\u2019ayant pas appr\u00e9ci\u00e9 le double jeu de Oldman, serviteur de deux ma\u00eetres, il prend un nouvel avocat pour le groupe, Sam Sylvester, lequel leur conseille instamment de trouver un arrangement financier d\u00e9finitif avec Lambert et Stamp, histoire de couper tous les liens. D\u2019autant que Lambert s\u2019en va clamer partout qu\u2019il d\u00e9tient les droits cin\u00e9matographiques de <em>Tommy<\/em> et qu\u2019il n\u2019a pas dit son dernier mot. Townshend se dira d\u00e9\u00e7u de <em>Tommy<\/em>, pas tant du film que de la musique (l\u2019album sortira en mars 1975), faisant trop la part belle aux concessions souhait\u00e9es par Ken Russell, un homme de culture classique ne comprenant pas les musiques actuelles. <em>\u00ab&nbsp;Quant \u00e0 l\u2019album, je le trouve assez superflu&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e9crira Charles Shaar Murray dans le <em>New Musical Express<\/em> du 29\/03\/1975. Superflu est le mot. Inutile de se procurer cette pi\u00e8ce mont\u00e9e quand on poss\u00e8de le double album sorti en 1969 (2), un monument, une montagne, un chef-d\u2019\u0153uvre, m\u00eame s\u2019il est toujours risqu\u00e9 de parler de chef-d\u2019\u0153uvre pour un genre somme toute mineur.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le tournage de <em>Tommy<\/em>, Moon va se rapprocher de Oliver Reed. Reed qui serait au cin\u00e9ma ce que Moon est au rock. Opinion discutable, mais ce qui est s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019une amiti\u00e9 forte va unir les deux hommes. Tout n\u2019aura pourtant pas commenc\u00e9 sous les meilleures auspices. Moon, attir\u00e9 par sa r\u00e9putation sulfureuse, va voir Reed dans sa propri\u00e9t\u00e9 de Broome Hall (Surrey), au bras de sa nouvelle petite amie, Patti Sadler. Comme d\u2019habitude, il se comporte avec le savoir-vivre qu\u2019on lui conna\u00eet et Reed et son \u00e9pouse n\u2019appr\u00e9cient que mod\u00e9r\u00e9ment ses mani\u00e8res de rustaud d\u00e9guis\u00e9 en lord. \u00c0 telle enseigne que Reed obligera le couple \u00e0 dormir sur un matelas, dans l\u2019\u00e9curie. Mais les choses vont vite s\u2019arranger, l\u2019alcool aidant, et ils vont devenir les meilleurs ennemis pour des concours de boissons o\u00f9 Moon a souvent le dessus. Ils se battront aussi \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e, et ce duel fait penser \u00e0 la bagarre, dans la plus parfaite nudit\u00e9, entre Reed et Alan Bates dans<em> Love,<\/em> du m\u00eame Ken Russell.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, le film sortira en avant premi\u00e8re \u00e0 dans un cin\u00e9ma de Leicester Square en mai 1975 avec un budget final de 5 millions de dollars et Ann-Margret obtiendra un oscar. Les Who reprendront la route et sortiront quelques disques, souvent dispensables, privil\u00e9giant chacun leurs carri\u00e8res solo. Quant \u00e0 Ken Russell, il continuera \u00e0 faire des films <em>(Lisztomania, Valentino, Au-del\u00e0 du r\u00e9el, China Blue<\/em>\u2026) jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 2011, sans jamais retrouver l\u2019inspiration de ces ann\u00e9es-l\u00e0. <em>Tommy<\/em>, l\u2019op\u00e9ra-rock, est devenu un film, unissant la fougue l\u00e9gendaire des Who au romantisme baroque de Russell. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>(1)<\/strong><\/em> <em><u><strong>Les Who chantent leur g\u00e9n\u00e9ration. Didier Delinotte. Camion Blanc, 2020<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>(<\/strong><\/u><\/em><em><u><strong>2) Tommy \u2013 The Who \u2013 Polydor France et Track Records GB \u2013 Mai 1969<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait il y a 50 ans. Ken Russell mettait en sc\u00e8ne Tommy, d\u2019apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ra rock des Who. Un film diversement appr\u00e9ci\u00e9 mais qui reste l\u2019un des plus beaux mariages entre rock et cin\u00e9ma. 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