{"id":4454,"date":"2025-12-20T16:25:04","date_gmt":"2025-12-20T15:25:04","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4454"},"modified":"2025-12-20T16:25:04","modified_gmt":"2025-12-20T15:25:04","slug":"vinginces-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4454","title":{"rendered":"VINGINCES 7"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"789\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-1024x789.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4456\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-1024x789.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-300x231.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-768x592.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-1536x1183.jpg 1536w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-2048x1578.jpg 2048w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-2000x1541.jpg 2000w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-1600x1233.jpg 1600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-1200x924.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-900x693.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-600x462.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration497-30x23.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>\u00ab\u00a0J\u2019entrais dans une col\u00e8re hom\u00e9rique et je commen\u00e7ais \u00e0 me rhabiller\u00a0\u00bb. En souvenir de Daniel Grardel (1953 &#8211; 2025)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>FORBON<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les cigares avaient chang\u00e9 de bouches, comme le disait souvent mon ancien chef, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 r\u00e9cemment apr\u00e8s un AVC, lui qui fumait ses Willem 2 \u00e0 la cha\u00eene et ne laissait pas sa place au comptoir. Consid\u00e9rant sa d\u00e9votion au service public et son int\u00e9grit\u00e9, il valait mieux pour lui ne pas conna\u00eetre les temps troubl\u00e9s o\u00f9 la Cosmod\u00e9moniaque se transformait en multinationale \u00e0 vitesse grand V.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 titre personnel, je ne m\u2019en \u00e9tais pas si mal tir\u00e9. Dehaussy \u00e9tait parti dans un centre de construction de lignes du c\u00f4t\u00e9 de Dunkerque, \u00e0 Bergues pour \u00eatre pr\u00e9cis (bienvenue chez les ch\u2019tis&nbsp;!). Son adjoint sycophante, Godard qu\u2019on appelait tout naturellement Jean-Luc, \u00e9tait comme soulag\u00e9 de ne plus devoir endosser l\u2019emploi infamant de tra\u00eetre et il s\u2019\u00e9tait vu marginalis\u00e9 par le rempla\u00e7ant de Dehaussy, un vieux p\u00e8re tranquille en fin de carri\u00e8re plut\u00f4t socialiste et en tout cas franc-ma\u00e7on syndiqu\u00e9 \u00e0 F.O qui devait consid\u00e9rer cette nomination comme son b\u00e2ton de mar\u00e9chal. Il nous laissait une relative autonomie et nous avait d\u00e9clar\u00e9 d\u2019embl\u00e9e que notre connaissance du travail rendait dispensable ses interventions, au moins \u00e0 ce stade. Pour le dire autrement, il nous foutait une paix royale.<\/p>\n\n\n\n<p>Press\u00e9 par sa hi\u00e9rarchie \u00e0 am\u00e9liorer la productivit\u00e9 et \u00e0 supprimer des postes, il avait toutefois cautionn\u00e9 deux d\u00e9cisions qui me concernaient. Il m\u2019avait mis \u00e0 la t\u00eate d\u2019un nouveau service dit des \u00ab&nbsp;rendez-vous&nbsp;\u00bb o\u00f9 il s\u2019agissait d\u2019\u00e9tablir des grilles quotidiennes d\u2019interventions pour les agents des lignes et pour les entreprises priv\u00e9es sous-traitantes. Pour \u00e9toffer le service, il avait d\u00e9graiss\u00e9 le secr\u00e9tariat et m\u2019avait adjoint Mona Forbon, l\u2019ex ma\u00eetresse de Dehaussy qui avait perdu de sa superbe apr\u00e8s le d\u00e9part de son sup\u00e9rieur et n\u00e9anmoins amant. Pour faire bonne mesure, une autre dame avait rejoint le service, une m\u00e8re de famille dont le calme et la gentillesse formaient contraste avec celle que nous appelions \u00ab&nbsp;la forbon&nbsp;\u00bb. Celle-ci prenait son nouvel emploi comme une punition, ce qui ne l\u2019emp\u00eachait pas de d\u00e9ployer son z\u00e8le dans ce local exigu o\u00f9 les positions de travail \u00e9taient proches, la moiti\u00e9 de la surface se voyant occup\u00e9 par deux machines imprimantes reli\u00e9es aux agences commerciales qui crachaient du papier toute la sainte journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais \u00e0 charge de v\u00e9rifier la conformit\u00e9 des grilles de clients (on ne disait plus abonn\u00e9s), des relations avec les entreprises priv\u00e9es, de la gestion de march\u00e9s pass\u00e9s avec elles, des plannings hebdomadaires de service et du suivi de la productivit\u00e9. Autant de t\u00e2ches pas trop chronophages qui me laissaient quelques loisirs, d\u2019autant que la Forbon, avec son \u00e9nergie et sa capacit\u00e9 de travail, empi\u00e9tait largement sur mes pr\u00e9rogatives, ce qui me laissait du temps pour mes activit\u00e9s syndicales.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait l\u00e0 comme en disgr\u00e2ce, en punition. La courtisane avait connu des jours meilleurs en \u00e9g\u00e9rie de Dehaussy et elle paraissait maintenant se morfondre, ex\u00e9cutant des t\u00e2ches qu\u2019elle jugeait indignes d\u2019elle. C\u2019est \u00e0 peine si je lui parlais, la consid\u00e9rant comme une intrigante et une faiseuse d\u2019histoire faisant porter des cornes d\u2019\u00e9lan \u00e0 son mari qui ne devait plus passer les portes. Elle ne semblait vivre que pour attirer l\u2019attention et avait transform\u00e9 un physique plut\u00f4t ingrat en poule de luxe \u00e0 force de cures d\u2019amaigrissement, de s\u00e9ances d\u2019esth\u00e9ticienne, de toilettes soign\u00e9es et de lingerie fine. La m\u00e9tamorphose avait op\u00e9r\u00e9 sous Dehaussy et la petite grosse des premiers temps \u00e9tait devenue une femme d\u00e9sirable, au moins pour ceux dont les fantasmes se nourrissaient de ces beaut\u00e9s vulgaires qui se mesuraient aux h\u00e9ro\u00efnes des feuilletons am\u00e9ricains des ann\u00e9es 1980, fa\u00e7on <em>Dallas <\/em>ou <em>Dynasty.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Son style contrastait avec celui, tout en douceur et en sobri\u00e9t\u00e9, de sa coll\u00e8gue Carole dont la beaut\u00e9 tranquille et naturelle avait tout pour s\u00e9duire avec ses yeux verts d\u2019eau, sa chevelure rousse, ses traits fins et son sourire ang\u00e9lique. Sauf que Carole ne faisait rien pour attirer l\u2019attention, m\u00eame si tous les hommes ne tarissaient pas d\u2019\u00e9loges sur son physique, alors que Mona, elle, prenait des poses lascives, faisait des mines et ne cessait de faire des allusions \u00e0 sa vie amoureuse et \u00e0 ses besoins sexuels. C\u2019en \u00e9tait presque ind\u00e9cent et elle avait sa petite cour de pr\u00e9tendants, avec les quelques \u00e9lus qui avaient profit\u00e9 de ses charmes et la grande majorit\u00e9 des autres qui attendaient leur tour. \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a gu\u00e8re que le train qui ne lui est pas pass\u00e9 dessus&nbsp;\u00bb avais-je d\u00e9j\u00e0 entendu de la part de l\u2019un de ses amants. \u00ab&nbsp;Manque de pot j\u2019\u00e9tais dedans&nbsp;\u00bb, lui avait r\u00e9pondu avec beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9gance un pr\u00e9tendant pas encore gratifi\u00e9 de ses tendresses.<\/p>\n\n\n\n<p>Mona Forbon avait, du reste, tout pour me d\u00e9plaire. Elle s\u2019\u00e9tait vant\u00e9 d\u2019avoir vot\u00e9 Chirac, se disant d\u00e9\u00e7ue par les socialistes, ces \u00ab&nbsp;prometteurs de beaux jours&nbsp;\u00bb, elle minaudait comme une chatte en chaleur, fr\u00f4lait les hommes d\u00e8s qu\u2019il en passait un, s\u2019affirmait catholique pratiquante, \u00e9tait stupide, v\u00e9nale et, on l\u2019a dit, attir\u00e9e par les ors du pouvoir et de l\u2019autorit\u00e9 comme un papillon de nuit par la lumi\u00e8re. Elle devait juger que, aussi modestement que ce soit, je d\u00e9tenais un peu de ce pouvoir qu\u2019elle v\u00e9n\u00e9rait et pour lequel elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 se damner, \u00e0 se donner en tout cas.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne cessait de me faire des compliments sur mes tenues vestimentaires, sur mon humour, sur ma suppos\u00e9e culture et elle faisait tout pour d\u00e9nigrer Carole, sa coll\u00e8gue, profitant de son absence pour me dire qu\u2019elle la trouvait \u00ab&nbsp;popote&nbsp;\u00bb, trop s\u00e9rieuse, sans aucune fantaisie. J\u2019\u00e9coutais sans relever ce qui tenait de la jalousie et mon seul commentaire \u00e9tait de lui dire \u00e0 quel point je la trouvais belle, ce qui provoquait chez elle un changement d\u2019attitude o\u00f9 l\u2019agressivit\u00e9 rempla\u00e7ait la mignardise. J\u2019\u00e9vitais autant que possible ces moments o\u00f9 nous \u00e9tions seuls et o\u00f9 elle avait tendance \u00e0 me prendre pour son confident. Ces moments qu\u2019elle faisait tout pour leur donner un caract\u00e8re d\u2019intimit\u00e9. Elle me servait toujours les m\u00eames clich\u00e9s, \u00e0 savoir que les hommes \u00e9taient tous des salauds qui n\u2019en voulaient qu\u2019\u00e0 son cul, qu\u2019elle \u00e9tait une femme qu\u2019on ne respectait pas, en d\u00e9pit de ses valeurs et de ses convictions, qu\u2019elle ne cherchait pas \u00e0 plaire, mais qu\u2019une mal\u00e9diction la poursuivait, elle qui aurait tant souhait\u00e9 trouver l\u2019homme de sa vie, quelqu\u2019un d\u2019une moralit\u00e9 exemplaire et d\u2019une droiture incontestable. Elle \u00e9tait en instance de divorce, son cocu de mari ayant fini par s\u2019apercevoir de ses infortunes et il ne fallait pas \u00eatre grand clerc pour en arriver \u00e0 un tel constat. Je m\u2019effor\u00e7ais de ne pas entrer dans son jeu, lui r\u00e9pondant \u00e0 peine et restant indiff\u00e9rent \u00e0 ses flatteries et \u00e0 ses compliments. En femme obstin\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9e, elle ne se d\u00e9courageait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Carole avait chang\u00e9 de service et elle avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par un homme pr\u00e9nomm\u00e9 Pascal. Un fain\u00e9ant de premi\u00e8re classe que j\u2019\u00e9tais parfois oblig\u00e9 d\u2019engueuler, ne recueillant que ses b\u00e2illements et ses haussements d\u2019\u00e9paule. Pascal n\u2019\u00e9tait pas indiff\u00e9rent aux charmes faisand\u00e9s de Mona, mais elle semblait lui battre froid, n\u2019ayant d\u2019yeux que pour moi, petit chef certes, mais chef quand m\u00eame. N\u2019\u00e9tant pas d\u2019une d\u00e9licatesse excessive, Pascal avait les mains baladeuses et ne manquait pas une occasion d\u2019y aller de ses plaisanteries \u00e9grillardes. Alors que ce genre de comportements n\u2019\u00e9tait pas pour lui d\u00e9plaire habituellement, elle ne lui passait rien et jouait les prudes \u00e0 la vertu outrag\u00e9e, ce qui me faisait bien rire sous cape.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;T\u2019as l\u2019air d\u2019avoir la cote avec elle, si j\u2019\u00e9tais \u00e0 ta place, je profiterais de mon avantage. Elle a l\u2019air facile, presque aguicheuse. Dommage que je ne lui plais pas, \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 vite r\u00e9gl\u00e9. J\u2019adore ce genre de p\u00e9tasses, ne serait-ce que pour un soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui faisais remarquer que l\u2019\u00e9l\u00e9gance ne l\u2019\u00e9touffait pas lorsqu\u2019il parlait des femmes mais que cela ne m\u2019\u00e9tonnait pas tellement de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dommage, comme tu dis. J\u2019ai beau avoir l\u2019heur de lui plaire, c\u2019est tout r\u00e9cent. Elle a pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 m\u2019ignorer avant que je sois devenu son sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique. Tu vois un peu le genre\u2026 De toute fa\u00e7on, elle ne m\u2019int\u00e9resse pas et je te l\u2019aurais volontiers laiss\u00e9e, si tu lui avais plu. Mais peut-\u00eatre que tu finiras par rentrer en gr\u00e2ce. Souvent femme varie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Bien fol qui s\u2019y fie&nbsp;\u00bb, avait-il compl\u00e9t\u00e9. Je ne me fais aucune illusion, les gonzesses, quand \u00e7a matche pas tout de suite&#8230;&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais loin de me douter que je tomberais un jour dans le pi\u00e8ge, et que, l\u2019alcool aidant, j\u2019allais succomber aux charmes faisand\u00e9s et v\u00e9n\u00e9neux de Mona, celle que je ha\u00efssais avec constance depuis que je la connaissais, et encore plus depuis qu\u2019elle avait, comme elle le disait elle-m\u00eame \u00ab&nbsp;chang\u00e9 de look&nbsp;\u00bb, en euph\u00e9misant. La femme araign\u00e9e avait tiss\u00e9 sa toile, et si consciemment je l\u2019avais d\u00e9daign\u00e9e, il faut croire qu\u2019une sale partie de moi-m\u00eame avait quelque part envie d\u2019elle. \u00c0 mon grand dam.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait insist\u00e9 pour que je sois pr\u00e9sent \u00e0 son pot d\u2019anniversaire. Ses 30 ans, avait-elle annonc\u00e9 \u00e0 son de trompe. Personne ne devait faire d\u00e9faut. J\u2019avais tent\u00e9 de m\u2019y soustraire en invoquant une d\u00e9charge syndicale, mais elle m\u2019avait tellement culpabilis\u00e9 que j\u2019avais fini par c\u00e9der. Je lui promettais donc de passer, mais s\u00fbrement pas longtemps car des camarades m\u2019attendaient pour des visites de bureaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait sorti le grand jeu ce jour-l\u00e0. Ses cheveux blonds permanent\u00e9s, son visage fard\u00e9, ses yeux faits, sa robe-fourreau, ses collants noirs et ses talons aiguille. Elle papillonnait de place en place, bouteille de champagne en main. Champagne pour tout le monde, et rhum arrang\u00e9 pour les autres. Je m\u2019\u00e9tais laiss\u00e9 tenter par le rhum que je buvais comme du jus de fruit, et elle mettait un soin particulier \u00e0 remplir mon verre avec opini\u00e2tret\u00e9. J\u2019\u00e9tais l\u00e0 depuis une heure \u00e0 peine et, saoul perdu, j\u2019allais m\u2019allonger dans la salle de repos apr\u00e8s avoir pr\u00e9venu le syndicat que je prenais mon apr\u00e8s-midi, en proie \u00e0 une indisposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait venue me retrouver en me proposant de me raccompagner chez moi. Les agapes \u00e9taient termin\u00e9es, m\u00eame si quelques ivrognes s\u2019\u00e9taient attard\u00e9s. J\u2019acceptais, encore sous l\u2019effet de l\u2019alcool et elle me conseilla de passer chez elle manger un morceau, histoire d\u2019\u00e9ponger. Un reste de conscience professionnelle me fit exprimer une pr\u00e9occupation quant aux effectifs du bureau, mais elle m\u2019assura s\u2019\u00eatre fait remplac\u00e9e. Tout \u00e9tait sous contr\u00f4le, sauf moi.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 dans sa Volvo, je lui caressais les jambes et elle me lan\u00e7ait des regards malicieux, fa\u00e7on de me faire comprendre qu\u2019elle m\u2019avait eue, \u00e0 l\u2019usure, certes, mais elle triomphait. J\u2019\u00e9tais partag\u00e9 entre le d\u00e9sir que j\u2019avais d\u2019elle et la honte de moi. Sur la route, elle se gara dans un parking d\u00e9sert et on put s\u2019embrasser \u00e0 loisir, sa robe retrouss\u00e9e sur ses cuisses et ses seins mis \u00e0 nu. Je prenais garde aux traces de rouge \u00e0 l\u00e8vre et aux cheveux blonds qui auraient pu s\u2019\u00e9garer sur mon col.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9s chez elle, elle me fit boire du caf\u00e9 en nous pr\u00e9parant un petit repas froid. Je ne mangeais pas et, sit\u00f4t aval\u00e9 son caf\u00e9, je me pr\u00e9cipitais sur elle. Elle en \u00e9tait \u00e0 s\u2019amuser de ma pr\u00e9cipitation, maintenant nue \u00e0 l\u2019exception de sa culotte et de ses chaussures.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce fut la panne, comme si mon subconscient se r\u00e9voltait contre mon d\u00e9sir coupable. Elle me prodiguait ses caresses et essayait de me mettre en condition, m\u2019offrant tour \u00e0 tour sa bouche, son sexe et ses fesses. Rien n\u2019y faisait et elle avait fini par se faire jouir elle-m\u00eame avant de reprendre ses assiduit\u00e9s sur mon sexe flasque.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Ben dis donc, c\u2019est pas fameux, l\u00e2cha-t-elle, comme \u00e0 regret. J\u2019entrais dans une col\u00e8re hom\u00e9rique et je commen\u00e7ais \u00e0 me rhabiller.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est vrai que \u00e7a devait aller mieux avec Dehaussy et tous ces guignols qui se sont succ\u00e9d\u00e9 derri\u00e8re ton beau cul. Elle prit un air outrag\u00e9 et me conseilla de ne pas chercher \u00e0 compenser mon manque de virilit\u00e9 par des propos vulgaires et d\u00e9sobligeants. C\u2019est son petit rire en coin qui m\u2019exc\u00e9da. Je la giflai et fit mine de l\u2019\u00e9trangler, sans appuyer, juste pour la faire taire, ou lui faire peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019allongeais sur le canap\u00e9 et la p\u00e9n\u00e9trais avec violence. Elle me regarda avec m\u00e9fiance avant de se laisser aller et de s\u2019abandonner compl\u00e8tement.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle voulut recommencer, mais c\u2019est par haine que je l\u2019avais p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, ne cessant de scruter son visage extatique pendant l\u2019orgasme. C\u2019\u00e9tait comme si je lui volais son \u00e2me. Elle s\u2019offrit de me raccompagner, apparemment pas f\u00e2ch\u00e9e et en tout cas insensible \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 qui m\u2019habitait. Je d\u00e9clinai et je rentrai chez moi en taxi, ma compagne me demandant pourquoi je revenais si t\u00f4t. J\u2019avais soigneusement \u00f4t\u00e9 les quelques cheveux blonds sur ma veste et effac\u00e9 toutes traces de rouge \u00e0 l\u00e8vres. Je me d\u00e9go\u00fbtais autant que je l\u2019avais d\u00e9test\u00e9e et j\u2019en \u00e9tais \u00e0 me demander comment j\u2019allais pouvoir la supporter \u00e0 l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Une semaine plus tard, je recevais un colis rempli d\u2019articles de sex-shop. Je connaissais l\u2019exp\u00e9ditrice qui avait voulu me compromettre aupr\u00e8s de ma compagne. Elle nia contre toute \u00e9vidence \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de l\u2019envoi et nos rapports devinrent des plus distants. Nous ne nous adressions plus la parole qu\u2019en cas de stricte n\u00e9cessit\u00e9 et elle avait mis fin \u00e0 ses petits jeux de s\u00e9duction. L\u2019agressivit\u00e9 \u00e9tait palpable et je fuyais ce climat malsain en prenant des libert\u00e9s syndicales dont la fr\u00e9quence faisait tousser mes sup\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions eu une derni\u00e8re algarade \u00e0 l\u2019occasion du bicentenaire de la R\u00e9volution. Elle avait exprim\u00e9 son indignation devant cette comm\u00e9moration dispendieuse pour un \u00e9v\u00e9nement historique d\u00e9plorable qui avait vu la populace sanguinaire massacrer les \u00e9lites du pays tout en saluant la r\u00e9sistance des Chouans et de cette France \u00e9ternelle catholique et conservatrice. Je l\u2019avais insult\u00e9e, la traitant de conne et de petite bourgeoise r\u00e9actionnaire. Elle avait jou\u00e9 les outrag\u00e9es et avait abandonn\u00e9 son poste, se mettant en cong\u00e9s maladie apr\u00e8s avoir pu dire pis que pendre sur moi \u00e0 mes sup\u00e9rieurs devant lesquels j\u2019avais eu \u00e0 me justifier. Ils n\u2019\u00e9taient pas dupes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la rentr\u00e9e, elle m\u2019annon\u00e7a triomphalement qu\u2019elle avait r\u00e9ussi \u00e0 se faire muter \u00e0 Dunkerque, dans l\u2019\u00e9tablissement dirig\u00e9 par son ex-amant. J\u2019\u00e9tais soulag\u00e9 et lui souhaitait bon vent. Bon d\u00e9barras, plut\u00f4t. Je n\u2019entendis plus jamais parler d\u2019elle, m\u00eame si elle revint r\u00e9guli\u00e8rement dans mes r\u00eaves assez longtemps apr\u00e8s son d\u00e9part. Dans mes r\u00eaves ou dans mes cauchemars.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma plus belle histoire de haine, ce fut elle.<\/p>\n\n\n\n<p><em>26 octobre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>FORBON Les cigares avaient chang\u00e9 de bouches, comme le disait souvent mon ancien chef, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 r\u00e9cemment apr\u00e8s un AVC, lui qui fumait ses Willem 2 \u00e0 la cha\u00eene et ne laissait pas sa place au comptoir. 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