{"id":4633,"date":"2026-05-22T16:01:16","date_gmt":"2026-05-22T14:01:16","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4633"},"modified":"2026-05-22T16:01:16","modified_gmt":"2026-05-22T14:01:16","slug":"kandinsky-et-cardon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4633","title":{"rendered":"KANDINSKY ET CARDON"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION530.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4635\" width=\"576\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION530.jpg 222w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION530-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION530-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption>L&rsquo;affiche de l&rsquo;exposition Kandinsky au LAM de Villeneuve d&rsquo;Ascq. Tous les dessins de Cardon sont hors-format utilisable, et lui-m\u00eame l&rsquo;\u00e9tait un peu, hors-format. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le premier est l\u2019un des p\u00e8res de l\u2019art abstrait, avec Klee, Mondrian et Mal\u00e9vitch. Le second \u00e9tait un dessinateur de presse au trait s\u00fbr, dans la lign\u00e9e d\u2019un Topor ou d\u2019un Gourmelin. Le premier, Kandinsky, refait l\u2019ouverture du LAM de Villeneuve d\u2019Ascq, ferm\u00e9 depuis quelques mois pour travaux. Le second, Jacques-Armand Cardon, pilier du <em>Canard Encha\u00een\u00e9 <\/em>pendant plus de 40 ans, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 5 avril dernier, \u00e0 Angers. D\u2019\u00e9poques et de mani\u00e8res tr\u00e8s diff\u00e9rentes, deux grands artistes, tous arts confondus qui ont, chacun \u00e0 leur niveau, r\u00e9volutionn\u00e9 le monde de l\u2019art \u2013 pour Kandinsky, et du dessin \u2013 pour Cardon. On leur rend hommage, humblement. Arts majeurs ou arts mineurs, peu importe apr\u00e8s tout.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc Vassily Kandinsky qui ressuyait les pl\u00e2tres au LAM, apr\u00e8s une longue fermeture. Kandinsky figure de proue de l\u2019art abstrait mais qui a connu une p\u00e9riode figurative dont on peut voir ici quelques tableaux, souvent des sc\u00e8nes dans la campagne russe d\u2019une mani\u00e8re qui rappelle un peu les impressionnistes. On dit qu\u2019il s\u2019est ouvert \u00e0 l\u2019abstraction en d\u00e9couvrant que ce qui \u00e9tait peint n\u2019\u00e9tait pas l\u2019essentiel, moins important en tout cas que la mani\u00e8re et le regard du peintre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa p\u00e9riode figurative, on peut aussi appr\u00e9cier des tableaux orientalistes&nbsp;qui repr\u00e9sentent eux aussi des villageois dans des souks ou dans des ruelles ensoleill\u00e9es. Kandinsky a voyag\u00e9 en Tunisie et la lumi\u00e8re et le soleil ont contribu\u00e9 \u00e0 faire \u00e9voluer sa mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en 1866, il quitte la Russie en 1905, soit apr\u00e8s la premi\u00e8re r\u00e9volution russe avec une guerre russo-japonaise et une longue gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale qui est une sorte de r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale de la r\u00e9volution d\u2019octobre 1917. Plut\u00f4t d\u2019un milieu bourgeois, son p\u00e8re \u00e9tant un riche marchand de th\u00e9, Kandinsky s\u2019exile en Allemagne, pr\u00e8s de Munich. Il reviendra en Russie, devenue URSS, apr\u00e8s la r\u00e9volution d\u2019octobre 1917 mais, toujours pas convaincu par le nouveau cours, il repartira en Allemagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses toiles non figuratives sont sous influence musicale. Elles s\u2019intitulent<em> Composition <\/em>ou <em>Improvisation<\/em> avec des couleurs cens\u00e9es remplacer les notes. On a d\u00e9j\u00e0 le Kandinsky qu\u2019on conna\u00eet, avec des couleurs vives et des formes g\u00e9om\u00e9triques qui s\u2019entrelacent dans une belle harmonie.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s son premier s\u00e9jour en Allemagne, Kandinsky avait rejoint le groupe du Blaue Reiter (Cavalier bleu) de Franz Marc et August Macke dont faisait aussi partie Klee. Il y signe un fort article (<em>Sur la question de la forme)<\/em> consacr\u00e9 au Douanier Rousseau et \u00e0 Arnold Schoenberg, o\u00f9 il \u00e9crit que ces deux-l\u00e0, de fa\u00e7on presque instinctives, ont r\u00e9volutionn\u00e9 leurs arts respectifs et que seuls des illumin\u00e9s, des fous ou des g\u00e9nies peuvent le faire. C\u2019est un peu l\u2019annonce et l\u2019\u00e9loge, avant la lettre, de l\u2019art brut. Ajoutons que Schoenberg a compos\u00e9 ses premi\u00e8res \u0153uvres atonales en 1911 et que sa musique sera un peu l\u2019\u00e9quivalent de l\u2019abstraction en peinture.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s son retour peu probant d\u2019URSS, en Allemagne toujours, Kandinsky est invit\u00e9 \u00e0 rejoindre le Bauhaus de Walter Gropius, un mouvement artistique pictural et architectural qui se veut r\u00e9solument moderne. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 son travail s\u2019oriente vers une abstraction absolue o\u00f9 il s\u2019efforce de repr\u00e9senter les mouvements de la pens\u00e9e, les ondes, les \u00e9l\u00e9ments les plus immat\u00e9riels selon les th\u00e9ories de la th\u00e9osophie, mouvement philosophique de la sagesse universelle initi\u00e9 par Helena Blavitsky.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit beaucoup de photographies, de coupures de presse, d\u2019illustrations scientifiques. Kandinsky se passionne pour l\u2019astronomie, la g\u00e9om\u00e9trie et la biologie. Il entend unir la science et l\u2019art dans des formes qui font la part belle au vivant, \u00e0 tout ce qu\u2019il est possible de voir \u00e0 travers un microscope. C\u2019est l\u2019art de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Kandinsky quittera l\u2019Allemagne en 1933, fuyant la mont\u00e9e du nazisme. Il choisit la France et Paris cette fois comme patrie d\u2019exil et il sera naturalis\u00e9 fran\u00e7ais en 1939. Le p\u00e8re de l\u2019abstraction y mourra en 1944, laissant une \u0153uvre colossale que sa femme g\u00e9rera, pr\u00eatant la collection aux mus\u00e9es du monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exposition se distingue par la richesse des tableaux, documents et \u00e9crits soumis au regard du public, avec des toiles que les amateurs n\u2019ont pas l\u2019habitude de voir. On sort de l\u00e0 avec des \u00e9toiles plein les yeux, et l\u2019image correspond bien \u00e0 ce peintre enchanteur qui voulait mettre l\u2019univers, le cosmos et la vie dans ses toiles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>KANDINSKY FACE AUX IMAGES \u2013 LAM VILLENEUVE D\u2019ASCQ, jusqu\u2019au 14 juin.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et Cardon&nbsp;? Un dessinateur de presse qui pourrait souffrir de la comparaison, mais pas tant que \u00e7a finalement. Car Jacques-Armand Cardon n\u2019est pas un dessinateur comme les autres, plus proche de l\u2019\u00e9cole (si c\u2019en est une) des Topor et de ses \u00e9pigones du mouvement Panique, cette coterie artistique qui a rassembl\u00e9, vers le milieu des ann\u00e9es 1960, des gens comme Arrabal, Topor ou Jodorowky.<\/p>\n\n\n\n<p>Le style de Cardon est angoissant, avec ses personnages inertes, atones, souvent des profils d\u2019ouvriers en casquette plac\u00e9s dans des situations vertigineuses et dans des espaces infinis qui font penser aux toiles de Giorgio de Chirico. Un style myst\u00e9rieux, sombre et obscur qui montre une condition humaine \u00e9cras\u00e9e par l\u2019ali\u00e9nation et l\u2019oppression. Des hommes sans visage dans un silence glacial.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela peut sembler triste et accablant, sauf que la l\u00e9gende incite immanquablement aux \u00e9clats de rire et que Cardon joue justement du contraste entre la solitude d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de ses figures et de leur environnement d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et le petit commentaire d\u00e9sopilant centr\u00e9 sur un fait d\u2019actualit\u00e9, politique ou social. C\u2019est en cela qu\u2019il est profond\u00e9ment original et talentueux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cardon a d\u00e9but\u00e9 dans <em>Sin\u00e9 Massacre<\/em>, journal \u00e9ph\u00e9m\u00e8re lanc\u00e9 par un Sin\u00e9 fra\u00eechement vir\u00e9 de <em>L\u2019Express<\/em>. Une fa\u00e7on de lui mettre le pied \u00e0 l\u2019\u00e9trier d\u2019autant qu\u2019il suivra Sin\u00e9 et Wolinski dan<em>s L\u2019Enrag\u00e9 <\/em>et dans <em>Action<\/em> (journal des comit\u00e9s d\u2019action),en 1968. Il dessinera ensuite dans <em>Politique Hebdo<\/em>, dans<em> L\u2019Humanit\u00e9 Dimanche<\/em> mais aussi dans <em>Le fou parle<\/em>, cette remarquable publication lanc\u00e9e par Topor et sa bande au milieu des ann\u00e9es 1970 avec Gourmelin, Olivier O Olivier, Jacques Sternberg ou Andr\u00e9 Ruellan.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1973, Cardon commence une collaboration r\u00e9guli\u00e8re avec le <em>Canard Encha\u00een\u00e9 <\/em>et il y donnera ses dessins pendant plus de 40 ans. Il travaille parfois dans la m\u00eame p\u00e9riode pour <em>Le Monde <\/em>et dans<em>Hara Kiri<\/em> en publiant r\u00e9guli\u00e8rement des albums, compilations de ses dessins, la plupart parus chez Pauvert.<\/p>\n\n\n\n<p>On a beaucoup parl\u00e9 d\u2019humour noir \u00e0 son sujet. N\u00e9 au Havre en 1936, Cardon n\u2019aura pas connu son p\u00e8re, tortur\u00e9 par les nazis et mort en captivit\u00e9 en 1942&nbsp;. Ce sera son grand traumatisme qui va justement donner naissance \u00e0 son style d\u2019une noirceur inqui\u00e9tante sauv\u00e9e par un trait d\u2019humour toujours caustique et corrosif. Car Cardon a toujours \u00e9t\u00e9 dr\u00f4le, et au meilleur de sa forme, il a pu ridiculiser les Plantu, Piem, Trez, Escaro, Faizant et tous les dessinateurs de presse de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Cardon a aussi fond\u00e9 son journal, <em>Le p\u00e8re Denis<\/em>, avec ses amis Vazquez De Sola, Kerleroux (tous deux au<em> Canard Encha\u00een\u00e9<\/em>) et le journaliste Alain Grandr\u00e9my&nbsp;; un p\u00e9riodique n\u00e9 en 1981 et qui ne durera pas tr\u00e8s longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les derniers temps, Cardon habitait un petit village de l\u2019Anjou apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 sur une petite \u00eele en Bretagne, loin du journalisme et de l\u2019agitation culturelle parisienne. M\u00eame si on a pu parfois le voir \u00e0 une \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision comme le fameux <em>Tac au tac <\/em>de Jean Frappat, ou que ses quelques dessins anim\u00e9s se soient vus prim\u00e9s \u00e0 Annecy et m\u00eame \u00e0 Cannes, le bougre n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s mondain et c\u2019est le moins qu\u2019on puisse en dire.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une grande sensibilit\u00e9 artistique et dot\u00e9 d\u2019un sens de l\u2019humour aigu, Cardon aura domin\u00e9 le dessin de presse de la t\u00eate et des \u00e9paules, concurrenc\u00e9 seulement par des monstres sacr\u00e9s du genre comme Willem, G\u00e9b\u00e9, Wolinski, Reiser, Lefred-Thouron ou Topor dont il \u00e9tait proche par le style et la mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Angers le 5 avril, \u00e0 l\u2019\u00e2ge canonique de 89 ans. Un bel exploit pour un artiste qu\u2019on imaginait d\u00e9pressif et sombre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, apr\u00e8s tout, \u00c9mile Cioran est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 84 ans et Samuel Beckett \u00e0 83. Comme quoi le d\u00e9sespoir, \u00e7a conserve.<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffit juste d\u2019avoir le d\u00e9sespoir gai.<\/p>\n\n\n\n<p><em>30 avril 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le premier est l\u2019un des p\u00e8res de l\u2019art abstrait, avec Klee, Mondrian et Mal\u00e9vitch. Le second \u00e9tait un dessinateur de presse au trait s\u00fbr, dans la lign\u00e9e d\u2019un Topor ou d\u2019un Gourmelin. Le premier, Kandinsky, refait l\u2019ouverture du LAM de Villeneuve d\u2019Ascq, ferm\u00e9 depuis quelques mois pour travaux. 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