{"id":4638,"date":"2026-05-22T16:05:16","date_gmt":"2026-05-22T14:05:16","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4638"},"modified":"2026-05-22T16:05:16","modified_gmt":"2026-05-22T14:05:16","slug":"soulevements-autour-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4638","title":{"rendered":"SOUL\u00c8VEMENTS \/AUTOUR DU MONDE"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Deux films un peu hors-circuit commercial, qui tournent beaucoup dans les r\u00e9seaux militants associatifs.<\/strong><em><strong> Soul\u00e8vements,<\/strong><\/em><strong> de Thomas Lacoste, promenade champ\u00eatre sur fond de communaut\u00e9s zadistes et d\u2019\u00e9cologie radicale et <\/strong><em><strong>Au bord du monde<\/strong><\/em><strong>, l\u2019histoire d\u2019une jeune stagiaire recrut\u00e9e dans une structure psychiatrique. Deux films qui ont en commun une certaine humanit\u00e9 et un refus de faire avec le monde tel qu\u2019il est. <\/strong><strong>Deux films qui, avec modestie et humilit\u00e9, nous appellent \u00e0 r\u00e9agir et \u00e0 agir. Tant qu\u2019il en est encore temps.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>SOUL\u00c8VEMENTS, de Thomas LACOSTE.<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION531.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4640\" width=\"578\" height=\"771\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION531.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION531-225x300.jpg 225w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION531-23x30.jpg 23w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>L&rsquo;affiche du film, avec leur aimable autorisation, enfin on l&rsquo;esp\u00e8re.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Soul\u00e8vements<\/em> est un film choral, comme on dit maintenant. \u00c0 savoir que de nombreuses personnes, militantes \u00e9cologistes radicales, sont film\u00e9es face cam\u00e9ra sans intervention du cin\u00e9aste.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre les interviews, des sc\u00e8nes d\u2019\u00e9meutes et de batailles \u00e0 l\u2019occasion des luttes de la ZAD de Notre-Dame des Landes, de Sainte-Soline ou de l\u2019A69 dans le Sud-Ouest. Entre les interviews aussi, et \u00e7a donne beaucoup de prix \u00e0 ce film en en renfor\u00e7ant le caract\u00e8re tellurique, des plans sur les animaux (vaches, ch\u00e8vres, chevaux\u2026) et aussi sur les v\u00e9g\u00e9taux, arbres, talus, champs et prairies. Tout est fait pour cr\u00e9er une belle harmonie entre les hommes, les femmes, les animaux et la nature dans le sens o\u00f9 tout devrait s\u2019accorder pour le vivant.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Cr\u00e9er un pare-feu autour de ceux qu\u2019on a \u00e9rig\u00e9s&nbsp; en \u00e9coterroristes&nbsp;\u00bb<\/em>, a d\u00e9clar\u00e9 Thomas Lacoste \u00e0 <em>Politis<\/em>, dans une longue interview donn\u00e9e \u00e0 l\u2019hebdomadaire. Et il s\u2019agit bien de cela apr\u00e8s quelques portraits de militants non-violents qui ont accept\u00e9 de prendre des risques dans des combats survenus \u00e0 cause des brutales interventions polici\u00e8res. Dans tous ces combats, les militants se sont \u00e9paul\u00e9s, aid\u00e9s, secourus avec une belle solidarit\u00e9 devant l\u2019adversit\u00e9. Elles et ils racontent ces luttes mais l\u2019accent est aussi mis sur leurs vies, l\u2019une se consacrant \u00e0 l\u2019\u00e9levage, un autre cultivant sa terre, une troisi\u00e8me faisant pa\u00eetre ses ch\u00e8vres. Aucun n\u2019a choisi d\u2019autre voix que l\u2019agriculture ou l\u2019\u00e9levage, parfois en lien avec la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne, pour rendre concr\u00e8tes les utopies imagin\u00e9es dans les luttes.<\/p>\n\n\n\n<p>Darmanin les a assimil\u00e9s \u00e0 des \u00e9coterroristes (singulier rapprochement entre \u00e9cologie, soit la protection de la nature et le terrorisme, machine de mort) et a voulu dissoudre les Soul\u00e8vements de la terre apr\u00e8s les affrontements de Sainte-Soline, sauf que lesdits affrontements ont \u00e9t\u00e9 le fait, comme souvent, des charges polici\u00e8res qui ont pu provoquer en retour des r\u00e9actions, sans commune mesure.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;On ne dissout pas un soul\u00e8vement&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em>, c\u2019est sur ce slogan que de nombreux rassemblements se sont tenus un peu partout pour faire \u00e9chec aux man\u0153uvres des Darmanin et Retailleau. Rappelons que les Soul\u00e8vements de la terre comprennent beaucoup d\u2019associations alli\u00e9es tels Attac, Solidaires, Extinction R\u00e9bellion, Alternatiba, la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne ou Youth for climate, mouvement international.<\/p>\n\n\n\n<p>Le manifeste des Soul\u00e8vements parle de mener les luttes contre l\u2019accaparement des terres, conte la b\u00e9tonisation, contre l\u2019agro-industrie, les grands travaux inutiles et impos\u00e9s et pour une agriculture saine, les communs, la gratuit\u00e9 de l\u2019eau&nbsp;; le tout avec les m\u00e9thodes de la d\u00e9sob\u00e9issance civile, de l\u2019action directe et de la manifestation. (Wikipedia).<\/p>\n\n\n\n<p>Thomas Lacoste dit aussi, dans cette m\u00eame interview&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;nous voulons filmer \u00e0 la m\u00eame hauteur les visages, les paysages et les non-humains&nbsp;\u00bb<\/em>, et c\u2019est ce qui fait la force de son film o\u00f9 tout est mis sur le m\u00eame plan, sans hi\u00e9rarchie, rejoignant ainsi le courant animaliste et plus g\u00e9n\u00e9ralement la d\u00e9fense du non-humain.<\/p>\n\n\n\n<p>On a donc droit \u00e0 un regard non anthropocentr\u00e9 qui m\u00eale avec gr\u00e2ce l\u2019humanit\u00e9, les animaux et la nature. On pourrait presque parler de panth\u00e9isme agreste, tellurique ou bucolique, \u00e0 la fois lyrique et \u00e9l\u00e9giaque. Gageons que celles et ceux qui auront vu ce film changeront leur vision de l\u2019\u00e9cologie radicale et qu\u2019ils en comprendront les motivations et les modes d\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>Restera un film beau, intelligent sur un sujet crucial, les limites de la pr\u00e9dation capitaliste face \u00e0 une nature d\u00e9vast\u00e9e et \u00e0 une situation climatique d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Il est urgent d\u2019agir avec les visages de ce film.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>ON THE EDGE OF THE WORLD (AU BORD DU MONDE) de Laure BIOUL\u00c8S<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un montage cut qui fait penser aux fr\u00e8res Daerden pour un film belge qui parle de psychiatrie et de mis\u00e8re humaine. Un film qui parle aussi, \u00e0 sa mani\u00e8re, du travail, de la sant\u00e9 et du peu d\u2019autonomie dans un milieu r\u00e9gi par des automatismes et des protocoles hyper-structur\u00e9s qui confinent \u00e0 des routines o\u00f9 l\u2019initiative et encore moins l\u2019innovation n\u2019ont leur place.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019abord l\u2019histoire d\u2019une stagiaire qui n\u2019a pas choisi la psychiatrie mais qui a rat\u00e9 ses examens de m\u00e9decine et que ses \u00e9checs universitaires ont amen\u00e9 l\u00e0. Elle fait la connaissance avec ses sup\u00e9rieurs, le docteur Diallo, directeur de l\u2019\u00e9tablissement, et Jo\u00eblle, sa sup\u00e9rieure qui fait fonction de directrice des ressources humaines, tout en \u00e9tant elle-m\u00eame soignante.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9unions se succ\u00e8dent o\u00f9 on jauge chaque malade et o\u00f9 on d\u00e9cide de son avenir. Untel est en progr\u00e8s, un autre d\u00e9lire et une autre doit encore faire ses preuves avant une \u00e9ventuelle sortie. L\u2019infirmi\u00e8re stagiaire est vite dans le bain et prend des initiatives, pas toujours appr\u00e9ci\u00e9es de sa hi\u00e9rarchie. Elle prend \u00e0 c\u0153ur deux cas, un jeune homme \u2013 Bogaert \u2013 qui refuse de prendre ses neuroleptiques et \u00e0 qui elle est oblig\u00e9e de faire une piq\u00fbre et Svoboda, une jeune femme d\u2019origine tch\u00e8que qui veut passer des examens d\u2019architecture, ce que son s\u00e9jour prolong\u00e9 dans l\u2019\u00e9tablissement compromet.<\/p>\n\n\n\n<p>Bogaert et Svoboda sont amis, compagnons de mis\u00e8re, et la jeune infirmi\u00e8re s\u2019attache \u00e0 eux. Trop, selon l\u2019institution. Elle retire les liens \u00e0 Bogaert, sous contention, contre la promesse qu\u2019il ne partira pas, mais il s\u2019enfuit. Elle sort avec Svoboda, dont elle est la r\u00e9f\u00e9rente, contre la promesse qu\u2019elle rentrera sans difficult\u00e9s, mais tout se complique et il lui faut la complicit\u00e9 d\u2019un infirmier avec lequel elle a sympathis\u00e9 pour la faire r\u00e9int\u00e9grer l\u2019\u00e9tablissement. Elle \u00e9cope d\u2019un avertissement.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs sur les rapports entre Svoboda et l\u2019infirmi\u00e8re que se joue le sc\u00e9nario du film. Elle veut absolument que Svoboda obtienne sa sortie et fait tout ce qu\u2019elle peut pour lui trouver une place en h\u00f4pital de jour o\u00f9 elle pourrait reprendre le cours de ses \u00e9tudes et passer ses examens. Elle s\u2019implique dans cette sortie possible au risque de se f\u00e2cher avec sa hi\u00e9rarchie et d\u2019attirer sur elle des reproches pour ses manques \u00e0 la d\u00e9ontologie et \u00e0 la discipline de l\u2019endroit.<\/p>\n\n\n\n<p>Bogaert et Svoboda ont eu des rapports sexuels et Svoboda doit faire un test de grossesse, clandestinement. Ses demandes de sortie se heurtent au refus de la juge qui ne fait qu\u2019appliquer les recommandations de l\u2019\u00e9tablissement. Au bout de plusieurs refus, elle finit par se renfermer sur elle-m\u00eame, ne fait plus ses activit\u00e9s et reste au lit sans absorber la moindre nourriture.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019infirmi\u00e8re lui reproche d\u2019abandonner le combat et de cesser de se battre. Elle la gifle puis s\u2019excuse, en larmes, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle finisse par obtenir sa sortie mais sous conditions. Bogaert sort aussi, mais son \u00e9pouse autoritaire lui reproche toujours ses faiblesses et ses addictions. Les deux r\u00e9-affrontent un monde qui les a laiss\u00e9s sur le c\u00f4t\u00e9 \u2013 on the edge \u2013 au bord du monde, dans un milieu asilaire o\u00f9 ils se sont heurt\u00e9s \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019institution.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi le combat d\u2019une personne fragile contre une institution o\u00f9 tout fonctionne de fa\u00e7on normative et rigoureuse, pour \u00e9viter les incidents et pour maintenir les patients dans une passivit\u00e9 sous ordonnance, avec son lot de tranquillisants, d\u2019anti-d\u00e9presseurs et d\u2019anti-psychotiques. Une d\u00e9nonciation d\u2019un syst\u00e8me dans un certain sens \u00e0 travers l\u2019histoire de trois jeunes personnes qui en sont, \u00e0 des degr\u00e9s divers, les victimes.<\/p>\n\n\n\n<p>Un film \u00e9difiant et sympathique dans la tradition du cin\u00e9ma belge, r\u00e9aliste et humain. Il ne rivalise pas avec les classiques du cin\u00e9ma sur fond de psychiatrie (<em>Vol au-dessus d\u2019un nid de coucous, Shock corridor <\/em>ou encore<em> La t\u00eate contre les murs<\/em>), mais, tel qu\u2019il est, il apporte un regard original sur cet univers et emporte l\u2019adh\u00e9sion pour cette vision d\u2019une r\u00e9sistance farouche contre un monde de souffrances et de frustrations o\u00f9 des exclus dont la raison chavirent se d\u00e9sesp\u00e8rent, dans un cadre r\u00e9pressif qui ne fait que renforcer leurs pathologies.<\/p>\n\n\n\n<p>Un film \u00e9mouvant et g\u00e9n\u00e9reux, qui s\u2019\u00e9pargne tout mis\u00e9rabilisme et tout m\u00e9lodrame en allant son chemin, sur la cr\u00eate, au bord du vide, au bord du monde.<\/p>\n\n\n\n<p><em>26 avril 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux films un peu hors-circuit commercial, qui tournent beaucoup dans les r\u00e9seaux militants associatifs. 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