{"id":4596,"date":"2026-04-21T19:48:44","date_gmt":"2026-04-21T17:48:44","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4596"},"modified":"2026-04-21T19:48:44","modified_gmt":"2026-04-21T17:48:44","slug":"notes-de-lecture-80","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4596","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 80"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>THOMAS HARRIS \u2013 <em>HANNIBAL<\/em> &#8211; Albin Michel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme tout le monde ou \u00e0 peu pr\u00e8s, j\u2019ai vu <em>Le silence des agneaux <\/em>de Jonathan Demme, cette histoire effrayante de psychopathe criminel cannibale poursuivi par une jeune femme du FBI. Hannibal Lecter est donc, pour la psychiatrie, un sociopathe sadique et, pour ce qui reste de croyants, l\u2019incarnation moderne du malin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici la suite du <em>Silence,<\/em> soit un \u00e9pais roman de 500 pages, divis\u00e9 en une centaine de chapitres o\u00f9 l\u2019on retrouve l\u2019inspectrice Clarice Starling et le docteur Hannibal Lecter. Car Hannibal a \u00e9t\u00e9 psychiatre, attirant de riches patients qu\u2019il faisait chanter en mena\u00e7ant de d\u00e9voiler leur mis\u00e9rable petit tas de secrets. Puis il s\u2019est fait conna\u00eetre en assassinant ses proies avec inventivit\u00e9, les mutilant et les d\u00e9gustant parfois avec volupt\u00e9, en fin cordon bleu qu\u2019il est.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re partie, on suit l\u2019inspectrice Starling qui foire l\u2019arrestation d\u2019une trafiquante de drogue \u00e0 Washington. Elle est oblig\u00e9e de tuer la dame avec son b\u00e9b\u00e9 dans les bras et deux policiers du FBI sont morts dans l\u2019affaire. Une campagne de presse s\u2019abat sur elle et elle est suspendue en attendant le r\u00e9sultat de l\u2019enqu\u00eate interne. Dans son malheur, elle re\u00e7oit les encouragements de Lecter qui serait au Br\u00e9sil apr\u00e8s son \u00e9vasion. Starling a tout son temps pour reprendre son enqu\u00eate sur Lecter, retournant dans les lieux o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 ou intern\u00e9, prisons de haute s\u00e9curit\u00e9 ou h\u00f4pitaux psychiatriques. Elle est amen\u00e9e \u00e0 revoir des gardiens de prison peu diserts sur leur ancien pensionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Barney, l\u2019un d\u2019eux, est en cheville avec un milliardaire du nom de Mason Verger. Un p\u00e9dophile qui est rest\u00e9 d\u00e9figur\u00e9 apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 sous les fourches vengeresses de Lecter. Paupi\u00e8res coup\u00e9es, nez arrach\u00e9, joues mang\u00e9es, Verger n\u2019est plus que cheveux et dents, avec un poumon artificiel et des membres paralys\u00e9s. Le but de sa vie est de se venger de Lecter et il s\u2019est acoquin\u00e9 avec des \u00e9leveurs de porc sardes pour kidnapper Lecter \u00e0 Florence, o\u00f9 il vit, et le faire bouffer par des porcs entra\u00een\u00e9s. Verger a fait fortune dans la boucherie et il vit avec sa s\u0153ur Margot, une culturiste homosexuelle qui guigne l\u2019h\u00e9ritage familial et veut le sperme de son fr\u00e8re pour ins\u00e9miner sa partenaire, Judy.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Florence, Lecter occupe un poste prestigieux au mus\u00e9e des Offices et il surprend son entourage par ses connaissances historiques, litt\u00e9raires et artistiques. Il fait subir \u00e0 Pazzi, l\u2019inspecteur italien qui l\u2019a d\u00e9couvert, le m\u00eame supplice qu\u2019un personnage de la Renaissance&nbsp;: \u00e9ventr\u00e9 et pendu en haut du d\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p>Lecter \u00e9chappe aussi aux Sardes en assassinant d\u2019un coup de stylet l\u2019un des trois fr\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Lecter revient aux \u00c9tats-Unis, dans le Maryland. Verger fait venir ses Sardes aux \u00c9tats-Unis et les \u00e9leveurs font revenir leurs pourceaux par bateau. Verger peut compter sur Krendler, un chef du FBI corrompu par lui qui s\u2019efforce de mettre sur la touche Starling, laquelle continue sa traque.<\/p>\n\n\n\n<p>On vous la fait courte. Les hommes de Verger r\u00e9ussissent \u00e0 kidnapper Lecter qui, sur le point d\u2019\u00eatre jet\u00e9 en p\u00e2ture aux cochons, est sauv\u00e9 par l\u2019intervention surprise de Starling qui avait r\u00e9ussi \u00e0 retrouver sa trace. La s\u0153ur de Verger, Margot, trahit son fr\u00e8re et fait bouffer ses restes par une mur\u00e8ne. Elle abat Cordell, un avocat marron au service de Verger et toute la domesticit\u00e9 pour fuir avec son amoureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Starling a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9e, et Lecter l\u2019a soign\u00e9e et emmen\u00e9e dans une r\u00e9sidence o\u00f9 il la drogue pour qu\u2019elle lui raconte ses traumas les plus enfouis, quand Lecter n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 lui ouvrir les portes de son enfer intime. La petite Starling, traumatis\u00e9e enfant par les agneaux qu\u2019on \u00e9gorgeait dans la ferme familiale, avec des parents protestants sectaires et un p\u00e8re abattu par des voleurs alors qu\u2019il \u00e9tait veilleur de nuit. Clarice aurait-elle retrouv\u00e9 en Lecter ce p\u00e8re adul\u00e9&nbsp;? Quant \u00e0 Lecter, on sait qu\u2019il vient de Lituanie et que sa s\u0153ur Mischka a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e et mang\u00e9e par des soldats allemands traqu\u00e9s par les Russes en 1944. D\u2019o\u00f9 ses tendances cannibales&#8230; Lecter qui est pr\u00e9sent\u00e9 tout au long du livre comme un homme raffin\u00e9, d\u2019une intelligence rare et d\u2019un go\u00fbt exquis, avec des masses d\u2019argent pour corrompre ses ennemis, quand il ne les tue pas. Les deux ensemble, trois ans plus tard, en Argentine.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon, on lit \u00e7a sans d\u00e9plaisir et il y a m\u00eame un troisi\u00e8me tome, mais on en restera l\u00e0. Le polar gore est un genre qui a ses adeptes, mais je n\u2019en suis pas. La force de Harris sera d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 un criminel hors norme, un pur sadique. Un monstre qui n\u2019a pas fini de hanter nos mythologies contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN-JACQUES SCHUHL-<em> OBSESSIONS<\/em> \u2013 Folio \/ Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours tenu Schuhl pour l\u2019un des plus grands stylistes, autant dire l\u2019un des plus grands \u00e9crivains contemporains. Ses deux petits livres publi\u00e9s par Gallimard dans les ann\u00e9es 1970 (<em>Rose poussi\u00e8re <\/em>et <em>T\u00e9lex n\u00b01<\/em>) m\u2019avaient subjugu\u00e9 m\u00eame si son <em>Caven<\/em> (Goncourt 2000) m\u2019avait moins convaincu. Ce sont ici des nouvelles, parues dans <em>Lib\u00e9ration, <\/em>dans <em>Vanity Fair et<\/em> dans <em>Lui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Onze nouvelles dont la premi\u00e8re, <em>Gangster japonais<\/em>, imprime le ton, m\u00eame si ce n\u2019est pas la meilleure. Un dandy \u00e0 l\u2019image de l\u2019auteur qui rafle les frusques d\u2019un mannequin pour se rendre \u00e0 une soir\u00e9e. Il est embarrass\u00e9 avec l\u2019\u00e9tiquette du chapeau \u2013 effet comique \u2013 et se r\u00eave en Yakuza d\u2019apr\u00e8s le portrait d\u2019un chef de bande japonais arr\u00eat\u00e9 qu\u2019il a vu dans un journal. L\u2019auteur re\u00e7oit des messages anonymes o\u00f9 on l\u2019appelle \u00ab&nbsp;the ghost writer&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9crivain fant\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La cravache<\/em> a des \u00e9chos baudelairiens. Une prostitu\u00e9e sado-maso lui offre une cravache et il se rend \u00e0 nouveau \u00e0 une partie fine, offrant sa cravache Herm\u00e8s \u00e0 la ma\u00eetresse de maison. Le reste est fantasme sado-masochiste \u00e0 travers des clubs de Berlin, New York ou Londres.. \u00ab&nbsp;Je pouvais pr\u00e9tendre \u00e0 une carri\u00e8re dans le Mal&nbsp;\u00bb, conclut l\u2019auteur, toujours entre Oscar Wilde et Baudelaire<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le pied rare,<\/em> ou le narrateur \u00e9chappe \u00e0 l\u2019av&nbsp;erse en se r\u00e9fugiant dans un restaurant sp\u00e9cialiste du pied de cochon. Il pense \u00eatre tomb\u00e9 dans une auberge rouge et se surprend \u00e0 rogner les os du pied de cochon dans un rituel qui tient presque du cauchemar. Il voit un vieux film sur l\u2019\u00e9cran projet\u00e9 dans le taxi du retour et, comme d\u2019habitude, les pires trivialit\u00e9s le ram\u00e8nent toujours au romantisme et au raffinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Une robe de chambre post-moderne<\/em>, c\u2019est une jeune anglaise diaphane qui essaie de faire une robe de chambre \u00e0 partir d\u2019une pi\u00e8ce d\u2019\u00e9toffe de soie rose. Et de convoquer encore des souvenirs, cette nuit o\u00f9 Pamela Picasso et Helmut Berger sont venus dans son h\u00f4tel particulier au milieu de la nuit. D\u00e9cadence et raffinement encore. La derni\u00e8re image montre Berger en fourrure manger un pain-beurre au petit matin dans un bistro, coinc\u00e9 entre un \u00e9boueur africain et un ouvrier en bleu de chauffe. \u00ab&nbsp;Je ne serai jamais un dandy cruel&nbsp;\u00bb nous dit l\u2019auteur. Un dandy r\u00eaveur, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis c\u2019est Fred Hughes, l\u2019un des derniers amis de Andy Warhol, qui convie l\u2019auteur dans l\u2019h\u00f4tel particulier qu\u2019il occupait. Il vit avec Viva, l\u2019une des stars de la Factory Warhol. \u00ab&nbsp;Joan Jack&nbsp;\u00bb, comme on l\u2019appelle, est le spectateur d\u2019un petit th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 tous semblent jouer pour lui, l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais qu\u2019on compare \u00e0 Marcel Proust. Warhol, apr\u00e8s l\u2019attentat dont il avait \u00e9t\u00e9 victime, ne sortait plus et \u00e9tait abonn\u00e9 \u00e0 une messagerie \u00e9rotique qu\u2019il appelait tous les soirs. La nouvelle s\u2019appelle justement <em>Un dernier amour d\u2019Andy Warhol&nbsp;<\/em>. Une nouvelle pour Drella (entre Dracula et Cinderella).<\/p>\n\n\n\n<p>Au sortir de l\u2019h\u00f4tel K (comme Kafka), promenade parisienne en compagnie de Jim Jarmusch. Les deux \u00e9changent leurs souvenirs, de Paris \u00e0 New York, avec, par ordre d\u2019apparition \u00e0 l\u2019image, Jean-Michel Basquiat, Jean Eustache, Michelangelo Antonioni, William Burroughs\u2026 Et la photo, par Helmut Newton, d\u2019un squelette en sous-v\u00eatements chics. C\u2019est la fant\u00f4me d\u2019argent, <em>Silver phantom<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Hello Dr Death<\/em>, ou cet article de journal sur une l\u00e9giste tha\u00eflandaise, terreur de la mafia et des truands locaux. L\u2019auteur veut \u00e9crire un roman sur elle et il demande \u00e0 Serge July de partir en reportage \u00e0 Bangkok. Il imagine une sc\u00e8ne de zoophilie entre la dame et son gibbon. Puis il apprend la mort de la l\u00e9giste par un d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 vietnamien. Plus besoin de reportage ou de roman, tout cela s\u2019\u00e9crit dans la vraie vie. \u00c0 quoi bon&nbsp;? Il y a du Des Esseintes chez ce d\u00e9cadent vell\u00e9itaire. Pl\u00e9onasme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>Voici venir le temps\u2026. <\/em>Et son \u00e9pigramme biblique. Des souvenirs de Marseille cette fois, l\u00e0 o\u00f9 il est n\u00e9. Un vieux cin\u00e9ma de quartier qui joue Les trois Stooges avec, \u00e0 l\u2019entracte, un strip-tease. Des souvenirs qui entrem\u00ealent Baudelaire \u2013 la r\u00e9f\u00e9rence absolue \u2013 et le Dumas de Monte-Cristo.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis c\u2019est <em>Lib\u00e9ration <\/em>qui lui demande un portrait de Godard et la fabrique des souvenirs se remet en marche avec Anna Karina tir\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Andersen et de Dreyer ou Belmondo en Bogart du pauvre. Il \u00e9crit son texte sur un format A3 qu\u2019il d\u00e9coupe, comme un couturier. Baudelaire, dans son po\u00e8me <em>Obsessions<\/em> (le titre de la nouvelle) a invent\u00e9 le cin\u00e9ma en 1855. Schuhl dixit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Absence<\/em> est la plus longue nouvelle, la plus \u00e9mouvante aussi. L\u2019enterrement de Jean Eustache, suicid\u00e9 d\u2019une balle en plein c\u0153ur en 1981. Cin\u00e9aste rimbaldien, cin\u00e9aste de l\u2019absence et du silence. L\u2019occasion de convoquer d\u2019autres suicid\u00e9s illustres, Jean-Pierre Rassam, Jean Seberg, Fassbinder ou Nico&nbsp;. Eustache, prince dandy \u00e9voqu\u00e9 par Garrel et Jarmusch dont Schuhl se souvient, comme un fr\u00e8re en d\u00e9sespoir.Un suicid\u00e9 pour un fant\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, c\u2019est <em>Du fard, du sang,<\/em> la plus courte. Un hommage \u00e0 Werner Schroeter, \u00e0 travers sa<em> Salom\u00e9<\/em>, d\u2019apr\u00e8s Oscar Wilde. Un cin\u00e9aste d\u00e9cadent et amoureux du beau, comme Baudelaire, comme Schuhl.<\/p>\n\n\n\n<p>On a connu Schuhl beaucoup plus inspir\u00e9 que dans ses lignes avec notamment ses deux premiers romans, v\u00e9ritables ovni litt\u00e9raires devant autant \u00e0 Mallarm\u00e9 qu\u2019\u00e0 Bataille&nbsp;. Mais bon, on est preneur quand m\u00eame pour l\u2019\u00e9l\u00e9gance de la phrase et cet humour parfois involontaire. Schuhl qui, avec Yves Adrien, Simon Liberati et Houellebecq \u00e0 une \u00e9poque, sont les incarnation d\u2019une litt\u00e9rature d\u00e9sincarn\u00e9e , de la d\u00e9cadence et de la beaut\u00e9 morbide. De la mort all\u00e9e, avec la beaut\u00e9, aurait dit Rimbaud. Dandy&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN-JACQUES ROUSSEAU \u2013 <em>DISCOURS SUR L\u2019ORIGINE ET LES FONDEMENTS DE L\u2019IN\u00c9GALIT\u00c9 PARMI LES HOMMES <\/em>\u2013 Garnier \/ Flammarion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un autre Jean-Jacques, tout autre. Rousseau le philosophe, parti de Pascal et de Montaigne pour nourrir les philosophies mat\u00e9rialistes de Marx et Engels. Un homme important, donc, m\u00eame si le Rousseauisme a toujours fait l\u2019objet d\u2019une certaine ironie dans le monde politique, m\u00eame \u00e0 gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>Une longue introduction nous informe des circonstances ayant vu na\u00eetre ce texte. Il s\u2019agissait \u00e0 l\u2019origine d\u2019un concours organis\u00e9 par l\u2019acad\u00e9mie de Dijon auquel Rousseau livre un premier texte. Puis, se ravisant, il \u00e9crit les deux textes pour la R\u00e9publique de Gen\u00e8ve, son pays, \u00e0 qui la d\u00e9dicace en forme d\u2019exorde est adress\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;magnifiques, tr\u00e8s honor\u00e9s et souverains seigneurs&nbsp;\u00bb. On sent poindre l\u2019ironie et Rousseau s\u2019adresse aux ma\u00eetres de cette R\u00e9publique qu\u2019il d\u00e9crit comme la R\u00e9publique id\u00e9ale.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa pr\u00e9face, Rousseau cerne l\u2019objet de son \u00e9tude. Il parle des lois naturelles de l\u2019homme primitif qui se sont transform\u00e9es en lois fond\u00e9es sur le droit et la justice. Mais, pour lui, il importe d\u2019abord de conna\u00eetre cet homme ancien et, pour ce faire, il faut partir de ce qu\u2019est devenu l\u2019homme, car personne ne peut r\u00e9inventer les temps premiers. L\u00e9vi-Strauss dira ainsi que Rousseau est le v\u00e9ritable pr\u00e9curseur des sciences humaines, se posant le premier la question de savoir qu\u2019est-ce qu\u2019un homme, qu\u2019est-ce qui le gouverne, qui le r\u00e9git, qui \u00e9tablit ses r\u00e8gles, ses lois, sa morale et ses valeurs. Rousseau a donc d\u00e9cid\u00e9 de ne pas r\u00e9pondre vraiment \u00e0 la question, mais d\u2019aller beaucoup plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau distingue d\u2019abord deux fondements d\u2019in\u00e9galit\u00e9s&nbsp;: ceux li\u00e9s aux individus par la diff\u00e9rence de leurs physiques, de leur intelligence, de leur force, de leurs aptitudes\u2026 Et ceux impos\u00e9s d\u2019en haut par les privil\u00e8ges, les distinctions, les gratifications qui tiennent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019ordre social. Il est int\u00e9ressant pour lui de savoir comment on a pu passer de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre et, comme le physicien ou l\u2019astronome est \u00e0 la recherche des origines du monde, le philosophe doit tenter de s\u2019imaginer, par bonds successifs dans le pass\u00e9, comment \u00e9taient les premiers temps de l\u2019homme, tout en sachant qu\u2019il serait vain d\u2019essayer de trouver dans cet exercice quelque v\u00e9rit\u00e9 absolue.<\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau voit le primitif comme un individu robuste pr\u00eat \u00e0 affronter la nature et \u00e0 y survivre. Il semble r\u00e9futer la th\u00e8se de Hobbes comme quoi l\u2019homme serait un loup pour l\u2019homme. Sans \u00eatre naturellement bon, son but est la survie, au-del\u00e0 du bien et du mal, aurait dit Nietzsche. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s qu\u2019il se domestique et se socialise, y laissant sa spontan\u00e9it\u00e9 et parfois sa sant\u00e9, sa vitalit\u00e9 et son \u00e9nergie, comme un animal en captivit\u00e9. Voil\u00e0 pour l\u2019homme physique, assez proche des sauvages des pays visit\u00e9s par les explorateurs, mais quid de l\u2019homme \u00e0 travers la m\u00e9taphysique et la morale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019instinct du primitif fait place \u00e0 la r\u00e9flexion et au calcul, mais la grande diff\u00e9rence r\u00e9side dans la libert\u00e9 de l\u2019homme qui n\u2019a plus \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 ses instincts mais peut organiser si peu que ce soit sa vie. La cabane, la cellule familiale est le premier stade du langage o\u00f9 la famille doit s\u2019exprimer par des mots. Mais le langage se complexifie et s\u2019am\u00e9liore avec la vie sociale organis\u00e9e, soit la soci\u00e9t\u00e9. Rousseau consacre plusieurs pages \u00e0 la naissance du langage et de toutes ses progressions dans l\u2019apprentissage de la nuance. Le langage constitutif de l\u2019animal social, l\u2019animal politique, disait Platon.<\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau s\u2019inscrit donc en faux contre les affirmations de Hobbes en trouvant, m\u00eame chez l\u2019animal et \u00e0 plus forte raison chez les premiers hommes, de la piti\u00e9, de la compassion et de l\u2019empathie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Rousseau, un sentiment comme la piti\u00e9 qui commande la bienveillance et l\u2019attention \u00e0 l\u2019autre, est bien plus fort chez l\u2019homme sauvage tant il appartient plus \u00e0 l\u2019instinct qu\u2019\u00e0 la raison. Qu\u2019en est-il maintenant de la passion ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de l\u2019amour&nbsp;? L\u2019amour physique puis l\u2019amour moral. L\u00e0 aussi, la th\u00e8se ne varie pas&nbsp;: l\u2019homme sauvage copule et sa femme engendre sans garder de relations et en restant des individus. C\u2019est la phase suivante, dans l\u2019amour moral de la soci\u00e9t\u00e9, que na\u00eet la domination, la passion parfois mortif\u00e8re, la jalousie, les rivalit\u00e9s amoureuses, la s\u00e9duction, la perversion\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On en vient \u00e0 la seconde partie et \u00e0 cette phrase cl\u00e9 en introduction&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;<\/em><em>Le premier qui, ayant enclos un terrain, s\u2019avisa de dire \u00ab&nbsp;ceci est \u00e0 moi&nbsp;\u00bb et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 civile&nbsp;\u00bb.<\/em> Tout est dit, la propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 la base de la civilisation et, partant, les in\u00e9galit\u00e9s. Et tout s\u2019encha\u00eene sur des mill\u00e9naires. La concurrence entre les b\u00eates et les hommes, les hommes entre eux, l\u2019agriculteur qui remplace le chasseur \u2013 cueilleur, les outils qu\u2019il faut fabriquer, le climat, le besoin de conserver, la cellule familiale qui devient micro-soci\u00e9t\u00e9. Le bon sauvage laisse la place \u00e0 l\u2019homme social et \u00e0 la division du travail. Celui qui poss\u00e8de craint d\u2019\u00eatre vol\u00e9, celui qui n\u2019a rien convoite les biens du voisin. Pour stabiliser tout cela, quitte \u00e0 perdre en libert\u00e9, il faut des r\u00e8gles, des lois et des institutions qui les figent. Il faut des juges pour prot\u00e9ger les poss\u00e9dants et pour r\u00e9primer les pauvres. En un mot, la soci\u00e9t\u00e9 se construit et la politique prend toute son importance, avec l\u2019objectif de sauvegarder les grands \u00e9quilibres \u00e9conomiques n\u00e9s des in\u00e9galit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es \u00e0 leur tour par les rapports de force. Les in\u00e9galit\u00e9s ne sont donc pas naturelles mais construites socialement, comme diraient nos modernes sociologues. CQFD. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 r\u00e9side l\u2019originalit\u00e9 profonde de la pens\u00e9e de Rousseau.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Rousseau, auteur du<em> Contrat social <\/em>\u00e0 qui la jeune r\u00e9publique de Corse avait demand\u00e9 une constitution, de honnir la monarchie qui est un syst\u00e8me politique bas\u00e9 sur la religion. Il a fallu mettre une dose de sacr\u00e9 pour mettre les institutions en dehors de la critique et de la r\u00e9volte. Rousseau s\u2019efforce de d\u00e9montrer qu\u2019au plus les gens attendent de faveurs des gouvernements autoritaires r\u00e9gnant sur l\u2019arbitraire, au plus leur pouvoir est renforc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il croit en une d\u00e9mocratie des \u00e9gaux, o\u00f9 chaque citoyen \u00e9duqu\u00e9 ne r\u00e9clamerait pas plus que son d\u00fb. Un peu ce que Orwell appellera la d\u00e9cence commune. Pour Rousseau, la dictature et le despotisme cr\u00e9ent les in\u00e9galit\u00e9s et les renforcent. Mais la tyrannie ne dure pas et les despotes finissent mal. Rousseau conclut que l\u2019homme sauvage vit en lui, alors que l\u2019homme social vit hors de lui. Tout cela est tr\u00e8s critiquable et peut se discuter, mais la d\u00e9monstration est imparable. Et encore, Rousseau ne connaissait pas le capitalisme, ce qui ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9 d\u2019\u00eatre, \u00e0 sa mani\u00e8re, un lointain pionnier du socialisme. Camarade Jean-Jacques&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ISAAC ASIMOV \u2013<em> FONDATION<\/em> \u2013 Folio \/ SF<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les livres d\u2019Asimov, comme d\u2019ailleurs ceux de Van Vogt, me sont toujours tomb\u00e9s des mains. Notamment le cycle des Robots d\u2019Asimov, cette science-fiction pionni\u00e8re (aux \u00c9tats-Unis) avant tout soucieuse de science et de technologie. Le cycle des Fondations, que comprend cet ouvrage, diff\u00e8re un peu des autres cycles.<\/p>\n\n\n\n<p>Hari Seldon invente une science qui permet de pr\u00e9voir l\u2019avenir&nbsp;: la psycho-histoire. Gaal Dornick, qui accomplit un voyage interstellaire autour de la plan\u00e8te Trentor, sera son biographe. Nous sommes au treizi\u00e8me mill\u00e9naire et l\u2019effondrement de l\u2019empire doit intervenir dans trois si\u00e8cles, suivi d\u2019une \u00e8re de t\u00e9n\u00e8bres de 30000 ans, une p\u00e9riode qui peut se r\u00e9duire \u00e0 1000 ans \u00e0 condition de mener \u00e0 terme un projet qui vise \u00e0 rassembler toutes les connaissances humaines&nbsp;: la fondation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9barque enfin sur Trantor., qui est le centre de la galaxie avec ses milliards d\u2019habitants. Mais il est suivi et, lorsqu\u2019il rencontre Seldon, son ma\u00eetre, les deux hommes sont jug\u00e9s n\u00e9fastes pour Trantor \u00e0 cause des pr\u00e9dictions apocalyptiques de celui qu\u2019on surnomme \u00ab&nbsp;Cassandre&nbsp;\u00bb Seldon. On leur propose l\u2019exil ou la mort et ils choisissent de transporter les chercheurs et leur mat\u00e9riel sur la plan\u00e8te Terminus pour achever leur encyclop\u00e9die du savoir humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Cinquante ans plus tard, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 Seldon avait autoris\u00e9 l\u2019ouverture de la crypte o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9, Terminus est convoit\u00e9 par plusieurs plan\u00e8tes alentour, m\u00eame si elle est pauvre en minerais. Elle est la seule \u00e0 poss\u00e9der une centrale nucl\u00e9aire mais les scientifiques de Terminus ne veulent pas commercer avec les autres plan\u00e8tes et s\u2019ouvrir \u00e0 la concurrence. Pour eux, seule importe la fondation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si Pirette est pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration, Hardin est le maire et les man\u0153uvres politiques ne le laissent pas indiff\u00e9rent. Il sait que l\u2019empire ne peut plus rien et que la plan\u00e8te Anacr\u00e9on va attaquer Terminus pour partager ses terres et les exploiter. Il organise un coup d\u2019\u00e9tat contre le conseil&nbsp;. Seldon parle depuis la crypte et il r\u00e9v\u00e8le que la fondation \u00e9tait une escroquerie, ou plut\u00f4t un pr\u00e9texte pour exiler une \u00e9lite sur la plan\u00e8te Terminus et \u00e9viter ainsi aux plus \u00e9minents savants de p\u00e9rir avec Trantor. Ses mod\u00e8les math\u00e9matiques, bas\u00e9s sur la statistique, n\u2019avaient qu\u2019une valeur relative, et il n\u2019a jamais voulu m\u00ealer des psychologues \u00e0 son \u0153uvre. L\u2019empire galactique va entrer en d\u00e9cadence et il faudra attendre le deuxi\u00e8me empire qui viendra selon ses pr\u00e9dictions. Pour lui, la meilleure garantie de Terminus est sa force nucl\u00e9aire, les autres plan\u00e8tes \u00e9tant retomb\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e2ge des fossiles, \u00e0 la barbarie.<\/p>\n\n\n\n<p>On est 30 ans plus tard. Lee a r\u00e9ussi son coup d\u2019\u00e9tat, aid\u00e9 par Hardin et Terminus est au centre des quatre royaumes avoisinant. Sedmak conteste la politique \u00e9trang\u00e8re de Terminus et il annonce \u00e0 Hardin la cr\u00e9ation d\u2019un parti qui pr\u00f4nera la guerre contre les royaumes. Tout est maintenant de la haute politique et Hardin joue double jeu. Les \u00e9missaires d\u2019Anacr\u00e9on se succ\u00e8dent et le roi, qui vient d\u2019avoir 16 ans, veut d\u00e9clarer la guerre \u00e0 Terminus. Les fondations de Seldon ont permis \u00e0 une nouvelle religion d\u2019appara\u00eetre et les nouveaux pr\u00eatres font la pluie et le beau temps. Hardin essaie de faire croire que Seldon n\u2019est pas vraiment mort et qu\u2019il r\u00e9appara\u00eetra hors de la crypte. La confusion r\u00e8gne.<\/p>\n\n\n\n<p>Au couronnement du roi d\u2019Anacr\u00e9on Leopold, Wienis, le r\u00e9gent, annonce \u00e0 Hardin son intention d\u2019attaquer Terminus, mais la riposte est toute pr\u00eate&nbsp;: les pr\u00eatres d\u2019Anacr\u00e9on se mettent en gr\u00e8ve et les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent. Terminus fait jouer son avance technologique avec sa botte secr\u00e8te&nbsp;: ce croiseur trouv\u00e9 par Anacr\u00e9on et r\u00e9par\u00e9 par Terminus. Aporat, le chef du clerg\u00e9, fait saborder le bateau et Hardin r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Wienis que les quatre royaumes ont \u00e0 leur t\u00eate des membres du clerg\u00e9 form\u00e9s sur Terminus et porteurs des valeurs de la Fondation. Anacr\u00e9on, qui voulait conqu\u00e9rir Terminus et les royaumes, se trouve pris \u00e0 son propre pi\u00e8ge. La voie pacifique l\u2019a encore emport\u00e9 sur l\u2019actionnisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est la deuxi\u00e8me apparition de Seldon post-mortem. Il leur dit qu\u2019ils ont r\u00e9ussi \u00e0 vaincre les nationalismes des plan\u00e8tes avoisinantes mais que leur victoire n\u2019est pas d\u00e9finitive. Il reparle d\u2019une deuxi\u00e8me fondation qui se trouve \u00e0 l\u2019autre bout de la galaxie, \u00e0 Finistelle. Il les incite \u00e0 aller \u00e0 sa reconnaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit interm\u00e8de avec les marchands. Ponyets vend sa camelote dans la galaxie et il est inform\u00e9 de ce qu\u2019un marchand de sa plan\u00e8te, Gorov, a \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 \u00e0 Askon et menac\u00e9 de mort. Les Askoniens ont rejet\u00e9 le nucl\u00e9aire \u00e0 la suite d\u2019une catastrophe et Gorov avait voulu leur en vendre. Pour le sauver, Ponyets s\u2019adresse \u00e0 Pherl, le second du grand ma\u00eetre, en lui montrant son transmutateur, soit une machine \u00e0 transformer le fer en or. Pherl se sert de la machine clandestinement et Ponyets menace de le d\u00e9noncer car il l\u2019a film\u00e9 en plein exercice. Gorov est finalement lib\u00e9r\u00e9, mais toujours d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 vendre son nucl\u00e9aire et ses produits toxiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les marchands sont devenus le probl\u00e8me de la fondation. Mallow, de la plan\u00e8te Smyrno, est charg\u00e9 d\u2019enqu\u00eater sur une vente de nucl\u00e9aire \u00e0 la plan\u00e8te Korell, la seule qui \u00e9chappe totalement \u00e0 la fondation. Il livre un pr\u00eatre, r\u00e9fugi\u00e9 dans son vaisseau, aux habitants, croyant s\u2019attirer leurs bonnes gr\u00e2ces. Il est re\u00e7u par le commodore qui se m\u00e9fie des pr\u00eatres et de la fondation. Mallow lui garantit qu\u2019il n\u2019est l\u00e0 que pour le commerce. Voyant dans la foule un embl\u00e8me de la galaxie ancienne, il va sur la plan\u00e8te Siwenna pour restituer l\u2019empire. C\u2019est la troisi\u00e8me crise Seldon&nbsp;: la reconstruction.<\/p>\n\n\n\n<p>Mallow a \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9 par celui qui l\u2019a envoy\u00e9 sur Korell, un politique nomm\u00e9 Sutt , son proc\u00e8s a lieu et il prouve que le pr\u00eatre \u00e9tait un espion du commodore. La guerre contre Korell est d\u00e9clench\u00e9e et Terminus est devenu une ploutocratie, le commerce sans les pr\u00eatres. En attendant la nouvelle crise Seldon&nbsp;; Seldon dont les successeurs sont Hardin puis Mallow. Fin de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon, on ne va pas dire que tout cela est passionnant et on peine parfois \u00e0 avancer, notamment dans ces histoires de marchands, la derni\u00e8re partie. Asimov a n\u00e9anmoins une vision progressiste de l\u2019humanit\u00e9, peu enclin au militarisme et au libre \u00e9change, mais \u00e0 cheval sur les valeurs du savoir, de la connaissance. Ne serait-ce que pour \u00e7a\u2026 Asimov s\u2019est toujours d\u00e9fini comme rationaliste et ath\u00e9e. Il est un peu le contraire d\u2019un Philip Dick, d\u2019un Frank Herbert ou d\u2019un Roger Zelazny. Dommage&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>GEORGES PEREC \u2013 <em>LA VIE MODE D\u2019EMPLOI <\/em>\u2013 Hachette \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/illustration523.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4598\" width=\"582\" height=\"562\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/illustration523.jpg 473w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/illustration523-300x290.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/illustration523-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 582px) 100vw, 582px\" \/><figcaption>L&rsquo;immense Georges P\u00e9rec, oulipien de g\u00e9nie. Photo Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On dit souvent que l\u2019\u00e9t\u00e9 est fait pour relire. Je ne relis jamais, en fait, \u00e0 part des livres que je n\u2019avais pas termin\u00e9 ou qui me sont pass\u00e9s \u00ab&nbsp;au-dessus de la casquette&nbsp;\u00bb, comme on dit. Ce fut le cas de Musil, de Joyce, de Lowry mais aussi de Perec, dont j\u2019ai lu pas mal de livres mais jamais su terminer celui-l\u00e0, son opus majeur. Pourquoi&nbsp;? Je ne sais pas. Peut-\u00eatre les 600 pages, ou les premi\u00e8res&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant Perec, Oulipien et pataphysicien, \u00e9crivain pr\u00e9cieux, gentil et imaginatif\u2026 Allez, on repique.<\/p>\n\n\n\n<p>La visite commence dans les escaliers avec une employ\u00e9e d\u2019une agence immobili\u00e8re charg\u00e9e de vendre l\u2019appartement de Winckler, un artisan d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Puis c\u2019est la porte de Madame de Beaumont, la veuve d\u2019un arch\u00e9ologue sp\u00e9cialiste des invasions arabes en Espagne. Il s\u2019est suicid\u00e9 en 1935.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une pi\u00e8ce o\u00f9 trois messieurs sont en m\u00e9ditation. Ils appartiennent \u00e0 la secte des trois hommes libres, laquelle se multiplie de fa\u00e7on exponentielle. Une pi\u00e8ce est vide, ne laissant voir que des tableaux de ma\u00eetre que le narrateur commente. Dans une autre pi\u00e8ce,on voit une baignoire et une jeune fille nue qui va prendre son bain avec un exemplaires des<em> Lettres nouvelles<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les combles, il y a les petites-filles de Vera Beaumont qui r\u00e9visent leurs examens avec des copains. On a aussi Morellet, un chimiste \u00e9margeant \u00e0 Polytechnique charg\u00e9 par un myst\u00e9rieux Bartlebooth de donner \u00e0 ses puzzles une armature de m\u00e9tal. Morellet, apr\u00e8s plusieurs explosions, a \u00e9t\u00e9 intern\u00e9 sur plaintes des voisins d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u2013 les Plassaert. Il y a aussi le peintre Val\u00e8ne, Mme Schwarz\u2026 Chaque appartement est pr\u00e9sent\u00e9 comme une pi\u00e8ce d\u2019un myst\u00e9rieux puzzle.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Winckler, l\u2019artisan fabriquant de bijoux, de commodes, de miroirs\u2026 Et de puzzles pour Bartlebooth, le milliardaire anglais. Seul, il prend ses repas chez Riri et fr\u00e9quente de loin en loin Val\u00e8ne, Morellet ou Madame Noch\u00e8re, la concierge. Dans les chambres de bonne, on trouve les domestiques du peintre Hutting, une N\u00e9erlandaise et un Paraguayen et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, Jane Sutton, une jeune fille qui se peint dans des sc\u00e8nes historiques ou romanesques. On visite l\u2019atelier de Hutting avant d\u2019aller chez les R\u00e9ol, un couple avec un petit gar\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vestibule est occup\u00e9 par Rorschach. Un vieillard qui a eu mille vies&nbsp;: comique troupier, impr\u00e9sario d\u2019un trap\u00e9ziste qui avait d\u00e9cid\u00e9 de vivre sur son trap\u00e8ze, trafiquant de monnaies en Afrique et auteur d\u2019un roman consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019\u00e9gal du <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>. Dinteville, un m\u00e9decin dont le narrateur nous conte la g\u00e9n\u00e9alogie, est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et Snauft, le valet de Bartlebooth, occupe une pi\u00e8ce \u00e0 part. Snautf a connu Bartlebooth dans un bar de Manille et le riche anglais, ami du tout Londres, a d\u00e9cid\u00e9 de peindre 500 marines dans 500 ports diff\u00e9rents, confiant ses dessins \u00e0 Winckler en les envoyant par la poste. Il est maintenant val\u00e9tudinaire comme l\u2019est une autre voisine, Mademoiselle Crespi, qui n\u2019attend plus que l\u2019extr\u00eame-onction. La visite continue.<\/p>\n\n\n\n<p>Rorschach qui, devenu producteur \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision (en fait un bureaucrate sans envergure) a voulu faire un film de la vie de Bartlebooth, celui-ci en prenant ombrage. Et puis il y a Altamont, autre figure de l\u2019immeuble, dont le domestique pr\u00e9pare une grande r\u00e9ception. Et madame Moreau, la doyenne de l\u2019immeuble qu\u2019on pr\u00e9sente avec son amie Madame Trevins et une infirmi\u00e8re. La dame tenait un commerce de bricolage dont tous les articles sont d\u00e9taill\u00e9s en fin de chapitre. On n\u2019est pas oblig\u00e9s de lire. Il est d\u2019ailleurs trop t\u00f4t, au bout de 100 pages, pour se demander o\u00f9 l\u2019auteur veut en venir. Laissons-nous guider, d\u2019autant que ce bric-\u00e0-brac de biographies et de descriptions a quelque chose de fascinant.<\/p>\n\n\n\n<p>On en vient aux travaux dans la chaufferie, que le propri\u00e9taire Olivier Gratiolet a fait faire. Gratiolet qui revendra ensuite l\u2019immeuble \u00e0 Rorschach. On a droit \u00e0 l\u2019histoire des Gratiolet, une famille qui s\u2019est enrichie dans l\u2019immobilier, les collections d\u2019\u0153uvres d\u2019art et l\u2019exploitation de mines au Cameroun.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le hall d\u2019entr\u00e9e se trouve Ursula Sobieski, une romanci\u00e8re passionn\u00e9e par l\u2019histoire d\u2019un d\u00e9nomm\u00e9 Sherwood, grand-oncle de Bartlebootth, pharmacien ayant fait fortune avec des bonbons pour la toux victime d\u2019une escroquerie qui lui aurait fait perdre des millions de dollars dans l\u2019achat du Saint-Graal, le vase de Joseph D\u2019Arimathie. Une machination \u00e9chafaud\u00e9e par Shaw, un collectionneur de pi\u00e8ces uniques (unica ou unicum) et un \u00e9tudiant italien. On retrouve ensuite Mme Moreau qui s\u2019est occup\u00e9e toute sa vie de son entreprise florissante tout en passant ses rares moments de loisir dans sa maison de l\u2019Indre.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, dans un recoin, l\u2019arri\u00e8re-boutique d\u2019un magasin d\u2019antiquit\u00e9 tenu par Mme Marcia, dont tous les articles et tableaux nous sont d\u00e9crits minutieusement. Puis c\u2019est de nouveau les Altamont et la dame toujours en train de pr\u00e9parer la r\u00e9ception pour le retour de son mari. Les Altamont occupent l\u2019appartement qu\u2019a d\u00fb fuir Mme Appenzzel, traqu\u00e9e par la police de Vichy. On suit l\u2019histoire de son p\u00e8re, Marcel Appenzzel, un ethnologue disciple de Malinowski qui s\u2019\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 une tribu fant\u00f4me de Sumatra, les Orang-Kubus. La tribu ne veut aucun contact avec lui et \u00e9tablit ses campements dans des zones de plus en plus dangereuses rien que pour \u00e9chapper \u00e0 sa compagnie.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve Bartlebooth et son grand projet. Il prend des cours d\u2019aquarelle avec le peintre Val\u00e8ne avant de peindre ses 500 marines confi\u00e9es \u00e0 Winckler pour en faire des puzzles. Les toiles devenues des puzzles sont ensuite d\u00e9truites \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On revient \u00e0 Rorschach, rien que pour \u00e9voquer un ancien locataire, un Italien venu en France dans le cadre de la r\u00e9novation du ch\u00e2teau de la Muette. Givalconi et sa femme L\u00e6titia qui ont des jumeaux que la dame prom\u00e8ne au Parc Montceau. Elle tombe amoureuse d\u2019un professeur de physique, Paul H\u00e9bert, qui sera r\u00e9sistant et dispara\u00eetra de sa vie. Elle quittera le domicile conjugal apr\u00e8s que son mari e\u00fbt d\u00e9couvert une lettre qu\u2019elle a \u00e9crit \u00e0 H\u00e9bert.<\/p>\n\n\n\n<p>Val\u00e8ne, le plus ancien occupant de l\u2019immeuble, se rem\u00e9more Bartlebooth qui avait fini par se lasser de ses puzzles. Il fait l\u2019inventaire de tous ceux qui ont quitt\u00e9 l\u2019immeuble, imaginant sa destruction prochaine pour en faire un centre commercial avec parkings.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un grand salon, pas de nom. Juste la description des restes d\u2019une surprise-partie pour l\u2019anniversaire d\u2019une fille. Puis ce sont les Marquiseaux avec la femme qui s\u2019engueule avec son gendre et les deux amoureux qui finissent par quitter le toit familial. Puis vient l\u2019un des plus longs chapitres du livre o\u00f9 l\u2019on reprend l\u2019histoire du couple assassin\u00e9, le mari Breidel et la fille de Mme De Beaumont. Ils ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s par un Anglais chez qui la fille Beaumont avait \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e comme fille au pair en laissant le b\u00e9b\u00e9 noy\u00e9. Elle s\u2019\u00e9tait enfuie et la dame s\u2019\u00e9tait ouvert les veines en d\u00e9couvrant le b\u00e9b\u00e9 mort. La vengeance avait amen\u00e9 l\u2019Anglais, apr\u00e8s une enqu\u00eate minutieuse, dans ce petit village des Ardennes o\u00f9 le couple r\u00e9sidait avec ses deux jeunes enfants. On a droit \u00e0 des quantit\u00e9s de d\u00e9buts de roman, ou de romans courts, dans tous les genres litt\u00e9raires, avec des centaines d\u2019histoires toutes plus originales les unes que les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore une description scrupuleuse de la chambre de Mme Marcia puis ce sont les caves. La visite continue. D\u2019abord celle des Altamont avec ses victuailles, ses vins fins et ses produits d\u2019entretien, puis celle des Gratiolet, bric-\u00e0-brac o\u00f9 des portraits de famille retiennent l\u2019attention. Dans les escaliers, Gilbert Berger, un gamin qui, avec quelques camarades, \u00e9crit un roman-feuilleton \u00e0 propos de l\u2019assassinat au curare du mod\u00e8le d\u2019un peintre, un vieil acteur sur le retour. Encore une histoire. On est ensuite chez la concierge, Madame Claveau. Elle fut remplac\u00e9e par Mme Noch\u00e8re, dont le mari, un bureaucrate de l\u2019arm\u00e9e, est mort d\u2019avoir mordu les gommes de ses crayons. On passe rapidement sur deux pi\u00e8ces du puzzle, Herman Flugger, un industriel allemand et Loubet, un amateur de safari souvent en voyage. Puis c\u2019est l\u2019ascenseur, souvent en panne, et un soir o\u00f9 les quatre personnes coinc\u00e9es au milieu de la nuit ont voulu faire une belote.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour chez Marcia. L\u00e9on Marcia, un ouvrier devenu expert en art \u00e0 la suite d\u2019une hospitalisation dans un sanatorium o\u00f9 il a pu lire des milliers d\u2019ouvrages sur le th\u00e8me en plus d\u2019apprendre plusieurs langues. Il est consult\u00e9 par les plus grands collectionneurs et d\u00e9busque \u00e0 l\u2019\u0153il nu un faux. Mme de Beaumont et ses deux petites filles, les s\u0153urs Breidel. Un peignoir de boxeur sur le porte-manteau de la salle de bain qui aurait appartenu \u00e0 un boxeur am\u00e9ricain, Cat Spade (le chat de pique). Un vieil amant&nbsp;? L\u2019une des s\u0153urs est boulimique et physicienne de haut niveau quand l\u2019autre est une forte en th\u00e8me, aussi mince que jolie.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la mort des parents Euchart, le couple Marquiseaux occupe l\u2019appartement et dirige une soci\u00e9t\u00e9 de production de disques. Parmi leurs poulains, une d\u00e9nomm\u00e9e Hortense, qui chantait nagu\u00e8re sous le nom de Sam Horton. Un transsexuel dont la r\u00e9putation sulfureuse fait vendre. On passe chez Genevi\u00e8ve Foulerot, qui travaille pour une entreprise de vente par correspondance mais a des ambitions artistiques. Elle occupe l\u2019appartement de Paul Hubert, introuvable depuis la guerre et un attentat contre des soldats allemands, bien qu\u2019il soit d\u2019extr\u00eame-droite. On repasse au trio Bartlebooth, Winckler, Val\u00e8ne et \u00e0 leurs puzzles. Puis c\u2019est Plassaert et son fils R\u00e9mi, collectionneur de buvards publicitaire qui occupent un appartement nagu\u00e8re occup\u00e9 par un ancien des brigades internationales devenu bouquiniste.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur J\u00e9r\u00f4me est un vieil \u00e9rudit qui a \u00e9crit des biographies de tous les nobles et dignitaires religieux d\u2019Espagne. Il n\u2019a essuy\u00e9 que des refus chez les \u00e9diteurs qui lui font faire des traductions de livres pour enfants. Il a br\u00fbl\u00e9 son manuscrit dans la cour de la Sorbonne. Depuis, il passe son temps \u00e0 lire des romans policiers \u00e0 l\u2019ancienne et dort le reste du temps. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, le docteur Dinteville, pas tr\u00e8s aim\u00e9 mais indispensable, invente des recettes de cuisine qui, esp\u00e8re-t-il, prendront son nom quand Mme Albin, malade, se rem\u00e9more ses ann\u00e9es pass\u00e9es en Syrie sous protectorat fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Les escaliers et les deux \u00e9tages au-del\u00e0 du 6\u00b0, sans ascenseur. Le narrateur nous parle des diff\u00e9rentes classes sociales de l\u2019immeuble et des inimiti\u00e9s qui s\u2019y sont install\u00e9es, parfois en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019attitude des uns et des autres durant la derni\u00e8re guerre. On retourne \u00e0 Genevi\u00e8ve Foulerot, qui a d\u00fb quitter sa famille pour avoir voulu garder son enfant naturel. Seul son grand-p\u00e8re l\u2019a comprise et, peintre amateur, a d\u00e9cor\u00e9 la pi\u00e8ce d\u2019apr\u00e8s les \u00e9l\u00e9ments compliqu\u00e9s d\u2019un roman policier. Autre peintre, Val\u00e8ne. Le narrateur le d\u00e9crit en train de se peindre, dans une vision en abyme. Val\u00e8ne qui entend mettre toutes les situations et histoires v\u00e9cues par les personnages de l\u2019immeuble (au nombre de 179 pr\u00e9cis\u00e9ment) dans son tableau. Puis c\u2019est Plassaert \u00e0 nouveau. Ou plut\u00f4t deux personnages \u00e0 qui il a lou\u00e9 des chambres. Un demi-clochard vivant de revente de bouteilles consign\u00e9es et un jeune \u00e9tudiant biblioth\u00e9caire nomm\u00e9 Gr\u00e9goire Simpson (on pense au Gr\u00e9goire Samsa de<em> La m\u00e9tamorphose<\/em>). On s\u2019attarde sur ce Simpson qui est exactement le portrait du personnage du roman et du film de Perec <em>L\u2019homme qui dort<\/em>, avec Jacques Spiesser. On suppose qu\u2019il a fini par se suicider.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe chez Winckler mais c\u2019est pour parler de sa femme, Marguerite. Elle \u00e9tait miniaturiste et travaillait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui avec son chat Ribibi. Ils se sont rencontr\u00e9s \u00e0 Marseille, lui militaire en permission, elle qui s\u2019est apitoy\u00e9e sur ses airs de chien battu. Les Winckler partaient parfois en voyage, emmen\u00e9s par Bartlebooth, mais, \u00e0 la mort de Marguerite, Winckler s\u2019est s\u00e9par\u00e9 de toutes ses affaires et a fait piquer le chat. Plassaert encore. Ou plut\u00f4t les Plassaert, Ad\u00e8le et Jean. Leur petit commerce est sp\u00e9cialis\u00e9 dans les antiquit\u00e9s et bijoux orientalistes et c\u2019est un avocat qui leur a donn\u00e9 des filons en Indon\u00e9sie o\u00f9 le couple revend tr\u00e8s cher des articles fabriqu\u00e9s l\u00e0-bas. Les Plassaert sont des parvenus plut\u00f4t mesquins doubl\u00e9s de radins pathologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un autre appartement, un jeune homme fait l\u2019amour \u00e0 une poup\u00e9e gonflable. Il s\u2019agit de l\u2019ancien domicile des Fresnel, un couple de restaurateurs dont l\u2019\u00e9tablissement recevait le tout Paris. Henri Fresnel s\u2019est laiss\u00e9 s\u00e9duire par les acteurs et a voulu en devenir un.&nbsp;Il a r\u00e9uni une petite troupe de th\u00e9\u00e2tre itin\u00e9rant jusqu\u2019\u00e0 ce que deux acteurs piquent la caisse un soir de veine. Fresnel est parti jusqu\u2019en Afrique o\u00f9, d\u2019acteur, il s\u2019est transform\u00e9 en magicien. On le retrouve \u00e0 New York o\u00f9 il devient le cuisinier attitr\u00e9 d\u2019une star extravagante de l\u2019\u00e9poque nomm\u00e9e Twinky. Il finit par ouvrir un restaurant \u00e0 l\u2019enseigne du Capitaine Fracasse. Ayant fait fortune, il retourne chez sa femme qui l\u2019\u00e9conduit et le renvoie dans son Miami d\u2019adoption. Elle n\u2019\u00e9tait rest\u00e9e l\u00e0 que pour attendre ce jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Elzbieta Orlowska occupe la chambre de bonne laiss\u00e9e par Germaine, la ling\u00e8re de Bartlebooth. Une belle polonaise tomb\u00e9e amoureuse d\u2019un jeune tunisien qu\u2019elle rejoint au pays. Ils ont un fils, Mahmoud, mais la famille de son mari ne l\u2019accepte pas et elle rentre \u00e0 Paris avec son fils en plein Mai 68. Elle rencontrera un vieux clown polonais qui fut c\u00e9l\u00e8bre dans son pays, avant de se clochardiser.l<\/p>\n\n\n\n<p>Olivier Gratiolet est le syndic de l\u2019immeuble. Toute la g\u00e9n\u00e9alogie de la famille nous est racont\u00e9e, du grand-p\u00e8re en 14-18 jusqu\u2019\u00e0 Olivier tomb\u00e9 sur une mine durant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie en passant par le p\u00e8re, prisonnier en 39-45 et lib\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention de son fr\u00e8re membre du gouvernement Laval qui sera assassin\u00e9. Gratiolet a \u00e9pous\u00e9 Arlette de qui il a eu une fille, Isabelle, mais Arlette a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e par son p\u00e8re devenu fou un soir de No\u00ebl. Des histoires qui sont souvent autant de drames.<\/p>\n\n\n\n<p>Le peintre Hutting s\u2019inspire de la biographie de ses mod\u00e8les pour des toiles qui sont de v\u00e9ritables \u00e9quations math\u00e9matiques. Et de citer les titres des 24 tableaux ex\u00e9cut\u00e9s d\u2019apr\u00e8s sa m\u00e9thode.<\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019a encore pas parl\u00e9 de Cinoc. Un juif polonais \u00ab&nbsp;tueur de mot&nbsp;s&nbsp;\u00bb, soit quelqu\u2019un pay\u00e9 pour \u00e9liminer les mots inusit\u00e9s et d\u00e9suets et inusit\u00e9s des dictionnaires. Une activit\u00e9 qui lui permet \u00e0 son tour de proposer des dictionnaires de mots oubli\u00e9s. Berger le p\u00e8re, Charles, serveur dans un restaurant d\u2019abord, puis dans des bo\u00eetes de strip-tease. C\u2019est le tour des Altamont, avec un portrait de Cyrille, le mari, \u00e9narque et haut-fonctionnaire employ\u00e9 dans une banque internationale dont il est relat\u00e9 un \u00e9pisode de sa carri\u00e8re. Un savant allemand nazi recycl\u00e9 par les Am\u00e9ricains et d\u00e9testant les \u00c9tats-Unis, veut lui vendre ses proc\u00e9d\u00e9s de fabrication de p\u00e9trole \u00e0 partir de la lignite ou de sucre \u00e0 partir de sciure de bois. Altamont a hauss\u00e9 les \u00e9paules, mais ces techniques ont \u00e9t\u00e9 red\u00e9couvertes apr\u00e8s la crise du p\u00e9trole. Enfin, on trouve le jeune Olivier Gratiolet \u00e9coutant Londres dans la chaufferie..<\/p>\n\n\n\n<p>On visite les tr\u00e9sors du magasin d\u2019antiquit\u00e9 des Marcia avec les horloges et les automates. David, leur fils, devait \u00e9pouser Caroline Marquiseaux mais elle en a mari\u00e9 un autre. Le jeune David, champion de moto, a \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un accident. L\u2019appartement de Mme Moreau a \u00e9t\u00e9 nagu\u00e8re occup\u00e9 par une vamp du nom de Joy Slowburn. Elle vit avec son domestique philippin, Carlos. En fait, l\u2019affaire est plus compliqu\u00e9e car ils sont trois dans l\u2019appartement. Blunt Stanley est un d\u00e9serteur de la guerre de Cor\u00e9e et il subit le chantage de Carlos, qui conna\u00eet son histoire. Pendant des ann\u00e9es Blunt et Joy ont eu des num\u00e9ros de music-hall de divination avant de promettre \u00e0 des riches curieux la possibilit\u00e9 de rencontrer le diable et de nouer un pacte avec lui. Un commerce florissant jusqu\u2019\u00e0 ce que Carlos retrouve leur trace et exerce \u00e0 nouveau son chantage. Blunt l\u2019\u00e9trangle et tue \u00e9galement Joy \u00e0 qui il reproche de ne pas avoir remarqu\u00e9 que l\u2019immeuble \u00e9tait surveill\u00e9. Surveill\u00e9 en fait pas les d\u00e9tectives pay\u00e9s par l\u2019Anglais qui en voulait \u00e0 la fille Beaumont, sa baby-sitter.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme d\u2019habitude apr\u00e8s les histoires, les descriptions. Le caves de Rorschach et de Dinteville, un inventaire des objets ayant encombr\u00e9 les escaliers et le bureau de Cyrille Altamont&nbsp;; les Altamont, ou plut\u00f4t leurs domestiques, toujours dans les pr\u00e9paratifs de la r\u00e9ception. On retrouve Winckler, Bartlebooth et leurs puzzles. Winckler les d\u00e9coupe et Bartlebooth les compose, entre jubilation et col\u00e8re. Il d\u00e9taille les pi\u00e8ces et y voit des objets, des visages, des pays\u2026 On passe \u00e0 Moreau dont c\u2019est la quatri\u00e8me apparition. Madame Moreau et son amie, Madame Trevins. Sa cuisine a \u00e9t\u00e9 refaite par Fleury, un cuisinier mariant la gastronomie \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique. Ainsi Fleury a-t-il pu pr\u00e9parer des repas en blanc, en noir, en orange et en toutes sortes de couleurs. Mme Trevins a des go\u00fbts simples et n\u2019a jamais daign\u00e9 participer \u00e0 ces soir\u00e9es. Dans la cave de Bartlebooth, les malles de voyage et des soldats de plomb chez Marcia, l\u2019antiquaire. Avant Marcia vivait Massy, un bourrelier qui fut coureur cycliste. Massy avait failli gagner une \u00e9tape du Tour, trahi par sa m\u00e9canique. Il s\u2019\u00e9tait orient\u00e9 vers la piste, mais son record de l\u2019heure ne fut jamais homologu\u00e9 faute de la pr\u00e9sence d\u2019un arbitre. La guigne. Devenu entra\u00eeneur, il est \u00e0 moto devant son poulain, Lino Margay mais, jaloux de sa popularit\u00e9, il le pousse tant que celui-ci chute et finit d\u00e9figur\u00e9 pour avoir raboter la piste avec son visage. Culpabilis\u00e9, Massy incite sa s\u0153ur Josette \u00e0 \u00e9pouser Margay mais elle le quitte rapidement, effray\u00e9e par son absence de visage sanguinolent. Margay finit \u00e0 Buenos-Aires o\u00f9, emprisonn\u00e9 pour un trafic de drogue, il devient le confident de toute la p\u00e8gre latino-am\u00e9ricaine et un fin connaisseur du milieu. Ses informations valent de l\u2019or et il r\u00e9ussit \u00e0 convaincre un chirurgien de lui refaire le visage. Margay revient \u00e0 Paris et retrouve Josette qui n\u2019a jamais cess\u00e9 de l\u2019aimer. Massy repart chez lui, \u00e0 Saint-Quentin.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve Marcia apr\u00e8s une description dantesque de la chaufferie. Le fils David revenu chez ses parents apr\u00e8s avoir essay\u00e9 la course automobile, mont\u00e9 un village vacances et un festival de th\u00e9\u00e2tre avec uniquement des pi\u00e8ces d\u2019auteurs anciens inconnus. Puis c\u2019est la cave de Mme de Beaumont, o\u00f9 l\u2019on apprend que Fernand de Beaumont, son mari qui s\u2019est suicid\u00e9, \u00e9tait ami avec Bartlebooth.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fils de l\u2019accordeur de piano lit une bande dessin\u00e9e sur le palier. L\u2019histoire de Carel Van Loorens, un savant touche-\u00e0-tout qui avait promis \u00e0 Napol\u00e9on, dont la flotte avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9e \u00e0 Trafalgar, de lui allouer les services de l\u2019aigle, un pirate invincible. Van Loorens trahit sa promesse et ne r\u00eave que de sauver une Allemande, prisonni\u00e8re du pirate. Il est rattrap\u00e9 par les hommes du pirate qui l\u2019attachent en plein d\u00e9sert du Sahara. Il r\u00e9ussit \u00e0 se lib\u00e9rer et est recueilli par un camp de berb\u00e8res. Ursula Von Littau, consid\u00e9r\u00e9e par l\u2019aigle comme infid\u00e8le, fut mise \u00e0 mort. Olivia Rorschach, n\u00e9e Norvell, fut une star enfant australienne \u00e0 l\u2019image de Shirley Temple. Apr\u00e8s plusieurs mariages et autant de divorces, elle a \u00e9pous\u00e9 R\u00e9mi Rorschach, s\u2019\u00e9tant connus dans une librairie alors qu\u2019ils se disputaient la possession d\u2019un livre rare.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore Barlebooth et ses cartes&nbsp;. Des cartes d\u2019Am\u00e9rique et une controverse historique pour savoir qui de Amerigo Vespacchi ou de Christophe Colomb a d\u00e9couvert le continent, les Indes de l\u2019ouest. \u00c0 moins que ce f\u00fbt Cousin, un marin de Dieppe. Il y a aussi une carte de leur pays faite par des papous. On revient \u00e0 Olivia Rorschach, qui fait toujours des tours du monde pour des r\u00e9trospectives de ses films, puis Isabelle Gratiolet, une petite peste d\u00e9test\u00e9e par tout le monde. Puis c\u2019est \u00e0 nouveau Hutting et sa domesticit\u00e9, les Honor\u00e9 et Mme Crespi. Les trois ont servi les Danglars, lui \u00e9tant un magistrat illustre s\u2019adonnant \u00e0 la kleptomanie sous l\u2019influence de sa femme. Ils seront d\u00e9masqu\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 un policier nomm\u00e9 Blanchet. Les Honor\u00e9 prirent leur retraite et Crespi se mit au service de Bartlebooth.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9l\u00e8ne Brodin habitait l\u00e0 avant Cinoc, et elle s\u2019est comport\u00e9e comme une h\u00e9ro\u00efne de western, flinguant les truands qui ont abattu son mari. Abel Speiss est l\u2019ancien habitant de chez Berger, sp\u00e9cialis\u00e9 dans les jeux propos\u00e9s par les journaux. Rorschach encore, et un ennui avec un locataire devant assister \u00e0 un congr\u00e8s international. Puis c\u2019est Bartlebooth, le personnage principal, avec une histoire de cha\u00eene d\u2019h\u00f4tels construits dans 24 villes du monde. Un gigantesque complexe h\u00f4telier avec des monuments reproduits partout et des \u00e9v\u00e9nements culturels orchestr\u00e9s par De Beyssandre qui bouleverse totalement le march\u00e9 de l\u2019art. Bartlebooth se voit propos\u00e9 d\u2019exposer ses aquarelles et il les d\u00e9truit toutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toujours les pr\u00e9paratifs chez les Altamont. Et l\u2019histoire de Mme Altamont, Blanche Gardel de son nom de jeune fille, danseuse aux ballets Fr\u00e8re qui d\u00e9cide de se faire avorter le jour d\u2019un spectacle qui aurait pu lui apporter la gloire. Elle part \u00e0 Londres sur les conseils de Cyrille Altamont. Ricetti, son ma\u00eetre de danse, ne supporte pas cet avortement et se suicide. V\u00e9ronique Altamont a longtemps cru qu\u2019il \u00e9tait son vrai p\u00e8re. Dans une lettre retrouv\u00e9e, Cyrille raconte cette journ\u00e9e \u00e0 Londres.<\/p>\n\n\n\n<p>Mme Moreau, impotente, a fini par partager son appartement avec Mme Trevins. Bien en vue, un gros livre sous pseudonyme qui raconte l\u2019histoire soi-disant v\u00e9ritable des quintupl\u00e9s Trevins, cinq s\u0153urs trap\u00e9zistes puis danseuses l\u00e9g\u00e8res avant des carri\u00e8res plus respectables. En fait, les quintupl\u00e9s n\u2019ont jamais exist\u00e9 et Mme Trevins, l\u2019autrice d\u2019un roman tir\u00e9 \u00e0 un seul exemplaire, a mis en sc\u00e8ne plusieurs personnes de l\u2019immeuble. Gertrude, la cuisini\u00e8re de Mme Moreau, est partie louer ses services chez un lord anglais, Lord Ashtray, qui nourrit des passions aussi diverses que les mots crois\u00e9s, le rugby et une collection de tapis indiens servant de selles. Louvet n\u2019est connu que pour une plainte pour tapage nocturne alors qu\u2019il improvisait un orchestre avec des ustensiles divers. Rien \u00e0 dire de lui \u00e0 part \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Descriptions encore, de ce que l\u2019on a trouv\u00e9 dans les escaliers, notamment une carte r\u00e9sumant la vie de Mark Twain et une bo\u00eete \u00e0 l\u2019effigie des Trois Mousquetaires. Un dernier passage chez Rorschach avec R\u00e9mi qui semble attendre la mort et un historique de l\u2019immeuble avec l\u2019histoire de Simon et Crubellier qui ont donn\u00e9 leurs noms \u00e0 la rue et les premiers pas de Jules Gratiolet comme propri\u00e9taire. Dinteville a \u00e9t\u00e9 m\u00e9decin \u00e0 Lavaur (Tarn) o\u00f9 il est tomb\u00e9 sur un ouvrage de l\u2019un de ses anc\u00eatres sur les maladies r\u00e9nales. Il a \u00e9crit un trait\u00e9 d\u2019\u00e9pist\u00e9mologie \u00e0 partir de cela mais se l\u2019ai fait voler par son mentor, le professeur Lebran-Chastel, qui le fit publier sans le mentionner. Hutting et son atelier dans lequel il tenait ses \u00ab&nbsp;mardis&nbsp;\u00bb, avec des artistes s\u00e9lectionn\u00e9s pour leur originalit\u00e9. Puis R\u00e9ol et sa qu\u00eate incessante d\u2019une augmentation de sa compagnie d\u2019assurance. La ruine avant une promotion inesp\u00e9r\u00e9e. On termine avec Bartlebooth qui meurt, aveugle, sur son dernier puzzle le 23 juin 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit pr\u00e8s de cinq pages sur ce bouquin extraordinaire mais, \u00e0 livre exceptionnel, chronique hors norme. \u00c0 travers la vue en coupe d\u2019un immeuble parisien, Perec a essay\u00e9, dans un roman o\u00f9 les descriptions maniaques alternent avec les histoires et des biographies, \u00e0 mettre la vie et le monde &#8211; toutes les histoires du monde &#8211; dans un livre. D\u2019autres s\u2019y \u00e9taient essay\u00e9s et on pense \u00e0 Borg\u00e8s, mais lui y est presque arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre est d\u00e9dicac\u00e9 \u00e0 Raymond Queneau, l\u2019auteur de <em>10000 milliards de po\u00e8mes.<\/em> On a peut-\u00eatre pas autant d\u2019histoires, mais c\u2019est un festival d\u2019invention et de cr\u00e9ativit\u00e9, avec toujours une ironie et un humour sous-jacents. Bartlebooth \u00e9voque aussi le Bartleby de Melville, celui qui ne cessait de dire \u00ab&nbsp;I prefer not to&nbsp;\u00bb. Perec a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la faire, cette \u0153uvre colossale, et on lui en saura \u00e9ternellement gr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>6 juillet 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>THOMAS HARRIS \u2013 HANNIBAL &#8211; Albin Michel Comme tout le monde ou \u00e0 peu pr\u00e8s, j\u2019ai vu Le silence des agneaux de Jonathan Demme, cette histoire effrayante de psychopathe criminel cannibale poursuivi par une jeune femme du FBI. Hannibal Lecter est donc, pour la psychiatrie, un sociopathe sadique et, pour ce qui reste de croyants,&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4596\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4598,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4596"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4596"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4596\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4600,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4596\/revisions\/4600"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4598"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4596"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4596"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}