{"id":4623,"date":"2026-05-22T15:08:49","date_gmt":"2026-05-22T13:08:49","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4623"},"modified":"2026-05-22T15:08:50","modified_gmt":"2026-05-22T13:08:50","slug":"notes-de-lecture-81","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4623","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 81"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>JEAN TEUL\u00c9 \u2013<em> LE MAGASIN DES SUICIDES<\/em> \u2013 Julliard \/ Pocket<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous avez rat\u00e9 votre vie&nbsp;? Avec nous, vous r\u00e9ussirez votre mort&nbsp;!&nbsp;\u00bb Telle est la fi\u00e8re devise publicitaire de cette boutique des suicides qui vend tout ce qu\u2019il faut pour mourir sans trop d\u2019efforts. Poisons, armes blanches, pav\u00e9s pour la noyade, gaz mortel et tout le catalogue pour suicidaires et d\u00e9pressifs chroniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le magasin est tenu par les \u00e9poux Tuvache, Mishima (on sait pourquoi) et Lucr\u00e8ce (pour Borgia). En d\u00e9pit de leur d\u00e9testation inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e pour la vie, ils ont trois enfants&nbsp;: Marilyn (pour Monroe), Vincent (pour Van Gogh) et Alan (pour Turing, un savant qui s\u2019est suicid\u00e9 en croquant une pomme empoisonn\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p>On est loin dans le futur, bien que rien ne soit pr\u00e9cis\u00e9. Des catastrophes ont an\u00e9anti une bonne partie de la terre, mais les Tuvache vivent comme avant dans la religion de la mort. Leur fille se sent inutile et a des envies de suicide, leur fils a\u00een\u00e9, Vincent, est d\u00e9pressif et dramatise tout&nbsp;; seul le plus jeune, Alan, fait preuve de fantaisie et aime profond\u00e9ment la vie. Il est n\u00e9 par accident, \u00e0 cause d\u2019un pr\u00e9servatif trou\u00e9 vendu \u00e0 la boutique pour propager des maladies sexuelles transmissibles. Un heureux accident.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, c\u2019est le petit Alan qui d\u00e9r\u00e8gle les sinistres habitudes de la maison. Sa joie de vivre finit par gagner les autres et sa s\u0153ur tombe amoureuse du gardien de cimeti\u00e8re alors qu\u2019elle s\u2019occupait du rayon frais et y donnait le baiser de la mort. M\u00eame Vincent va mieux et passe son temps \u00e0 faire des masques mortuaires tellement grotesques qu\u2019ils font rire et \u00e0 pr\u00e9parer des cr\u00eapes (de vraies cr\u00eapes).<\/p>\n\n\n\n<p>Le fournisseur Trompe la mort a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par Pouffe de vie et le magasin est devenu une boutique de farces et attrapes o\u00f9 on sert des boissons et des cr\u00eapes. M\u00eame les parents se sont fait \u00e0 la ga\u00eet\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et le monde va mieux, selon les actualit\u00e9s t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. La vie triomphe de la mort et tout est mal qui finit bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon, on ne va pas se le cacher, le roman de Teul\u00e9 est ennuyeux et frise le g\u00e2tisme, avec ses plaisanteries de gar\u00e7on de bain et ses blagues de potache. On l\u2019aimait pourtant bien Teul\u00e9, avec ses biographies mutines de Verlaine, Villon, Charles IX ou de La Montespan, mais l\u00e0, c\u2019est vraiment nul, mal \u00e9crit et p\u00e9nible. On imagine ce qu\u2019un Morel aurait fait avec un tel th\u00e8me, voire un Fournier ou un Desproges. Mais l\u00e0, non, c\u2019est rat\u00e9. Dommage de devoir dire du mal des morts, m\u00eame si son bouquin s\u2019y pr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JOHN COWPER POWYS \u2013 <em>GIVRE ET SANG<\/em> \u2013 Le Seuil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/illustration529.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4625\" width=\"576\" height=\"560\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/illustration529.jpg 250w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/illustration529-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption>John Cowper Powys, le barde du Derbyshire donc presque Gallois. Photo Wikipedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Un auteur dont j\u2019ai beaucoup entendu parler, mais dont je n\u2019ai rien lu. Il \u00e9tait admir\u00e9 par beaucoup d\u2019\u00e9crivains, dont Henry Miller par exemple. Bonne raison de le d\u00e9couvrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque part dans le Dorset, le long de la rivi\u00e8re Frome, Rook Ashover sort du lit o\u00f9 il laisse Netta pour se promener dans la campagne, l\u00e0 o\u00f9 il rencontre son fr\u00e8re, Lexie. Les deux fr\u00e8res discutent sous la lune, pr\u00e8s du cimeti\u00e8re o\u00f9 gisent leurs anc\u00eatres. Une famille dont la noblesse remonte aux croisades. Lexie est malade et croit qu\u2019il va mourir quand son fr\u00e8re est un s\u00e9ducteur qui peut avoir toutes les femmes. Se pose la question de la descendance de cette illustre famille. Netta ne peut avoir d\u2019enfants et Lexie est malade.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe \u00e0 Netta Page, la fianc\u00e9e, juste tol\u00e9r\u00e9e dans le manoir des Ashover, tol\u00e9r\u00e9e par la m\u00e8re et par la cousine, Ann, \u00e9galement amoureuse de Rook. Tandis que son fr\u00e8re est gravement malade, Rook est convoit\u00e9 par trois femmes, Netta sa ma\u00eetresse, Ann sa cousine et Nelly Hastings, la femme d\u2019un pasteur qui \u00e9crit un livre qu\u2019il qualifie lui-m\u00eame de mal\u00e9fique.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que la vieille Ashover et Ann scellent un pacte visant \u00e0 d\u00e9loger l\u2019intruse, Netta, Rook s\u2019en va flirter avec Nelly, la femme du pasteur. La question de la post\u00e9rit\u00e9 de la famille p\u00e8se beaucoup, tous attendant de Rook qu\u2019il donne un h\u00e9ritier quand lui n\u2019a pas l\u2019intention de se reproduire.<\/p>\n\n\n\n<p>La cousine Ann lui conseille de s\u2019effacer et Netta \u00e9chappe aux coups de fusil tir\u00e9s par Oncle Dick, un b\u00e2tard de la famille devenu \u00e0 demi-fou. La situation se tend en ce No\u00ebl blanc. Givre et sang. Le jour de No\u00ebl, Lexie Ashover fait une apparition. Au dernier jour de l\u2019An, ce sont les visites. Au pasteur Hastings qu\u2019on tient pour fou. Son livre, toujours aussi myst\u00e9rieux, est un plaidoyer pour la mort et l\u2019obscurit\u00e9 contre la vie et la lumi\u00e8re. Presque un manifeste nihiliste. On va ensuite voir Lexie, le fr\u00e8re val\u00e9tudinaire, pour r\u00e9veillonner. Les langues se d\u00e9lient et l\u2019alcool coule \u00e0 flot. Netta Page, fin saoule, a perdu la partie devant lady Ann. On apprend la mort de Richard \u00ab&nbsp;Dick&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00ab&nbsp; Ashover.<\/p>\n\n\n\n<p>Au printemps, Ann \u00e9pousera Rook et Netta, d\u00e9laiss\u00e9e, boira de plus en plus. On pr\u00e9tend qu\u2019on l\u2019a retrouv\u00e9e noy\u00e9e dans la rivi\u00e8re, d\u00e9couverte par Pandie, une domestique. Des domestiques qui ont un r\u00f4le important dans l\u2019histoire, comme dans tous les romans anglais du XIX\u00b0. Autant ils sont attach\u00e9s \u00e0 la famille que, les connaissant parfaitement de g\u00e9n\u00e9rations en g\u00e9n\u00e9rations, ils entrevoient aussi les mauvais sorts et les malheurs. Ann et Rook vont se marier, avec autorisation sp\u00e9ciale, \u00e0 Tullmaster, pas chez le pasteur Hastings qu\u2019ils craignent.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la vieille Ashover pense qu\u2019elle s\u2019est noy\u00e9e, la version officielle est que Netta a disparu et Rook la cherche partout, culpabilis\u00e9 apr\u00e8s son mariage. Sa m\u00e8re se f\u00e9licite de la tournure des \u00e9v\u00e9nements&nbsp;: l\u2019intruse n\u2019est plus l\u00e0 et la famille Ashover aura des descendants. Tout ce qui compte.<\/p>\n\n\n\n<p>Netta est partie dans la ville d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, Forley L\u2019\u00c9v\u00eaque. L\u00e0, elle rencontre Hastings qui \u00e9tait venu s\u2019entretenir avec un Allemand, pr\u00eatre d\u00e9froqu\u00e9 devenu philosophe. Ils rencontrent en chemin une vieille dame \u2013 Betsy Cooper \u2013 aux allures de sorci\u00e8re. Hastings cherche un h\u00f4tel et n\u2019en trouve pas et lui et Netta acceptent l\u2019hospitalit\u00e9 de la dr\u00f4lesse qui leur confie que sa fille a eu deux jumeaux de Rook Ashover, des nains monstrueux qu\u2019elle a exhib\u00e9s dans un cirque et qu\u2019elle garde cach\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, Netta veut partir pour Londres et Hastings lui conseille de revenir s\u2019expliquer avec Rook. Twiney, le cocher, les rep\u00e8re et il informe son ma\u00eetre. Rook la trouve enfin alors qu\u2019elle est dans le train qui va partir. Il charge Hastings de dire \u00e0 Ann qu\u2019il va rester chez son fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que la m\u00e8re organise sa f\u00eate d\u2019anniversaire dans une propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle Betsy Cooper a install\u00e9 sa caravane, Ann attend un enfant et se consume de jalousie contre sa rivale fant\u00f4me disparue dans Londres, mais aussi contre Nell Hastings qui profite des absences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es du pasteur pour des repas en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec Rook.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous se retrouvent pour l\u2019anniversaire et Nell s\u2019y rend avec Lexie. Rook a pay\u00e9 Betsy Cooper pour qu\u2019elle s\u2019en aile, mais elle lui fait regarder une boule de cristal o\u00f9 Netta pleure en regardant un cercueil o\u00f9 il g\u00eet. Rook d\u00e9teste Ann de plus en plus et il donnerait tout pour retrouver Netta, alors que Nell se rend compte que ce qui les unit ne sera jamais qu\u2019une tendre amiti\u00e9, loin de l\u2019amour dont elle r\u00eavait.<\/p>\n\n\n\n<p>Rook va voir Hastings car il a l\u2019impression que le pasteur en sait plus sur Netta qu\u2019il veut bien le dire. Il garde son secret et Rook l\u2019interroge sur son livre. Hastings parle des forces de la vie oppos\u00e9es \u00e0 celles de la mort dans l\u2019\u00e2me des hommes et que la mort emporte tout. Rook se moque de sa philosophie et use d\u2019arguments plus rationnels. C\u2019est alors que Hastings se f\u00e2che, mais c\u2019est plus un antagonisme de classe et de la jalousie pour ses conqu\u00eates qui l\u2019anime, loin de la querelle philosophique. En tout cas, il garde secr\u00e8te l\u2019adresse de Netta et l\u00e0 r\u00e9side son triomphe.<\/p>\n\n\n\n<p>Rook, qui doit rejoindre son fr\u00e8re pour une promenade, se dit qu\u2019il n\u2019est qu\u2019un noble ruin\u00e9, incapable d\u2019aimer et trop imbu de lui-m\u00eame pour s\u2019ouvrir \u00e0 la vie. Il s\u2019aper\u00e7oit que c\u2019est l\u2019orgueil qui le pousse \u00e0 s\u00e9duire les femmes, mais qu\u2019il ne fait que leur malheur. Les deux fr\u00e8res \u00e9voquent des souvenirs d\u2019enfance en contemplant la nature. Lexie est d\u00e9pendant de ses comprim\u00e9s de morphine et son fr\u00e8re lui reproche de s\u2019\u00eatre ligu\u00e9 avec les autres contre Netta. C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9. Rook retrouve son fr\u00e8re avec Nell et il en prend ombrage. Il n\u2019est pas contre le fait que son fr\u00e8re se procure une derni\u00e8re joie, mais son orgueil le rend jaloux, comme s\u2019il avait des droits sur toutes ses femmes. Les deux fr\u00e8res se disputent et Nell s\u2019\u00e9clipse en s\u2019\u00e9criant qu\u2019elle en a assez des Ashover et confie \u00e0 Rook que son mari conna\u00eet l\u2019adresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son sommeil, Hastings r\u00e9v\u00e8le l\u2019adresse de Netta \u00e0 sa femme qui s\u2019empresse de lui envoyer un t\u00e9l\u00e9gramme. Elle rapplique aussit\u00f4t et redoute de retrouver Rook alors que sa femme va accoucher. Rook revient voir Netta, mais elle a pass\u00e9 son temps chez les pr\u00eatres et semble transform\u00e9e, absente. Ann a disparu, nourrissant les pires inqui\u00e9tudes et Hastings devient fou avec son maudit livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ann \u00e9tait sortie et avait rencontr\u00e9 Betsy Cooper qui lui avait fait part d\u2019une vision de sa boule de cristal, le meurtre de son mari par le pasteur. Elle et le gamin Binnody, un b\u00e2tard du vieux Ashover, n\u2019arr\u00eataient pas de lui chantonner&nbsp;: \u00abquand le livre sortira, pas d\u2019enfant ne vivra&nbsp;\u00bb. Un refrain qui l\u2019obs\u00e8de et l\u2019am\u00e8ne \u00e0 passer par l\u2019Octroi, la maison du pasteur et de sa femme. Elle voit le pasteur Hastings en \u00e9tat de d\u00e9mence, maintenu par Netta, Nell et Pod le domestique. Elle ram\u00e8ne le livre avec elle, cet \u00ab&nbsp;\u00c9loge de la mort&nbsp;\u00bb et va le br\u00fbler dans un feu de broussailles allum\u00e9 par le jardinier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ann accouche d\u2019un fils qu\u2019elle pr\u00e9nomme John. Hastings s\u2019est \u00e9chapp\u00e9 et il croise sur un pont Rook parti se promener en attendant l\u2019heureux \u00e9v\u00e9nement. Hastings assomme Rook d\u2019un coup de r\u00e2teau, sa victime se noyant dans la rivi\u00e8re. Hastings meurt le lendemain, suivant sa victime d\u2019une journ\u00e9e et retrouvant le n\u00e9ant qu\u2019il avait fini par adorer. Une derni\u00e8re sc\u00e8ne montre l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un cirque au village. Lexie et Nell s\u2019y rendent et il va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 monter sur un cheval de bois. Apr\u00e8s une \u00e9treinte avec Nell, il expire \u00e0 son tour.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un \u00e9trange roman, qui m\u00eale po\u00e9sie, philosophie et mystique. C\u2019est aussi l\u2019anc\u00eatre du Nature writing, tant les descriptions de la nature sont pr\u00e9cises et expertes. Powys fait penser \u00e0 un Thomas Hardy, avec les fulgurances po\u00e9tiques d\u2019un Dylan Thomas, son presque compatriote gallois. La nature qui est souvent l\u00e0 pour d\u00e9crire le tourment des \u00e2mes, dans un r\u00e9cit tellurique qui se d\u00e9roule sur un an.<\/p>\n\n\n\n<p>Givre et sang, vie et mort, \u00eatre et n\u00e9ant, nature et vide. On a pu dire que Powys \u00e9tait un \u00e9crivain pour \u00e9crivains, \u00e0 savoir qu\u2019il \u00e9tait trop complexe pour le lecteur lambda. Largement faux. Ce roman est bouleversant et son auteur un \u00e9crivain majeur. \u00ab&nbsp;Un tel homme nous permet de contempler le feu d\u00e9vorant qui fait rage \u00e0 travers l\u2019univers&nbsp;\u00bb. (Henry Miller). Pas mieux&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>FRAN\u00c7OIS MAURIAC \u2013 <em>LE SAGOUIN<\/em> \u2013 Plon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Court roman ou longue nouvelle (140 pages \u00e9crites gros), <em>Le sagouin<\/em> reprend un peu le th\u00e8me du <em>Baiser aux l\u00e9preux<\/em> dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici. Un Mauriac obs\u00e9d\u00e9 par la laideur (la sienne?) et par des personnages faibles et vuln\u00e9rables \u2013 de bons chr\u00e9tiens&nbsp;? &#8211; \u00e0 qui l\u2019on d\u00e9nie \u00e0 la fois leurs droits, leur libert\u00e9 d\u2019agir et leur pouvoir de vivre. C\u2019est le genre de livre qu\u2019on peut lire en deux heures, facile.<\/p>\n\n\n\n<p>Soit une famille de hobereaux du Sud-ouest. L\u2019h\u00e9ritier, un nobliau, a \u00e9pous\u00e9 Paule, une bourgeoise devenue ainsi baronne. Sa belle-m\u00e8re, qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;fra\u00fclein&nbsp;\u00bb, est la seule \u00e0 donner un peu d\u2019affection \u00e0 Guillaume \u2013 Guillou le Sagouin \u2013 un gamin jug\u00e9 laid et stupide que l\u2019instituteur ne veut plus en classe, malgr\u00e9 l\u2019intervention de fra\u00fclein.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re, Gal\u00e9as, est un faible et vit sur la peur, t\u00e2chant toujours de fuir les disputes entre sa m\u00e8re et sa femme \u00e0 propos de sombres histoires de famille et de positions politiques. Paule a la r\u00e9putation d\u2019avoir flirt\u00e9 avec un cur\u00e9, ce que lui renvoie son entourage, quand l\u2019Autrichienne paie sa nationalit\u00e9 et son statut d\u2019aristocrate. Il y a aussi les disputes entre l\u2019Autrichienne et l\u2019autre baronne, la m\u00e8re de Paule avec des r\u00e9criminations de part et d\u2019autre. Paule se met en t\u00eate de s\u00e9duire l\u2019instituteur, r\u00e9put\u00e9 communiste, pour l\u2019avenir de son fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Guillou, le Sagouin, est autoris\u00e9 \u00e0 assister aux cours apr\u00e8s la classe, \u00e0 16h et sa m\u00e8re a us\u00e9 de toutes les flatteries pour aboutir \u00e0 cette d\u00e9cision bienveillante. Le p\u00e8re n\u2019est pas favorable \u00e0 la tournure des \u00e9v\u00e9nements, refusant que son fils ne soit \u00e9duqu\u00e9 par un rouge. Mais sa voix importe peu. La premi\u00e8re le\u00e7on est prometteuse, et Bordas l\u2019instituteur semble s\u2019int\u00e9resser au gamin. Sa femme, flairant anguille sous roche, n\u2019a pas envie qu\u2019il s\u2019en occupe et Bordas se ravise, au nom de Jaur\u00e8s et de la lutte des classes. Il ne jure que par son fils Jean-Pierre, premier en tout et vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole normale<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019instituteur a c\u00e9d\u00e9 \u00e0 ses convictions politiques, mais il a abandonn\u00e9 l\u2019enfant \u00e0 sa solitude, \u00e0 sa d\u00e9tresse. Le p\u00e8re et le fils iront se noyer dans la rivi\u00e8re. Qui a entra\u00een\u00e9 l\u2019autre&nbsp;? Paule se mourra d\u2019un cancer et les deux vieilles partiront en maison de retraite.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est du grand Mauriac, non seulement une description scrupuleuse de la haute soci\u00e9t\u00e9 provinciale, son m\u00e9pris, sa hargne, sa mesquinerie, mais la douleur et le calvaire d\u2019un enfant martyr que seul un \u00eatre bon et bienveillant aurait pu sauver. Seul son p\u00e8re s\u2019est reconnu en lui et leur a inflig\u00e9 \u00e0 tous deux la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Un livre beau et \u00e9mouvant qui vous tirerait des larmes. Mauriac, \u00e0 ranger avec P\u00e9guy et Bernanos.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>KANT &#8211;<em> FONDEMENTS DE LA M\u00c9TAPHYSIQUE DES M\u0152URS <\/em>\u2013 Librairie Delagrave<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un peu de philosophie pour changer, et pour ne pas bronzer idiot. Emmanuel Kant, le redoutable. Le livre fait une bonne centaine de pages, mais \u00e7a en fait plus de 200 avec ce qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;l\u2019appareil critique&nbsp;\u00bb (pr\u00e9face, introduction, biographie, notes\u2026) qu\u2019on peut passer facilement.<\/p>\n\n\n\n<p>Une pr\u00e9face qui s\u2019attarde sur les influences de Kant, le pi\u00e9tisme qui n\u2019est qu\u2019une actualisation du protestantisme luth\u00e9rien et le rationalisme de Wolff, son ma\u00eetre. D\u2019autres sources, principalement Leibniz ou Rousseau, le Suisse semblant prendre une importance particuli\u00e8re dans la formation de la pens\u00e9e de Kant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9sent volume d\u00e9cline les th\u00e8mes chers \u00e0 Kant&nbsp;: libert\u00e9, devoir, volont\u00e9, droit et morale, n\u00e9cessaire et contingent, imp\u00e9ratifs cat\u00e9goriques, chose en soi et exp\u00e9rience, ph\u00e9nom\u00e8nes\u2026 Il s\u2019agit de partir de la volont\u00e9, suppos\u00e9e bonne, pour \u00e9tablir l\u2019un des piliers de la \u00ab&nbsp;m\u00e9taphysique des m\u0153urs&nbsp;\u00bb, soit de la m\u00e9taphysique de la morale. R\u00e9flexion sur les d\u00e9terminants presque anthropologiques de la morale, en dehors des int\u00e9r\u00eats personnels, de la raison, du plaisir&#8230; Volont\u00e9, devoir et respect, autant de mots et de valeurs qui indiquent une intention de bont\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9, selon les cat\u00e9gories reines, avec l\u2019esth\u00e9tique, de l\u2019univers platonicien. Faire qu\u2019une maxime personnelle confine \u00e0 l\u2019universel, tel est le criterium absolu, celui qui importe au philosophe Et Dieu dans tout \u00e7a&nbsp;? Une hypoth\u00e8se pour Kant, mais on sent bien qu\u2019il consid\u00e8re Dieu comme une hypoth\u00e8se souhaitable. Une sorte de couronnement de la raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les exigences de Kant quant \u00e0 la morale sont \u00e9normes. La volont\u00e9 et le devoir guidant chaque action doit s\u2019extraire de tous les calculs \u00e9gotistes du moi, ce qui rend difficile d\u2019y voir leur puret\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une note nous explique que Kant croit plus \u00e0 cette morale et \u00e0 ces m\u0153urs d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s dans l\u2019action collective, \u00e0 l\u2019image de la r\u00e9volution am\u00e9ricaine ou de la r\u00e9volution fran\u00e7aise. Comme la chose en soi est ind\u00e9finissable car prise hors de l\u2019exp\u00e9rience, les crit\u00e8res objectifs et exigeants de la morale pour Kant la rendent quasiment impossible. Mais Kant est un moraliste rigoureux et son propos n\u2019est pas de flatter l\u2019humain. Kant voit quand m\u00eame dans la loi l\u2019amorce de cette m\u00e9taphysique de la morale.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie s\u2019efforce de donner corps \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique, \u00e0 distinguer de l\u2019imp\u00e9ratif hypoth\u00e9tique et c\u2019est l\u00e0 que la pens\u00e9e de Kant est la plus rigoureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Une volont\u00e9 et une action tendues vers la loi et l\u2019universel. Kant signale de nombreux exemples o\u00f9 la volont\u00e9 individuelle ne saurait se confondre avec l\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique et la morale&nbsp;: le suicidaire, l\u2019emprunteur, l\u2019h\u00e9doniste, l\u2019\u00e9go\u00efste. Leurs propres maximes ne sauraient confiner \u00e0 l\u2019universel. A contrario, on peut trouver cette morale en consid\u00e9rant la nature et l\u2019humanit\u00e9 comme fins en soi, et non comme moyens. <em>\u00ab&nbsp;agis de telle sorte que tu traites l\u2019humanit\u00e9 aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en m\u00eame temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen&nbsp;\u00bb<\/em>. \u00c0 m\u00e9diter\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique se d\u00e9finit donc comme une loi pour la volont\u00e9 de tout \u00eatre raisonnable. Kant pose comme base que la volont\u00e9 doit \u00eatre autonome pour en arriver \u00e0 un \u00eatre moral en r\u00e9p\u00e9tant que ses maximes et ses pr\u00e9ceptes individuels doivent se rapporter \u00e0 l\u2019universel pour \u00eatre valides.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la derni\u00e8re partie, Kant distingue le monde sensible du monde intelligible, habit\u00e9 par des \u00eatres moraux. Il dit que la libert\u00e9 est la condition absolue de la volont\u00e9 et qu\u2019il ne saurait y avoir de volont\u00e9 que libre. Quant \u00e0 fonder le principe de cette libert\u00e9, il admet que l\u2019entendement humain n\u2019en est pas capable. L\u2019affirmation de la loi morale repose sur celle de la libert\u00e9 et on en revient \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique s\u2019appliquant depuis les intuitions individuelles jusqu\u2019aux valeurs universelles. Et d\u2019en revenir au concept de base, celui de la chose en soi se situant en dehors des ph\u00e9nom\u00e8nes. Une aporie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Un livre difficile \u00e0 lire, malgr\u00e9 des tas de notes explicatives qui ne font souvent que compliquer encore plus le propos. N\u00e9anmoins, on croit sortir de l\u00e0 en ayant compris l\u2019essentiel et, sans \u00eatre rod\u00e9 au discours philosophique, \u00e0 son jargon et \u00e0 ses concepts, on a l\u2019impression de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 trop largu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On pense \u00e0 ce petit livre de Thomas De Quincey sur les derniers jours de Kant, ses maux d\u2019estomac, ses promenades quotidiennes et tous ses faits et gestes r\u00e9gl\u00e9s \u00e0 la minute pr\u00e8s, comme si cette r\u00e9gularit\u00e9 temporelle structurait le moi et la conscience, et \u00e9vitait la folie. C\u2019est en tout cas mon interpr\u00e9tation du cas Kant vu par De Quincey. J\u2019ai bien le droit d\u2019en avoir une, sans \u00eatre le moins du monde philosophe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EMMANUEL ROBL\u00c8S \u2013 <em>CELA S\u2019APPELLE L\u2019AURORE \u2013<\/em> \u00c9ditions du Seuil \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le titre est emprunt\u00e9 \u00e0 une belle phrase de Giraudoux dans <em>\u00c9lectre<\/em> et on a d\u00e9j\u00e0 lu un peu Robl\u00e8s, longtemps membre de l\u2019acad\u00e9mie Goncourt, ne serait-ce que ce <em>Venise en hiver<\/em>, roman sensible et \u00e9mouvant sur la fin d\u2019un amour.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019action se d\u00e9roule \u00e0 Cagliari, apr\u00e8s la guerre dont les souvenirs sont encore vifs chez les personnages. Valerio est m\u00e9decin et il est partag\u00e9 entre deux femmes, Angela son \u00e9pouse qui revient d\u2019un s\u00e9jour en clinique apr\u00e8s une d\u00e9pression, et Clara sa ma\u00eetresse. Il est appel\u00e9 au chevet de Magda, la femme d\u2019un gardien de ferme menac\u00e9 de licenciement par son patron.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019il est avec sa ma\u00eetresse, le docteur re\u00e7oit un appel le sommant de se rendre au chevet d\u2019une fillette abus\u00e9e par son grand-p\u00e8re. C\u2019est un policier, Fasaro, qui est venu l\u2019appeler chez sa ma\u00eetresse et il se dit que sa liaison n\u2019a plus rien de secret. Puis c\u2019est une suicidaire qui s\u2019est encore entaill\u00e9 les veines, puis un homme qui croit avoir \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9. D\u2019autres encore, pour la dure journ\u00e9e d\u2019un m\u00e9decin de campagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Val\u00e9rio a envie de passer du temps avec Clara, mais il s\u2019acquitte de son devoir et va interc\u00e9der aupr\u00e8s du patron de Sandro, le gar\u00e7on de ferme mais son patron \u2013 Gorzone \u2013 lui dit qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 recrut\u00e9 quelqu\u2019un \u00e0 sa place. Il accepte n\u00e9anmoins, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de son \u00e9pouse, que le couple reste dans la propri\u00e9t\u00e9. Mais le nouvel employ\u00e9 arrive avec femme et enfants et il n\u2019est pas question de cohabiter. Magna et Sandro vont se r\u00e9fugier chez Pietro, un ancien r\u00e9sistant. Valerio re\u00e7oit une lettre de sa femme qui insiste pour qu\u2019il la rejoigne \u00e0 Naples. Il r\u00e9ussit \u00e0 convaincre Clara de laisser sa Sardaigne natale pour partir avec lui pour Naples.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019enterrement de Magda suivi de l\u2019assassinat de Gorzone. Sandro vient se r\u00e9fugier chez Val\u00e9rio et il avoue sa culpabilit\u00e9. Fasaro enqu\u00eate et interroge Val\u00e9rio en \u00e9tant s\u00fbr de conna\u00eetre le meurtrier. Il y a beaucoup d\u2019allusions \u00e0 la guerre froide et \u00e0 la guerre de Cor\u00e9e dans ce livre, ce qui lui donne une dimension politique. On pense parfois \u00e0 <em>La loi <\/em>de Roger Vailland, malgr\u00e9 quelques sc\u00e8nes d\u2019amour fa\u00e7on <em>Nous deux <\/em>ou <em>Confidences.<\/em> Robl\u00e8s n\u2019est pas Vailland, loin s\u2019en faut.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019il visite une malade, une bourgeoise qui essaie de le s\u00e9duire, elle lui dit que Fasaro est persuad\u00e9 que Sandro se cache quelque part, et que celui qui le cache risque gros. Un avertissement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il est appel\u00e9 apr\u00e8s un accident dans une mine et continue ses visites. Fasaro est venu chez lui mais n\u2019a pas laiss\u00e9 de consigne. Pietro lui dit qu\u2019un de ses amis peut emmener Sandro \u00e0 Tunis, mais le fugitif n\u2019a pas la moindre envie de partir et surtout plus la moindre envie de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019inspecteur Fasaro semble jouer au chat et \u00e0 la souris avec lui et un journaliste, Cosello l\u2019aborde, venu faire un reportage sur le fait divers qui int\u00e9resse son journal. Lui imagine que Gorzone est tomb\u00e9 dans un traquenard et que c\u2019est un Anglais qui l\u2019a ramen\u00e9 chez lui pour des discussions d\u2019affaire alors qu\u2019il \u00e9tait dans la maison de sa ma\u00eetresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Angela revient en Sardaigne avec son p\u00e8re Latanza qui s\u2019aper\u00e7oit que son beau-fils cache un meurtrier, id\u00e9e qui l\u2019insupporte. Sa r\u00e9putation est en jeu ainsi que celle de sa fille. Valerio tient bon et le p\u00e8re et la fille retournent \u00e0 Naples. Fasaro, toujours dans les parages, lui apprend que Sandro s\u2019est pendu alors que Clara s\u2019\u00e9tait propos\u00e9e de le cacher, ce qui avait encore renforc\u00e9 leurs liens.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est finalement Fasaro qui, apr\u00e8s lui avoir montr\u00e9 la d\u00e9pouille de Sandro, le reconduit vers la maison de sa ma\u00eetresse. Le choix est fait&nbsp;; le choix de la justice et le choix de l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour fou plut\u00f4t que l\u2019amour confortable, la justice morale plut\u00f4t que la loi&nbsp;; il y a du Camus chez Robl\u00e8s, Camus qu\u2019il a bien connu et qui avait encourag\u00e9 ses d\u00e9buts avant de le recruter dans le <em>Combat<\/em> d\u2019apr\u00e8s-guerre. Ce sera l\u2019Alg\u00e9rie pour l\u2019un, l\u2019Italie et ses \u00eeles pour l\u2019autre. Mais, pas plus qu\u2019il n\u2019est Vailland, Robl\u00e8s n\u2019est Camus. Juste un bon romancier, ce qui n\u2019est pas rien. Robl\u00e8s oblige&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>26 juillet 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JEAN TEUL\u00c9 \u2013 LE MAGASIN DES SUICIDES \u2013 Julliard \/ Pocket \u00ab&nbsp;Vous avez rat\u00e9 votre vie&nbsp;? 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