{"id":4659,"date":"2026-06-20T17:18:44","date_gmt":"2026-06-20T15:18:44","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4659"},"modified":"2026-06-20T17:18:44","modified_gmt":"2026-06-20T15:18:44","slug":"notes-de-lecture-82","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4659","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 82"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>LUCR\u00c8CE \u2013 <em>DE LA NATURE<\/em> \u2013 Garnier \/ Flammarion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On sait en fait peu de choses de Lucr\u00e8ce, de son vrai nom Titus Lucretius Carus, sinon qu\u2019il v\u00e9cut une quarantaine d\u2019ann\u00e9es entre 94 et 54 avant J\u00e9sus-Christ. Comme S\u00e9n\u00e8que, il s\u2019est probablement suicid\u00e9 sans qu\u2019on en soit s\u00fbr. On sait en tout cas qu\u2019il a laiss\u00e9 ce <em>Rerum natura<\/em>, traduit par <em>De la nature<\/em>, soit un total de six livres o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 la fois un philosophe et un po\u00e8te qui fut une grande admiration de Victor Hugo entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Six petits livres qui sont autant de le\u00e7ons administr\u00e9es \u00e0 un certain Memmius dont on ne sait pas grand-chose non plus. Dans ce texte didactique, Lucr\u00e8ce exprime sa vision du monde depuis la cr\u00e9ation, autant dire sa cosmogonie puisqu\u2019il d\u00e9crit avec pr\u00e9cision les ph\u00e9nom\u00e8nes qui ont d\u00fb advenir pour que les plan\u00e8tes, les constellations, la terre et les oc\u00e9ans existent. Et bien s\u00fbr l\u2019humanit\u00e9, les b\u00eates, min\u00e9raux, v\u00e9g\u00e9taux et tout ce qui est ici bas. Ses conceptions et ses th\u00e9ories nous \u00e9loignent d\u2019un dieu biblique qui aurait tout cr\u00e9\u00e9 en 7 jours. Lucr\u00e8ce \u00e9tait ath\u00e9e et plut\u00f4t mat\u00e9rialiste. Sa vision du cosmos et de l\u2019univers se passent d\u2019un Dieu tout puissant et, d\u2019ailleurs, il n\u2019admet de dieux qu\u2019\u00e9tant des forces obscures ne s\u2019abaissant pas \u00e0 se m\u00ealer des probl\u00e8mes humains. On sent bien qu\u2019il n\u2019y croit pas trop, rejetant d\u2019embl\u00e9e toute croyance.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Lucr\u00e8ce, il y a donc les atomes, les particules, les semences, les germes, l\u2019\u00e9ther\u2026 Tout cela fabrique la vie et les corps. C\u2019est la nature qui est la grande architecte de la vie et c\u2019est elle qui cr\u00e9e les esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales, min\u00e9rales et animales. On retrouve chez lui des intuitions que confirmeront par la suite un Darwin ou m\u00eame un Einstein. L\u2019avancement des sciences ne lui permet pas d\u2019aller plus loin que de simples hypoth\u00e8ses, qu\u2019il affirme pourtant avec force. On peut douter de sa th\u00e9orie des simulacres, soit une sorte de prolongement de l\u2019\u00eatre qu\u2019on peut apercevoir dans les ombres ou dans les miroirs. Une intuitions freudienne&nbsp;? Beaucoup de choses semblent ici r\u00e9v\u00e9ler, on l\u2019a dit, de l\u2019intuition sans toujours la rigueur scientifique dont les bases ont \u00e9t\u00e9 \u00e9bauch\u00e9es par les Grecs. Lucr\u00e8ce s\u2019inspire d\u2019ailleurs beaucoup d\u2019eux, aussi bien de Socrate que de Platon ou d\u2019Aristote.<\/p>\n\n\n\n<p>Un philosophe mais aussi un po\u00e8te. Une po\u00e9sie d\u00e9casyllabique qui fait corps avec le texte et en renforce la port\u00e9e. Lucr\u00e8ce parle beaucoup de la maladie, de la mort, de la guerre et des calamit\u00e9s naturelles, notamment les \u00e9ruptions de l\u2019Etna. Une sorte de coryph\u00e9e du malheur qui ne cesse d\u2019en appeler en vain \u00e0 la sagesse humaine. Il ne croit pas en la consolation que pourrait lui apporter les dieux et \u00e9carte d\u2019ailleurs toute croyance et toute soumission \u00e0 un esprit sup\u00e9rieur. C\u2019est en cela qu\u2019il est le plus original et qu\u2019il a pu subjuguer des auteurs illustres comme Montaigne, Moli\u00e8re ou La Fontaine.<\/p>\n\n\n\n<p>On a pr\u00e9tendu que Lucr\u00e8ce, devenu \u00e0 moiti\u00e9 fou, se serait suicid\u00e9 sous la pression des religieux \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la Rome antique allait renier ses idoles pour le monoth\u00e9isme. Lui s\u2019est toujours revendiqu\u00e9 comme un disciple d\u2019\u00c9picure. Pas sp\u00e9cialement un amoureux de la bonne vie, mais quelqu\u2019un qui renie tous les cultes et a une vision mat\u00e9rialiste du monde. Une lecture stimulante en tout cas qui montre qu\u2019on en sait pas \u00e9norm\u00e9ment plus depuis la Rome antique sur les myst\u00e8res de la cr\u00e9ation. \u00ab&nbsp;Une po\u00e9sie sombre. L\u2019illimit\u00e9 est dans Lucr\u00e8ce&nbsp;\u00bb, disait Victor Hugo. On ne dira pas Totor t\u2019as tort.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JOHN DOS PASSOS \u2013 <em>MANHATTAN TRANSFER<\/em> \u2013 Gallimard \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration535.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4661\" width=\"576\" height=\"816\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration535.jpg 250w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration535-212x300.jpg 212w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration535-21x30.jpg 21w\" sizes=\"(max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption>John Dos Passos (photo Wikipedia). \u00c9crivain visionnaire et novateur devenu supp\u00f4t des R\u00e9publicains par anticommunisme d\u00e9lirant contract\u00e9 sur le front espagnol. Too bad&#8230; <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Au tout d\u00e9but de ce blog, on avait parl\u00e9 de la trilogie de Dos Passos intitul\u00e9e <em>USA,<\/em> avec <em>42\u00b0 Parall\u00e8le, <\/em><em>1919 <\/em>et <em>La grosse galette<\/em>. Un roman fleuve en trois volumes avec, en creux, une histoire des \u00c9tats-Unis entre le tout d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle et la crise de 1929. Une somme qui glorifiait les obscurs et les sans-grades tout en d\u00e9non\u00e7ant le capitalisme am\u00e9ricain, ses pompes, ses \u0153uvres et les d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019il a toujours fait chez les humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, Dos Passos d\u00e9crit quelques personnages arriv\u00e9s dans la grosse pomme. Bud, qui cherche du travail, M. Thatcher, qui attend la naissance de sa fille alors que son \u00e9pouse ne la reconna\u00eet pas et se persuade qu\u2019on a interverti les b\u00e9b\u00e9s. Un Allemand fou de joie apr\u00e8s la naissance de son fils\u2026 Sc\u00e8nes de la vie new-yorkaise. Le roman date de 1925 publi\u00e9 en France en 1928, juste avant le crash.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis c\u2019est \u00c9mile, un domestique en service pour le repas d\u2019anniversaire d\u2019une com\u00e9dienne nomm\u00e9e Fifi, qui se fait attendre. Un \u0153il sur la bourgeoisie new-yorkaise apr\u00e8s quelques tra\u00eene-savates.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9mile avec Marco et Congo, trois immigr\u00e9s d\u00e9\u00e7us par l\u2019Am\u00e9rique, le pays de la chance. Gus, lui, livre des bouteilles de lait en r\u00eavant de s\u2019\u00e9tablir comme fermier \u00e0 la campagne. Les Olafson se portent acqu\u00e9reurs d\u2019un appartement et Bud lave la vaisselle dans un restaurant. On va de personnages en personnages, sans histoire et sans fil directeur avec New York comme personnage principal. On a l\u2019impression de lire de courtes nouvelles, des vignettes, sans liens entre elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Gus Mc Neill, le laitier, est percut\u00e9 par un tramway et l\u2019avocat George Baldwin, sans affaires en cours, d\u00e9cide de le faire indemniser. Il pr\u00e9sente l\u2019affaire \u00e0 son \u00e9pouse, Nellie, avant de devenir son amant. Deux fillettes jouent \u00e0 se faire peur dans un parc&nbsp;. On retrouve Congo, \u00c9mile et Marco au bistrot. Bud se fait arnaquer apr\u00e8s avoir rentr\u00e9 le charbon d\u2019une bourgeoise. Ed Thatcher est accus\u00e9 par sa femme et sa fille Ellen de manquer d\u2019ambition. Goldwin f\u00eate son succ\u00e8s avec son associ\u00e9 dans un grand restaurant. Un bateau accoste \u00e0 Staten Island, d\u00e9barquant des familles d\u2019Europ\u00e9ens. On est le 4 juillet.<\/p>\n\n\n\n<p>Jimmy, un gamin, est au chevet de sa m\u00e8re dans un grand h\u00f4tel. Elle fait appel \u00e0 sa s\u0153ur qui accoure et la soigne. Lui ne parvient pas \u00e0 s&nbsp;endormir et veut s\u2019assurer que sa m\u00e8re est vivante. Bud se poivre avec un Letton dans un bar et Goldwin en a assez de sa ma\u00eetresse, certain qu\u2019une grande carri\u00e8re s\u2019ouvre \u00e0 lui. \u00c9mile veut se faire embaucher chez l\u2019\u00e9pici\u00e8re fran\u00e7aise comme lui, Madame Rigaut. Tout est confus et sans ligne directrice. On pense \u00e0 Joyce ou \u00e0 Faulkner.<\/p>\n\n\n\n<p>Le petit Jimmy doit vivre chez sa tante Emily qui a un petit gar\u00e7on appel\u00e9 lui aussi Jim. \u00c9mile veut \u00e9pouser Mme Rigaut et Ed Thatcher se voit proposer un coup en bourse. Goldwin devient un avocat r\u00e9put\u00e9 qui croule sous les affaires. La m\u00e8re de Jimmy meurt et il s\u2019enfuit. \u00c9mile veut avancer la date du mariage et une prostitu\u00e9e lui a donn\u00e9 des nouvelles de Congo, engag\u00e9 dans la marine.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9poux Thatcher et leur fille Elaine vont \u00e0 Atlantic City par la gare du Manhattan Transfer. Le petit Jimmy va h\u00e9riter d\u2019une somme colossale et l\u2019oncle Jeff lui donne des conseils pour r\u00e9ussir&nbsp;; conseils dont il se contrefiche. Errant dans le Bowery avec des clochards, Bud finit par se jeter \u00e0 l\u2019eau. Fin de la premi\u00e8re partie. On a pour l\u2019instant une galerie de personnages qui ne se croisent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019avec la deuxi\u00e8me partie que les liens finissent par se tisser. Le petit Jimmy est devenu grand et il fr\u00e9quente Ruth, une jeune fille de la bourgeoisie. Ruth Oglethrope a un fr\u00e8re qui est en couple avec Elaine Thatcher, devenue une c\u00e9l\u00e8bre cantatrice tandis que Goldwin continue ses activit\u00e9s lucratives. Le puzzle prend forme. Enfin, a-t-on envie d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>Joe Harland d\u00e9missionne de son poste de courtier \u00e0 Wall Street, pr\u00e9f\u00e9rant devancer la d\u00e9cision de son patron qui l\u2019a convoqu\u00e9. Il se saoule. Un cambrioleur s\u2019en prend \u00e0 des appartements par les escaliers d\u2019\u00e9vacuation. Cassie rompt avec Morris et va pleurer chez Elaine Ogglethorpe. \u00c0 peine a-t-on fait la connaissance de Sandbourne, un nouveau personnage, qu\u2019on file au r\u00e9veil de Jimmy Herf, r\u00e9veill\u00e9 par son ami Ogglethorpe. Ils entrent dans un restaurant o\u00f9 d\u00e9jeune Ellie ou Elaine, la femme d\u2019Ogglethorpe. Harland se r\u00e9veille apr\u00e8s s\u2019\u00eatre endormi sur la table d\u2019un bistrot, agress\u00e9 par une pocharde. L\u2019avocat Goldwin a une dispute avec sa femme qui le soup\u00e7onne d\u2019infid\u00e9lit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Harland se fait maintenant pass\u00e9 pour le veilleur de nuit d\u2019un h\u00f4tel dont le personnel, men\u00e9 par John O\u2019Keefe, s\u2019appr\u00eate \u00e0 faire gr\u00e8ve. Cecily, la ma\u00eetresse de Baldwin, lui dit qu\u2019elle ne se mariera pas avec lui. Cassie est enceinte et se r\u00e9fugie chez Elaine qui lui conseille d\u2019avorter&nbsp;; Elaine qui n\u2019a pas suivi la troupe en tourn\u00e9e et va divorcer d\u2019avec Ogglethorne toujours en bringue avec Jimmy Herf. En attendant, elle va saluer son p\u00e8re dans le New-Jersey. On est \u00e0 la moiti\u00e9 du livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que Goldweiser , son producteur, drague Elaine, l\u2019avocat Goldwin re\u00e7oit O\u2019Keefe le syndicaliste et Gus Mc Neil alors que le m\u00eame O\u2019Keefe sympathise avec Harland. Elaine joue \u00e0 Broadway alors que Ogglethone, compl\u00e8tement saoul, dort dans sa baignoire. On entend les \u00e9chos assourdis de la premi\u00e8re guerre mondiale \u00e0 New York. Tout le monde est r\u00e9uni dans le restaurant-dancing de Congo Jake, marin qui a fait le tour du monde. Baldwin drague Elaine tandis que les \u00e9poux Mc Neil r\u00e9apparaissent. On parle d\u2019un fait divers sanglant et de la guerre qui s\u2019annonce. Jimmy Herf, devenu journaliste, invite Elaine \u00e0 danser avant de rencontrer Tony qui lui avoue son homosexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Goldweiser est toujours amoureux d\u2019Elaine qui accumule les succ\u00e8s \u00e0 Broadway. Goldwin a tent\u00e9 de se suicider par amour pour elle. Harland vient boire un verre chez O\u2019Keefe mais se fait \u00e9conduire par sa m\u00e8re. Harland est un oncle de Jimmy Herf et il vient le taper d\u2019un peu de monnaie. Jimmy veut couvrir les \u00e9v\u00e9nements en Europe. Stan s\u2019est remari\u00e9 au Canada avec Pearline et il assiste, ivre mort, \u00e0 l\u2019incendie de leur immeuble. Il est mort et Elaine, enceinte de lui, se fait avorter. On retrouve Sandbourne qui propose une affaire de briques en couleur \u00e0 Goldwin qui d\u00e9cline. Il est ruin\u00e9 et refuse de divorcer. Elaine m\u00e8ne grand train entre ses coups de t\u00e9l\u00e9phone et ses sorties dans les endroits chics o\u00f9 elle tombe invariablement sur Jimmy Herf devenu son confident.<\/p>\n\n\n\n<p>1919. La guerre est finie et tout le monde revient d\u2019Europe. Meridale revient couvert de m\u00e9dailles et il a rencontr\u00e9 Elaine et Jimmy \u00e0 La Croix rouge. Elaine a un fils de Jimmy qui a couvert le conflit mondial comme correspondant de guerre. O\u2019Keefe aussi a fait la guerre, et il constitue un groupe de rouges \u00e0 l\u2019assaut du capitalisme alors qu\u2019on presse Goldwin de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections pour d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et endiguer le p\u00e9ril communiste. Ruth, la premi\u00e8re femme de Jimmy, se fait diagnostiquer un cancer de la gorge quand Dutch Robertson est fauch\u00e9 et fait les petites annonces. Il rencontre Francie, une vieille amie. Jimmy et Elaine fr\u00e9quentent le nouveau bar tenu par Congo et elle rumine des souvenirs d\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>La galerie de personnages s\u2019\u00e9toffe encore avec Rosie et Jack, un couple d\u2019escrocs. Puis c\u2019est le petit-d\u00e9jeuner chez les Meridale avec leur fille Maisie et leur fils James. Encore un autre personnage, Nevada, une dame qui re\u00e7oit Baldwin, d\u00e9sormais candidat \u00e0 la mairie, et Tony Hunter qui consulte un psychanalyste pour son homosexualit\u00e9. Puis c\u2019est O\u2019Keefe qui discute avec O\u2019Neil, devenu l\u2019associ\u00e9 de Baldwin, pour l\u2019augmentation des pensions des combattants en Europe. Jimmy retrouve Congo dans son bistrot, chez les Cardinale, des Italiens. Ils sont attaqu\u00e9s par des agents de la prohibition et se battent pour sauver quelques bouteilles de champagne. Il raconte l\u2019\u00e9pisode aux Hildenbrand, des amis allemands. La fille Meridale, Maisie, a \u00e9pous\u00e9 clandestinement un certain Cunningham. Phineas Blackhead a une conversation avec son associ\u00e9 Densh au sujet de l\u2019opportunit\u00e9 de soutenir Baldwin. Baldwin qui cong\u00e9die sa ma\u00eetresse, Nevada Jones, alors qu\u2019appara\u00eet une serveuse de restaurant, Anna Cohen. Une party qui r\u00e9unit Ruth, Elaine, Cassie et toute la bande est interrompue par une descente de police mais un coup de t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Baldwin suffit \u00e0 les faire partir.<\/p>\n\n\n\n<p>On reparle de Anna Cohen, sans qu\u2019on n\u2019en sache plus. Robertson est arr\u00eat\u00e9 pour escroquerie et Jim, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 du journalisme et fin saoul, va demander \u00e0 sa femme Elaine si elle l\u2019aime vraiment. La r\u00e9ponse n\u2019est pas exactement celle qu\u2019il attendait. Il quitte le <em>New York Times<\/em> en esp\u00e9rant devenir \u00e9crivain et tra\u00eene les bars comme \u00e0 son habitude. Anna Cohen est dans la lutte de l\u2019h\u00f4tel et a des relations \u00e9pouvantables avec ses filles. Robertson et Francie se font arr\u00eater apr\u00e8s l\u2019agression d\u2019un vieux milliardaire. Phineas Blackhead et Densh sont ruin\u00e9s. On en vient au dernier chapitre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elaine va \u00e9pouser Goldwin, nomm\u00e9 attorney district. Anna Cohen va se marier avec Elmer. Elle est couturi\u00e8re dans un magasin de luxe o\u00f9 Elaine fait ses emplettes. Jimmy, qui est finalement le personnage principal, sort d\u2019une party chez les Hildenbrand et monte dans un camion pour nulle part.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sum\u00e9 qui pr\u00e9c\u00e8de ne donne pas sp\u00e9cialement envie de lire ce livre qui n\u2019est qu\u2019une suite de vignettes o\u00f9 d\u00e9filent des personnages qu\u2019on retrouve parfois de loin en loin. Dos Passos adopte ici une forme moderne qui ne s\u2019embarrasse pas de r\u00e9cit ou d\u2019histoire. On dirait des collages en apparence discontinus.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, c\u2019est un grand roman o\u00f9 un \u00e9crivain au style unique fait revivre une \u00e9poque \u00e0 travers des personnages vivants pris dans des situations cocasses et caract\u00e9ris\u00e9s par des dialogues enlev\u00e9s. On peut pr\u00e9f\u00e9rer la trilogie<em> U.S.A<\/em>, plus classiquement romanesque et qui a plus l\u2019aspect d\u2019une fresque, mais on aurait tort de laisser de c\u00f4t\u00e9 ce <em>Manhattan transfer<\/em>, v\u00e9ritable radiographie, ou vue en coupe, de l\u2019Am\u00e9rique du premier quart de si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dommage que Dos Passos se soit ensuite fourvoy\u00e9 dans la r\u00e9action en caution intellectuelle et morale de la bourgeoisie r\u00e9publicaine, mais ceci, comme disait Kipling, est une autre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NIETZSCHE \u2013 <em>G\u00c9N\u00c9ALOGIE DE LA MORALE<\/em> \u2013 Id\u00e9es \/ Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Autant l\u2019avouer d\u2019embl\u00e9e, j\u2019ai toujours eu une sainte d\u00e9testation pour Nietzsche. Pour Nietzsche et son monde, ses surhommes, sa loi du plus fort, son m\u00e9pris pour les faibles et son aversion pour le jud\u00e9o-christianisme&nbsp;; ce dernier trait n\u2019\u00e9tant pas le pire. Pourtant, beaucoup de philosophes importants au XX\u00b0 si\u00e8cle, \u00e0 commencer par Deleuze, Derrida ou Foucault, ont souvent mis Nietzsche au pinacle. Alors&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Disons d\u2019abord que la morale dont il est question, c\u2019est bien s\u00fbr la morale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne et sa sanctification de la bont\u00e9, et des valeurs qui en d\u00e9coulent. Pour Nietzsche, tout cela rime avec faiblesse, d\u00e9pendance ou maladie. Et de commencer la d\u00e9monstration avec l\u2019origine \u00e9tymologique du mot \u00ab&nbsp;bon&nbsp;\u00bb, qui d\u00e9signait quelqu\u2019un de noble, de fort. Puis le mot a d\u00e9sign\u00e9 les valeurs chr\u00e9tiennes telles la compassion, l\u2019esp\u00e9rance ou la charit\u00e9. C\u2019est donc un renversement des valeurs dont il faut tenir responsables les Juifs (bien s\u00fbr) et leur religion o\u00f9 les pr\u00eatres ont remplac\u00e9 les guerriers comme piliers de la soci\u00e9t\u00e9. Donc, la morale des esclaves, soit la morale du ressentiment et de la haine, a triomph\u00e9 de la morale des puissants et des forts, naturellement bons, eux. C\u2019est la ruse du jud\u00e9o-christianisme et Nietzsche parle de \u00ab&nbsp;bonnes brutes blondes&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer les vaincus de ce qu\u2019il tient pour une mystification. Pourquoi pas les Aryens&nbsp;? C\u2019est d\u2019autant plus troublant qu\u2019il voit la Rome antique et la Renaissance parmi les p\u00e9riodes o\u00f9 les bons ont vraiment triomph\u00e9 (les bons \u00ab&nbsp;naturels&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;sup\u00e9rieurs&nbsp;\u00bb) et qu\u2019il voit en parall\u00e8le des p\u00e9riodes comme la R\u00e9forme ou la R\u00e9volution fran\u00e7aise comme des victoires de cette race de faibles vindicatifs. \u00c9difiant. Heureusement, il y eut Napol\u00e9on&nbsp;! Il y aura aussi les Nazis contre les masses jud\u00e9o-slaves, franc-ma\u00e7onnes ou bolcheviques (c\u2019est moi qui souligne). De bonnes brutes blondes allant par-del\u00e0 le bien et le mal (c\u2019est encore moi).<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me dissertation (c\u2019est comme cela qu\u2019il l\u2019appelle) porte sur des questions de justice et de ch\u00e2timent. Les notions de faute, de dette, de pr\u00e9judice. L\u00e0 encore, le fort peut oublier et n\u2019a pas besoin de la justice qui est au service des faibles et des opprim\u00e9s. Et Nietzsche de s\u2019extasier sur la cruaut\u00e9 des ch\u00e2timents \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique. C\u2019\u00e9tait le bon temps&nbsp;? Avec toujours la m\u00eame antienne, \u00e0 savoir que le fort est naturellement juste et que le faible se sert du droit de sa communaut\u00e9 pour assouvir sa haine et son ressentiment. On en vient tout naturellement \u00e0 cette mauvaise conscience de l\u2019homme qui a abandonn\u00e9 et l\u2019instinct et la joie. Un animal domestiqu\u00e9 ayant perdu sa libert\u00e9 sous la pression du corps social, des lois et de l\u2019\u00e9tat, l\u2019ennemi absolu. C\u2019est en cela que Nietzsche a toujours eu du cr\u00e9dit chez les anars. Il se r\u00e9clame parfois de Spinoza, mais son grand homme est Herbert Spencer, p\u00e8re du darwinisme social.<\/p>\n\n\n\n<p>Mauvaise conscience, faute, culpabilit\u00e9\u2026 Les hommes ont d\u2019abord craint les anc\u00eatres, les p\u00e8res que les dieux ont remplac\u00e9, \u00e0 commencer par le dieu des chr\u00e9tiens. Nietzsche se fait le chantre de l\u2019ath\u00e9isme.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Nietzsche, les dieux grecs se manifestaient parfois sur l\u2019homme mais le Dieu des chr\u00e9tiens est celui qui a pris possession de l\u2019homme, bridant ses d\u00e9sirs et son action inhib\u00e9s par sa mauvaise conscience. Et Nietzsche d\u2019en appeler \u00e0 un homme (un surhomme?) qui saura extirper ces tendances au nihilisme et au n\u00e9ant en lui redonnant la volont\u00e9 de puissance et l\u2019instinct vital.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la troisi\u00e8me et derni\u00e8re dissertation, Nietzsche se concentre sur les artistes et les philosophes. Wagner et son ma\u00eetre Schopenhauer. Il parle de leur \u00ab&nbsp;id\u00e9al asc\u00e9tique&nbsp;\u00bb qui implique pauvret\u00e9, humilit\u00e9 et chastet\u00e9, en aucun cas le bonheur ou la volupt\u00e9. Pour lui, les philosophes ont reproduit, en s\u2019en affranchissant par leur statut sup\u00e9rieur, les contraintes issues de la faute et de son corollaire religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Nietzsche compare le philosophe et son id\u00e9al asc\u00e9tique \u00e0 la chenille avant le papillon, soit une attitude qui va contre la vie avant l\u2019apparition de la lumi\u00e8re. Cette philosophie est donc l\u2019expression de l\u2019homme morbide, tournant le dos \u00e0 la vie, et le philosophe devient une autre sorte de pr\u00eatre Un pr\u00eatre qui glorifie les malades et les faibles, emp\u00eachant les forts de vivre comme ils l\u2019entendent. Des philosophes de la piti\u00e9 et du d\u00e9go\u00fbt. Ainsi les hommes sont-ils en hibernation, dans un n\u00e9ant qu\u2019ils nomment Dieu et qui leur \u00e9vite de vivre. La vie chez Nietzsche semblant \u00eatre le combat pour la domination, pour la possession, pour la jouissance&nbsp;; tout ce qui est naturel chez les forts. Le fort s\u2019isole quand le faible s\u2019assemble, nous dit Nietzsche, comme pour vilipender toute organisation collective et sociale. En gros, la religion est une vaste entreprise de consolation des faibles, des malades, de ceux qui ont peur de vivre. Et de s\u2019en prendre aussi \u00e0 l\u2019id\u00e9al, \u00e0 la science et \u00e0 l\u2019art. \u00ab&nbsp;Rien n\u2019est vrai, tout est permis&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On terminera sur cette forte sentence qui signifie que la v\u00e9rit\u00e9 importe peu en regard du d\u00e9sir de puissance et de la volont\u00e9 de vivre. C\u2019est l\u00e0 que nous am\u00e8ne Nietzsche et sa \u00ab&nbsp;philosophie \u00e0 coups de marteau&nbsp;\u00bb. Coups de marteau certes, mais dans la face des peuples, des obscurs, des petits, de tous ceux qu\u2019il appelle les faibles et les opprim\u00e9s. Il en tient pour une morale de la force et de la puissance brute, de la domination des favoris\u00e9s de la vie pour lesquels le droit, les lois, les r\u00e8gles et toutes sortes de contrainte sont une limite impos\u00e9e \u00e0 leur puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on pense qu\u2019il y a eu des Nietzsch\u00e9ens de gauche\u2026 Tout ici pue le fascisme, la force primant le droit, et les th\u00e9ories de l\u2019\u00e9lite. M\u00eame si sa critique des religions comporte des \u00e9l\u00e9ments de v\u00e9rit\u00e9, sa conception de l\u2019humanit\u00e9 est \u00e0 vomir. Claudel a \u00e9crit quelque part que Nietzsche \u00e9tait un fou. C\u2019est l\u00e0 un qualificatif qui lui fait encore trop d\u2019honneur. Un salaud serait plus juste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JULIO CORTAZAR \u2013 <em>LA PORTE CONDAMN\u00c9E (ET AUTRES NOUVELLES FANTASTIQUES) <\/em>\u2013 Folio \/ Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour ceux qui, comme moi, se r\u00e9galent de litt\u00e9rature sud-am\u00e9ricaine et de son r\u00e9alisme fantastique, trouver un recueil de nouvelles de Cortazar est un vrai bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme ses compatriotes Borg\u00e8s, Sabato ou Bioy Casar\u00e8s, pour ne citer qu\u2019eux, Cortazar a le don des nouvelles complexes o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019estompe au profit des jeux de l\u2019esprit et de l\u2019imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Les poisons,<\/em> un enfant raconte le jour o\u00f9 son oncle est venu apporter la machine \u00e0 tuer les fourmis. Une machine qui contient du poison contre lequel tout le monde est mis en garde. Le narrateur accueille son cousin Hugo qui doit faire ses \u00e9tudes \u00e0 Buenos-Aires. Sa voisine, Lila, est amoureuse de Hugo qu\u2019il jalouse. La machine fait de la fum\u00e9e et les voisins s\u2019en plaignent, leurs cultures s\u2019en ressentant. De d\u00e9pit, sachant que Lila a conserv\u00e9 une plume de paon offerte par Hugo, le narrateur r\u00e9pand le poison partout et le r\u00e9cit s\u2019ach\u00e8ve ainsi. Une intrigue mince qui donne l\u2019occasion \u00e0 l\u2019auteur d\u2019\u00e9voquer d\u2019\u00e9mouvants souvenirs d\u2019enfance troubl\u00e9s par les premiers \u00e9mois amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>La porte condamn\u00e9e<\/em>, P\u00e9trone, un homme d\u2019affaires argentin, s\u00e9journe dans un h\u00f4tel \u00e0 Montevideo. Il remarque qu\u2019il y a entre sa chambre et celle d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 une porte condamn\u00e9e \u00e0 travers laquelle, toutes les nuits, il entend des pleurs d\u2019enfant. L\u2019h\u00f4telier lui certifie qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019enfants dans l\u2019h\u00f4tel et que la dame qui r\u00e9side dans la chambre est seule.<\/p>\n\n\n\n<p>La dame s\u2019en va, et les pleurs continuent. Sans donner la cl\u00e9 de l\u2019\u00e9nigme, les derni\u00e8res lignes semblent vouloir \u00e9claircir le myst\u00e8re. Quand le quotidien et son apparente banalit\u00e9 finit par inqui\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les m\u00e9nades <\/em>d\u00e9crit les effets sur le public d\u2019un concert classique donn\u00e9 dans un th\u00e9\u00e2tre de Buenos-Aires. La foule ne mesure d\u00e9j\u00e0 pas son enthousiasme \u00e0 l\u2019entracte et seul le narrateur et son voisin aveugle ne semblent pas partager cette ferveur. Vers la fin, des personnes se sentent mal et une \u00e9trange dame en rouge parcourt la salle de long en large. La fin du concert est chaotique et les spectateurs se ruent sur les musiciens jusqu\u2019\u00e0 les oppresser et m\u00eame le narrateur se sent oblig\u00e9 de participer \u00e0 cette liesse. Pas suffisamment, car il re\u00e7oit le regard oblique de la dame en rouge qui lui tire la langue.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re nouvelle, <em>La nuit face au ciel,<\/em> \u00e9crite avec Roger Caillois, proche des surr\u00e9alistes et passionn\u00e9 par l\u2019Argentine et les min\u00e9raux, est de loin la meilleure. Un homme est hospitalis\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019un accident de moto et on doit l\u2019anesth\u00e9sier pour une petite intervention chirurgicale. Il r\u00eave apr\u00e8s cette anesth\u00e9sie qu\u2019il est poursuivi par des guerriers azt\u00e8ques et est rassur\u00e9 \u00e0 son r\u00e9veil. Mais \u00e0 chaque fois qu\u2019il s\u2019endort, le cauchemar recommence, dans lequel il finit par \u00eatre captur\u00e9 et transport\u00e9 en haut d\u2019une montagne pour y \u00eatre sacrifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que le r\u00eave ne serait-il pas plut\u00f4t cet accident et la r\u00e9alit\u00e9 ce sacrifice&nbsp;? Comme \u00e0 chaque fois, Cortazar laisse au lecteur une grande libert\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tation et on se r\u00e9gale de ces petits r\u00e9cits o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 et le quotidien se frayent un chemin vers l\u2019\u00e9trange, vers l\u2019indicible. On pense \u00e0 de grands nouvellistes comme Edgar Poe ou, bien s\u00fbr, Borg\u00e8s. Le g\u00e9nie serait-il argentin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D.H LAWRENCE \u2013 <em>L\u2019AMANT DE LADY CHATTERLEY <\/em>\u2013 \u00c9ditions des deux rives<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le roman avait initialement paru sous le simple titre de <em>Lady Chatterley<\/em> mais, par la force des choses, \u00ab&nbsp;l\u2019amant&nbsp;de\u00bb(le titre fran\u00e7ais) lui a \u00e9t\u00e9 accol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde conna\u00eet l\u2019histoire, celle d\u2019une aristocrate qui s\u2019ennuie et prend pour amant son garde-chasse, son \u00e9poux l\u00e9gitime ne lui suffisant plus. Une critique acerbe de l\u2019hypocrisie bourgeoise victorienne qui plaide pour l\u2019appel de la vie, de la nature et de la sensualit\u00e9. Je ne sais m\u00eame plus si j\u2019ai lu un jour ce livre, m\u00eame si j\u2019ai le souvenir d\u2019autres romans de Lawrence comme <em>Femmes amoureuses<\/em>, adapt\u00e9 par Ken Russell au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>Clifford Chatterley est revenu de la grande guerre en lambeaux, paralys\u00e9 et impotent. Sa femme \u2013 Lady Constance Chatterley \u2013 l\u2019aime toujours, m\u00eame si sa sensualit\u00e9 imp\u00e9tueuse doit souffrir de ces infirmit\u00e9s. Les \u00e9changes dans le couple sont toujours consistants, mais Constance ressent un manque au niveau de sa sexualit\u00e9, un manque que viennent souligner la s\u0153ur Hilda et une amie du couple. Parkin, le garde-chasse que sa femme vient de quitter, vit avec sa fille lorsque celle-ci n\u2019est pas en pension chez sa m\u00e8re. Constance Chatterley fait souvent le chemin qui la s\u00e9pare de sa maison et, tout en \u00e9tant r\u00e9ticente devant ses mani\u00e8res, son comportement et sa voix par pr\u00e9jug\u00e9 de classe, ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre sensible \u00e0 la beaut\u00e9 de son corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Mme Bolton, veuve de guerre, a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e comme infirmi\u00e8re, ce qui d\u00e9charge Constance de quelques t\u00e2ches. Elle va souvent visiter Parkin et exige de lui qu\u2019il lui donne la cl\u00e9 d\u2019une cabane \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la voli\u00e8re. Une cabane qui servira de cachette pour leur amour. Clifford se pla\u00eet \u00e0 orienter les discussions avec sa femme sur le d\u00e9sir d\u2019enfant et la sexualit\u00e9, comme s\u2019il sentait quelque chose. Il administre une compagnie mini\u00e8re dont des salari\u00e9s viennent braconner sur ses terres. Constance s\u2019en veut de jouer double jeu et elle parle de partir chez sa s\u0153ur, en \u00c9cosse.<\/p>\n\n\n\n<p>Clifford dit \u00e0 sa femme qu\u2019elle pourrait avoir un enfant d\u2019un autre, \u00e0 condition qu\u2019il ne connaisse jamais son identit\u00e9. Mme Bolton lui parle plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019Olivier Parkin, issu d\u2019une famille d\u2019ivrognes des plus basses classes et d\u00e9test\u00e9 par les mineurs qui y voient un valet de l\u2019aristocratie. Constance se demande si elle sait quelque chose. Elle prend conscience du rapport entre les classes, qu\u2019elle ne pourrait s\u2019abaisser au monde de Parkin comme lui ne saurait s\u2019\u00e9lever \u00e0 hauteur du sien.<\/p>\n\n\n\n<p>Parkin se sent m\u00e9pris\u00e9 par elle, conscient de la diff\u00e9rence de classe sociale et elle se confond en \u00e9loges de sa beaut\u00e9, un langage qu\u2019il ne peut comprendre. Elle lui demande si il veut rompre, mais lui exige un serment de fid\u00e9lit\u00e9. Elle lui rappelle l\u2019existence de Clifford qu\u2019il est hors de question de quitter.<\/p>\n\n\n\n<p>Clifford est attach\u00e9 \u00e0 sa propri\u00e9t\u00e9 et \u00e0 sa descendance qui en est le garant. En fait, il m\u00e9prise Parkin et les mineurs qui ne sont pour lui que des sous-hommes sans conscience, pr\u00eats \u00e0 contester sa domination.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle finit par passer une nuit avec lui, dans sa maison. Son amour et son d\u00e9sir sont intacts.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle doit partir en France avec son p\u00e8re et sa s\u0153ur Hilda, et Parkin le prend mal, lui disant qu\u2019il pourrait bien aller au Canada o\u00f9 vit son fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant son s\u00e9jour en France, Constance a vent par son mari du scandale Perkin. Sa femme est revenue et, n\u2019\u00e9tant pas divorc\u00e9s, a voulu s\u2019imposer chez lui. Il l\u2019a mise dehors mais elle s\u2019est veng\u00e9e en rependant les pires calomnies sur lui. Le scandale a fait grand bruit et Perkin a voulu donner sa d\u00e9mission avant de songer \u00e0 partir au Canada. Clifford lui a demand\u00e9 un d\u00e9lai. Elle regrette le ton de moquerie avec lequel on lui a racont\u00e9 ces \u00e9v\u00e9nements et elle d\u00e9cide de rentrer pour le soutenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Son mari vient la chercher au train avec des b\u00e9quilles. Il traite l\u2019affaire Parkin avec m\u00e9pris et est occup\u00e9 \u00e0 durcir les conditions sociales de ses mines et \u00e0 augmenter ses profits. Sa femme va voir Parkin, qui a quitt\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9, chez sa m\u00e8re de Parkin et il lui fait part de son intention de partir pour Sheffield, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre battu avec un mineur et fait quelques jours de prison. Elle obtient de lui de passer une derni\u00e8re nuit avec lui, dans la cabane.<\/p>\n\n\n\n<p>Albert a pris la place de Parkin et Constance va le voir avant son d\u00e9part d\u00e9finitif pour Sheffield. Elle est enceinte de lui et lui propose de l\u2019accompagner. Il refuse au motif qu\u2019il ne sera jamais son \u00e9gal. Ils d\u00e9cident de se revoir \u00e0 l\u2019occasion, \u00e0 Sheffield. Elle re\u00e7oit une invitation pour un th\u00e9 chez les Tewson \u00e0 Sheffield, Bill Tewson \u00e9tant l\u2019ami de Parkin. Elle s\u2019y rend mais n\u2019appr\u00e9cie pas le cours des .conversations qui tournent autour des classes sociales, de l\u2019usine, des patrons et des diff\u00e9rences entre la bourgeoisie et la classe ouvri\u00e8re. Constance se sent au centre des propos \u00e9chang\u00e9s et elle rentre apr\u00e8s avoir promis \u00e0 Parkin de venir le revoir, mais sur terrain neutre.<\/p>\n\n\n\n<p>Clifford ne s\u2019int\u00e9resse plus qu\u2019\u00e0 ses mines, \u00e0 la chasse et \u00e0 la radio. Constance croit qu\u2019il a devin\u00e9 \u00e0 son retour de Sheffield qu\u2019elle a pris un amant et elle est quasi certaine qu\u2019il devine sa grossesse. Dans une r\u00e9ception au ch\u00e2teau, elle rencontre Duncan, un aristocrate cynique et dr\u00f4le qui voit clair en elle et lui fait comprendre sa situation. Il lui conseille de quitter Clifford si elle aime vraiment Parkin, mais de se m\u00e9fier aussi de la fiert\u00e9 d\u2019un ouvrier qui ne l\u2019acceptera jamais vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Constance rentre avec Duncan Forbes et ils croisent Parkin en chemin. Forbes se propose de faire leur portrait \u00e0 tous les deux. Parkin attend le prononc\u00e9 du divorce et Constance est pr\u00eate \u00e0 divorcer de Clifford. Mais Parkin refuse sa proposition d\u2019acheter une ferme. Il ne veut en aucun cas d\u00e9pendre d\u2019elle et ne veut pas quitter sa condition. Il lui dit qu\u2019il n\u2019aura jamais le dessus avec elle et elle en a assez de ce discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Les amants sont f\u00e2ch\u00e9s et Duncan se propose de jouer les m\u00e9diateurs. Il s\u2019entretient avec Parkin qui lui confie qu\u2019il est devenu chef d\u2019une section d\u2019ouvriers communistes, ce qui est de nature \u00e0 \u00e9largir le foss\u00e9 et les diff\u00e9rences de classe. Duncan prend note, mais il lui dit que, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des classes, il y a des exceptions et que lui, comme Constance, ne sont pas accept\u00e9s dans leur milieu. Lui, Parkin, n\u2019est d\u2019ailleurs pas des plus repr\u00e9sentatifs de son milieu social. Les mots font leur effet. Duncan lui a parl\u00e9 des flux de la vie qui doivent s\u2019affranchir des notions de classes sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne peut plus cacher \u00e0 Clifford qu\u2019elle est enceinte et, apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 qui \u00e9tait le p\u00e8re, il d\u00e9cide de consid\u00e9rer sa femme comme une autre immacul\u00e9e conception. Elle le croit fou et n\u2019est plus s\u00fbre de vouloir garder l\u2019enfant. En tout cas, elle n\u2019accouchera pas dans la propri\u00e9t\u00e9 de son mari, d\u00e9cide de divorcer de lui et de retourner \u00e0 Parkin, un homme de dignit\u00e9. Elle vivra avec lui, s\u2019il veut encore d\u2019elle. Son \u00ab&nbsp;enculeur de Madame&nbsp;\u00bb, selon la traduction, ce Milady\u2019s fucker. En tout cas elle vivra.<\/p>\n\n\n\n<p>Lawrence, comme H.G Wells ou Aldous Huxley (et plus tard Orwell) fait partie de ces \u00e9crivains libertaires qui ne cessent de remettre en question les conditions sociales dict\u00e9es par la bourgeoisie et bas\u00e9es sur la possession, la pr\u00e9dation, l\u2019exploitation et la propri\u00e9t\u00e9. \u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un Fourrier et sur les bris\u00e9es des utopistes socialistes, ils entendent glorifier la vie et son expression la plus forte \u2013 le d\u00e9sir sexuel \u2013 contre les conventions sociales de tous ordres. Si on peut regretter que les th\u00e8ses philosophiques prennent souvent le pas sur la narration et le roman, on ne peut que louer une telle modernit\u00e9 pour l\u2019\u00e9poque, pour ne pas dire un tel progressisme m\u00ealant critique sociale et sexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On ne fait pas de bonne litt\u00e9rature avec de bons sentiments&nbsp;\u00bb, dit-on. Ici, c\u2019est pourtant le cas.<\/p>\n\n\n\n<p><em>5 ao\u00fbt 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LUCR\u00c8CE \u2013 DE LA NATURE \u2013 Garnier \/ Flammarion On sait en fait peu de choses de Lucr\u00e8ce, de son vrai nom Titus Lucretius Carus, sinon qu\u2019il v\u00e9cut une quarantaine d\u2019ann\u00e9es entre 94 et 54 avant J\u00e9sus-Christ. Comme S\u00e9n\u00e8que, il s\u2019est probablement suicid\u00e9 sans qu\u2019on en soit s\u00fbr. On sait en tout cas qu\u2019il a&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4659\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4661,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4659"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4659"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4659\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4663,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4659\/revisions\/4663"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4661"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4659"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}