{"id":4515,"date":"2026-01-21T18:10:27","date_gmt":"2026-01-21T17:10:27","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4515"},"modified":"2026-01-21T18:10:27","modified_gmt":"2026-01-21T17:10:27","slug":"groovy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4515","title":{"rendered":"GROOVY!"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/illustration507.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4517\" width=\"579\" height=\"579\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/illustration507.png 316w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/illustration507-300x300.png 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/illustration507-150x150.png 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/illustration507-30x30.png 30w\" sizes=\"(max-width: 579px) 100vw, 579px\" \/><figcaption>Les Groovies \u00e0 Londres en 1975. Gentlemen rockers ou dandys pop. Groovy ! <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019\u00e9tait le titre d\u2019une rubrique mondaine et d\u00e9cadente dans <em>Actuel<\/em>, propos\u00e9e par Paolo D\u2019Alessandro, alias Paul Alessandrini bien connu des lecteurs de<em> Rock &amp; Folk.<\/em> On va parler ici des Flamin\u2019 Groovies, l\u2019un des plus grands groupe de rock de l\u2019histoire, et surtout de leur disque le plus excitant,<em> Shake some action<\/em>, sorti en mars 1976 (pile 50 ans) \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9, avant la vague punk, on commen\u00e7ait \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer du cirque pop. <em>Shake some action <\/em>avait tout du manifeste Power pop, avec des m\u00e9lodies subtiles, des harmonies vocales \u00e0 tomber et des riffs de guitare inspir\u00e9s. Pour une histoire des Groovies, on peut se reporter \u00e0 un ouvrage de votre serviteur, avec Jacques Vincent (*), on se contentera ici d\u2019une chronique de ce disque exceptionnel o\u00f9 les Groovies retrouvaient la magie des Beatles, des Beach Boys et des Byrds.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les Groovies, l\u2019un des seuls groupes apparus \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 \u00e0 San Francisco qui ne soit pas attach\u00e9 au mouvement hippie et \u00e0 la vague psych\u00e9d\u00e9lique, n\u2019ont jamais rencontr\u00e9 un succ\u00e8s \u00e9norme et ils ne seront adul\u00e9s que par une frange \u00e9clair\u00e9e de connaisseurs. Leur situation en 1975 est compliqu\u00e9e. Apr\u00e8s quatre albums sortis entre 1968 et 1971, ils ont produit deux super 45 tours (\u00ab&nbsp;Grease&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;More Grease&nbsp;\u00bb) en 1973 et 1974 chez United Artist avec le redoutable \u00ab&nbsp;Slow Death&nbsp;\u00bb, qui sera n\u00b01\u2026 En Suisse. Le groupe n\u2019a plus de maison de disque apr\u00e8s Epic, Kama Sutra et United Artists. C\u2019est le Fran\u00e7ais Marc Zermati, propri\u00e9taire de l\u2019Open Market et du label Skydog, qui les remet en selle et leur propose un contrat en attendant meilleure fortune.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Sire Records, un label de Warner Bros, qui va s\u2019occuper d\u2019eux et les Groovies iront r\u00e9p\u00e9ter leur nouvel album, le premier depuis 1971, aux studios Rockfield de Dave Edmunds, le sorcier du son gallois. Greg Shaw, journaliste et \u00e9diteur du fanzine<em> Who put the bomb&nbsp;? <\/em>sera aussi de la partie. Apr\u00e8s d\u2019incessants changements de personnel et les d\u00e9parts de Roy A. Loney, Tim Lynch et Danny Mihm, le groupe se compose de Cyril Jordan, leader historique, de Chris Wilson (ex Loose Gravel de Mike Wilhelm), guitares et chant, du fid\u00e8le George Alexander \u00e0 la basse et des petits nouveaux James Ferrel (guitare rythmique) et David Wright (batterie). Danny Mihm, batteur d\u00e9missionnaire, jouera sur deux morceaux (\u00ab&nbsp;Shake Some Action&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;You Tore Me Down&nbsp;\u00bb), les premiers enregistr\u00e9s d\u00e8s 1974.<\/p>\n\n\n\n<p><em>S<\/em><em>hake some action <\/em>ne sortira qu\u2019en mai aux \u00c9tats-Unis et c\u2019est un peu la derni\u00e8re carte tir\u00e9e par le groupe. Le disque se vendra tr\u00e8s bien et le succ\u00e8s public sera ind\u00e9niable, m\u00eame si une partie de la critique fera la fine bouche devant ce qui lui appara\u00eetra comme une resuc\u00e9e des hits Beatles \/ Stones \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00e9diocre. Faute de go\u00fbt&nbsp;! Pourtant, <em>Shake some action<\/em> est l\u2019un des tous meilleurs albums de l\u2019ann\u00e9e 1976, avec le <em>Coney Island baby <\/em>de Lou Reed ou le<em> Desire <\/em>de Dylan. Certes le groupe s\u2019inspire du British Beat, voire m\u00eame du Merseybeat du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, mais pour le transcender et en faire une collection pr\u00e9cieuse d\u2019hymnes \u00e0 la nostalgie et \u00e0 une certaine m\u00e9lancolie adulte devant les \u00e9mois de l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la pochette, une photographie du groupe \u00e0 Londres, d&rsquo;autres clich\u00e9s de la m\u00eame \u00e9poque les immortalisant sur Piccadilly Circus, cinq gentlemen en costumes sombres et cravates posant devant d\u2019immenses panneaux publicitaires vantant des machines \u00e0 laver ou des cigarettes blondes. Portrait des artistes en dandys pop fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9s sur Londres, en mission. C\u2019est d\u2019abord <em>Shake Some Action<\/em> qui donne le ton. Intro magique, riffs imparables et harmonies vocales belles \u00e0 pleurer tout au long d\u2019une m\u00e9lodie superbe. \u00ab\u00a0Yes It\u2019s True\u00a0\u00bb suit et l\u2019intensit\u00e9 ne faiblit pas. Une chanson inspir\u00e9e et forte avec des r\u00e9f\u00e9rences Beatlesiennes assum\u00e9es. Un joyau qui n\u2019aurait pas d\u00e9par\u00e9 le premier 33 tours des Beatles. Seule faut de go\u00fbt ce \u00ab\u00a0Saint-Louis Blues\u00a0\u00bb, classique du jazz traditionnel qui leur va comme un tablier \u00e0 une vache. Mais les choses se remettent vite en place avec \u00ab\u00a0I\u2019ll Cry Alone\u00a0\u00bb, fantastique ballade en arp\u00e8ges avec harmonies vocales poignantes et m\u00e9lancolie suave. Le \u00ab\u00a0Misery\u00a0\u00bb des Beatles n\u2019apporte rien, hommage b\u00e2cl\u00e9 aux ma\u00eetres. \u00ab\u00a0Please Please Girl\u00a0\u00bb revient \u00e0 ces lignes claires de guitare et \u00e0 ces m\u00e9lodies d\u2019orf\u00e8vre sculpt\u00e9es dans la mati\u00e8re sonore et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. La premi\u00e8re face se cl\u00f4t sur le \u00ab\u00a0Let The Boy Rock\u2019n\u2019roll\u00a0\u00bb du Lovin\u2019 Spoonful, groupe qui restera par-del\u00e0 les modes et les styles emprunt\u00e9s, la grande inspiration du groupe depuis ses d\u00e9buts.<\/p>\n\n\n\n<p>La face B s\u2019ouvre sur le \u00ab&nbsp;Don\u2019t You Lie To Me&nbsp;\u00bb, cosign\u00e9 par Chuck Berry et popularis\u00e9 par les Pretty Things. Moins sale que la version des Pretty Things, mais plus dure que l\u2019original. \u00ab&nbsp;She Said Yeah&nbsp;\u00bb, classique repris par les Stones dans les mid-sixties, rend des points \u00e0 l\u2019original gr\u00e2ce \u00e0 un d\u00e9luge d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et des vocaux exc\u00e9d\u00e9s. Petite bizarrerie avec ce \u00ab&nbsp;Sometimes&nbsp;\u00bb, d\u00e9j\u00e0 repris par Paul Revere &amp; The Raiders et Doug Sahm que les Groovies tirent vers le psychodrame adolescent \u00e0 la sauce Spector. Du grand art avec, flottant parmi tous ces morceaux, la production magique, tout en \u00e9chos et saturation du duo Edmunds \u2013 Shaw. On retrouve leur patte dans \u00ab&nbsp;I Saw Her&nbsp;\u00bb, l\u2019une des plus belles r\u00e9ussites du disque. D\u2019une m\u00e9lancolie proche du path\u00e9tique, toute en finesse et en \u00e9motion. \u00ab&nbsp;You Tore Me Down&nbsp;\u00bb lui fait suite en restant dans ce registre poignant des frustrations adolescentes et du pass\u00e9 magnifi\u00e9. Que dire de \u00ab&nbsp;Teenage Confidential&nbsp;\u00bb, sans conteste le meilleur morceau de ce disque riche et inventif. V\u00e9ritable symphonie adolescente (\u00ab&nbsp;symphony for teens&nbsp;\u00bb, disait Spector) d\u00e9di\u00e9e \u00e0 un pass\u00e9 qu\u2019on ne cherche m\u00eame plus \u00e0 faire revivre et dont on se rem\u00e9more l\u2019intensit\u00e9 avec une certaine d\u00e9lectation morose. Nostalgie et m\u00e9lancolie toujours, les deux couleurs s\u00e9pia de cet album magique avec le dernier morceau, \u00ab&nbsp;I Can\u2019t Hide&nbsp;\u00bb, fulgurant et cursif, qui cl\u00f4t en beaut\u00e9 cette collection unique de petites perles m\u00e9lodiques tourn\u00e9es vers un pass\u00e9 glorieux mais restant moderne dans l\u2019esprit, de par le traitement qui use de toute la technologie du son et de par la production qui renvoie aux b\u00e2tisseurs de cath\u00e9drales sonores qu\u2019\u00e9taient les Phil Spector, les Shadow Morton ou les Jack Nitszche.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9sumer, une compl\u00e8te r\u00e9ussite et un disque d\u2019anthologie avec huit titres sign\u00e9s Jordan \/ Wilson, une signature qui vaut bien celle, d\u00e9j\u00e0 mythique dans le monde du rock, de Loney et Jordan.<\/p>\n\n\n\n<p>Sire ayant tard\u00e9 \u00e0 sortir l\u2019album aux \u00c9tats-Unis, ils refusent de tourner l\u00e0-bas, ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu. Ils pr\u00e9f\u00e8rent entamer une tourn\u00e9e anglaise qui les m\u00e8nera \u00e0 la Roundhouse et au Dingwall\u2019s notamment. Ce sera ensuite le continent un peu plus tard et la France o\u00f9 Zermati s\u2019active pour r\u00e9\u00e9diter tous leurs disques. En Angleterre, on assiste \u00e0 un d\u00e9but de Groovymania, la tourn\u00e9e du groupe correspondant \u00e0 l\u2019engouement pour le Pub-rock qui allait bient\u00f4t c\u00e9der la place au Punk-rock.<\/p>\n\n\n\n<p>Sire n\u2019appr\u00e9ciera pas les rebuffades des Groovies et leur boycott des USA. Deux albums sortiront, <em>Flamin\u2019 Groovies now<\/em> en 1978 et<em> Jumpin\u2019 in the night<\/em> en 1979, avec Mike Wilhelm (ex Charlatan et Loose Gravel) &nbsp;; tous deux taill\u00e9s sur le m\u00eame moule mais avec sans cesse plus de reprises (Byrds, Stones, Beatles, Lovin\u2019 Spoonful\u2026). Les compositions Jordan \/ Wilson, si elles sont toujours d\u2019un niveau plus qu\u2019honorable, n\u2019ont plus la magie de <em>Shake some action<\/em> pour lequel Chris Wilson parlera de Zeitgest, l\u2019esprit du temps. Rockers lyriques et flamboyants, les Groovies incarnent une certaine innocence m\u00eal\u00e9e de provocation et d\u2019\u00e9l\u00e9gance, le tout charri\u00e9 avec une \u00e9nergie du feu de Dieu tir\u00e9e des cavernes prom\u00e9th\u00e9ennes des pionniers.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite&nbsp;? Sire les jettera comme des malpropres pour manque de potentiel commercial et Marc Zermati et son associ\u00e9 Claude Lamblin (ex photographe chez Decca France) les emm\u00e8nera \u00e0 Los Angeles pour enregistrer aux mythiques Gold Star Studios, au printemps 1981. Las, l\u2019affaire tournera court apr\u00e8s quelques morceaux enregistr\u00e9s dont le \u00ab&nbsp;River Deep Mountain High&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Be My Baby&nbsp;\u00bb des Ronettes et \u00ab&nbsp;And Your Bird Can Sing&nbsp;\u00bb des Beatles. Chris Wilson quittera le groupe dont il ne restera que Jordan et Alexander qui tourneront en Australie et en Asie sous la direction d\u2019un nouveau manager. Tout cela se terminera le nez dans la poudre et l\u2019inspiration d\u00e9finitivement perdue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aura \u00e7a et l\u00e0 quelques reformations, mais l\u2019esprit des Groovies, ce m\u00e9lange subtil de nostalgie et de m\u00e9lancolie, s\u2019\u00e9tait \u00e9vapor\u00e9. Ne soyons pas trop durs avec ceux qui ont retrouv\u00e9 un temps la magie des hymnes de nos adolescences, des chants d\u2019innocence, comme les clamaient William Blake. Groovy&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>* <\/strong><\/u><\/em><em><u><strong>Groovin\u2019 \u2013 Une histoire des Flamin\u2019 Groovies \u2013 Didier Delinotte \/ Jacques Vincent \u2013 Camion blanc \u2013 20<\/strong><\/u><\/em>14.<\/p>\n\n\n\n<p><em>3 janvier 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait le titre d\u2019une rubrique mondaine et d\u00e9cadente dans Actuel, propos\u00e9e par Paolo D\u2019Alessandro, alias Paul Alessandrini bien connu des lecteurs de Rock &amp; Folk. 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