{"id":4459,"date":"2025-12-20T16:31:19","date_gmt":"2025-12-20T15:31:19","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4459"},"modified":"2025-12-20T16:31:19","modified_gmt":"2025-12-20T15:31:19","slug":"notes-de-lecture-76","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4459","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 76"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>JOHN BUCHAN \u2013<em> LES 39 MARCHES <\/em>\u2013 Artaud \/ J\u2019ai lu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un polar qu\u2019on conna\u00eet surtout gr\u00e2ce au film d\u2019Hitchcock. La p\u00e9riode anglaise, selon moi la meilleure, avec des petits chefs-d\u2019\u0153uvre comme <em>Young and innocent<\/em> ou <em>A lady vanished <\/em>(<em>Une femme dispara\u00eet<\/em>), entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9face est de Boileau-Narcejac, des ma\u00eetres du roman policier \u00e0 la fran\u00e7aise. Elle est \u00e9difiante. Ils encensent Buchan et son h\u00e9ros, Richard \u00ab&nbsp;Dick&nbsp;\u00bb Hannay et louent le polar anglais, jamais tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 du fantastique, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Maurice Leblanc qu\u2019ils citent d\u2019abondance.<\/p>\n\n\n\n<p>Hannay donc est un exploitant de mines en Rhod\u00e9sie. Il se trouve \u00e0 Londres on ne sait trop pourquoi mais s\u2019y ennuie. Studder, se faisant passer pour un espion, se dit traqu\u00e9 par une myst\u00e9rieuse organisation compos\u00e9e \u00e0 la fois d\u2019anarchistes et d\u2019affairistes souhaitant en finir avec les \u00c9tats. Il a simul\u00e9 sa mort en mettant un cadavre \u00e0 sa place et parle d\u2019un complot international qui ressemble aux pr\u00e9mices de la premi\u00e8re guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Balkans sont troubl\u00e9s et un homme politique grec doit venir \u00e0 Londres le 15 juin. Studder est persuad\u00e9 qu\u2019on va l\u2019assassiner, ce qui va entra\u00eener l\u2019Angleterre dans la guerre. Mais Studder est assassin\u00e9 et commence la fuite de Hannay, pourchass\u00e9 \u00e0 la fois par la police qui le soup\u00e7onne du meurtre de Studder, comme il est poursuivi par l\u2019organisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il prend la fuite en \u00c9cosse et r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9crypter les carnets de Studder o\u00f9 il est question du complot international et de myst\u00e9rieuses 39 marches, ce qu\u2019il pense \u00eatre le nom de code de toute l\u2019op\u00e9ration. Toujours en cavale, Hannay rencontre un d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral \u2013 Sir Harry &#8211; qui lui laisse le soin de prononcer une partie de son discours. Il est toujours sous la menace de la police et de l\u2019organisation. \u00c0 pied, \u00e0 bicyclette ou en voiture, Hannay fuit dans la lande \u00e9cossaise, poursuivi par des hommes en voiture ou en avion. Il use de tas de d\u00e9guisements avec la complicit\u00e9 de bergers ou de paysans. Un fugitif qui n\u2019est pas sans rappeler le Cary Grant de <em>La mort aux trousses<\/em>. Hitchcock toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, au bout de cette fuite \u00e9perdue, un quidam qui lui offre l\u2019hospitalit\u00e9. Il reconna\u00eet vite l\u2019homme au regard de hibou d\u00e9crit par Studder, le chef de la conspiration, La pierre noire, et Hannay s\u2019est fourr\u00e9 dans la gueule du loup. Il est emmen\u00e9 dans une ferme et fait prisonnier au sous-sol. Rien ne pouvant l\u2019arr\u00eater, il trouve de la dynamite et s\u2019\u00e9vade \u00e0 nouveau apr\u00e8s une explosion. Il veut revoir le fermier qui l\u2019avait h\u00e9berg\u00e9 mais, ne le trouvant pas chez lui, il d\u00e9cide \u00e0 repartir en Angleterre, \u00e0 Birmingham.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine sorti du train, c\u2019est un certain Sir Walter qui se pr\u00e9sente \u00e0 lui. Il sait tout de l\u2019histoire et est un lord diplomate. Walter commande \u00e0 la police de le laisser tranquille pour le crime de Portland Place et l\u2019introduit dans le cercle ferm\u00e9 de la diplomatie anglaise. Le Grec, Kilopid\u00e8s, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 avec un jour d\u2019avance et un sommet est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019accueil d\u2019un pl\u00e9nipotentiaire fran\u00e7ais du nom de Royer. Lors de la r\u00e9union pr\u00e9paratoire, Hannay confond le chef de l\u2019amiraut\u00e9 et prouve qu\u2019il est un imposteur. On parle enfin des 39 marches. C\u2019est un document de Studder qui indique cet escalier en bord de mer. Par d\u00e9duction, Hannay le situe sur une plage du Kent et il trouve une maison en bord de mer habit\u00e9e par des bourgeois en apparence bien tranquilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont en fait des Allemands appartenant \u00e0 la Schwarze steine, la pierre noire, et Hannay les d\u00e9masque \u00e0 cause d\u2019un tic qu\u2019a l\u2019un d\u2019eux. On est le 15 juin et il est trop tard, les secrets militaires sont pass\u00e9s en Allemagne et la guerre est d\u00e9clar\u00e9e quelques semaines plus tard. Hannay s\u2019engage dans l\u2019arm\u00e9e et part au front, mais la plus grande de ses aventures est celle qu\u2019il vient de raconter.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 aussi, \u00e7a se lit vite et on tourne les pages sans s\u2019en apercevoir, pris par l\u2019intrigue. On ne parle m\u00eame pas de Mr Memory, un prodige de m\u00e9moire qui avait un num\u00e9ro de music-hall dans le film de Hitchcock. D\u00e9cevant. La premi\u00e8re \u00e9dition date de 1915, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1962, et le film est de 1935. On peut mesurer l\u2019apport d\u2019Hitchcock qui aura transform\u00e9 un roman finalement assez m\u00e9diocre en chef-d\u2019\u0153uvre cin\u00e9matographique. The touch of class, ou le bonjour d\u2019Alfred.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>COLLECTIF DEGEYTER \u2013 <em>SOCIOLOGIE DE LILLE<\/em> \u2013 La d\u00e9couverte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Rien \u00e0 voir avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de, c\u2019est de la sociologie comme son titre l\u2019indique. Sociologie de Lille par le collectif Degeyter (auteur de la musique de <em>L\u2019Internationale<\/em> sur des paroles d\u2019Eug\u00e8ne Potier). Un collectif qui regroupe sociologues, politologues et \u00e9conomistes dont on conna\u00eet certaines figures par ailleurs. Des chercheurs comme Fabien Desage, R\u00e9mi Lef\u00e8vre ou l\u2019ami Antonio Delfini.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord un historique de la m\u00e9tropole lilloise avec le d\u00e9veloppement du textile et l\u2019\u00e9mergence de villes comme Roubaix et Tourcoing, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Lille, la pr\u00e9fecture o\u00f9 les industries sont plus diversifi\u00e9es. Le patronat du textile est plut\u00f4t paternaliste, empreint de catholicisme (si peu) social mais la mis\u00e8re ouvri\u00e8re est grande avec logements insalubres, cour\u00e9es, pauvret\u00e9\u2026 D\u2019o\u00f9 des probl\u00e8mes d\u2019alcoolisme et de promiscuit\u00e9. Du Zola, on dira. Les grandes familles, elles, habitent g\u00e9n\u00e9ralement les maisons de ma\u00eetre du grand boulevard o\u00f9 passe le fameux Tramway d\u2019Alfred Mongy. L\u2019immigration est d\u2019abord flamande avant d\u2019\u00eatre polonaise puis espagnole, portugaise et maghr\u00e9bine. Le textile manque de bras mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9clin dans les ann\u00e9es 1950 et l\u2019industrie va p\u00e9ricliter, victime de la concurrence et des d\u00e9localisations. Les grandes familles du textile vont se reconvertir dans la grande distribution (Mulliez et Auchan) ou dans la Vente Par Correspondance (VPC).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ensuite de la m\u00e9tropolisation qu\u2019on nous entretient dans le chapitre suivant. D\u2019abord la cr\u00e9ation de la Communaut\u00e9 urbaine avec une ville nouvelle \u2013 Villeneuve d\u2019Ascq en 1970 \u2013 pour contrebalancer le poids de Roubaix et Tourcoing. On nous parle du consensus communautaire, \u00e0 savoir que les \u00e9lus pratiquent le \u00ab&nbsp;donnant &#8211; donnant&nbsp;\u00bb, soit la distribution des mannes communautaires vers les villes de la m\u00e9tropole. M\u00e9tropolisation et attractivit\u00e9 avec la construction d\u2019Euralille, quartier d\u2019affaires et grand magasin et d\u2019une nouvelle gare Lille Europe qui se veut incontournable pour le continent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les grands projets se concr\u00e9tisent, vot\u00e9s par des maires \u00e0 qui l\u2019on promet de r\u00e9nover leur centre-ville. Lille m\u00e9tropole europ\u00e9enne, qui se veut une capitale r\u00e9gionale tertiaire capable de rivaliser avec Londres ou Bruxelles. On r\u00e9nove aussi l\u2019habitat, avec des destructions de logements populaires pour des immeubles haut standing. Ce qu\u2019on appelle pas encore la gentrification. Tout cela rejoint \u00e9videmment les questions du logement et de l\u2019urbanisme. Les pauvres font t\u00e2che et on les rel\u00e8gue \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie quand, dans le m\u00eame temps, on installe au centre des quartiers d\u2019affaire sans contact, et encore moins de profit, pour les populations s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9es. Eurasant\u00e9, Eurotechnologies, Euralille et Grand Stade \u00e0 Lille, Plaine Image et Eurot\u00e9l\u00e9port \u00e0 Roubaix, L\u2019Union \u00e9co-quartier \u00e0 Tourcoing. Les exemples se multiplient, aussi vite que la rel\u00e9gation.. Et les g\u00e9ants du BTP s\u2019affairent.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me partie est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019emploi et aux in\u00e9galit\u00e9s qui sont criantes. La tertiarisation, si elle a \u00e9t\u00e9 pourvoyeuse d\u2019emplois, n\u2019a pas remplac\u00e9 les emplois industriels et elle a eu pour corollaire la pr\u00e9carit\u00e9. Des emplois d\u2019encadrement, mais aussi beaucoup de petites mains (Nettoyage, gardiennage, logistique\u2026). Le contraste entre les classes montantes de l\u2019encadrement et un nouveau prol\u00e9tariat \u00ab&nbsp;de service&nbsp;\u00bb est saisissant. Le ch\u00f4mage grimpe dans des villes comme Roubaix, la plus pauvre de France avec 45&nbsp;% de la population au RSA alors qu\u2019\u00e9tudiants et salari\u00e9s du tertiaire et de la tech s\u2019implantent \u00e0 Wazemmes ou dans des quartiers pauvres de Roubaix \u2013 Tourcoing. Pendant ce temps, la bourgeoisie prend ses quartiers dans les villes au bord des grands boulevards (Croix, Wasquehal, Marcq, Bondues, Mouvaux\u2026). La situation des immigr\u00e9s est encore pire c\u00f4t\u00e9 emploi, ou plut\u00f4t c\u00f4t\u00e9 ch\u00f4mage, avec des embryons de solution communautaires et solidaires. Les enfants d\u2019immigr\u00e9s ne parviennent pas \u00e0 acc\u00e9der aux standards de vie qu\u2019on leur promet, avec rel\u00e9gation, d\u00e9linquance et racisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la jeunesse et l\u2019\u00e9ducation, les auteurs soulignent d\u2019embl\u00e9e le poids du patronat catholique dans la formation des \u00e9coles et universit\u00e9s lilloises. L\u2019Universit\u00e9 catholique (La Catho), l\u2019ICAM ou HEI \u00e0 Lille, comme l\u2019ENSAIT ou l\u2019IPR \u00e0 Roubaix. Formation de cadres et d\u2019ing\u00e9nieurs pour l\u2019industrie mais aussi, \u00e0 un niveau plus bas, des futurs ouvriers. L\u2019enseignement confessionnel est dominant par rapport \u00e0 l\u2019enseignement public. Les futurs ouvriers sortent vite du syst\u00e8me scolaire et les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9ducatives sont, l\u00e0 aussi, criantes.- S\u00e9gr\u00e9gation spatiale aussi, les grandes \u00e9coles \u00e0 Lille ou Villeneuve d\u2019Ascq et les \u00e9coles d\u2019apprentissage \u00e0 Roubaix ou Tour&nbsp;coing. La carte scolaire est d\u00e9tourn\u00e9e plus que dans tout le pays et la mixit\u00e9 sociale reste une incantation.<\/p>\n\n\n\n<p>Au plan politique, Lille a toujours \u00e9t\u00e9 un bastion socialiste. Un bastion fissur\u00e9&nbsp;? Des dynasties socialistes se sont succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Roubaix alors que Tourcoing a souvent \u00e9t\u00e9 \u00e0 droite. Lille et Villeneuve sont socialistes, le \u00ab&nbsp;socialisme municipal&nbsp;\u00bb, comme ils disent, assimil\u00e9 par certains \u00e0 du client\u00e9lisme. Les nouvelles couches de population boudent la gauche quand les quartiers populaires prisent la gauche radicale. Les logements ouvriers qui votaient massivement socialiste le font de moins en moins. C\u2019est le temps des alliances, pour contrecarrer le recul. Un recul qui semble inexorable car, m\u00eame si les socialistes sont encore aux affaires \u00e0 Lille, Roubaix et Tourcoing sont tomb\u00e9s \u00e0 droite. Avec un nombre de voix ridicule, car le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus pr\u00e9gnant reste l\u2019abstention. Une abstention qui frappe surtout les classes populaires et moyennes, ce qui laisse \u00e0 penser que la gauche vit peut-\u00eatre ses derni\u00e8res heures \u00e0 Lille, m\u00eame si Lille vote largement \u00e0 gauche \u00e0 tous les scrutins nationaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier chapitre est pour la culture, avec les op\u00e9rations Lille 2004 capitale de la culture puis Lille 3000. Plus le mus\u00e9e La Piscine \u00e0 Roubaix, le Mus\u00e9e d\u2019art moderne de Villeneuve et d\u2019autres lieux prestigieux. Culture \u00e9litiste contre culture populaire&nbsp;? De grandes man\u0153uvres culturelles qui attirent du monde mais qui semblent loin des couches les plus modestes de la m\u00e9tropole.<\/p>\n\n\n\n<p>La conclusion nous am\u00e8ne dans deux endroits contrast\u00e9s de la m\u00e9tropole&nbsp;: L\u2019Union, quartier r\u00e9nov\u00e9 \u00e0 Tourcoing avec ses lieux pour jeunes urbains dans un cadre d\u00e9grad\u00e9 o\u00f9 les classes populaires sont pass\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9novation. Brigode, quartier r\u00e9sidentiel privatis\u00e9 de Villeneuve d\u2019Ascq, interdit aux gens ext\u00e9rieurs \u00e0 la r\u00e9sidence. Les auteurs auraient pu parler des d\u00e9molitions \u00e0 l\u2019Alma et \u00e0 l\u2019\u00c9peule \u00e0 Roubaix, si le livre avait \u00e9t\u00e9 plus r\u00e9cent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas parce que je connais la r\u00e9gion que le livre est int\u00e9ressant. Il vaut pour le pays, avec des modalit\u00e9s diff\u00e9rentes. Un travail utile et pr\u00e9cieux qui pousse \u00e0 la r\u00e9flexion autant qu\u2019\u00e0 l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALAIN ADE \u2013 <em>SUPER 16 II&nbsp;: UN \u00c9T\u00c9 EN PENTE RAIDE<\/em> \u2013 Hello \u00c9ditions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un nouvel opus de l\u2019ami Alain Ade. On avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici du premier volume, P<em>as de printemps pour marner<\/em> (notre homme a toujours fait montre d\u2019un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour le calembour et ses d\u00e9riv\u00e9s) et il nous en livre ici la suite. L\u2019\u00e9t\u00e9 apr\u00e8s le printemps, c\u2019est logique, au rythme des saisons. On pourrait lui sugg\u00e9rer pour les deux prochains volumes<em> L\u2019automne <\/em><em>\u00e0 <\/em><em>requins<\/em> ou <em>Un songe en hiver<\/em>, mais gageons qu\u2019il trouvera beaucoup mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour m\u00e9moire, le premier volume d\u00e9crivait avec dr\u00f4lerie et verve le projet et les pr\u00e9mices d\u2019un film par une bande de sympathiques amateurs, rats de cin\u00e9math\u00e8que. Le sc\u00e9nario \u00e9tait tir\u00e9 d\u2019une vieille l\u00e9gende m\u00e9di\u00e9vale bretonne exhum\u00e9e par un professeur de litt\u00e9rature nomm\u00e9 Chouchen, le metteur en sc\u00e8ne, Jonathan Queutoy en \u00e9tait le premier assistant, soit l\u2019homme \u00e0 tout faire et les principaux financements \u00e9manaient d\u2019un propri\u00e9taire de sex-shop. Des personnages hauts en couleur pour une aventure artistique aussi d\u00e9risoire qu\u2019exaltante.<\/p>\n\n\n\n<p>Adoncques, Kadvoz, le chevalier breton r\u00eavant de jeunesse \u00e9ternelle et d\u2019\u00e9lixir de jouvence signe un pacte en lettre de sang avec les korrigans dans une for\u00eat obscure. On assiste \u00e0 tous les d\u00e9tails d\u2019un tournage avec gros plan sur les petits m\u00e9tiers du cin\u00e9ma. On sent que l\u2019auteur est de la partie et qu\u2019il conna\u00eet bien le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acteur principal \u2013 Marc Roppert \u2013 arrive d\u2019Avignon et la premi\u00e8re sc\u00e8ne de jour doit se tourner avec Marie-Do en sorci\u00e8re. La sorci\u00e8re Arzhula, dite la scrofuleuse, aupr\u00e8s de qui Kadvoz doit se rendre pour mener \u00e0 bien son projet. Mais la vieille minaude et le succ\u00e8s n\u2019est pas assur\u00e9. Le contraste entre le fantastique, voire la f\u00e9erie de ce conte avec les petits d\u00e9tails du quotidien d\u2019un tournage est saisissant. C\u2019est aussi ce qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat de ce livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9pisodes se succ\u00e8dent. Le maire intervient pour faire d\u00e9gager un v\u00e9hicule de chantier plant\u00e9 dans ce d\u00e9cor f\u00e9erique et les gendarmes menacent de s\u00e9vir avant de s\u2019excuser platement. On peut tourner la sc\u00e8ne du druide, du chemin de pierre et de la fontaine miraculeuse. Puis le temps se g\u00e2te et on tourne les sc\u00e8nes d\u2019int\u00e9rieur \u00e0 la commanderie. Le roman est truff\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences culturelles, litt\u00e9raires, musicales ou cin\u00e9matographiques. Pas un \u00e9talage de culture, juste des clins d\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ensuite les \u00e9quipes de t\u00e9l\u00e9vision qui se bousculent sur le tournage, FR3 Normandie avant Bretagne puis la presse papier locale. Il y a aussi des antinucl\u00e9aires (on est \u00e0 l\u2019\u00e9poque des manifestations contre Plogoff). Un joyeux bordel. Un huissier vient saisir la cam\u00e9ra de Mick Amora, le propri\u00e9taire du sex-shop qui n\u2019a pas pay\u00e9 ses traites. On le rassure en lui disant qu\u2019on va appeler Philippe Menez, le producteur, pr\u00e9sentement en vacances en Gr\u00e8ce. Plus de cam\u00e9ra mais pas question d\u2019arr\u00eater. On cherche des exp\u00e9dients. Le Berre, qui filme les antinucl\u00e9aires ou un riche parent, un oncle canadien en vacances en Bretagne. L\u2019argent devient l\u2019obsession et on fait des pr\u00e9dictions aux dominos tout en ayant l\u2019intention d\u2019organiser un loto. Coup de th\u00e9\u00e2tre, Menez n\u2019est pas en Gr\u00e8ce mais sur place.<\/p>\n\n\n\n<p>Non seulement il est rentr\u00e9 mais la famille raque et on rattrape l\u2019huissier de justesse (tiens, je me mets \u00e0 faire du Ade). Reste \u00e0 tourner les sc\u00e8nes les plus embl\u00e9matiques du film&nbsp;: le seigneur Kadvoz qui regarde ses terres du haut d\u2019une tour et le m\u00eame se mirant dans un lac avec la face du vieux com\u00e9dien De Kerke se substituant \u00e0 celle du jeune Roppert. La transfiguration. Encore une fois, trucages, ficelles, syst\u00e8me D et stratag\u00e8mes. Puis c\u2019est la mort de la biche (pas Eug\u00e8ne), cens\u00e9e symboliser celle de la femme de Kadvoz, Ab\u00e9lia. Du Flaubert, normal pour un Normand. Pour figurer une momie d\u00e9rivant sur la rivi\u00e8re, on prend une poup\u00e9e gonflable qui \u00e9clate, mordue par un castor. Derni\u00e8re sc\u00e8ne, celle du dialogue entre Odilon le berger et Kadvoz pour l\u2019eau de jouvence, en fait une arnaque d\u2019un sorcier.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute l\u2019\u00e9quipe prend son dernier repas \u00e0 la commanderie et le tournage est termin\u00e9. Une fin de tournage m\u00e9lancolique. Fin de la saison. Chouchen fait une d\u00e9pression et Sylvie et Jonathan s\u2019en vont \u00e0 Londres, en amoureux. Le cin\u00e9ma s\u2019arr\u00eate o\u00f9 commence leur vraie vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Un livre attachant, fraternel o\u00f9 on sent une vraie sensibilit\u00e9 derri\u00e8re le masque de la gaudriole. La pente \u00e9tait raide, mais la route est droite, comme disait \u00e0 peu pr\u00e8s Raffarin (tin tin) pour rester dans la note.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9MILE ZOLA \u2013 <em>LA FORTUNE DES ROUGON<\/em> \u2013 Unide \/ France Loisirs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration498.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4461\" width=\"580\" height=\"803\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration498.jpg 250w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration498-217x300.jpg 217w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration498-22x30.jpg 22w\" sizes=\"(max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption>Mimile Zola auto-portrait au b\u00e9ret, Wikipedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Encore un Zola, je vais finir par avoir lu tous les <em>Rougon-Macquart<\/em>. Les 20 volumes, depuis ce roman qui est le premier de la saga, jusqu\u2019au <em>Docteur Pascal.<\/em> <em>L\u2019histoire naturelle et sociale d\u2019une famille sous le second empire,<\/em> depuis le coup d\u2019\u00c9tat de Napol\u00e9on III (1851) jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle de Sedan (1870). L\u2019\u0153uvre d\u2019une vie, d\u00e9but\u00e9e en 1871 avec ce livre et termin\u00e9e en 1893. Soit 22 ans pour cette colossale entreprise, cette fresque qui aura marqu\u00e9 l\u2019histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Qui aura marqu\u00e9 l\u2019histoire tout court. Ce premier volume devait s\u2019appeler, fort justement, <em>Les origines<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Zola commence par nous d\u00e9crire le cimeti\u00e8re de Plassans, une ville de Provence qui pourrait bien \u00eatre Aix, la ville-berceau des familles qui feront cette histoire. Sur une tombe, Silv\u00e8re, qui enfouit son fusil en esp\u00e9rant venir le reprendre pour se m\u00ealer aux insurg\u00e9s contestant le coup d\u2019\u00c9tat de Napol\u00e9on III. Miette, sa promise, le rejoint et ils s\u2019en vont ailleurs se prodiguer leurs tendresses. Le couple voit arriver les insurg\u00e9s au son de La Marseillaise, venus de tous les villages voisins et Silv\u00e8re va se m\u00ealer \u00e0 eux, dans l\u2019enthousiasme et l\u2019exaltation. Les jeunes amants retrouvent ceux de Plassans et partent avec eux. Silv\u00e8re va d\u00e9terrer son fusil et Miette sera leur porte-drapeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me chapitre s\u2019ouvre sur une sorte de sociologie de Plassans&nbsp;: ses quartiers, ses classes, ses familles. C\u2019est aussi la g\u00e9n\u00e9alogie des Rougon et des Macquart. De Adela\u00efde Fouque, fille de mara\u00eecher qui \u00e9pouse un paysan nomm\u00e9 Rougon. Ils ont un fils ensemble, Pierre, avant que le p\u00e8re Rougon ne d\u00e9c\u00e8de pr\u00e9matur\u00e9ment. Ad\u00e9la\u00efde s\u2019int\u00e9resse \u00e0 un trimardeur d\u00e9brouillard du nom de Macquart et elle aura deux enfants avec lui, au risque de se couvrir d\u2019opprobre. Macquart est tu\u00e9 par un douanier alors qu\u2019il fraudait et c\u2019est l\u00e0 que le jeune Pierre Rougon trouve \u00e0 s\u2019accomplir. Il spolie sa m\u00e8re, rach\u00e8te sa propri\u00e9t\u00e9, gruge ses demi fr\u00e8res et s\u0153urs qu\u2019a reconnues Macquart, et s\u2019en va \u00e9pouser la fille d\u2019un marchand d\u2019huile \u2013 F\u00e9licit\u00e9 &#8211; qu\u2019il renfloue avec l\u2019argent qu\u2019il a d\u00e9tourn\u00e9 \u00e0 son profit. Voil\u00e0 pour les d\u00e9buts, les origines aurait dit Zola. Mais l\u2019affaire n\u2019en p\u00e9riclite pas moins et le couple est bient\u00f4t \u00e0 la t\u00eate d\u2019une famille nombreuse. Les a\u00een\u00e9s font des \u00e9tudes brillantes avant de rentrer \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre devient un avocat qui perd tous ses proc\u00e8s, Aristide un \u00e9tudiant noceur et Pascal, le cadet, se destine \u00e0 la m\u00e9decine en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et \u00e0 l\u2019atavisme. Lui seul n\u2019a pas le profil des Rougon.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ensuite du Plassans politique que nous parle Zola. Des clans se forment en fonction des adh\u00e9sions politiques au fil des \u00e9v\u00e9nements historiques. Pierre Rougon et sa femme choisissent la r\u00e9action des l\u00e9gitimistes repr\u00e9sent\u00e9s par un vieux nobliau, le marquis de Carnavant, le libraire Vuillet, catholique royaliste et Sicardot, une ganache bonapartiste. Tous f\u00e9rocement anti-r\u00e9publicains, ils r\u00eavent au retour de Henri V. Le salon jaune des Rougon re\u00e7oit toute cette coterie r\u00e9actionnaire et seul Eug\u00e8ne se dit partisan de Louis-Napol\u00e9on, lan\u00e7ant un journal \u2013 <em>L\u2019ind\u00e9pendant <\/em>&#8211; qui scandalise les conjur\u00e9s. Son fr\u00e8re Aristide y \u00e9crit aussi. Eug\u00e8ne fait miroiter \u00e0 son p\u00e8re une place de receveur des imp\u00f4ts s\u2019il \u00e9pouse sa cause. Aristide, son fr\u00e8re, est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicain et Pascal se contrefiche de la politique, fr\u00e9quentant le salon jaune uniquement pour \u00e9tablir des comparaisons entre hommes et animaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Arrive le coup d\u2019\u00c9tat de Louis-Napol\u00e9on, futur Napol\u00e9on III, le 2 d\u00e9cembre 1851. C\u2019est la panique dans le salon jaune et chacun se demande s\u2019il ne vaut pas mieux faire all\u00e9geance au nouveau pouvoir. Mais des colonnes d\u2019insurg\u00e9s fondent sur Plassans au son de La Marseillaise. Les bouleversements politiques dans la capitale affectent la bonne soci\u00e9t\u00e9 de Plassans, avec quelques jours de retard.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour en arri\u00e8re avec Antoine Macquart qui, d\u00e9mobilis\u00e9 apr\u00e8s la chute de Napol\u00e9on, s\u2019en retourne \u00e0 Plassans demander sa part d\u2019h\u00e9ritage \u00e0 son demi-fr\u00e8re Jean Rougon. C\u2019est un ivrogne et un fain\u00e9ant&nbsp;; Rougon et F\u00e9licit\u00e9 ne c\u00e8dent pas et il part faire des petits boulots dans la r\u00e9gion en maudissant le couple qu\u2019il conspue. Apparaissent tous les personnages qui vont compter dans l\u2019\u0153uvre de Zola&nbsp;: Fine, qui vit avec Antoine, Gervaise leur fille que convoite Lantier, un jeune ouvrier. Macquart est r\u00e9publicain et a l\u2019intention de mener la vie dure aux bourgeois. En attendant, il exploite sa famille o\u00f9 tout le monde travaille sauf lui. N\u2019ayant rien obtenu de Rougon, il se tourne vers la s\u0153ur, Ursule devenue Mouret dont le mari s\u2019est pendu. Leur fils, Silv\u00e8re, est un ouvrier r\u00e9publicain et il vit chez la grand-m\u00e8re Ad\u00e9la\u00efde, tante Dide. Macquart tente de le monter contre les Rougon, mais Silv\u00e8re est une nature g\u00e9n\u00e9reuse qui ne tombe pas dans le pi\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Fine d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, Macquart voit partir ses enfants. Il n\u2019a plus de ressources mais 1851 arrive et il prend la t\u00eate d\u2019une colonne d\u2019insurg\u00e9s qui attaque la mairie et les habitu\u00e9s du salon jaune. On en revient au d\u00e9but du r\u00e9cit, l\u00e0 o\u00f9 Silv\u00e8re et Miette s\u2019\u00e9taient joint au cort\u00e8ge. Silv\u00e8re croit avoir tu\u00e9 un gendarme et il doit fuir. Miette va l\u2019accompagner. On les suit avec les insurg\u00e9s, r\u00eavant d\u2019amour et de libert\u00e9. Une chose est s\u00fbre, ils ne retourneront plus \u00e0 Plassans, la ville qui les a humili\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Miette a vu son p\u00e8re condamn\u00e9 au bagne pour avoir tu\u00e9 un garde-chasse et elle a \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9e chez une lointaine parente des Macquart, les Rebufat. Elle est employ\u00e9e comme valet de ferme sous les injures du fils Rebufat, Justin. Zola nous raconte la gen\u00e8se des amours de Silv\u00e8re et de Marie (Miette). Il consacre tout un chapitre \u00e0 cet amour juv\u00e9nile qui cherche des endroits pour s\u2019\u00e9panouir \u00e0 l\u2019abri de tous. Les jeunes amants rejoignent les insurg\u00e9s \u00e0 Orch\u00e8res, un village voisin, mais les rapports de force ont chang\u00e9 et les r\u00e9publicains sont d\u00e9cim\u00e9s par la troupe envoy\u00e9e en province. Miette est tu\u00e9e et le docteur Pascal ne peut que constater le d\u00e9c\u00e8s. Silv\u00e8re se laisse emporter par la troupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Napol\u00e9on III a r\u00e9ussi son coup d\u2019\u00c9tat, mais Plassans ne le sait pas, pas encore. C\u2019est F\u00e9licit\u00e9 qui l\u2019apprendra d\u2019Eug\u00e8ne par une missive bloqu\u00e9e par Vuillet, nouveau ma\u00eetre des postes. En attendant, Rougon le p\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros pour avoir sorti des armes de sa cave afin de mater les insurg\u00e9s. Les 41 bourgeois guid\u00e9s par Rougon n\u2019ont m\u00eame pas un coup de feu \u00e0 tirer et Pierre Rougon prend la mairie avec l\u2019aur\u00e9ole du sauveur. Le clan oppos\u00e9 commence \u00e0 faire courir des bruits sur la duperie de Rougon et des siens, soit-disant vainqueurs d\u2019une bataille fantasm\u00e9e. Rougon fait fermer les portes de la ville et d\u00e9cr\u00e8te le couvre-feu. Cela lui vaut des ennemis. Macquart, quasiment le seul insurg\u00e9, est jet\u00e9 en prison. C\u2019est F\u00e9licit\u00e9 qui a l\u2019id\u00e9e de persuader Macquart de reprendre le combat. Elle le fait lib\u00e9rer et lui tend un pi\u00e8ge. Rougon peut \u00e0 nouveau passer pour le sauveur de Plassans, aid\u00e9 de son ami Gravoux qui fait sonner le tocsin en attendant l\u2019assaut de la garde nationale qui ne fait pas de quartiers. La messe est dite et Aristide Rougon, en parfait opportuniste, se range derri\u00e8re la r\u00e9action. Ils sont tous devenus bonapartistes. Vive l\u2019empereur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier chapitre nous invite au banquet organis\u00e9 par Rougon et sa femme. Il re\u00e7oit la l\u00e9gion d\u2019honneur des mains de Sicardot, vieux bonapartiste. La famille Rougon sort enrichie de ses convulsions historiques, presque par hasard et en tout cas par opportunisme. Macquart est pri\u00e9 d\u2019aller se faire voir ailleurs, avec une belle somme d\u2019argent et Peirote le percepteur, le mort de Plassans, v\u00e9ritable remord vivant, peut laisser sa perception \u00e0 Rougon. Parall\u00e8lement, on assiste \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de Silv\u00e8re par Regade, le brigadier \u00e0 qui il avait crev\u00e9 l\u2019\u0153il d\u2019un coup de fusil. Un paysan simplet meurt avec lui, comme un larron \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Christ. C\u2019est dans cette m\u00e9lancolie cr\u00e9pusculaire que prend fin ce superbe roman.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire se m\u00eale \u00e0 la litt\u00e9rature. Comme on a pu dire que <em>Le lys dans la vall\u00e9e <\/em>\u00e9tait la vision des 100 jours vue d\u2019un ch\u00e2teau de la Loire, <em>La fortune des Rougon <\/em>peut se voir comme le r\u00e9cit du coup d\u2019\u00c9tat de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte vu d\u2019une sous-pr\u00e9fecture de Provence. C\u2019est aussi le brouillon de l\u2019\u0153uvre gigantesque de Zola, o\u00f9 des personnages juste esquiss\u00e9s reviendront et o\u00f9 la g\u00e9n\u00e9alogie des Rougon-Macquart est pr\u00e9sent\u00e9e. Les 19 autres volumes seront tiss\u00e9s sur ce canevas. Zola prend plaisir \u00e0 marier la grande histoire \u00e0 la petite avec une connaissance terrifiante des bassesses humaines \u2013 cupidit\u00e9, l\u00e2chet\u00e9 et sournoiserie confondues. Seuls trois personnages \u00e9chappent \u00e0 son jugement&nbsp;: le jeune Silv\u00e8re et son amie Miette, plus le docteur Pascal qu\u2019on reverra. Trois \u00e2mes pures au milieu d\u2019un cloaque d\u2019ambitions et d\u2019ignominie. Quelle lucidit\u00e9, quelle clairvoyance&nbsp;! Dans le mille \u00c9mile&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ROBERT VAN GULIK \u2013<em> LE MONAST\u00c8RE HANT\u00c9 <\/em>\u2013 Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet un peu Van Gulik, le N\u00e9erlandais sinologue, pour quelques romans policiers situ\u00e9s \u00e0 diverses \u00e9poques de la Chine imp\u00e9riale. L\u2019homme conna\u00eet parfaitement&nbsp;l\u2019histoire de la Chine et il met un point d\u2019honneur \u00e0 veiller \u00e0 ce que ses romans ne comportent aucun anachronisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Son personnage r\u00e9current, autant dire son h\u00e9ros, est le juge Ti, qui m\u00e8ne des enqu\u00eates polici\u00e8res \u00e0 travers l\u2019empire, \u00e9paul\u00e9 par Tao Gan, son fid\u00e8le adjoint.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet \u00e9pisode, Ti, ses \u00e9pouses, ses servantes et Tao Gan sont surpris par un violent orage en pleine campagne. Ils aper\u00e7oivent un monast\u00e8re tao\u00efste et y trouvent l\u2019hospitalit\u00e9. Les femmes prennent leur quartier et Ti voit depuis sa fen\u00eatre une femme nue au bras coup\u00e9 par un soldat en tenue de guerrier m\u00e9di\u00e9val. On lui dit que le b\u00e2timent faisant face \u00e0 sa chambre est une r\u00e9serve qui n\u2019a jamais eu de fen\u00eatre. Mais Ti est s\u00fbr de ce qu\u2019il a vu. Il m\u00e8ne l\u2019enqu\u00eate avec Tao Gan, d\u2019autant que trois jeunes femmes sont mortes dans d\u2019\u2019\u00e9tranges circonstances l\u2019ann\u00e9e d\u2019avant&nbsp;dans ce m\u00eame monast\u00e8re : l\u2019une de maladie, la deuxi\u00e8me s\u2019est suicid\u00e9e et la troisi\u00e8me est morte dans un accident. Ti est intrigu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il demande des explications au p\u00e8re prieur pour qui il n\u2019y a rien de suspect dans ses trois morts de personnes ext\u00e9rieures au monast\u00e8re. L\u2019accident\u00e9e est tomb\u00e9e d\u2019une tour au-dessus de la resserre, d\u00e9tail qui intrigue Ti. Un \u00e9crivain \u2013 Ming Sun \u2013 a d\u00e9cid\u00e9 de se retirer dans le monast\u00e8re et Ti voudrait le voir. En attendant, il est convi\u00e9 \u00e0 un spectacle th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant le spectacle, il aper\u00e7oit le guerrier de sa vision se livrant au m\u00eame assaut contre la femme. Il d\u00e9cide de le voir. Tsong Li, un po\u00e8te, cl\u00f4ture l\u2019op\u00e9ra par quelques vers improvis\u00e9s qui en plaisent ni au fr\u00e8re prieur ni \u00e0 Ti. Le juge enqu\u00eate chez les com\u00e9diens, deux actrices qu\u2019il soup\u00e7onne lesbiennes, l\u2019une que ne quitte pas un ours dress\u00e9, et le fameux sabreur. Tao Gan a appris que des rebelles avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s dans le monast\u00e8re il y a cent ans, et que le fant\u00f4me de certains d\u2019entre eux rode encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Ti va voir l\u2019\u00e9crivain tao\u00efste qui r\u00e9pond \u00e0 ses interrogations par de vagues pr\u00e9ceptes mystiques. Il lui indique sous quels principes a \u00e9t\u00e9 construit le monast\u00e8re de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019il ne puisse s\u2019y perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le banquet a lieu et le po\u00e8te Tsong Li, saoul, se fend d\u2019indiscr\u00e9tions sur le monast\u00e8re et ses r\u00e9sidents. Il dit que Miroir de Jade, le pr\u00e9d\u00e9cesseur du fr\u00e8re prieur, est mort dans des conditions suspectes et Ti veut interroger Mme Pao \u2013 la future nonne &#8211; les com\u00e9diennes et le toujours introuvable guerrier.<\/p>\n\n\n\n<p>En allant chez Mme Pao, Li est assomm\u00e9 et se retrouve dans l\u2019appartement de la com\u00e9dienne Ting qui lui avoue sa relation avec Ngeou-Yang, l\u2019actrice \u00e0 l\u2019ours. Elle lui confie aussi que Mo Mo-T\u00e9, le soldat au sabre, connaissait bien le monast\u00e8re avant l\u2019arriv\u00e9e de la troupe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a se complique et les apparences sont trompeuses. Interrogeant la fille \u00e0 l\u2019ours, il d\u00e9couvre que c\u2019est un homme, le fr\u00e8re de Ting venu au monast\u00e8re pour la dissuader de se faire nonne. Par ailleurs, Tsong Li r\u00e9v\u00e8le la correspondance entre son p\u00e8re et Miroir de Jade. Le p\u00e8re sup\u00e9rieur organiserait des orgies avec des drogues comme la belladone. Ti,Tao Gan et Tsong Li descendent dans la crypte et Ti a la certitude que Miroir de Jade a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9. Confondu par ses mensonges, le p\u00e8re sup\u00e9rieur se suicide et Ti est persuad\u00e9 qu\u2019il a pour complice Mo Mo-T\u00e9, d\u00e9guis\u00e9 en moine. La galerie des horreurs expose une femme au bras d\u00e9vor\u00e9 par un d\u00e9mon et c\u2019est la fille de Mme Pao, Rose-Blanche, qui g\u00eet l\u00e0, faisant couler son sang pour qu\u2019on la remarque. Elle souhaitait renoncer \u00e0 ses v\u0153ux et sa m\u00e8re l\u2019avait endormie et conduite dans la galerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ti d\u00e9couvre que la vision qu\u2019il a eu est en fait celle de Ming Sun agressant Rose-Blanche, vue depuis la galerie, celle-ci communiquant avec la resserre par une porte d\u00e9rob\u00e9e. Ming Sung, de m\u00e8che avec Mme Pao, a en fait tu\u00e9 le fr\u00e8re prieur et a voulu se d\u00e9barrasser de Rose-Blanche. Mo Mo-T\u00e9 \u00e9tait le fr\u00e8re d\u2019une fille assassin\u00e9e l\u2019an dernier. L\u2019\u00e9crivain tao\u00efste se livrait \u00e0 des orgies avec le fr\u00e8re prieur et Mme Pao et il se devait de se d\u00e9barrasser des t\u00e9moins. C\u2019est aussi lui qui avait assassin\u00e9 les trois filles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il croit pouvoir \u00e9chapper \u00e0 tout jugement et Ti l\u00e2che l\u2019ours pour le d\u00e9chiqueter. Justice est faite et Mo Mo-T\u00e9, longtemps soup\u00e7onn\u00e9, se r\u00e9jouit du d\u00e9nouement.<\/p>\n\n\n\n<p>Un roman agr\u00e9able \u00e0 lire o\u00f9 Van Gulik exprime, en plus de son amour de la Chine, sa d\u00e9fiance vis \u00e0 vis du tao\u00efsme, trop id\u00e9aliste et exigeant, au profit du Confucianisme, plus pragmatique, plus humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dessins du livre sont de lui et ses r\u00e9cits proviennent souvent d\u2019histoires et de l\u00e9gendes locales.<\/p>\n\n\n\n<p>Le polar chinois, il n\u2019y avait gu\u00e8re qu\u2019un N\u00e9erlandais pour&nbsp; inventer \u00e7a. De grands voyageurs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>avril 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JOHN BUCHAN \u2013 LES 39 MARCHES \u2013 Artaud \/ J\u2019ai lu Un polar qu\u2019on conna\u00eet surtout gr\u00e2ce au film d\u2019Hitchcock. La p\u00e9riode anglaise, selon moi la meilleure, avec des petits chefs-d\u2019\u0153uvre comme Young and innocent ou A lady vanished (Une femme dispara\u00eet), entre autres. La pr\u00e9face est de Boileau-Narcejac, des ma\u00eetres du roman policier \u00e0&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4459\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4461,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4459"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4459"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4459\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4463,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4459\/revisions\/4463"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4461"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4459"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4459"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4459"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}