{"id":4479,"date":"2025-12-20T17:04:05","date_gmt":"2025-12-20T16:04:05","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4479"},"modified":"2025-12-20T17:04:06","modified_gmt":"2025-12-20T16:04:06","slug":"jimmy-cliff-de-kingston-a-london-et-retour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4479","title":{"rendered":"JIMMY CLIFF : DE KINGSTON \u00c0 LONDON (ET RETOUR)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration502.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4481\" width=\"582\" height=\"575\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration502.jpg 250w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/illustration502-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 582px) 100vw, 582px\" \/><figcaption>Affiche du film (et du disque) <em>The harder they come<\/em>, avec Jimmy Cliff en pistolero. Discogs.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>James Chambers, alias Jimmy Cliff, n\u2019\u00e9tait pas de ces chanteurs reggae adorateurs de Rastafari et press\u00e9s de retourner en \u00c9thiopie, la terre promise. Il aura \u00e9t\u00e9 la star des formes ayant pr\u00e9lud\u00e9 au Reggae (Ska ou Rock steady) avec de fortes influences de la Soul music et du Rhythm\u2019n\u2019blues. On se souviendra de quelques hits fameux et, surtout, de la bande son du film <em>The harder they come<\/em> dont il fut le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre, en plus d\u2019y \u00eatre l\u2019acteur principal. Bye bye Jimmy&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en 1944 \u00e0 Kingston (Jama\u00efque) dans un quartier tr\u00e8s pauvre, le jeune Chambers se passionne pour le rock\u2019n\u2019roll et propose d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 quelques chansons \u00e0 Leslie Kong, l\u2019un des producteurs vedettes de l\u2019\u00eele, propri\u00e9taire d\u2019un Sound system utile pour promouvoir les disques sortis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dearest Beverley&nbsp;\u00bb rencontre un petit succ\u00e8s, \u00e0 d\u00e9faut des autres titres enregistr\u00e9s, et c\u2019est suffisant pour que Kong cr\u00e9e le label Berverley, presque enti\u00e8rement consacr\u00e9 au chanteur. Le single sort en Angleterre un peu plus tard, l\u2019une des premi\u00e8res productions de Island, le label de Chris Blackwell, un fils d\u2019une famille de planteurs de l\u2019\u00eele qui entend inonder la Grande-Bretagne du son de la Jama\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>Blackwell sortira plusieurs singles enregistr\u00e9s chez Kong, comme \u00ab&nbsp;King of kings&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Miss Jama\u00efca&nbsp;\u00bb, mais il faudra attendre un peu pour imposer au public une musique qui d\u00e9tonne en pleine explosion du British Beat, dans la p\u00e9riode fastueuse du Swinging London.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Ska est \u00e0 l\u2019honneur au pavillon jama\u00efcain de l\u2019exposition universelle de New York en 1964, mais c\u2019est une version \u00e9dulcor\u00e9e pour touristes am\u00e9ricains qu\u2019on pr\u00e9sente, avec les Dragonnaires de Byron Lee, tr\u00e8s loin du ghetto. L\u2019immigration jama\u00efcaine est presque aussi forte qu\u2019en Angleterre, mais, en d\u00e9pit des compilations Ska sorties par Atlantic, Capitol ou Columbia, le genre ne fera jamais flor\u00e8s l\u00e0-bas, gu\u00e8re plus que le Reggae d\u2019ailleurs. En Angleterre, pass\u00e9e la mode des sound-systems de Larbroke Grove, des D.J comme Rick Gunnell ou Count Suckle pass\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9tape sup\u00e9rieur&nbsp;: les clubs. Le Flamingo Club \u00e0 Wardour Street ou le Roaring Twenties dans Carnaby Street, sans parler des soir\u00e9es Blue Beat au Marquee. Prince Buster (converti \u00e0 l\u2019Islam) deviendra un h\u00e9ros du Londres branch\u00e9, idole des mods au milieu des ann\u00e9es 1960 et il ira \u00e0 l\u2019assaut des \u00e9tudiants dans les universit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques hits ska commencent \u00e0 \u00e9branler les charts anglais comme ce \u00ab&nbsp;My Boy Lolly Pop&nbsp;\u00bb de Millie Small (chez Island) et des labels comme Fontana ou Pye se lancent dans l\u2019aventure. 1965 est la grande ann\u00e9e de Chris Blackwell, qui&nbsp;lance d\u2019abord son label Ska sur Island et surtout avec le Spencer Davis Group qui accommode \u00e0 la sauce pop des compositions du jama\u00efcain Jackie Edwards. Les Mods et les Soul Boys sont \u00e0 la f\u00eate. Mais c\u2019est en 1967 que Prince Buster sort \u00ab&nbsp;Al Capone&nbsp;\u00bb et que les Skatalites en font de m\u00eame avec \u00ab&nbsp;Guns Of Navarrone&nbsp;\u00bb. Deux smash-hits qui vont donner au Ska ses lettres d\u2019introduction en Grande-Bretagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans ces ann\u00e9es 1966 \u2013 1967, on parle de plus en plus de Rock steady, un terme qui serait venu d\u2019une injonction d\u2019un musicien \u00e0 ralentir le rythme&nbsp;: \u00ab&nbsp;rock steadily&nbsp;\u00bb ou <em>\u00ab&nbsp;balance plus lentement <\/em><em>ou plus r\u00e9guli\u00e8rement<\/em><em>&nbsp;\u00bb<\/em>. Les danseurs s\u2019\u00e9puisaient sur le Ska et le rythme a fini par s\u2019apaiser, pour leur permettre de souffler. La grande innovation r\u00e9side aussi dans l\u2019utilisation de la basse \u00e9lectrique au lieu de la contrebasse. Les cuivres mettent un b\u00e9mol et l\u2019orgue et la guitare prennent les devants. Le changement est venu du bassiste des Skatalites, Loyd Brevett, mais aussi d\u2019un guitariste de Trinitad et Tobago, Lynn Taitt, employ\u00e9 sur les premiers disques de Rocksteady. Commercialement, c\u2019est un groupe nomm\u00e9 The Ethiopians qui prendra la lumi\u00e8re. Paradoxalement, les danseurs de Ska vont pouvoir, avec le Rock steady, employer leur \u00e9nergie \u00e0 des activit\u00e9s plus violentes, et c\u2019est \u00e0 cette p\u00e9riode que des bagarres au couteau et des \u00e9chauffour\u00e9es vont survenir pour \u00e9crire la l\u00e9gende noire du Reggae.<\/p>\n\n\n\n<p>Le public fran\u00e7ais peut d\u00e9couvrir Jimmy Cliff au Palais des Sports, en juin 1967, en m\u00eame temps que la cr\u00e8me (dont Cream) de la pop anglaise. Cliff tourne avec un groupe de rockers blancs form\u00e9 entre autres par Ian Hunter (futur Mott The Hoople) et la chanteuse P.P Arnold. Le groupe enregistre une version du \u00ab&nbsp;Whiter Shade Of Pale&nbsp;\u00bb de Procol Harum, sans succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e 1969 et l\u2019invasion du Reggae pour que Cliff rencontre son premier succ\u00e8s avec \u00ab&nbsp;Wonderful World, Beautiful People&nbsp;\u00bb, sorti chez A&amp;M, juste apr\u00e8s \u00ab&nbsp;Waterfall&nbsp;\u00bb. Il triomphe au Br\u00e9sil dans un concours international consacr\u00e9 \u00e0 la chanson et son premier album \u00e9ponyme sort aux \u00c9tats-Unis chez A&amp;M, et chez Trojan \u00e0 la Jama\u00efque. On peut notamment appr\u00e9cier le titre \u00ab&nbsp;Vietnam&nbsp;\u00bb, hymne pacifiste o\u00f9 Cliff, le narrateur, parle d\u2019une lettre re\u00e7ue de la part d\u2019un ami enr\u00f4l\u00e9 dans cette sale guerre. Marley, mais aussi Paul Simon ou Dylan, tireront leur chapeau devant cette \u00ab&nbsp;protest-song&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre restera trois semaines dans les charts britanniques, comme cette reprise du \u00ab&nbsp;Wild World&nbsp;\u00bb de Cat Stevens, sortie en 1970. Cliff est lanc\u00e9, mais il reste un peu marginal dans la vague Reggae qui d\u00e9ferle, ne donnant pas dans les croyances un peu na\u00efves et le mysticisme idol\u00e2tre de ses compatriotes, Bob Marley en t\u00eate. En cela, il n\u2019a pas tr\u00e8s bonne presse sur l\u2019\u00eele et c\u2019est en Grande-Bretagne que ses fans se trouvent, souvent des Skinheads qui ne jurent que par lui, Prince Buster ou Alfred Aitken.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e 1972 rev\u00eat une importance particuli\u00e8re pour le reggae qui est devenu cette ann\u00e9e-l\u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne musical (et social) de port\u00e9e internationale. D\u2019abord, sorti au festival de Venise en septembre, le film de Perry Henzell <em>The harder they come<\/em> (<em>Tout tout de suite <\/em>en V.O), l\u2019histoire du jeune Ivanhoe Martin, un rude-boy venu enregistrer dans les studios de Kingston et qui, faute d\u2019engagement, se tourne vers la criminalit\u00e9. Le personnage est inspir\u00e9 d\u2019une l\u00e9gende urbaine, Rhyging, un criminel, sorte de brigand bien aim\u00e9 des ann\u00e9es 1940. Jimmy Cliff incarne Martin et compose la majeure partie d\u2019une bande-son parfaite o\u00f9 on peut entendre notamment le \u00ab&nbsp;Johnny Too Bad&nbsp;\u00bb des Slickers ou le \u00ab&nbsp;River Of Babylon&nbsp;\u00bb des Melodians, qui fera un tube disco par Bony M. On peut aussi entendre les Maytals et Desmond Dekker pour ce qui constitue une sorte de \u00ab&nbsp;best of&nbsp;\u00bb de la musique de l\u2019\u00eele. Pour Jimmy Cliff, ce sera \u00ab&nbsp;You Can Get It If You Really Want It&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Many Rivers To Cross&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Sitting Here In Limbo&nbsp;\u00bb plus \u00ab&nbsp;The Harder They Come&nbsp;\u00bb. Autant de hits pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second \u00e9v\u00e9nement est la sortie en Angleterre du <em>Catch a fire<\/em> de Bob Marley &amp; The Wailers, en d\u00e9cembre. Robert \u00ab&nbsp;Nesta&nbsp;\u00bb Marley avec Peter Tosh, Bunny Wailer et les fr\u00e8res Barrett (Aston \u00ab&nbsp;Family Man&nbsp;\u00bb et Carlton \u00ab&nbsp;Carlie&nbsp;\u00bb). La dream team des musiciens Reggae. Un Reggae roots p\u00e9tri d\u2019influences funky et soul avec le \u00ab&nbsp;Stop That Train&nbsp;\u00bb de Tosh et les d\u00e9j\u00e0 classiques de Marley&nbsp;: \u00ab&nbsp;Stir It Up&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Concrete Jungle&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Kinky Reggae&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;No More Trouble&nbsp;\u00bb. La pochette nous montre Marley allumant un joint et le disque devait \u00eatre \u00e0 l\u2019origine emball\u00e9 dans un briquet g\u00e9ant, avec un sens consomm\u00e9 de la provocation. L\u2019album sortira en avril aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il sera le premier succ\u00e8s du genre l\u00e0-bas, entrant dans le Top 50 du Billboard. La France se mettra \u00e0 l\u2019heure jama\u00efcaine en 1973 avec <em>Burnin\u2019 <\/em>et les articles des Philippe Garnier dans<em> Rock&nbsp;&amp; Folk<\/em> ou de Francis Dordor dans<em> Best. <\/em>Le reggae \u00e0 la conqu\u00eate du monde. \u00c0 la Jama\u00efque, Mikey Dread animera une \u00e9mission nocturne sur la radio nationale, <em>Dread at the controls<\/em>, durant toutes ces ann\u00e9es 1970. Le Reggae des Rastas fera la loi dans les ann\u00e9es 1970, mais Jimmy Cliff ne prendra pas la vague, trop europ\u00e9anis\u00e9, pas assez religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-il besoin de raconter la suite&nbsp;? Cliff sortira encore des disques, mais l\u2019inspiration s\u2019est tarie et il refera parler de lui avec \u00ab&nbsp;Reggae Night&nbsp;\u00bb, en 1983 . Il enregistre \u00ab&nbsp;I Can See Clearly Now&nbsp;\u00bb, une chanson de Johnny Nash qui fait un hit en 1992, la chanson avait \u00e9t\u00e9 \u00e9galement reprise par notre Cloclo national dans les ann\u00e9es 1970. Rien de bien notable ensuite, si ce n\u2019est une participation \u00e0 la bande-son du <em>Roi lion, <\/em>des ch\u0153urs sur un album des Stones et un passage \u00e0 la F\u00eate de l\u2019Huma en 1996. Le reste est anecdotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Jimmy Cliff, qui a re\u00e7u une \u00e9ducation chr\u00e9tienne, s\u2019\u00e9tait converti \u00e0 l\u2019Islam lors d\u2019un s\u00e9jour au S\u00e9n\u00e9gal. Il disait croire avant tout en la science. La science et la m\u00e9decine qui ne l\u2019ont pas sauv\u00e9 d\u2019une attaque de pneumonie. El Hadj Na\u00efm Bachir, de son nouveau nom, pourra regagner le paradis d\u2019Allah et pousser la chansonnette devant les 72 vierges qui viendront s\u00fbrement vers lui. Inch Allah&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>30 novembre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>James Chambers, alias Jimmy Cliff, n\u2019\u00e9tait pas de ces chanteurs reggae adorateurs de Rastafari et press\u00e9s de retourner en \u00c9thiopie, la terre promise. Il aura \u00e9t\u00e9 la star des formes ayant pr\u00e9lud\u00e9 au Reggae (Ska ou Rock steady) avec de fortes influences de la Soul music et du Rhythm\u2019n\u2019blues. 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