{"id":4649,"date":"2026-05-22T16:20:22","date_gmt":"2026-05-22T14:20:22","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4649"},"modified":"2026-05-22T16:20:22","modified_gmt":"2026-05-22T14:20:22","slug":"the-dictators-des-dictateurs-pour-rire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4649","title":{"rendered":"THE DICTATORS : DES DICTATEURS POUR RIRE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION533.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4651\" width=\"578\" height=\"578\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION533.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION533-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ILLUSTRATION533-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>La pochette inoubliable du premier album des Dictators, plus vestiaire de catch que sc\u00e8ne de rok&rsquo;n&rsquo;roll. Le grand Dick Handsome Manitoba. Photo Discogs, avec leur aimable&#8230;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019\u00e9tait au milieu des ann\u00e9es 1970, New York se r\u00e9inscrivait sur la carte mondiale du rock apr\u00e8s la domination de Londres et de son rock d\u00e9cadent. Jean-Pierre Lentin, journaliste rock \u00e0 <em>Actuel<\/em>, avait qualifi\u00e9 cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de groupes et cette nouvelle sc\u00e8ne de \u00ab&nbsp;rock du Watergate&nbsp;\u00bb. Il y avait le Blue \u00d6yster Cult, les New York Dolls, les Sparks (quoique de Los Angeles) et les Dictators. The Dictators, une bande d\u2019allum\u00e9s notoires h\u00e9ritiers aussi bien du rock parodique de Sha-Na-Na ou de Flash Cadillac &amp; the Continental Kids, pour l\u2019attitude, que des Mothers Of Invention de Frank Zappa, pour l\u2019humour. La mort de Ross \u00ab&nbsp;The Boss&nbsp;\u00bb Funicello (patronyme d\u2019une actrice et chanteuse ringarde des sixties) nous invite \u00e0 faire revivre ce combo \u00e0 la fois jouissif et dr\u00f4le. The dictators, kids&nbsp;!!!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait en 1974. En France, il \u00e9tait de bon ton de relativiser les horreurs nazies ou de les tourner en d\u00e9rision. Apr\u00e8s<em> Le chagrin et la piti\u00e9<\/em> de Harris et Sedouy, on entendait de plus en plus le refrain du \u00ab&nbsp;peu de r\u00e9sistants, peu de collabos et tous essayant de sauver leur peau&nbsp;\u00bb. Au cin\u00e9ma, on avait <em>Portier de nuit <\/em>de Liliana Cavanni ou<em> La<\/em><em>c<\/em><em>ombe Lucien<\/em> de Louis Malle. En litt\u00e9rature, Modiano commen\u00e7ait \u00e0 ressusciter des fant\u00f4mes de l\u2019occupation. Dans la chanson, un Gainsbourg enjou\u00e9 chantait \u00ab&nbsp;Nazi rock&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;SS In Uruguay&nbsp;\u00bb sur l\u2019album <em>Rock around the bunker<\/em>. Exc\u00e9d\u00e9, Cavanna d\u00e9non\u00e7ait cette vague pour le moins irritante dans un article de <em>Charlie Hebdo<\/em> intitul\u00e9 sobrement <em>Portier de mon cul<\/em>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Quel rapport avec les Dictators&nbsp;? Parce qu\u2019aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 New York en particulier, un certain Lou Reed s\u2019exhibait avec une croix gamm\u00e9e dans sa courte chevelure blonde oxyg\u00e9n\u00e9e, parce que, en Angleterre, un groupe pr\u00e9-punk prendra pour nom The London SS. Bref, parce que le monde du rock joue aussi avec toute cette esth\u00e9tique n\u00e9o-nazie et que le groupe des fr\u00e8res Tandy, les Olivensteins, aura le m\u00e9rite de tourner tout cela en d\u00e9rision avec le b\u00e9ret basque et la francisque p\u00e9tainiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, les Dictators, qui, d\u2019une fa\u00e7on tout \u00e0 fait parodique, sont aussi de vivants t\u00e9moignages de cette \u00e9poque. Les Dictators de Handsome Dick Manitoba. Pr\u00e9curseurs eux aussi du punk-rock, ils sont issus du Bronx et c\u2019est Adny Shernoff, rock critic du fanzine <em>Teenage Wasteland Gazette<\/em>, qui r\u00e9unit autour de lui Richard Blum (chant), alias Handsome Dick Manitoba, Ross \u00ab&nbsp;The Boss&nbsp;\u00bb Funicello (n\u00e9 Friedman), Scott&nbsp; \u00ab&nbsp;Top Ten&nbsp;\u00bb Kempner (guitares) et Stu Boy King (batteur), Shernoff tenant la basse. On voit \u00e0 leurs sobriquets et \u00e0 leurs identit\u00e9s douteuses que le groupe a aussi de l\u2019humour et s\u2019inspire d\u2019un Zappa pour des parodies de College Rock tournant en d\u00e9rision le rock business.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, les Dictators sont d\u2019abord des fans du MC5 et des Stooges, partisans d\u2019un rock agressif et corrosif qu\u2019on appellera plus tard Heavy Metal, d\u2019apr\u00e8s un vers du \u00ab&nbsp;Born To Be Wild&nbsp;\u00bb de Steppenwolf <em>(\u00ab&nbsp;alone on the highway \/ heavy metal thunder&nbsp;\u00bb)<\/em>. Steppenwolf qui compte aussi parmi leurs grandes influences.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Go girl crazy<\/em> sort en mars 1975 chez Epic, produit par Sandy Pearlman et Murray Krugman, soit les producteurs des premiers Blue \u00d6yster Cult. Un disque r\u00e9jouissant avec des reprises de \u00ab&nbsp;I Got You Babe&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;California Girl&nbsp;\u00bb et des chansons subtiles et dr\u00f4les d\u2019Adny Shernoff pleines de nostalgie et de d\u00e9rision pour le monde de l\u2019adolescence (\u00ab&nbsp;(I live for) Cars And Girls&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Teengenerate&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Weekend&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;The Next Big Thing&nbsp;\u00bb), le tout dans un style qui pr\u00e9figure les Ramones. R\u00e9trospectivement, beaucoup de critiques rock consid\u00e9reront ce disque comme le premier album de Punk-rock am\u00e9ricain. Et il l\u2019est, assur\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Mark \u00ab&nbsp;The Animal&nbsp;\u00bb Mendoza a pris la basse, rel\u00e9guant Shernoff aux claviers quand Richard Teeter a remplac\u00e9 Stu Boy King \u00e0 la batterie et le groupe est moins dans la parodie pour <em>Manifest destiny<\/em>, fin 1976, chez Asylum qui leur a offert l\u2019asile apr\u00e8s qu\u2019ils se soient faits \u00e9conduire par CBS \/ Epic pour insucc\u00e8s commercial. La \u00ab&nbsp;destin\u00e9e manifeste&nbsp;\u00bb de la constitution des \u00c9tats-Unis, avec la lourde charge d\u2019\u00e9clairer le monde libre. Outre des m\u00e9lodies suaves comme \u00ab&nbsp;Hey Boys&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Heartache&nbsp;\u00bb, on trouve les d\u00e9sopilants \u00ab&nbsp;Science Gone Too Far&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Sleeping With The TV On&nbsp;\u00bb et, au surplus, le groupe nous r\u00e9gale de la reprise qui tue, le \u00ab&nbsp;Search And Destroy&nbsp;\u00bb des Stooges. Eux qui d\u00e9claraient au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 que le rock \u00e9tait mort s\u2019efforcent de le faire revivre, et ils y parviennent, inspirant des tas de groupes \u00e0 travers le pays et rel\u00e9guant les vieilles barbes hippies \u00e0 leurs ch\u00e8res \u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p>De mauvaises langues ont baptis\u00e9 le groupe The \u2018Taters (pour Les Patates), ne comprenant pas leur rock\u2019n\u2019roll second degr\u00e9 et leur humour d\u00e9cal\u00e9. Les Dictators partiront en tourn\u00e9e en Angleterre et on a pu les voir, en novembre 1977, \u00e0 la Roundhouse de Londres o\u00f9 ils jouent en premi\u00e8re partie des Stranglers dans une ambiance pourrie o\u00f9 une haine diffuse est omnipr\u00e9sente, devant une haie de Hell\u2019s Angels londoniens patibulaires. Soit dit entre parenth\u00e8ses, les groupes punks anglais ont rel\u00e9gu\u00e9 les Dictators, autant dire les pionniers, \u00e0 jouer les utilit\u00e9s. Heureusement, les Ramones sauveront l\u2019honneur de l\u2019Am\u00e9rique, si on ose parler d\u2019honneur avec ces zigottos..<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s voir la sortie de leur troisi\u00e8me album, <em>Bloodbrothers<\/em> (1978), un album d\u00e9cevant pour les fans d\u2019origine, en d\u00e9pit d\u2019une reprise convaincante du \u00ab&nbsp;Slow Death&nbsp;\u00bb des Flamin\u2019 Groovies, mais les compositions de Shernoff, toujours \u00e0 la man\u0153uvre, sont de moins en moins r\u00e9ussies et les autres ont l\u2019air de s\u2019en foutre. Il y aura encore <em>Fuck \u2018em if they can\u2019t take a joke<\/em> (Qu\u2019ils aillent se faire foutre s\u2019ils ne comprennent pas la plaisanterie), juste une derni\u00e8re compilation. Rideau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le groupe, lass\u00e9 par son insucc\u00e8s et l\u2019incompr\u00e9hension dont ils fait l\u2019objet (on les accuse de plagier le Blue \u00d6yster Cult, entre autres avanies), s\u2019\u00e9clatera dans toutes les directions. Manitoba et Shernoff continueront vaille que vaille avec Manitoba\u2019s Wild Kingdom, Kempner va fonder les Del-Lords en 1982 et Funicello \/ Friedman traversera l\u2019Atlantique pour se porter au secours du groupe fran\u00e7ais Shakin\u2019 Street avant de rejoindre Manowar quand Mendoza sera \u00e0 l\u2019origine de Twisted Sister, groupe de Glam rock ricain fa\u00e7on Alice Cooper. Fin du sketch (plus tr\u00e8s dr\u00f4le).<\/p>\n\n\n\n<p>Un groupe sans pareil que les Dictators, \u00e0 la fois critiques de la soci\u00e9t\u00e9 et de ses fausses valeurs (\u00ab&nbsp;Fast, Young, Scientific&nbsp;\u00bb) et semblant r\u00e9fugi\u00e9s dans un monde adolescent, paradis pour teen-agers fa\u00e7on <em>American Graffiti<\/em>, qui n\u2019existe plus depuis longtemps, s\u2019il a jamais exist\u00e9. Des Zappa de l\u2019est en quelque sorte, qui auraient enrob\u00e9 de miel leurs irr\u00e9sistibles \u0153uvrettes, l\u00e0 o\u00f9 Zappa les recouvrait de fiel, sans se prendre plus que \u00e7a au s\u00e9rieux, eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aura fallu la mort de Ross \u00ab&nbsp;The Boss&nbsp;\u00bb Funicello, redevenu entre temps Ross Friedman, pour faire revivre les \u00e9patants Dictators. Friedman \/ Funicello jouera encore, jusqu\u2019en 2022, avec diverses formations telles que Manowar (on l\u2019a dit), Brain Surgeons, Manitoba\u2019s Wild Kingdom, Shakin\u2019 Street, Death Dealer et Gastbeitrage. 50 ans apr\u00e8s, les Dictators auront laiss\u00e9 des traces dans l\u2019histoire du rock am\u00e9ricain. Merci pour tout, les gars&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>22 avril 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait au milieu des ann\u00e9es 1970, New York se r\u00e9inscrivait sur la carte mondiale du rock apr\u00e8s la domination de Londres et de son rock d\u00e9cadent. Jean-Pierre Lentin, journaliste rock \u00e0 Actuel, avait qualifi\u00e9 cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de groupes et cette nouvelle sc\u00e8ne de \u00ab&nbsp;rock du Watergate&nbsp;\u00bb. 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