{"id":4559,"date":"2026-03-23T17:07:35","date_gmt":"2026-03-23T16:07:35","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4559"},"modified":"2026-03-23T17:08:38","modified_gmt":"2026-03-23T16:08:38","slug":"vinginces-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4559","title":{"rendered":"VINGINCES 10"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>LUCE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ILLUSTRATION521-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4562\" width=\"575\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ILLUSTRATION521-1.jpg 330w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ILLUSTRATION521-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ILLUSTRATION521-1-30x20.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption>Cologne mai 1999, photo Wikip\u00e9dia. Occupation de rue par une bande de trotskistes anglais.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque l\u2019apog\u00e9e du mouvement altermondialiste avec les grands messes des mouvements sociaux mondiaux \u00e0 Porto Alegre ou plus modestement en Europe. Pour notre petit collectif, il s\u2019agissait de d\u00e9noncer les accords de libre \u00e9change type TAFTA ou ALENA et de sensibiliser un public plus vaste que le noyau militant assez restreint avec son vocabulaire d\u2019initi\u00e9s et ses r\u00e9f\u00e9rences obscures pour le commun des mortels.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si nous \u00e9tions dans l\u2019action depuis le milieu des ann\u00e9es 1990, 1999 devait \u00eatre d\u00e9terminante avec le sommet europ\u00e9en de Cologne dit encore Conseil europ\u00e9en avec, \u00e0 l\u2019ordre du jour, la mise en \u0153uvre du trait\u00e9 d\u2019Amsterdam sur la politique de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense ainsi que le pacte europ\u00e9en pour l\u2019emploi. Nous \u00e9tions convenus de participer au contre-sommet avec une cinquantaine de paysans indiens membres du syndicat KRSS, une organisation syndicale adh\u00e9rente du mouvement Via Campesina qui s\u2019insurgeait contre la r\u00e9volution verte, la monoculture et les syst\u00e8mes de foresterie.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions pr\u00e9par\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement depuis quelques mois et la ma\u00eetresse d\u2019\u0153uvre \u00e9tait une certaine Marie Luce, ch\u00f4meuse de l\u2019Avesnois qui gagnait quelques sous en vendant des fromages dans un march\u00e9 paysan, le samedi matin.<\/p>\n\n\n\n<p>Une maigre d\u00e9l\u00e9gation des Indiens du Tarnataka \u00e9taient venus \u00e0 Lille expliquer leur d\u00e9marche. Il s\u2019agissait pour eux de lutter contre la mondialisation lib\u00e9rale en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019agriculture intensive et les pesticides. Des paysans se suicidaient tous les jours. Ils nous avaient expliqu\u00e9 avoir d\u00e9j\u00e0 organis\u00e9 des rassemblements monstrueux devant le parlement local o\u00f9, dans le sillage des actions pacifiques d\u2019un Gandhi, ils s\u2019installaient aux marches de l\u2019\u00e9difice et riaient tout leur saoul pour d\u00e9stabiliser l\u2019adversaire. Luce les \u00e9coutait attentivement et acquies\u00e7ait de visibles hochements de t\u00eate \u00e0 leur moindre parole, suscitant parfois \u00e0 contre-temps des salves d\u2019applaudissement que les militants r\u00e9unis se devaient de suivre. Elle \u00e9tait comme fascin\u00e9e par ces hommes et ces femmes habill\u00e9s en v\u00eatements traditionnels avec des signes, qu\u2019on supposait religieux, sur leurs visages. Ce n\u2019\u00e9tait l\u00e0 qu\u2019une d\u00e9l\u00e9gation pour un premier rendez-vous cens\u00e9 fixer les \u00e9tapes de leur tour d\u2019Europe qui culminerait avec leur participation au sommet de Cologne.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne, via un collectif contre l\u2019Organisation mondiale du commerce, qui pilotait le tout et des \u00e9missaires du syndicat \u00e9taient venus \u00e0 cette r\u00e9union pour mesurer nos capacit\u00e9s militantes \u00e0 nous inscrire comme ville \u00e9tape d\u2019une tourn\u00e9e qui devait passer par la Turquie, l\u2019Autriche, l\u2019Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et la France avant l\u2019Espagne et l\u2019Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de l\u2019enthousiasme un peu surjou\u00e9 de Luce, on voyait bien que les dirigeants du syndicat paysan doutaient, non pas de notre bonne volont\u00e9, mais de nos aptitudes \u00e0 coordonner la logistique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Un responsable du syndicat, faucheur volontaire et ex-membre \u00e9minent de l\u2019Internationale Situationniste, s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9 clairement contre cette \u00e9tape qui, selon lui, n\u2019apporterait rien en visibilit\u00e9, sans v\u00e9ritables pistes pour l\u2019action et la mise en valeur de l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est encore Marie qui, contrevenant \u00e0 cet avis autoris\u00e9, avait tout fait pour que les Indiens passent par Lille le premier jour de juin, juste avant le sommet de Cologne o\u00f9 nous devions les accompagner et o\u00f9 il fallait qu\u2019ils soient visibles et qu\u2019ils s\u2019expriment. Sans avoir leur accord, Luce se pr\u00e9valait de la bienveillance du syndicat paysan, cachant le fait que plusieurs associations et syndicats avaient l\u00e2ch\u00e9 l\u2019affaire, consid\u00e9rant que cette \u00e9tape ne s\u2019imposait pas et qu\u2019elle constituait m\u00eame une erreur de parcours, autant dire un d\u00e9tour, avant Cologne.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans d\u2019interminables r\u00e9unions, elle nous expliquait laborieusement combien cette \u00e9tape \u00e9tait importante, non seulement pour la cause de l\u2019altermondialisme et de l\u2019agriculture \u00e9cologique, mais pour le mouvement social lillois et les perspectives de lutte locale. La plupart d\u2019entre nous \u00e9taient sceptiques, mais son enthousiasme avait quelque chose de communicatif et le poids des responsabilit\u00e9s avait tendance \u00e0 s\u2019\u00e9clipser devant l\u2019aventure qui s\u2019offrait \u00e0 nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les participants, on comptait plusieurs syndicalistes, de Solidaires ou de la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne, des ch\u00f4meurs autour d\u2019A.C des repr\u00e9sentants des \u00c9co villages, quelques baba-cools int\u00e9ress\u00e9s par l\u2019Inde, un ancien militaire de l\u2019Avesnois \u2013 Robert &#8211; toujours flanqu\u00e9 d\u2019un vieux paysan \u2013 Guy -tous deux venus dans les bagages de Luce et, pour faire bonne mesure, un vieux colonial nostalgique d\u2019un pays o\u00f9 il avait pass\u00e9 le plus clair de sa vie. Inutile de pr\u00e9ciser que les objectifs et les motivations \u00e9taient des plus diverses et qu\u2019il aurait fallu un fin politique pour concilier les points de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>On ramenait sans cesse Luce \u00e0 des questions d\u2019intendance&nbsp;: l\u2019h\u00e9bergement, les repas du soir, les petit-d\u00e9jeuners, les invitations, la communication\u2026 Elle haussait les \u00e9paules en estimant que la bonne volont\u00e9 des uns et des autres et la ferveur qui nous habitait rendaient secondaires ces points qui ne devaient en rien constituer des obstacles. N\u00e9anmoins, nous avions lou\u00e9 un gymnase dans les quartiers sud et command\u00e9 de la nourriture indienne en grosse quantit\u00e9 \u00e0 un restaurant du centre-ville. Marmites, gamelles et bidons contenant principalement du dahl devaient nous \u00eatre livr\u00e9s sur place, avec les boissons, le lassi et diff\u00e9rentes sortes de th\u00e9. Nous avions un interpr\u00e8te et une petite antenne m\u00e9dicale au cas o\u00f9. Les Indiens \u00e9taient h\u00e9berg\u00e9s chez les militants volontaires, m\u00eame si certains avaient souhait\u00e9 dormir dans le gymnase, \u00e0 m\u00eame le sol avec une literie des plus sommaires. Ils \u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 des conditions de vie spartiates.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions \u00e9t\u00e9 d\u00e9bord\u00e9s par le nombre en voyant arriver deux cars remplis d\u2019Indiens en face de la gare, et Marie ne se d\u00e9prenait pas de son sourire ang\u00e9lique en v\u00e9ritable ravie de la cr\u00e8che tendant les bras pour accueillir les visiteurs. Nos capacit\u00e9s d\u2019accueil \u00e9taient remises en question et nous avions appel\u00e9 le Secours populaire pour le cas o\u00f9 les h\u00e9bergements militants se r\u00e9v\u00e9leraient insuffisants. Nous \u00e9tions tous dans un \u00e9tat d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 paralysant et seule Luce remplissait vraiment son devoir d\u2019h\u00f4te.<\/p>\n\n\n\n<p>La soir\u00e9e se passa sans incidents et les Indiens ne relev\u00e8rent pas notre f\u00e9brilit\u00e9 pas plus que les quelques couacs d\u2019organisation. Leur gentillesse et leur habitude de conditions de vie difficiles les mettaient dans de bonnes dispositions \u00e0 notre \u00e9gard et leurs leaders s\u2019\u00e9taient succ\u00e9d\u00e9 pour des prises de parole et des remerciements \u00e0 n\u2019en plus finir. Quelques-uns d\u2019entre eux dormirent dans le gymnase avec obligation de quitter les lieux au petit matin, mais cela ne semblait pas les d\u00e9ranger.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie avait pass\u00e9 la soir\u00e9e \u00e0 donner des interviews \u00e0 la presse locale, et elle avait continu\u00e9 le lendemain matin avant notre d\u00e9part pour Cologne. C\u2019\u00e9tait son quart d\u2019heure de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 et elle en profitait \u00e0 fond. La quinzaine de militants que nous \u00e9tions accompagna les Indiens dans les cars, direction Cologne via Li\u00e8ge o\u00f9 nous f\u00eemes une pause.<\/p>\n\n\n\n<p>Une pol\u00e9mique avait empoisonn\u00e9 le voyage. L\u2019un des Indiens aurait dit du bien d\u2019Hitler apr\u00e8s avoir fustig\u00e9 la colonisation britannique. On confondait le syndicat KRSS avec le RSS qui \u00e9tait un parti politique nationaliste hindou. Il fallut que Swani, le porte-parole de la d\u00e9l\u00e9gation, mette les pendules \u00e0 l\u2019heure et resitue la d\u00e9marche d\u2019un syndicat altermondialiste et socialiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Indiens furent f\u00eat\u00e9s \u00e0 leur arriv\u00e9e \u00e0 Cologne o\u00f9 des groupes d\u2019activistes lan\u00e7aient des slogans anti Otan et exigeaient la lib\u00e9ration du leader kurde \u00d6calan. Notre groupe avait rejoint des militants syndicaux venus de Paris et la police \u00e9tait sur les dents. La manifestation s\u2019\u00e9tirait paresseusement mais la police allemande en habit de robocops avait charg\u00e9 une bande de black blocs d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 en d\u00e9coudre. Quelques bless\u00e9s furent transport\u00e9s dans une tente qui tenait lieu d\u2019infirmerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Indiens \u00e9taient visiblement heureux d\u2019\u00eatre l\u00e0 et ne voulaient plus partir. Nous d\u00fbmes les brusquer pour qu\u2019ils daignent regagner les cars devant une Luce qui ne voyait pas d\u2019inconv\u00e9nients \u00e0 ce qu\u2019ils restent, sans avoir pr\u00e9vu quoi que ce soit en mati\u00e8re de restauration et d\u2019h\u00e9bergement, comme d\u2019habitude. Nous commencions \u00e0 nourrir contre elle une animosit\u00e9 de moins en moins cach\u00e9e, moquant ses allures de diva paysanne irresponsable et illumin\u00e9e. Une sorte de sainte altermondialiste d\u00e9plorant la mis\u00e8re du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa derni\u00e8re lubie \u00e9tait de faire passer les paysans dans son patelin, \u00e0 Avesnes-sur-Helpe, l\u00e0 o\u00f9 elle aurait trouv\u00e9 une nouvelle occasion de se valoriser \u00e0 peu de frais, mais on parvint \u00e0 l\u2019en dissuader avec de solides arguments expos\u00e9s sans am\u00e9nit\u00e9. Elle se rangea \u00e0 l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale, ce qui \u00e9tait assez rare la concernant, et suivit les Indiens jusqu\u2019\u00e0 Paris o\u00f9 il \u00e9tait pour elle inconcevable qu\u2019elle ne f\u00fbt pr\u00e9sente lors de leur arriv\u00e9e dans la capitale. Elle les aurait bien suivis \u00e0 Barcelone ou \u00e0 Madrid, mais d\u2019aucuns lui firent comprendre qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas sp\u00e9cialement la bienvenue, le r\u00e9cit de ses comportements \u00e9gotistes et autocentr\u00e9s s\u2019\u00e9tant r\u00e9pandu chez les organisateurs. Marie Luce \u00e9tait grill\u00e9e, et nous n\u2019avions pas peu fait pour mettre \u00e0 mal sa cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n\u2019avons pas eu de nouvelles de Luce apr\u00e8s cet \u00e9pisode qui ne nous laissait pas que de bons souvenirs. Le militaire de l\u2019Avesnois \u2013 Robert \u2013 nous donnait r\u00e9guli\u00e8rement de ses nouvelles, sans qu\u2019on ne les ait sollicit\u00e9es. Elle avait repris sa vie de militante associative et ses march\u00e9s paysans, regrettant s\u00fbrement avec nostalgie ces quelques heures o\u00f9 elle avait pu acc\u00e9der \u00e0 une petite notori\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais plus qui, de Robert, de moi ou de mon \u00e9pouse, avaient eu cette id\u00e9e mais nous souhaitions lui faire payer d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre sa fa\u00e7on de nous traiter comme ses larbins et d\u2019\u00e9viter soigneusement toutes t\u00e2ches mat\u00e9rielles afin d\u2019appara\u00eetre dans toute sa fausse humilit\u00e9, dans toute sa vanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Robert avait fabriqu\u00e9 un document \u00e0 l\u2019en-t\u00eate du syndicat indien o\u00f9 il \u00e9tait \u00e9crit, en substance et en anglais, que le KRSS serait heureux d\u2019accueillir Marie \u00e0 l\u2019occasion du congr\u00e8s du syndicat \u00e0 Bangalore et que, si elle acceptait l\u2019invitation, on lui enverrait les billets d\u2019avion en lui garantissant un s\u00e9jour tous frais pay\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Excit\u00e9e comme une puce, elle attendait ses billets et se r\u00e9jouissait par avance de pouvoir assister \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. La chance de sa vie et probablement la derni\u00e8re occasion de jouer son r\u00f4le de diva de l\u2019altermondialisme. Sa na\u00efvet\u00e9 n\u2019avait gu\u00e8re de limites, comme d\u2019ailleurs son orgueil<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Robert, nous avions imit\u00e9 grossi\u00e8rement des billets d\u2019avion d\u2019Air India sur un vol au d\u00e9part de Charleroi. La veille du d\u00e9part, elle demanda \u00e0 Robert de la conduire \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. Lui d\u00e9clina mais c\u2019est Guy, son ami paysan, qui mit un point d\u2019honneur \u00e0 la conduire \u00e0 l\u2019a\u00e9roport t\u00f4t le matin. Guy devait \u00eatre nos yeux et nos oreilles \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, nous faisant le r\u00e9cit en direct des m\u00e9saventures de Luce depuis son t\u00e9l\u00e9phone portable.<\/p>\n\n\n\n<p>Il attendait avec elle, paraissant subir la m\u00eame d\u00e9convenue et tentant de la rassurer. Pas le moindre avion pour l\u2019Inde, la compagnie n\u2019ayant jamais propos\u00e9 des voyages aussi lointains, et Marie regardait d\u00e9coller les avions les uns apr\u00e8s les autres, faisant tous les guichets pour demander des explications, exhibant ses billets factices que les guichetiers avaient d\u2019un coup d\u2019\u0153il d\u00e9clar\u00e9 faux.<\/p>\n\n\n\n<p>Guy nous raconta par la suite comment elle fit scandale dans le hall de l\u2019a\u00e9roport, traitant de tous les noms les employ\u00e9s s\u2019essayant \u00e0 la calmer, en vain. Guy n\u2019\u00e9tait pas cens\u00e9 \u00eatre dans la combine, et j\u2019avais insist\u00e9 pour qu\u2019il puisse la raccompagner chez elle apr\u00e8s avoir fait l\u2019innocent. Robert, plus vachard, voulait la laisser seule \u00e0 Charleroi, oblig\u00e9e pour une fois de se prendre en charge et d\u2019aller prendre un train pour Maubeuge ou Valenciennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle finit par d\u00e9couvrir le pot-aux-roses, s\u2019\u00e9tant m\u00eame ridiculis\u00e9e en demandant au syndicat indien si les camarades l\u2019avaient vraiment invit\u00e9s \u00e0 leur congr\u00e8s. Elle re\u00e7ut une r\u00e9ponse embarrass\u00e9e sous la signature de Swani qui lui disait avec m\u00e9nagement que leurs finances ne leur permettait pas d\u2019inviter des camarades europ\u00e9ens, m\u00eame si sa pr\u00e9sence e\u00fbt \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e par l\u2019honorable assistance.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle passa sa col\u00e8re sur Robert en premier lieu puis sur ma femme et moi, avec des noms d\u2019oiseaux et des courriers en recommand\u00e9 qui nous disaient \u00e0 quel point elle nous m\u00e9prisait et comment elle nous d\u00e9testait. Nous ne lui r\u00e9pond\u00eemes pas, laissant Robert \u00e9ponger sa haine, restant en voisin \u00e0 port\u00e9e de gifles qu\u2019il re\u00e7ut d\u2019ailleurs le lendemain du voyage avort\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Guy et Robert se r\u00e9jouissaient du bon tour jou\u00e9 quand moi et mon \u00e9pouse nous demandions si le jeu en avait valu la chandelle et si cette vengeance n\u2019avait pas quelque chose de disproportionn\u00e9e. Apr\u00e8s tout, Marie ne m\u00e9ritait pas cette humiliation et c\u2019\u00e9tait cher pay\u00e9 pour sa vanit\u00e9 et son besoin de briller, d\u2019exister&nbsp;; un besoin qui r\u00e9v\u00e9lait peut-\u00eatre des fragilit\u00e9s intimes et des souffrances enfouies.<\/p>\n\n\n\n<p>Robert nous apprit qu\u2019elle avait tir\u00e9 de cette \u00e9pop\u00e9e militante une amiti\u00e9 avec le vieux colonial nostalgique de l\u2019Inde sous domination britannique o\u00f9 il avait jadis tra\u00een\u00e9 ses gu\u00eatres. Une maigre consolation, mais il \u00e9tait question que le vieux l\u2019emm\u00e8ne un jour en Inde, avec cette fois de vrais billets et un vol confirm\u00e9. Un jour, on prendra des trains qui partent, comme disait Blondin. En attendant, ils avaient tout loisir de manger le dahl et de boire le lassi, en toute amiti\u00e9. Les Indes galantes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>10 janvier 2026 .<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LUCE C\u2019\u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque l\u2019apog\u00e9e du mouvement altermondialiste avec les grands messes des mouvements sociaux mondiaux \u00e0 Porto Alegre ou plus modestement en Europe. 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