{"id":4527,"date":"2026-02-23T16:41:17","date_gmt":"2026-02-23T15:41:17","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4527"},"modified":"2026-02-23T16:41:17","modified_gmt":"2026-02-23T15:41:17","slug":"notes-de-lecture-78","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4527","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 78"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>ANDR\u00c9 MALRAUX \u2013<em> LES CONQU\u00c9RANTS<\/em> \u2013 Grasset<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malraux&nbsp;? Pas vraiment ma tasse de th\u00e9. D\u00e9j\u00e0 des livres comme <em>La condition humaine <\/em>ou <em>L\u2019espoir<\/em> me sont tomb\u00e9s des mains. Et puis, malgr\u00e9 sa vaste intelligence, je n\u2019ai jamais trop aim\u00e9 l\u2019aventurier trafiquant de tr\u00e9sors arch\u00e9ologiques devenu baron du Gaullisme en passant par le guerre d\u2019Espagne, quand m\u00eame&#8230; Une sorte de BHL de l\u2019ancien monde, toutes proportions gard\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, <em>Les conqu\u00e9rants<\/em> fait partie de la m\u00eame trilogie que<em> L\u2019espoir <\/em>et<em> La condition humaine<\/em>, soit une r\u00e9flexion sur la libert\u00e9, la r\u00e9volution et l\u2019homme \u00e0 travers les pr\u00e9mices d\u2019une r\u00e9volution chinoise qui rappelle \u00e9trangement l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Un narrateur jamais nomm\u00e9 arrive \u00e0 Canton depuis la France. La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale s\u2019\u00e9tend sur toute la ville et le trafic vers Hong Kong, o\u00f9 des appels \u00e0 la gr\u00e8ve se font \u00e9galement entendre, menace d\u2019\u00eatre interrompu. C\u2019est la Chine des ann\u00e9es 1920&nbsp; (le roman a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1928). La gr\u00e8ve des coolies et des ouvriers chinois fait basculer les empires coloniaux, \u00e0 commencer par l\u2019Angleterre. La Russie d\u2019apr\u00e8s la r\u00e9volution d\u2019octobre est \u00e0 la man\u0153uvre ainsi que des pays europ\u00e9ens comme l\u2019Allemagne ou la France. Tous ligu\u00e9s contre Albion la perfide.<\/p>\n\n\n\n<p>Malraux fait le portrait de quelques r\u00e9volutionnaires qui veulent lib\u00e9rer le peuple chinois du joug colonial et poursuivre plus \u00e0 l\u2019est la r\u00e9volution d\u2019octobre. Il y a le G\u00e9nois Rebecci, l\u2019Allemand Klein ou le Suisse Garine (en fait Garin dont la m\u00e8re est Russe). Des tranches de vie qui vont des groupes anarchistes du d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 la r\u00e9volution d\u2019octobre en passant par la premi\u00e8re guerre mondiale. Mais le personnage le plus pittoresque est peut-\u00eatre ce Borodine, li\u00e9 \u00e0 Moscou.<\/p>\n\n\n\n<p>On trouve dans le roman quelques phrases devenues c\u00e9l\u00e8bres&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;la vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie&nbsp;\u00bb<\/em> ou encore <em>\u00ab&nbsp;juger c\u2019est ne pas comprendre car quand on comprend on ne peut plus juger&nbsp;\u00bb<\/em>. Des phrases \u00e0 la Camus avec lequel Malraux a beaucoup en commun, la sensibilit\u00e9 maladive en moins, peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Tcheng Da\u00ef est le Gandhi chinois et s\u2019il est li\u00e9 \u00e0 la III\u00b0 Internationale, il s\u2019en distingue par son nationalisme. Quand eux r\u00eavent de r\u00e9volution internationale avec le Kuomintang, lui pense \u00e0 une voie chinoise originale&nbsp;. Les deux clans s\u2019entendent pour \u00e9liminer les irr\u00e9guliers \u2013 anarchistes et aventuriers \u2013 comme Hong ou Tang. L\u2019affaire se joue aussi entre Canton et Hong Kong. Les communistes attendent l\u2019ex\u00e9cution du d\u00e9cret anglais visant \u00e0 isoler Hong Kong alors que les Chinois se m\u00e9fient des uns comme des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>La gr\u00e8ve devient insurrectionnelle et on arme les gr\u00e9vistes. Parall\u00e8lement, des chefs de guerre s\u2019opposent et on entrevoit les figures historiques de Tchang Ka\u00ef-Chek et de Mao. Pour Borodine et ses hommes, il importe de tirer leur \u00e9pingle du jeu en montant les uns contre les autres tout en gardant le contr\u00f4le. Exercice aussi subtil que difficile. La situation est embrouill\u00e9e et confuse, comme on dit dans les agences de presse. Le style est d\u2019ailleurs tr\u00e8s journalistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Garine est malade, Borodine n\u2019est pas plus brillant, devenu invisible, et Tcheng Da\u00ef se serait suicid\u00e9. On pense qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9. Le Gandhi chinois est mort et la guerre est proche. Hong est arr\u00eat\u00e9 et soup\u00e7onn\u00e9 du meurtre. Klein est atrocement tortur\u00e9 dans un bordel, Borodine avoue avoir tu\u00e9 Hong, Garine se meurt de paludisme. La guerre fait rage entre l\u2019arm\u00e9e rouge et les troupes de Tcheng-Tchouing-Minh, un Seigneur de la guerre. L\u2019Angleterre a promulgu\u00e9 le d\u00e9cret, mais c\u2019est trop tard. Le roman se termine de fa\u00e7on cr\u00e9pusculaire avec des questions quasi-m\u00e9taphysiques sur la r\u00e9volution. En fait, nous dit Malraux, la r\u00e9volution est faite pour les hommes sans \u00e2me, obs\u00e9d\u00e9s par les r\u00e9sultats de leurs man\u0153uvres. Les hommes comme Garine, trop humains, ne peuvent se plier \u00e0 sa discipline.<\/p>\n\n\n\n<p>Une post-face nous \u00e9claire encore plus sur les intentions de l\u2019auteur. Une post-face \u00e9crite 25 ans plus tard o\u00f9 il parle \u00ab&nbsp;d\u2019un roman adolescent&nbsp;\u00bb et il a fait son deuil de l\u2019internationalisme et de la r\u00e9volution. Suivent de vagues consid\u00e9rations sur l\u2019Europe, l\u2019URSS, les \u00c9tats-Unis, l\u2019art, la culture, la litt\u00e9rature\u2026 La culture pour tous et la pens\u00e9e libre contre la propagande et les mass-m\u00e9dias. On retrouve le Malraux brillant \u00e9rudit et th\u00e9oricien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas ce livre qui va me r\u00e9concilier avec Malraux, quoiqu\u2019il y ait du Roger Vailland l\u00e0-dedans&nbsp;; le Vailland de<em> Dr\u00f4le de jeu,<\/em> sur la r\u00e9sistance. Vailland a fini stalinien et Malraux gaulliste, deux trajectoires finalement sans surprise pour des hommes id\u00e9alistes, durs et peu aptes au compromis. Une intelligence, mais peut-\u00eatre trop intelligent pour \u00eatre un grand \u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PATRICK MORTAL \u2013<em> L\u2019\u00c9POQUE DE LA SOLIDARIT\u00c9 <\/em>\u2013 Le Croquant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Patrick Mortal, \u00ab&nbsp;Max&nbsp;\u00bb de son nom de guerre, est un ami mais le rapport affectif qui peut nous lier ne contrarie en rien le jugement objectif que je porterai sur ce livre. Max m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait lire plusieurs de ses ouvrages sur les arsenaux et les ouvriers de l\u2019armement, sujets ardus pour le non initi\u00e9 pas sp\u00e9cialement attir\u00e9 par le domaine. Mais m\u00eame sur ce type d\u2019\u00e9tudes, il y avait toujours des choses \u00e0 retenir sur l\u2019histoire politique et sociale d\u2019un pays et d\u2019une cat\u00e9gorie de ses producteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, le th\u00e8me m\u2019int\u00e9resse beaucoup plus en tant que militant syndicaliste et associatif&nbsp;: une histoire des politiques sociales (c\u2019est d\u2019ailleurs le sous-titre de ce livre), soit le pourquoi et surtout le comment des politiques sociales depuis les pauvres secourus par l\u2019\u00e9glise jusqu\u2019aux r\u00e9formes actuelles (retraites, Ondam et autres PLFSS). Vaste programme aurait dit l\u2019autre, mais l\u2019auteur s\u2019y conforme en quelques chapitres clairs et pr\u00e9cis que nous allons tenter de passer en revue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier chapitre expose le contenu g\u00e9n\u00e9ral, depuis la p\u00e9nible fondation de l\u2019\u00e9tat social jusqu\u2019aux d\u00e9sillusions d\u2019aujourd\u2019hui. En historien abreuv\u00e9 aux meilleures sources, Mortal nous parle des mutations de la question sociale avec des figures oubli\u00e9es comme Albert Thomas ou L\u00e9on Bourgeois. Comment la question sociale (comme disait Marx) a \u00e9volu\u00e9 de la charit\u00e9 et de la bienfaisance \u00e0 sa politisation avec la mont\u00e9e en puissance des classes laborieuses organis\u00e9es. On voit ensuite les diff\u00e9rences entre le syst\u00e8me Beveridge, bas\u00e9 sur l\u2019imp\u00f4t et sur l\u2019\u00e9tat et le syst\u00e8me Bismarck, assis sur la cotisation. Le mod\u00e8le fran\u00e7ais sera diff\u00e9rent avec les r\u00e9formes impuls\u00e9es sous le 3\u00b0 R\u00e9publique et les solidarit\u00e9s ouvri\u00e8res, les premi\u00e8res caisses sociales et les mutuelles sous inspiration anarchiste. On en arrive \u00e0 la cr\u00e9ation de la s\u00e9curit\u00e9 sociale qui vise \u00e0 une transformation sociale tout en s\u00e9curisant les classes populaires. Un syst\u00e8me qui prosp\u00e9rera durant les trente glorieuses mais avec de nombreux reculs sur la volont\u00e9 des p\u00e8res fondateurs, du paritarisme de 1967 aux imp\u00f4ts de type CSG ou CRDS, sans parler des nombreuses r\u00e9formes des syst\u00e8mes de retraite par r\u00e9partition, en \u00e2ge de d\u00e9part et en ann\u00e9es cotis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi un grand int\u00e9r\u00eat de ce livre de nous faire vivre ces \u00e9volutions souvent n\u00e9fastes pour le camp du travail et douces au capital, mais c\u2019est la red\u00e9couverte de solidarit\u00e9s qui ont toujours exist\u00e9 \u00e0 travers le temps, bas\u00e9es sur un certain humanisme, qu\u2019il soit religieux, social ou plus politique.<\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps, on a droit \u00e0 une histoire du syndicalisme \u00e0 la fran\u00e7aise et cette \u00e9tude nous emm\u00e8ne souvent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, au moins dans les pays proches (Angleterre, Allemagne, Italie\u2026) o\u00f9 l\u2019on peut mesurer les diff\u00e9rences.<\/p>\n\n\n\n<p>Mortal n\u2019omet rien de la place des villes et de la m\u00e9tropolisation dans ces processus, de l\u2019importance des politiques familiaristes et jusqu\u2019aux nouvelles tendances observ\u00e9es depuis l\u2019apr\u00e8s 68&nbsp;: f\u00e9minisme, \u00e9cologie et recherche de renouveau d\u00e9mocratique comme de nouveaux chemins de vie. Lutte des classes contre intersectionnalit\u00e9&nbsp;? Pour lui, le d\u00e9bat n\u2019est pas l\u00e0 et ses conclusions sont plut\u00f4t optimistes \u00e0 condition que le bouillonnement id\u00e9ologique actuel puisse d\u00e9boucher sur des formes d\u2019organisation nouvelles capables de faire na\u00eetre des alternatives au n\u00e9o-lib\u00e9ralisme de plus en plus fascisant. <em>\u00ab&nbsp;Une seule certitude&nbsp;: demain comme hier, rien ne sera possible sans un v\u00e9ritable \u00e9lan collectif vers un monde clairement meilleur, un univers qui fasse envie&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le livre comprend une s\u00e9rie d\u2019encadr\u00e9s qui aident \u00e0 comprendre le propos et \u00e0 restituer le contexte, avec un tableau historique \u00e0 la fin. De la belle ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait lui reprocher l\u2019absence de l\u2019altermondialisme dans son panorama et des visions originales actuelles comme celles d\u2019un Bernard Friot. Du reste, on est rest\u00e9s personnellement plut\u00f4t malthusien quant \u00e0 la d\u00e9mographie et plut\u00f4t adversaire de l\u2019universalit\u00e9 des allocations. Mais bon, tout cela ne p\u00e8se pas bien lourd en regard d\u2019un ouvrage aussi solide et argument\u00e9. Un seul vrai regret&nbsp;: trop de notes de bas de page qui rendent la lecture parfois ardue, mais c\u2019est la loi de tout ouvrage \u00e0 pr\u00e9tention scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, on apprend beaucoup de choses et on a une vision plus claire de l\u2019histoire des politiques sociales, m\u00eame si l\u2019\u00e9poque de la solidarit\u00e9 semble derri\u00e8re nous. Thank you Max, et au plaisir autour d\u2019une bi\u00e8re ou d\u2019un caf\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>THOMAS MANN \u2013<em> L\u2019\u00c9LU<\/em> \u2013 Albin Michel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"808\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510-808x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4529\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510-808x1024.jpg 808w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510-237x300.jpg 237w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510-768x974.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510-947x1200.jpg 947w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510-710x900.jpg 710w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510-473x600.jpg 473w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510-24x30.jpg 24w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/illustration510.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 808px) 100vw, 808px\" \/><figcaption>Thomas Mann, fr\u00e8re de Heinrich Mann et p\u00e8re de Klaus et de Golo Mann. Une dynastie litt\u00e9raire made in Deutschland, patrie de la kraut literatur. Photo Wikipedia.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On sait que Thomas Mann est un g\u00e9ant de la litt\u00e9rature allemande, mais le lit-on encore&nbsp;? On conna\u00eet peut-\u00eatre sa <em>Montagne magique<\/em> par une s\u00e9rie TV ou <em>Mort \u00e0 Venise<\/em> par le film de Visconti. Quoi d\u2019autre&nbsp;? Il y a ce livre, une vie de saint, celle du pape Gr\u00e9goire. Avec la mort du pape Fran\u00e7ois, c\u2019est d\u2019actualit\u00e9 et le r\u00e9cit est d\u2019ailleurs bas\u00e9 sur<em>La vie de Saint-Gr\u00e9goire,<\/em> livre en fran\u00e7ais repris en Allemand sous le titre <em>Gregorius.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9ment de l\u2019Eire, un moine irlandais converti au catholicisme \u00e0 Rome, s\u2019est \u00e9tabli dans un monast\u00e8re de Saint-Gall. Il se d\u00e9signe en \u00ab&nbsp;g\u00e9nie de la narration&nbsp;\u00bb, car c\u2019est lui qui va nous raconter son histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9nie de la narration nous emm\u00e8ne dans un ch\u00e2teau des Flandres, au Moyen-\u00e2ge, o\u00f9 le couple de seigneurs a tout sauf une descendance. Ils finissent par avoir des jumeaux, mais la m\u00e8re meurt en couche. C\u2019est ensuite l\u2019histoire de Wiligis et Sybilla, les jumeaux couv\u00e9s par le Seigneur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Seigneur qui se meurt et qui l\u00e8gue ses terres et ses biens \u00e0 son petit-fils. En guise de petit-fils, il aura le fruit d\u2019un inceste, puisque Wiligis et Sybilla ont fait l\u2019amour et que la fille est enceinte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ysengrin, l\u2019\u00e9cuyer aupr\u00e8s de qui le couple prend conseil, leur enjoint lui de partir aux croisades et elle de venir en son castel apr\u00e8s que son fr\u00e8re et amant lui e\u00fbt d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 ses pouvoirs sur son fief.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant na\u00eet et on d\u00e9cide de l\u2019envoyer sur l\u2019eau, scell\u00e9 dans un tonneau transport\u00e9 par une barque. Quelques mots renseignent sur sa noblesse et son rang. C\u2019est \u00e0 la fois Sophocle (<em>\u0152dipe <\/em><em>roi<\/em>), Shakespeare (<em>Hamlet<\/em>) et la Bible (Mo\u00efse, sauv\u00e9 des eaux?).<\/p>\n\n\n\n<p>Wiligis ne passe pas Marseille et meurt avant d\u2019aller bouter le sarrasin. Sybilla l\u2019apprend et maudit les id\u00e9es d\u2019Ysengrin ayant entra\u00een\u00e9 la mort de son fr\u00e8re et s\u00fbrement celle de son fils. Elle se retire dans son ch\u00e2teau de Bruges, renon\u00e7ant \u00e0 son pouvoir mais cela n\u2019emp\u00eache pas les f\u00e9odaux d\u2019autres r\u00e9gions de la courtiser. Ainsi le prince d\u2019Arles qui veut placer son fils pour rattacher la Flandres \u00e0 la Bourgogne.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, un moine d\u2019une \u00eele anglo-normande voit des p\u00eacheurs ramener l\u2019embarcation du b\u00e9b\u00e9. Il d\u00e9cide de recueillir l\u2019enfant apr\u00e8s avoir lu la tablette ins\u00e9r\u00e9e dans le tonneau.<\/p>\n\n\n\n<p>Appel\u00e9 Grigors, l\u2019enfant est \u00e9lev\u00e9 chez des p\u00eacheurs avant d\u2019entrer au couvent. On dit publiquement qu\u2019il est le fils de cette famille devenue paysanne gr\u00e2ce au moins et \u00e0 l\u2019argent contenu dans le tonneau. Mais son fr\u00e8re impos\u00e9, Flann, ne l\u2019accepte pas. Ils se battent, mais l\u2019intelligence triomphe de la force et Flann rentre chez lui en sang. Sa m\u00e8re lui confie que Grigors n\u2019est pas son fr\u00e8re et l\u2019enfant s\u2019en va.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est retrouv\u00e9 dans la nature par le moine qui lui dit la v\u00e9rit\u00e9, lui montrant la tablette. Il l\u2019implore de rester au monast\u00e8re o\u00f9 il pourra lui succ\u00e9der. Lui veut partir comme chevalier errant, \u00e0 la recherche de ses vrais parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sormais chevalier errant atterrit \u00e0 Bruges, l\u00e0 o\u00f9 r\u00e9gnait sa m\u00e8re qui a laiss\u00e9 les affaires et la politique \u00e0 Sire Poitevin, devenu maire. Le duc d\u2019Arles continue \u00e0 poursuivre de ses assiduit\u00e9s Sybilla. <em>\u00ab&nbsp;Jamais de la vie&nbsp;\u00bb<\/em> lui r\u00e9pond-elle invariablement. En repr\u00e9sailles, il fait d\u00e9vaster la r\u00e9gion par ses troupes de Bourgogne. Grigors d\u00e9cide d\u2019aller la voir., estimant que c\u2019est sa mission de chevalier.<\/p>\n\n\n\n<p>Poitevin le pr\u00e9sente \u00e0 Feirefitz, qui dirige l\u2019arm\u00e9e, et Grigors participe h\u00e9ro\u00efquement \u00e0 cette \u00ab&nbsp;guerre de l\u2019amour&nbsp;\u00bb qui oppose Flamands et Bourguignons. Sa bravoure le fait conduire vers la reine qui n\u2019est autre que sa m\u00e8re. \u0152dipe encore\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Celui qu\u2019on appelle maintenant \u00ab&nbsp;le chevalier au poisson&nbsp;\u00bb se bat comme un beau diable et il provoque en duel le comte d\u2019Arles, Roger Barbe-pointue, son rival aupr\u00e8s de la reine. Il remporte le duel et s\u2019attire les foudres des Bourguignons le vouant aux g\u00e9monies. Mais Roger est fait prisonnier. Grigors peut \u00eatre re\u00e7u par sa dame qui est aussi sa m\u00e8re et elle le f\u00e9licite. Barbe pointue renonce \u00e0 la dame et au royaume. Apr\u00e8s une entrevue avec Sybilla, Grigors est pri\u00e9 de rester \u00e0 la cour en qualit\u00e9 de s\u00e9n\u00e9chal.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pays a retrouv\u00e9 sa prosp\u00e9rit\u00e9 et les barons locaux ne veulent plus de guerres. Il faut que Sybilla prenne \u00e9poux et, bien s\u00fbr, elle choisit son s\u00e9n\u00e9chal qu\u2019elle ignore encore \u00eatre son fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Grigors \u00e9pouse Sybilla, sa m\u00e8re, et les Flandres et l\u2019Artois ont un nouveau duc par alliance. La province est en f\u00eate et les seigneurs des autres r\u00e9gions abandonnent leurs pr\u00e9tentions.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont une fille, Herades, mais la lune de miel s\u2019obscurcit chacun ayant inconsciemment sa faute \u00e0 expier. C\u2019est une femme de chambre qui va trouver le pot aux roses. Elle surveille les mortifications de Grigors, s\u00e8me le doute chez la reine et, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une partie de chasse, trouve la tablette relatant ses origines. La reine ne peut plus douter, c\u2019est bien son fils et ils ont commis le p\u00e9ch\u00e9 d\u2019inceste. Ils en parlent et trouvent un accord&nbsp;: ils n\u2019auront plus de relations charnelles, la reine abdiquera et se consacrera aux \u0153uvres pies et lui partira loin en ermite p\u00e9nitent pour tenter de racheter ses fautes. Il est h\u00e9berg\u00e9 chez un p\u00eacheur qui le conduit sur un \u00e9peron rocheux o\u00f9 il aura tout loisir d\u2019expier. Il passera dix-sept ann\u00e9es sur son rocher, \u00e0 dormir la plupart du temps, vivant de l\u2019eau de la pluie et du lait de la terre. Son corps se rapetissa jusqu\u2019\u00e0 rappeler un h\u00e9risson&nbsp;. C\u2019est ainsi que le moine le d\u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>On est maintenant au Vatican o\u00f9, apr\u00e8s la mort du saint-p\u00e8re, deux papes rivaux s\u2019affrontent par bandes interpos\u00e9es. Les deux papes meurent d\u2019apoplexie et le nonce, Sextus, re\u00e7oit la visitation d\u2019un agneau qui l\u2019implore de nommer Gregorius. Il s\u2019ouvre de sa vision \u00e0 Liberius, un docteur de l\u2019\u00e9glise, qui lui confie qu\u2019il a eu la m\u00eame apparition. Il faut aller chercher le nouveau pape dans des contr\u00e9es lointaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Sextus et Liberius entament leur p\u00e9riple qui les am\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 la cabane du p\u00eacheur qui vient de prendre un \u00e9norme brochet dont l\u2019estomac contenait une cl\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la cl\u00e9 qu\u2019il avait jet\u00e9 \u00e0 la mer apr\u00e8s avoir voulu garder Gregorius prisonnier. Le p\u00eacheur p\u00e9cheur se repend et sa femme est \u00e0 genoux devant les saints hommes. Habemus papam&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ils trouvent un individu hirsute ressemblant \u00e0 un h\u00e9risson et doutent de l\u2019annonce de l\u2019agneau, mais Gregorius leur parle et ils sont convaincus qu\u2019il est l\u2019\u00e9lu. Il dit ne pas avoir sa place parmi les hommes, mais peut si\u00e9ger au-dessus d\u2019eux. La m\u00e9tamorphose op\u00e8re ensuite et il redevient l\u2019homme qu\u2019il a \u00e9t\u00e9. On l\u2019emm\u00e8ne \u00e0 Rome o\u00f9 il est fait pape dans la liesse populaire. Un grand pape qui traque h\u00e9r\u00e9tiques et simoniaques, qui agrandit les \u00e9tats du Vatican, qui r\u00e9sout tous les points de th\u00e9ologie et dont la r\u00e9putation se r\u00e9pand dans le monde, faisant envie aux serviteurs d\u2019autres cultes.<\/p>\n\n\n\n<p>Sybilla a deux autres filles de Grigors et elle porte secours aux afflig\u00e9s dans un castel de charit\u00e9 . Elle n\u2019a qu\u2019une amie, Gudule dont le fils qu\u2019elle a eue avec un jongleur infid\u00e8le est Perckhart, un peintre de g\u00e9nie qui part \u00e0 Rome rejoindre d\u2019autres artistes. Sybilla a eu vent de ce pape exceptionnel et elle veut se confesser \u00e0 lui. Il lui accorde une audience.<\/p>\n\n\n\n<p>Sybilla lui raconte toute l\u2019histoire, qu\u2019il conna\u00eet par c\u0153ur. Elle ne le reconna\u00eet pas, le visage dissimul\u00e9 par l\u2019ombre de sa tiare, mais elle finit par voir en lui son fils. Perkhartdt le peintre \u00e9pousera Humilitas, l\u2019autre fille des amants maudits et le narrateur nous invite \u00e0 ne pas tirer trop rapidement de morale \u00e0 cette histoire. Du mal peut sortir le bien, nous contenterons-nous de conclure.<\/p>\n\n\n\n<p>Un beau roman en tout cas, roman de chevalerie, d\u2019aventure et de th\u00e9ologien ou de m\u00e9taphysique. Mann semble se d\u00e9lecter de ce r\u00e9cit pervers pour aller jusqu\u2019aux tr\u00e9fonds du mal et en faire jaillir une source de vie et d\u2019esp\u00e9rance. Il convoque pour ce faire les grands mythes grecs, les l\u00e9gendes m\u00e9di\u00e9vales, le th\u00e9\u00e2tre \u00e9lisab\u00e9thain et les r\u00e9cits bibliques. Un livre monde, comme on dirait aujourd\u2019hui. Big Mann&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MICHAEL MOORCOCK \u2013 <em>L\u00c9GENDES DE LA FIN DES TEMPS<\/em> \u2013 Deno\u00ebl \/ Pr\u00e9sence du futur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 maintes fois pr\u00e9sent\u00e9 ici, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de revenir sur Michael Moorcock, p\u00e8re de l\u2019Heroic and Fantasy et r\u00e9dacteur en chef du magazine<em> New Worlds.<\/em> Il a aussi travaill\u00e9 avec des groupes de rock comme Hawkwind en Angleterre ou le Blue \u00d6yster Cult aux USA, comme parolier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont ici trois nouvelles d\u2019avant les grandes fresques et les grandes saga. Les personnages de Moorcock sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0&nbsp;: ma\u00eetresse Christia, le duc de Queens, Jherek Carnelian, Lady Charlotina, Mongrove, Morphail ou encore Lord Jagged (des Canaries).<\/p>\n\n\n\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 mondaine, \u00e0 des mill\u00e9naires d\u2019ici, qui ne conna\u00eet plus la mort, pas plus que le travail , l\u2019amour ou la guerre, mais qui conna\u00eet l\u2019ennui. Le personnage principal est ici Werner de Goethe, lequel a la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre le seul \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par une femme, ce qui n\u2019att\u00e9nue pas sa tristesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il rencontre Catherine Gratitude, elle aussi n\u00e9e d\u2019une femme, et il veut devenir son p\u00e8re adoptif. Malheureusement, ses amis l\u2019entra\u00eenent dans un bal masqu\u00e9 pour se jouer de lui et l\u2019amener \u00e0 convoiter Catherine avec qui il finit par coucher. D\u00e9vast\u00e9 par la culpabilit\u00e9, il se jette du haut de l\u2019immeuble et meurt, ou croit mourir. \u00c0 son r\u00e9veil, tous ses amies sont autour de lui et on lui a fait une belle farce. La pudique Catherine n\u2019\u00e9tait autre que ma\u00eetresse Christia sous une autre apparence et toute la bande \u00e9tait dans la combine, surveillant Werther dans son r\u00f4le de p\u00e8re et d\u2019amant. On ne meurt jamais vraiment sur cette plan\u00e8te et \u00e0 cette \u00e9poque, mais on rit beaucoup. Fin de la premi\u00e8re nouvelle, <em>Roses p\u00e2les<\/em>. Bof.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u00e9toile blanche<\/em>, la deuxi\u00e8me nouvelle, voit L\u2019orchid\u00e9e de fer et le Duc de Queens s\u2019offrir un voyage sur le vieux continent africain. Une excursion sur ces a anciennes terres o\u00f9 ils \u00e9voluent facilement gr\u00e2ce \u00e0 leur anneau \u00e9nerg\u00e9tique. Ils croient voir deux hommes authentique se battre en duel, mais c\u2019est Lord Shark et son robot. Lord Shark qui provoque Queens en duel, sous l\u2019\u0153il de L\u2019orchid\u00e9e de fer.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute le smala galactique ne parle que de ce duel \u00e0 venir et chacun sait que Lord Shark est un misanthrope affich\u00e9, peu enclin \u00e0 \u00e9pargner ses contemporains. Lord Morphail, lui, regarde les quelques cr\u00e9atures \u00e9gar\u00e9es du temps qu\u2019il a pu capturer&nbsp;: des soldats du XX\u00b0 si\u00e8cle qui continuent \u00e0 faire feu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma\u00eetresse Christa, attendrie, propose aux soldats de faire l\u2019amour mais ils d\u00e9clinent. En attendant, le soldat O\u2019 Dwyer donne des le\u00e7ons d\u2019\u00e9quitation au Duc de Queens qui doit relever le d\u00e9fi. Les soldats \u2013 Martinez, O\u2019Dwyer et les autres \u2013 sont en fait des rescap\u00e9s d\u2019une guerre entre la terre et Alpha du Centaure. Shark et Queens organisent leur futur duel. Shark met comme condition de ne pas \u00eatre ressuscit\u00e9 en cas de d\u00e9c\u00e8s et il attend que Queens face de m\u00eame. Il accepte, par frivolit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019un soldat vient pr\u00e9venir O\u2019Dwyer qu\u2019il \u00e9tait suspect\u00e9 de d\u00e9sertion, L\u2019orchid\u00e9e de fer vient supplier Shark de renoncer au duel. Shark l\u2019\u00e9conduit en faisant une question d\u2019honneur. Il veut r\u00e9tablir un peu de v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9alit\u00e9 dans leur univers factice et superficiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Les soldats, command\u00e9s par le sergent Martinez, ont pris en otage L\u2019orchid\u00e9e de fer et Shark pendant leur conciliabule. Ils exigent une machine \u00e0 remonter le temps pour regagner leur \u00e9poque et continuer la guerre. Le duel a bien lieu et Lord Shark est laiss\u00e9 pour mort. On apprend au dernier chapitre que c\u2019\u2019est son robot qui avait combattu. Le soldat O\u2019Dwyer a emmen\u00e9 le vrai Shark dans un vaisseau spatial cens\u00e9 ramener tout le monde sur terre. Le soldat pr\u00e9tend avoir fait \u00e7a pour sauver la vie du Duc de Queens, et aussi pour l\u2019honneur. Shark \u00e9clate de rire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ombres anciennes<\/em>, la troisi\u00e8me nouvelle, est la plus longue. Snuffles et sa m\u00e8re \u2013 Dafnish Armatuce &#8211; survolent la plan\u00e8te terre dont il ne reste que d\u00e9solation. Sur le point de repartir, leur engin spatial refuse de red\u00e9marrer.- Ils rencontrent tous les personnages de Moorcock, soit d\u2019une \u00e9poque interm\u00e9diaire entre la terre et les voyageurs du temps. Une \u00e9poque qui se caract\u00e9risait par l\u2019h\u00e9donisme, la f\u00eate et la libert\u00e9 et qui est devenue, plusieurs d\u00e9cennies plus tard, un temps de rigueur morale et d\u2019interdictions.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Snuggles, le fils, est fascin\u00e9 par cette libert\u00e9 et cette cr\u00e9ativit\u00e9, au grand dam de sa m\u00e8re.Elle fait l\u2019objet de toutes les sollicitations et le docteur Volospion la demande en mariage. Li Piao, Miss Ming, Jagged et les autres lui vantent les joies de leur plan\u00e8te mais elle reste inflexible, peu sensible au libertinage et \u00e0 l\u2019h\u00e9donisme qu\u2019elle assimile \u00e0 du cynisme. Cependant, elle ne peut pas revenir car Morphail annonce une d\u00e9chirure dans le tissu du temps, ce qui rendrait son voyage dangereux.<\/p>\n\n\n\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 de la fin des temps s\u2019efforce de corrompre Armatuce et Miss Ming lui fait des avances, mais elle tient bon et tous finissent pas la trouver assommante, contrairement \u00e0 son fils Snuffles.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que Dafnish \u00e9pie Jagged dans son laboratoire souterrain car elle se figure qu\u2019il va mettre au point un engin spatial, il lui explique que la tessiture du temps est d\u00e9chir\u00e9e et que les voyageurs du temps risqueraient d\u2019influer sur l\u2019avenir. Miss Ming s\u00e9duit son fils mais elle lui avoue que c\u2019est d\u2019elle qu\u2019elle est amoureuse, alors que Volospion lui renouvelle ses d\u00e9clarations amoureuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Lord Jagged et Miss Ming enl\u00e8vent Snuffles qui change de forme, devient adulte et ne veut plus retourner \u00e0 Armatuce, malgr\u00e9 les supplications de sa m\u00e8re. Jagged consid\u00e8re que le voyage du retour est devenu possible, mais elle partira sans son fils. Elle veut raconter \u00e0 Armatuce ce qu\u2019elle a v\u00e9cu, que l\u2019avenir est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et qu\u2019il faut renoncer aux voyages dans le temps. Elle meurt dans une anfractuosit\u00e9 du temps alors que son fils, devenu membre de la soci\u00e9t\u00e9 de la fin des temps sous le nom de Margrave de Wolverhampton se d\u00e9sint\u00e8gre et est r\u00e9duit en poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re n\u2019avait pas encore donn\u00e9 son \u00ab&nbsp;droit de vie&nbsp;\u00bb \u00e0 son fils et ils \u00e9taient d\u00e9pendants l\u2019un de l\u2019autre. Si l\u2019un venait \u00e0 mourir, l\u2019autre suivrait. Jagged aurait tout fait pour ressusciter la m\u00e8re, prodige de morale et de vertu, mais il ne fera rien pour le fils, petit cr\u00e9tin perverti. Miss Ming n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 ramasser ses cendres par terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on appr\u00e9cie chez Moorcock son imagination d\u00e9lirante et ses personnages loufoques, sorte d\u2019aristocratie des temps futurs, on est quand m\u00eame dans le domaine de la f\u00e9erie et dans le fait que tout est permis. Rien n\u2019a vraiment de substance et tout peut se transformer dans un univers volatile et sans densit\u00e9 o\u00f9 tout est possible. C\u2019est son genre, un genre qu\u2019il a invent\u00e9 et qui tient plut\u00f4t du g\u00e9nie pour lequel on ne peut que le louer. Mais c\u2019est aussi l\u00e0 les propres limites de ce genre&nbsp;: la libert\u00e9 totale. Cela peut para\u00eetre paradoxal, mais c\u2019est pourtant l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse., dans l\u2019absence totale de structure et de rigueur. Mais l\u2019imagination est au pouvoir, jusqu\u2019au moins la fin des temps qui peut para\u00eetre long&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SAN ANTONIO \u2013 <em>J\u2019AI BIEN L\u2019HONNEUR DE VOUS BUTER<\/em> \u2013 Fleuve noir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des rares San Antonio des d\u00e9buts que je n\u2019avais pas lu. Trouv\u00e9 dans une bo\u00eete, un Fleuve noir \u00ab&nbsp;sp\u00e9cial police&nbsp;\u00bb original dat\u00e9 de 1955. \u00c7a se prend.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout commence par une annonce dans<em> France Soir<\/em>, une Roumaine qui veut recruter un chauffeur \u00e0 Londres, mais ne parlant pas anglais. L\u2019annonce a mis la puce \u00e0 l\u2019oreille du vieux qui conna\u00eet la Roumaine de r\u00e9putation&nbsp;: une chanteuse d\u2019op\u00e9ra rat\u00e9e devenue espionne \u00e0 la mort de son mari. Le chauffeur sera bien s\u00fbr San Antonio qui file \u00e0 Londres et enfile la dame apr\u00e8s avoir test\u00e9 la domestique. On est dans San Antonio, s\u00e9rieux s\u2019abstenir, comme on disait il y a longtemps \u00e0 l\u2019<em>ORTF<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re course est pour Whitechapel et Filesco, c\u2019est son nom, conduit San-A dans une bicoque d\u2019o\u00f9 elle ne sort pas. Intrigu\u00e9, il va voir ce qui se passe et d\u00e9couvre que l\u2019int\u00e9rieur est un palais. Un faux piano dissimule un escalier par o\u00f9 on peut sortir. La dame est pass\u00e9e par l\u00e0 mais elle attend son chauffeur de pied ferme et lui reproche de ne pas l\u2019avoir attendue. San-A voit rouge, il a \u00e9t\u00e9 suivi durant toute son escapade dans le quartier pour t\u00e9l\u00e9phoner au vieux. La Filesco se moque de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me course&nbsp;: le sud de Londres direction la c\u00f4te et un petit cottage au bord de la mer. Elia Filesco s\u2019absente pour dresser un drapeau sur un mat. Un signal&nbsp;? En tout cas, il a \u00e9t\u00e9 drogu\u00e9 et se r\u00e9veille plusieurs heures apr\u00e8s le repas. Il inspecte les alentours et d\u00e9couvre Elia morte, le cr\u00e2ne d\u00e9fonc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>San-A se rend au commissariat du coin et demande \u00e0 parler \u00e0 son contact, un d\u00e9nomm\u00e9 Rowland. En rentrant, il observe que le drapeau noir a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 et rep\u00e8re des traces de pas entre la mer et le cottage. Puis Rowland vient le visiter. Les deux hommes d\u00e9duisent d\u2019apr\u00e8s les empreintes qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un homme et d\u2019une femme. Ils ont s\u00fbrement d\u00e9croch\u00e9 le pavillon noir et son repartis en voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>Rowland conseille au policier fran\u00e7ais de regagner le domicile de la Filesco et il d\u00e9couvre le corps de la bonne \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la voiture. Elle a \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9e comme lui mais n\u2019a pas surv\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<p>San-A trouve une vieille photo r\u00e9unissant Filesco et l\u2019homme qui le suivait. Il va chez le photographe qui lui annonce que le p\u00e8re, Paste, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 il y a un mois. C\u2019est pourtant le m\u00eame homme qui l\u2019a suivi&nbsp;. Il se rend au cimeti\u00e8re d\u2019Ealing pour voir qui est dans le tombe et c\u2019est une femme. Un homme lui donne un coup de couteau et c\u2019est la fin. Mais on n\u2019en finit pas comme \u00e7a avec San Antonio.<\/p>\n\n\n\n<p>Bless\u00e9 seulement. Il se retape dans un h\u00f4pital et Rowland vient lui dire que le Paste est mort il y a longtemps en soldat de l\u2019arm\u00e9e des Indes. L\u2019autre Paste est un imposteur qui a pris son identit\u00e9 et Gloria, la bonne, a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des secr\u00e9taires d\u2019Hitler&nbsp;. Le vieux lui signifie que sa mission est termin\u00e9e et Rowland souhaite qu\u2019il l\u00e2che l\u2019affaire. C\u2019est mal le conna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019\u00e9chappe de l\u2019h\u00f4pital et continue l\u2019enqu\u00eate. Filesco est morte depuis longtemps et c\u2019est Hildegarde, une dignitaire nazie, qui a pris sa place. Sa s\u0153ur \u00e9tait Gloria et Paste a servi de leurre. C\u2019est bien Filesco qui \u00e9tait dans la tombe de Paste et le bateau servait \u00e0 convoyer d\u2019anciens SS r\u00e9fugi\u00e9s en Am\u00e9rique latine. En fait, Katty la cuisini\u00e8re \u00e9tait avec Gloria une autre fille de Kurt, l\u2019homme de la filature, celui qui avait pris l\u2019identit\u00e9 de Paste. Tout le r\u00e9seau est d\u00e9mantel\u00e9. Bravo San Antonio.<\/p>\n\n\n\n<p>Un San Antonio moyen cela dit, sans B\u00e9ru et Pinaud. San Antonio premi\u00e8re mani\u00e8re on va dire, ann\u00e9es 1950, mais \u00e7a n\u2019emp\u00eache pas qu\u2019on rigole. N\u2019est-ce pas l\u00e0 l\u2019essentiel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>10 mai 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ANDR\u00c9 MALRAUX \u2013 LES CONQU\u00c9RANTS \u2013 Grasset Malraux&nbsp;? Pas vraiment ma tasse de th\u00e9. D\u00e9j\u00e0 des livres comme La condition humaine ou L\u2019espoir me sont tomb\u00e9s des mains. 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