{"id":4684,"date":"2026-06-20T17:54:15","date_gmt":"2026-06-20T15:54:15","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4684"},"modified":"2026-06-20T17:54:15","modified_gmt":"2026-06-20T15:54:15","slug":"sonny-rollins-sax-colosse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4684","title":{"rendered":"SONNY ROLLINS : SAX COLOSSE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4686\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540-300x225.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540-768x576.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540-1200x900.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540-900x675.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540-600x450.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540-30x23.jpg 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/illustration540.jpg 1280w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>The bridge, le fameux pont de Williamsburg, sans Sonny Rollins, parti vers d&rsquo;autres cieux ivoires et bleus tendres ou, qui sait, appel\u00e9 \u00e0 de plus hautes fonctions dans l&rsquo;enfer du jazz. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Sonny Rollins \u00e9tait le jazzman favori des po\u00e8tes de la Beat generation et Kerouac le cite dans <em>Sur la route<\/em>. J\u2019ai pu le voir dans les derniers temps, \u00e0 Banlieues bleues avec son bandana, un grand moment. On gardera le souvenir du jazzman d\u00e9pressif \u2013 apr\u00e8s deux cures de d\u00e9sintoxication \u2013 jouant de son saxophone t\u00e9nor sur le pont de Williamsburg, comme un exercice de respiration musicale apr\u00e8s avoir sombr\u00e9. Un petit voyage \u00e0 travers ses multiples participations avec les plus grands (Miles, Monk, Clifford Brown\u2026) mais aussi dans sa discographie solo qui est un vrai jeu de piste o\u00f9 il est difficile de s\u2019y retrouver. So long, Sonny&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le personnage semblait s\u2019affranchir de l\u2019espace et du temps, mais il \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 New York, le 7 septembre 1930, de parents originaires tous deux des \u00celes Vierges. Voil\u00e0 pour l\u2019\u00e9tat civil. Il commence tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 pratiquer le piano puis s\u2019oriente vers le saxophone (t\u00e9nor et soprano). Theodore Walter Rollins fr\u00e9quente \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 tous les clubs de jazz de New York&nbsp;: le Savoy et l\u2019Apollo principalement. Il s\u2019y pr\u00e9cipite pour applaudir Charlie Parker, le plus grand, mais aussi Bud Powell, Dizzy Gillespie, Charlie Mingus et Thelonious \u00ab&nbsp;Sphrere&nbsp;\u00bb Monk avec qui il va commencer \u00e0 jouer. Il jouera aussi avec Powell, JJ Johnson, Babs Gonzales et Miles Davis sur plusieurs enregistrements. Plus tard, ce sera Clifford Brown et le batteur Max Roach.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le temps du Bop, un jazz rythmique et percutant qui fait la part belle \u00e0 l\u2019improvisation et f\u00e2che les puristes. Mais Sonny Rollins vit les derni\u00e8res heures du Bop et ne jure que par ses mentors Coleman Hawkins et Lester Young, le pr\u00e9sident. Au tournant des ann\u00e9es 1940 et 1950, il s\u2019enfonce dans la drogue, est arr\u00eat\u00e9 pour vol \u00e0 main arm\u00e9e et incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison m\u00e9dicale de Lexington. C\u2019est son premier d\u00e9rapage, qui correspond toujours \u00e0 une p\u00e9riode d\u2019impasse artistique, mais il saura toujours rena\u00eetre de ses cendres et voler vers d\u2019autres cieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sera le Hard-bop dans les ann\u00e9es 1950, dont il sera l\u2019incarnation, avec Clifford Brown et Art Blakey. Un jazz bop jou\u00e9 sur des tempos rapides et avec une sonorit\u00e9 forte. Un premier album solo avec le Modern Jazz Quartet en 1953 o\u00f9 on trouve \u00ab&nbsp;Oleo&nbsp;\u00bb (son premier standard) et les disques se succ\u00e8dent. On ne citera que les plus connus&nbsp;dans la p\u00e9riode&nbsp;: <em>Tenor madness<\/em> (1955) avec Coltrane sur le morceau-titre,<em> Sonny Rollins + 4<\/em> (1955) avec Clifford Brown et Max Roach, <em>Saxophone Colossus<\/em> (1956), avec le classique \u00ab&nbsp;Saint-Thomas&nbsp;\u00bb, <em>Rolling plays for Bird <\/em>en hommage \u00e0 Charlie Parker et <em>Freedom suite <\/em>en 1958.<em> Freedom suite <\/em>sera d\u2019ailleurs son album le plus politique, avec cette longue suite en phase avec la lutte pour les droits civiques dont la loi (le civil rights act) ne sera promulgu\u00e9e qu\u2019en 1964, sous Johnson.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers albums de Sonny Rollins que j\u2019achetai datent de cette \u00e9poque, les concerts du Vanguard (<em>A night at the Village Vanguard <\/em>puis <em>More from the Vanguard <\/em>tous deux chez Blue Note), en fait deux concerts enregistr\u00e9s le m\u00eame jour, le 3 novembre 1957, sans pianiste et avec seulement sax, contrebasse et batterie (Pete La Rocca puis Elvin Jones). N\u2019\u00e9tant pas tr\u00e8s jazz \u00e0 l\u2019\u00e9poque, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, j\u2019allais d\u00e9couvrir aux puces de Saint-Ouen (march\u00e9 Malik) des disques poussi\u00e9reux de Rollins, Parker, Yusef Laatef, Fats Navarro, Mingus\u2026 Je d\u00e9couvrais un pays inconnu o\u00f9 Rollins \u00e9tait roi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 a fin des ann\u00e9es 1950, comme \u00e0 chaque d\u00e9cennie, Rollins entre en crise. Crise de cr\u00e9ativit\u00e9 et crise morale. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019il joue de longues heures des improvisations au saxophone sur le pont de Williamsburg. \u00ab&nbsp;Pour ne pas g\u00eaner les voisins&nbsp;\u00bb, dira-t-il, mais surtout pour garder le souffle bleu dans une p\u00e9riode o\u00f9 il est au bord de l\u2019asphyxie. Il faudra attendre 1962 pour qu\u2019il sorte <em>The Bridge<\/em>, r\u00e9sultat de ses m\u00e9ditations musicales, car Rollins s\u2019est orient\u00e9 vers le mysticisme et la spiritualit\u00e9 en provenance des gourous indiens, quelques ann\u00e9es avant le mouvement hippie. \u00ab&nbsp;The Bridge&nbsp;\u00bb est s\u00fbrement le morceau qui d\u00e9crit le mieux son \u00e9volution. Le Bop est mort depuis longtemps, Miles Davis va inventer le Jazz-rock avec <em>In a silent way<\/em> et le Free-jazz triomphe. Rollins n\u2019a que faire du Free-Jazz et du Jazz-rock. Sur les d\u00e9combres du Hard-bop, il va inventer un jazz mystique \u00e0 la mani\u00e8re de Coltrane dont l\u2019aspect parfois un peu aust\u00e8re sera temp\u00e9r\u00e9 par les musiques des Cara\u00efbes (Calipso, Merengue) qu\u2019il n\u2019a jamais oubli\u00e9es. Un style unique qui va l\u2019imposer comme une figure majeure du jazz moderne dans les ann\u00e9es 1960.<\/p>\n\n\n\n<p>Suivront, dans le style, <em>What\u2019s new<\/em> et le live <em>Our man in jazz<\/em> rien que pour l\u2019ann\u00e9e 1962 avant un album avec son idole Coleman Hawkins (<em>Sonny meets Hawk&nbsp;!,<\/em> 1963) et <em>Now\u2019s the time<\/em> (1964), un titre en hommage \u00e0 Charlie Parker. Il passe de RCA \u00e0 Impulse pour trois albums studio et un live (<em>There will never be another you<\/em>). Parmi les disques studio, c\u2019est <em>Alfie<\/em>, la B.O d\u2019un film de Lewis Gilbert avec Michael Caine, qui aura le plus de succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Coltrane meurt en 1967 au grand d\u00e9sespoir de ses thurif\u00e9raires du monde entier. On pense un moment que Sonny Rollins va prendre la rel\u00e8ve ou au moins ressusciter autant que faire se peut l\u2019esprit de Trane, d\u2019autant qu\u2019un de ses albums chez Impulse (<em>East Broadway run down<\/em>) a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 avec deux ex-musiciens de Coltrane, Jimmy Garrisson et Elvin Jones. Mais Sonny Rollins a cette particularit\u00e9 de n\u2019\u00eatre jamais l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attend et ce sera six ann\u00e9es de silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Miles Davis avait dit dans une interview qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rait jouer les notes essentielles plut\u00f4t qu\u2019un d\u00e9luge de notes et que les silences \u00e9taient importants, Sonny Rollins a toujours jou\u00e9 beaucoup de notes, en digne successeur de Charlie Parker. L\u00e0 o\u00f9 les silences de Miles font partie de sa musique, le silence de Rollins va intriguer. Nouvelle crise&nbsp;? Rechute dans l\u2019h\u00e9ro\u00efne&nbsp;? Inspiration d\u00e9finitivement tarie&nbsp;? Nenni pour le dernier point car il revient en 1972 avec <em>Next album<\/em>, comme s\u2019il ne s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9. Les compositions sont de lui et, si on a pu dire que Rollins \u00e9tait meilleur interpr\u00e8te que compositeur, tous les disques sur le label Milestones vont faire la part belle \u00e0 ses compositions, toujours originales et inattendues. Une vingtaine d\u2019albums entre 1972 et 2001, sans retraite et sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me cette fois. Sonny Rollins se produira dans la p\u00e9riode sur les sc\u00e8nes et dans les festivals de jazz aux quatre coins du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite&nbsp;? L\u2019attentat du World Trade Center qui l\u2019oblige \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager, un dernier album (<em>Sonny, please<\/em>) en 2006 et un concert en guise d\u2019ultime hommage au Carnegie Hall en 2007. On l\u2019aurait cru immortel, mais il nous a quitt\u00e9 \u00e0 95 ans. Bye bye Sonny boy&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Conseils dans la foisonnante discographie de Sonny Rollins&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>Saxophone colossus<\/em> (1956)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>A night at the Village Vanguard<\/em> (1957)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>Freedom suite<\/em> (1958)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>The bridge <\/em>(1962)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>Now\u2019s the time<\/em> (1964)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>East Broadway run down<\/em> (1966)<\/p>\n\n\n\n<p><em>5 juin 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sonny Rollins \u00e9tait le jazzman favori des po\u00e8tes de la Beat generation et Kerouac le cite dans Sur la route. J\u2019ai pu le voir dans les derniers temps, \u00e0 Banlieues bleues avec son bandana, un grand moment. 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