{"id":4698,"date":"2026-08-27T14:45:22","date_gmt":"2026-08-27T12:45:22","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4698"},"modified":"2026-08-27T14:45:22","modified_gmt":"2026-08-27T12:45:22","slug":"notes-de-lecture-86","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4698","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 86"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>FRANCIS CARCO \u2013<em> L\u2019HOMME DE MINUIT \u2013<\/em> Albin Michel \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Carco, comme Charles-Louis Philippe, Pierre Mac Orlan ou Eug\u00e8ne Dubit, a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 parmi les \u00e9crivains populistes, un courant litt\u00e9raire qui a pu se prolonger avec des auteurs comme Ren\u00e9 Fallet ou Alphonse Boudart, ce qui n\u2019est pas synonyme de m\u00e9diocrit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Carco est le po\u00e8te des bas-fonds, de la goualante, des filles de joie et des mauvais gar\u00e7ons, un univers qu\u2019il d\u00e9crit parfaitement dans <em>J\u00e9sus la caille <\/em>par exemple. D\u2019autres romans de lui inclinent plus vers le polar, comme <em>L\u2019homme traqu\u00e9 <\/em>ou cet <em>Homme de minuit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les Folie\u2019s, un music-hall minable avec magiciens, acrobates, girls de beuglants. Jim et Jimmy, tous deux d\u2019origine anglaise, y ont un num\u00e9ro d\u2019acrobates bien rod\u00e9. Une vieille dame est retrouv\u00e9e morte dans une cave o\u00f9 elle se r\u00e9fugie la nuit, passant ses journ\u00e9es \u00e0 vendre des souvenirs du music-hall voisin. La police interroge les artistes du music-hall, sauf bizarrement les deux acrobates.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres personnages se m\u00ealent \u00e0 l\u2019intrigue&nbsp;: Astrille, un journaliste qui parle d\u2019\u00e9crire un roman sur ce fait divers, Fredin qui a longtemps \u00e9t\u00e9 le mari de la morte avant qu\u2019elle ne le trompe et s\u2019adonne \u00e0 la prostitution, le concierge et une vieille dame qui pr\u00e9tend avoir tout vu. Il y a aussi Morgan, un impresario anglais qui veut leur faire signer des contrats et le personnage de la m\u00e8re du criminel qui sent les choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Astrille soup\u00e7onne les acrobates et on comprend vite, m\u00eame si ce n\u2019est pas dit explicitement, que c\u2019est Jimmy qui a fait le coup, soup\u00e7onnant la vieille d\u2019avoir beaucoup d\u2019argent dans la cave. Jimmy avec la complicit\u00e9 de Jim, dit Le boiteux, qui faisait le guet. La dame avait parl\u00e9 d\u2019une maison qui lui appartiendrait \u00e0 Maisons-Laffitte, d\u2019o\u00f9 les espoirs de magot.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas d\u2019enqu\u00eate et on suit chapitre apr\u00e8s chapitre les deux acrobates et leurs angoisses, leurs peurs d\u2019\u00eatre d\u00e9couverts, leurs actes manqu\u00e9s\u2026 On pense, m\u00eame si \u00e9videmment ce roman n\u2019est pas de cette dimension, au <em>Crime et ch\u00e2timent<\/em> de Dosto\u00efevski, non seulement \u00e0 cause de la culpabilit\u00e9 qui les ronge mais surtout \u00e0 cause de ce crime absurde qui leur est apparu comme \u00e9vident, presque n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman se termine dans un cabaret russe o\u00f9 Jim et Jimmy font une derni\u00e8re fois leur num\u00e9ro \u00e0 l\u2019invite du patron, avant une descente de police.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas du meilleur Carco et on reste un peu perplexe quant \u00e0 la motivation des meurtriers, sauf \u00e0 leur trouver des raisons qui rel\u00e8veraient de la psychologie, voire de la psychanalyse. Si la fameuse atmosph\u00e8re qui fait le prix des romans de Carco est encore pr\u00e9sente, l\u2019intrigue d\u00e9\u00e7oit. Dommage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN-JACQUES ROUSSEAU \u2013 <em>\u00c9MILE OU DE L\u2019\u00c9DUCATION<\/em> (1 et 2) \u2013 Gallimard \/ Flammarion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau encore, et son trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation. M\u00eame si Jean-Jacques a connu une longue p\u00e9riode de purgatoire, on y revient de plus en plus. Si ses concepts un peu na\u00effs du bon sauvage perverti par la soci\u00e9t\u00e9 ont pu faire sourire, il y avait bien d\u2019autres choses chez Rousseau, penseur politique et social.<\/p>\n\n\n\n<p>Une longue introduction nous dit comment Rousseau a r\u00e9volutionn\u00e9 l\u2019\u00e9ducation de son temps en faisant de l\u2019enfant un \u00eatre en devenir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019amener \u00e0 se d\u00e9velopper en dehors des cadres autoritaires et patriarcaux. Rousseau distingue l\u2019\u00e9ducation des choses, l\u2019\u00e9ducation de la nature et l\u2019\u00e9ducation de l\u2019homme, la seule sur laquelle il est possible d\u2019agir.<\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau commence par une critique s\u00e9v\u00e8re de l\u2019\u00e9ducation de son temps avec les nourrices en substituts des m\u00e8res et les pr\u00e9cepteurs \u00e0 ceux des p\u00e8res. Tout cela rend \u00e0 d\u00e9truire la cellule familiale. Pour appuyer sa d\u00e9monstration, il cr\u00e9e un personnage orphelin, \u00c9mile, dont il sera le gouverneur (et non le pr\u00e9cepteur car le pr\u00e9cepteur transmet des savoirs alors que le gouverneur apprend \u00e0 vivre).<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouverneur Rousseau nous dit qu\u2019il a choisi un enfant d\u2019aristocrates (les pauvres acqui\u00e8rent les enseignements par l\u2019exp\u00e9rience directe) et un enfant en bonne sant\u00e9, car il n\u2019est pas m\u00e9decin et ce r\u00f4le serait pr\u00e9judiciable \u00e0 sa fonction. Le gouverneur doit, en outre, devenir l\u2019ami de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res pages ont trait \u00e0 la pu\u00e9riculture (nourrir au sein, lait, temp\u00e9rature, maillot, di\u00e9t\u00e9tique\u2026), tout cela assez ennuyeux et on ne comprend pas trop les pr\u00e9ventions de Rousseau contre la m\u00e9decine. Puis c\u2019est le vieux principe rousseauiste qu\u2019il vaut mieux vivre \u00e0 la campagne qu\u2019\u00e0 la ville, et seul ou en famille plut\u00f4t que de se regrouper en communaut\u00e9s o\u00f9 l\u2019individu perd de sa libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019aura compris, les principes de l\u2019\u00e9ducation rousseauiste visent \u00e0 faire de l\u2019enfant un adulte autonome et \u00e9mancip\u00e9 qui soit aussi un bon citoyen, privil\u00e9giant l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats propres. Les id\u00e9es sont pour lui plus importantes que le langage, qui s\u2019acquiert au rythme de l\u2019enfant. Pour lui, le langage inarticul\u00e9 des b\u00e9b\u00e9s est le langage premier de l\u2019humanit\u00e9, une sorte de pr\u00e9-langage universel d\u2019avant Babel. Rousseau pr\u00f4ne la mesure en tout. Il faut laisser les b\u00e9b\u00e9s pleurer mais essayer aussi de comprendre pourquoi ils le font. L\u2019enfant est un \u00eatre qui a d\u00e9j\u00e0 de gros besoins et peu de forces pour les satisfaire, d\u2019o\u00f9 sa frustration. Le tout est de les comprendre et de les aimer et c\u2019est pourquoi il pr\u00f4ne une double \u00e9ducation du gouverneur et de la nourrice. Les aimer n\u2019est toutefois pas de c\u00e9der \u00e0 leurs caprices, mais de leur faire comprendre que les limites existent et que si leurs d\u00e9sirs comptent, leur assouvissement complet n\u2019est pas possible, sauf \u00e0 en faire des enfants tyranniques&nbsp;: l\u2019enfant roi, comme on le dit aujourd\u2019hui. Il insiste aussi pour que les apprentissages soient le fait des enfants, notamment dans la d\u00e9couverte de l\u2019espace et pour les premiers pas. Rousseau conseille en toutes choses de laisser faire le temps et la nature, de ne rien brusquer et de ne pas vouloir orienter d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es l\u2019enfant vers ce que nous voulons qu\u2019il devienne. Il fait beaucoup de comparaisons avec le r\u00e8gne animal et avec les enfants de paysans qui, selon lui, sont mieux \u00e9lev\u00e9s car mis plus en harmonie avec la nature qu\u2019avec la soci\u00e9t\u00e9. On retient de ce premier livre qu\u2019\u00e0 tout prendre, l\u2019\u00e9ducation, si elle doit s\u2019exercer, a \u00e0 le faire discr\u00e8tement, comme pour favoriser le d\u00e9veloppement naturel et instinctif.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me livre commence donc \u00e0 l\u2019enfance, lorsque le langage est acquis et que le b\u00e9b\u00e9 n\u2019a plus \u00e0 pleurer pour satisfaire ses besoins. Rousseau \u00e9crit d\u2019embl\u00e9e que l\u2019enfance devrait \u00eatre un temps sacr\u00e9 o\u00f9 le bonheur qu\u2019on \u00e9prouve alors ne reviendra jamais. Raison de plus pour respecter cet \u00e2ge et ne pas le contrarier avec des probl\u00e9matiques d\u2019adulte, un dressage, une trop grande s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ou une obligation pr\u00e9matur\u00e9e \u00e0 prendre conscience des r\u00e9alit\u00e9s de la vie qui se fera bien assez t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau philosophe sur le bonheur \u00e0 partir de S\u00e9n\u00e8que, d\u2019\u00c9picure mais aussi de Spinoza. Le bonheur est l\u2019\u00e9quilibre entre nos d\u00e9sirs et nos forces, entre notre volont\u00e9 et notre puissance. \u00ab&nbsp;Veux ce que tu peux&nbsp;\u00bb. On s\u2019\u00e9loigne un peu d\u2019\u00c9mile avec les fondements de la philosophie rousseauiste. Les passions, tristes, l\u2019ambition d\u00e9mesur\u00e9e, l\u2019envie et les d\u00e9sirs trop grands entretiennent l\u2019illusion et ne donnent que des succ\u00e8s de prestige. L\u2019enfant doit \u00eatre respect\u00e9, mais pas idol\u00e2tr\u00e9 et, tout en voyant en lui l\u2019espace des possibles et des potentialit\u00e9s, il faut savoir le ramener \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et satisfaire \u00e0 ses demandes lorsqu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9els besoins, pas de souhaits et de d\u00e9sirs chim\u00e9riques. Rousseau se sent proche d\u2019un John Locke, philosophe des droits naturels, et condamne les vues d\u2019un Hobbes qui ne voit que sauvage concurrence entre les hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau est donc partisan de l\u2019\u00e9ducation n\u00e9gative, qu\u2019il appelle parfois naturelle. Il insiste sur le fait que l\u2019enfant n\u2019est pas un \u00eatre de raison et qu\u2019il ne sert de rien de lui faire comprendre les choses par des id\u00e9es ou des arguments. \u00c0 ce stade, il a besoin de comprendre qu\u2019il est faible et que vous \u00eates fort, qu\u2019il se sente prot\u00e9g\u00e9 et aim\u00e9. \u00c0 ceux qui lui reprochent sa vision des choses car elle ne tiendrait pas compte des r\u00e9alit\u00e9s, Rousseau leur r\u00e9pond que ce n\u2019est pas lui qui a fait ce monde tel qu\u2019il est. Toujours cette dichotomie entre nature et soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute punition doit \u00eatre envisag\u00e9e comme la gu\u00e9rison d\u2019une maladie, non comme une sanction. Rousseau en vient ensuite \u00e0 la question de la propri\u00e9t\u00e9 qui ne doit pas \u00eatre accaparement mais doit faire l\u2019objet d\u2019un accord g\u00e9n\u00e9ral, si besoin par contrat. C\u2019est un peu \u00ab&nbsp;la terre \u00e0 ceux qui la travaillent&nbsp;\u00bb. Rousseau met aussi en garde contre les valeurs d\u2019adultes que les enfants n\u2019ont pas&nbsp;, par rapport au devoir, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, aux r\u00e9alit\u00e9s. C\u2019est pourquoi il est vain de punir en fonction de ces notions.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019enfance est le sommeil de la raison&nbsp;\u00bb, dit-il. Non seulement il ne faut pas juger les enfants selon nos crit\u00e8re d\u2019adultes, mais il est tout aussi vain de projeter sur eux nos ambitions d\u00e9\u00e7ues, nos projets non r\u00e9alis\u00e9es, nos propres frustrations.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Rousseau, l\u2019enfant n\u2019a ni jugement ni m\u00e9moire v\u00e9ritable, il n\u2019est que sensations, et c\u2019est pourquoi il est vain de le gaver d\u2019instruction, de faits, d\u2019id\u00e9es, d\u2019enseignements en quelque mati\u00e8re que ce soit. Il entend le d\u00e9montrer par l\u2019histoire et la g\u00e9ographie, mais surtout par les langues et s\u2019appuie sur<em> Le corbeau et le renard<\/em> de La Fontaine pour achever de convaincre. L\u2019enfant l\u2019apprendra par c\u0153ur, mais le sens pr\u00e9cis lui \u00e9chappera.<\/p>\n\n\n\n<p>Rousseau pr\u00f4ne aussi l\u2019\u00e9ducation physique, \u00e0 la spartiate. Pour lui, c\u2019est sa th\u00e8se principale, le corps et l\u2019esprit doivent se d\u00e9velopper ensemble. Toujours cette volont\u00e9 de conduire en sous-main et de faire en sorte que l\u2019enfant en vienne \u00e0 agir selon votre volont\u00e9. \u00ab&nbsp;Ne rien faire et pourtant tout faire&nbsp;\u00bb. Et Rousseau de prendre des exemples concrets avec \u00c9mile. Mieux vaut faire manipuler aux enfants des objets et les confronter \u00e0 des difficult\u00e9s concr\u00e8tes. On retrouve un peu tout cela dans la p\u00e9dagogie Montessori. Rousseau conseille sur tout&nbsp;: l\u2019exercice physique, l\u2019habillement, l\u2019alimentation, la literie, la sant\u00e9\u2026 C\u2019est souvent ennuyeux et il faut retenir qu\u2019il veut habituer l\u2019enfant \u00e0 ce qui peut lui arriver de d\u00e9sagr\u00e9able afin qu\u2019il s\u2019endurcisse, qu\u2019il ne ressente ni peur ni haine. Il s\u2019agit surtout d\u2019\u00e9veiller ses sens et il insiste sur le toucher. Il parle maintenant d\u2019\u00e9ducation exclusive et critique l\u2019\u00e9ducation des aristocrates trop en rapport avec leur rang et leur mode de vie. \u00c0 titre d\u2019exemple, il est plus utile, \u00e9crit-il, de savoir nager que de pouvoir monter \u00e0 cheval. L\u2019importance des activit\u00e9s ludiques est \u00e9galement mise en avant. Rien de tel que la sociabilit\u00e9 et l\u2019\u00e9ducation par le jeu. Et puis la musique, indispensable chez Rousseau. Si l\u2019enfant est trop jeune pour le concept ou le raisonnement, il ne l\u2019est pas pour l\u2019expression artistique. Rousseau en vient naturellement au dessin, \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie, aux formes. Cependant, il est ambivalent envers l\u2019imagination qui appara\u00eet souvent pour lui comme un refus des r\u00e9alit\u00e9s, pas comme une facult\u00e9 de cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La gourmandise&nbsp;\u00bb est le paradis de l\u2019enfance&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il, plaidant pour la tol\u00e9rer en tant que plaisir souverain des petits. Il parle beaucoup de l\u2019alimentation en g\u00e9n\u00e9ral et en profite pour vitup\u00e9rer contre les mangeurs de viande. Le pain, les l\u00e9gumes et les fruits doivent \u00eatre les aliments de base.<\/p>\n\n\n\n<p>La bonne \u00e9ducation pour Rousseau tient donc dans l\u2019instinct, Ie naturel, l\u2019exp\u00e9rience, les sens, le jeu et le plaisir et le gouverneur est celui qui guide sans rien imposer. Il y a encore deux tomes \u00e0 <em>\u00c9mile<\/em>, le troisi\u00e8me sur la pr\u00e9-adolescence (12 \u00e0 15 ans) et le dernier sur la fin de l\u2019adolescence et le commencement de l\u2019\u00e2ge d\u2019homme. Mais on s\u2019arr\u00eatera l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s tout, que valent les discours sur l\u2019\u00e9ducation d\u2019un homme qui a abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019assistance publique la plupart de ses enfants&nbsp;? On plaisante, bien s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ERNEST HEMINGWAY \u2013 <em>D<\/em><em>IX INDIENS \/ 50.000 DOLLARS<\/em> \u2013 Gallimard \/ Prestige Litt\u00e9rature<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 un fan d\u2019Hemingway. D\u2019abord le c\u00f4t\u00e9 phrases courtes (sujet \u2013 verbe \u2013 compl\u00e9ment) qui m\u2019a toujours paru tourner le dos \u00e0 la litt\u00e9rature, ensuite ce c\u00f4t\u00e9 dur \u00e0 cuir, baroudeur, aventurier qui ne m\u2019a jamais vraiment int\u00e9ress\u00e9. Ici, ce sont des nouvelles dont la plus connue, <em>Les neiges du Kilimandjaro<\/em>. Hemingway \u00e0 petites doses donc, pourquoi pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>10 indiens,<\/em> une famille d\u2019Am\u00e9ricains revient d\u2019un match de base-ball le 4 juillet et leur v\u00e9hicule a crois\u00e9 des indiens ivres morts le long de la route. Nick, le fils, est amoureux de Prudence, une indienne, mais son p\u00e8re lui apprend qu\u2019il a vu la fille avec un autre. Nick a le c\u0153ur bris\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les neiges du Kilimandjaro <\/em>est sa nouvelle la plus connue. Harry, un \u00e9crivain sans succ\u00e8s, a attrap\u00e9 la gangr\u00e8ne lors d\u2019un safari en Afrique et il se sent mourir au pied du Kilimandjaro. Entre deux conversations dans la tente avec sa femme Helen, une riche h\u00e9riti\u00e8re avec laquelle il r\u00e8gle ses comptes, il se rem\u00e9more des passages de sa vie aussi bien en Europe centrale apr\u00e8s la guerre qu\u2019en Turquie, \u00e0 Paris ou aux \u00c9tats-Unis. Malgr\u00e9 la sollicitude de sa femme et l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un avion pour le secourir, Harry mourra dans les hauteurs, au-dessus de la plus haute montagne d\u2019Afrique. Une m\u00e9ditation sur l\u2019existence et les regrets qu\u2019elle laisse, sur l\u2019amour et ses non-dits, sur le temps perdu, les occasions manqu\u00e9es et surtout sur la mort qui arrive dans un cadre sauvage o\u00f9 toute vie semble menac\u00e9e. Peut-\u00eatre ce qu\u2019il a \u00e9crit de mieux avec <em>Le vieil homme et la mer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans<em> La capitale du&nbsp;monde,<\/em> l\u2019auteur d\u00e9crit une auberge \u00e0 Madrid o\u00f9 descendent r\u00e9guli\u00e8rement trois matadors et leurs picadors, en plus de cur\u00e9s galiciens et de prostitu\u00e9es. Trois matadors en perte de vitesse, l\u2019un qui a peur de tor\u00e9er, un autre pass\u00e9 de mode et un troisi\u00e8me malade. Mais c\u2019est Paco, un serveur, qui attire l\u2019attention. Il voudrait \u00eatre torero et renonce \u00e0 un meeting anarcho-syndicaliste pour s\u2019entra\u00eener avec son coll\u00e8gue Enrique. Enrique attache des couteaux sur une chaise et Paco doit tor\u00e9er avec un torchon \u00e0 vaisselle. Le jeune gar\u00e7on trouve la mort, l\u2019art\u00e8re f\u00e9morale perfor\u00e9e. Il tente de se rem\u00e9morer l\u2019acte de contrition mais n\u2019y parvient pas, s\u2019\u00e9teignant en perdant ses illusions.<\/p>\n\n\n\n<p>Passons vite sur <em>Hommage \u00e0 la Suisse,<\/em> trois conversations entre des voyageurs am\u00e9ricains dont le train a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9 avec la serveuse d\u2019un caf\u00e9 proche de la gare de Vevey. D\u2019un int\u00e9r\u00eat moyen, disons.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe \u00e0 une longue nouvelle, <em>L\u2019heure triomphale de Francis Macomber. <\/em>Encore une histoire de safari. Macomber, un Am\u00e9ricain, a d\u00e9tal\u00e9 devant un lion qu\u2019a achev\u00e9 Wilson, un Anglais guide de chasse. L\u2019\u00e9pouse de Macomber est effondr\u00e9e devant ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme de la l\u00e2chet\u00e9 et Macomber lui-m\u00eame n\u2019en finit plus de s\u2019excuser pour son comportement. Sa femme ne le voit plus de la m\u00eame fa\u00e7on et Wilson tente en vain de relativiser ce qui appara\u00eet comme un \u00e9chec. Pour se racheter, Macomber parle d\u2019aller chasser le buffle. La chasse au lion est longuement d\u00e9crite et l\u2019animal bless\u00e9 a fait fuir Macomber qui, pour le buffle, se dit qu\u2019il fera preuve de plus de courage. Le m\u00e9nage bat de l\u2019aile et sa femme est cens\u00e9e rester avec lui pour son argent mais elle passe une partie de la nuit avec Wilson devenu son h\u00e9ros quand elle m\u00e9prise son mari. Macomber tue deux buffles depuis la voiture et, si Wilson le f\u00e9licite, sa femme n\u2019est pas admirative devant ce fait d\u2019arme. Un troisi\u00e8me buffle, bless\u00e9, surgit des fourr\u00e9s et, alors que les deux hommes empoignent leur fusil, la femme de Macomber tire depuis la voiture et tue accidentellement son mari qui avait vaincu sa peur. Wilson pense qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un meurtre et que, contrairement aux apparences, c\u2019est Macomber qui aurait quitt\u00e9 sa femme, pas l\u2019inverse. Il commen\u00e7ait \u00e0 l\u2019appr\u00e9cier, en homme courageux qui avait triomph\u00e9 de ses peurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9pisode de la guerre d\u2019Espagne avec<em> Le vieux pr\u00e8s du pont.<\/em>Dans l\u2019\u00c8bre, les fascistes attaquent et un vieillard reste immobile, regardant passer les v\u00e9hicules sur le pont. Il explique \u00e0 l\u2019auteur, engag\u00e9 c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicains, qu\u2019il s\u2019inqui\u00e8te sur le devenir de ses b\u00eates qu\u2019il a d\u00fb abandonner \u00e0 cause de l\u2019artillerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>C\u2019est aujourd\u2019hui vendredi<\/em>, ce sont les trois l\u00e9gionnaires qui \u00e9changent des propos d\u00e9cousus apr\u00e8s la crucifixion de J\u00e9sus. L\u2019aubergiste h\u00e9breu, Georges, leur sert \u00e0 boire et ils sont tous admiratifs devant le comportement h\u00e9ro\u00efque du supplici\u00e9. L\u2019un des l\u00e9gionnaires est malade, repentant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>La lumi\u00e8re du monde<\/em>, est-ce Alice, la prostitu\u00e9e ob\u00e8se&nbsp;? Tom et Tommy se font virer d\u2019un caf\u00e9 et continuent \u00e0 boire dans un autre attenant \u00e0 la gare. Un rade o\u00f9 trois prostitu\u00e9es leur font des avances, dont Alice, grosse femme au sourire d\u2019ange. Une dispute entre Alice et une autre prostitu\u00e9e \u00e0 propos de Stanley \u00ab&nbsp;Steve&nbsp;\u00bb Ketchell, boxeur battu nagu\u00e8re par Jack Johnson. Les deux hommes repartent, laissant l\u00e0 les filles et quelques indiens. C\u2019est tout.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La fin de quelque chose<\/em>, ou une partie de p\u00e8che pr\u00e8s d\u2019une ancienne cit\u00e9 ouvri\u00e8re b\u00e2tie autour de la for\u00eat et du bois. Un couple \u2013 Nick et Marjorie &#8211; dans une barque qui finit par se disputer, l\u2019homme se d\u00e9valorisant dans la haine de soi. Marjorie regagne l\u2019autre rive et Bill, l\u2019ami d Nick, vient le rejoindre. Nick l\u2019envoie promener \u00e0 son tour.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une journ\u00e9e d\u2019attente <\/em>ou l\u2019histoire d\u2019un enfant qui a la grippe et \u00e0 qui son p\u00e8re fait la lecture apr\u00e8s le passage du m\u00e9decin. Il est persuad\u00e9 qu\u2019il va mourir car on lui a annonc\u00e9 102 de fi\u00e8vre et, en France, le maximum \u00e9tait \u00e0 42. Le p\u00e8re le rassure et dissipe le malentendu, mais l\u2019enfant a pris conscience qu\u2019il est mortel et il pleure souvent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u00e0 haut dans le Michigan<\/em> et encore \u00e0 Horton\u2019s Bay (Michigan), Jim Gilmore y est forgeron et en pension chez les Smith dont la servante \u2013 Liz \u2013 est secr\u00e8tement amoureuse de lui. Apr\u00e8s une partie de chasse bien arros\u00e9e, Jim et les autres chasseurs d\u00eenent chez les Smith et il emm\u00e8ne Liz en promenade apr\u00e8s le repas. Mais il est saoul quand il essaie de la poss\u00e9der et elle perd toutes ses illusions et enterre ses r\u00eave d\u2019amour romantique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Trois jours de tourmente<\/em> est un peu la suite de <em>La fin de quelque chose<\/em>. Nick se saoule avec Bill en parlant de base-ball puis de litt\u00e9rature. Fin saouls, ils d\u00e9cident de partir chasser. Bill lui dit qu\u2019il a bien fait de laisser tomber Marjorie dont les parents parlaient d\u00e9j\u00e0 de fian\u00e7ailles. Nick fait semblant d\u2019\u00eatre d\u2019accord, mais on sent bien qu\u2019il la regrette.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second recueil \u2013<em> 50.000 dollars <\/em>\u2013 d\u00e9bute sur la nouvelle \u00e9ponyme. Jack Brennan, un boxeur sur le retour, doit affronter Wilcott, un Tch\u00e9coslovaque. Jerry, le narrateur, a \u00e9t\u00e9 nagu\u00e8re son entra\u00eeneur. En m\u00e9forme, son entourage d\u00e9cide de l\u2019envoyer dans un camp d\u2019entra\u00eenement du New-Jersey. Manager, entra\u00eeneur, tout son entourage plus des journalistes et des bookmakers sont pr\u00e9sents. Hogan, son manager lui met la pression alors que Jerry tente de le motiver en discutant avec lui. Mais Brennan a des insomnies et il les combat en buvant sec. Brennan annonce \u00e0 Jerry qu\u2019il a mis\u00e9 50.000 dollars sur son adversaire et il a du mal \u00e0 comprendre ce choix avant de l\u2019admettre. Le soir du combat au Madison Square Garden, Brennan l\u2019Irlandais commence \u00e0 prendre l\u2019avantage avec d\u2019incessants crochets mais, au fil du combat, il ne tient pas physiquement et baisse pavillon. L\u2019adversaire lui avait donn\u00e9 un coup en-dessous de la ceinture, non sanctionn\u00e9, mais lui a match perdu pour le m\u00eame geste, involontaire de son c\u00f4t\u00e9. Il n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 rentrer chez lui, amer. Sa carri\u00e8re est termin\u00e9e et son hernie s\u2019est ouverte. Ses 50.000 dollars ne lui seront pas d\u2019une grande utilit\u00e9. La fin cr\u00e9pusculaire d\u2019un boxeur sur le d\u00e9clin.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la boxe, les courses hippiques. Un gamin \u00e9voque le temps o\u00f9 son p\u00e8re, un jockey, l\u2019emmenait avec lui sur les champs de course, en Italie puis en France. On comprend qu\u2019il a un penchant pour la boisson et qu\u2019il a tremp\u00e9 dans des paris truqu\u00e9s. Il s\u2019ach\u00e8te un cheval, Gilford, et prend le d\u00e9part d\u2019une course o\u00f9 il trouve la mort et o\u00f9 son cheval, bless\u00e9, est abattu. Gardner, un jockey ami de son p\u00e8re, dit au gosse de ne pas \u00e9couter les ragots \u00e0 son sujet&nbsp;. \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait un type bien&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec<em> L\u2019invincible<\/em>, c\u2019est un peu la m\u00eame histoire, sauf que transpos\u00e9e dans le milieu de la tauromachie. On sait la passion que Hemingway avait pour la discipline. Manuel, torero sur le retour, vient demander du travail \u00e0 Retana et, apr\u00e8s moult supplications, il accepte de le faire participer \u00e0 une course de nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Manuel r\u00e9ussit \u00e0 recruter un picador, Zurito et Fuentes, un gitan. Le combat semble victorieux et les journalistes en viennent \u00e0 parler d\u2019un retour en gr\u00e2ce pour Manuel mais, comme il fallait s\u2019y attendre, le taureau, apr\u00e8s avoir bless\u00e9 deux chevaux, finit par l\u2019\u00e9corner. Manuel est transport\u00e9 \u00e0 l\u2019infirmerie o\u00f9 un m\u00e9decin ne donne pas cher de ses chances de survie. Tout ce qui int\u00e9resse le moribond est de savoir \u00ab&nbsp;s\u2019il marchait bien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le champion <\/em>avec Nick, un gamin trimardeur qui a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 du train par un serre-frein. Il marche et rencontre un homme \u2013 Ad Francis \u2013 d\u00e9figur\u00e9 et qui se dit fou. Le gosse s\u2019aper\u00e7oit vite que la clairi\u00e8re est un rendez-vous de trimardeurs avec Bugs et Mister Adams, un noir. Lorsque Ad veut se prendre de querelle avec Nick, Mister Adams l\u2019assomme et tous partagent les quelques victuailles qu\u2019ils ont r\u00e9ussi \u00e0 amasser. Le gamin s\u2019en va plus loin et se retourne pour regarder encore le feu dans la clairi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le village indien<\/em> et encore un Nick ((il y en a beaucoup) qui voyage en cano\u00eb avec son p\u00e8re m\u00e9decin, son oncle George et deux indiens. Il s\u2019agit d\u2019aider une indienne qui accouche et le docteur doit pratiquer une c\u00e9sarienne. L\u2019enfant est sauv\u00e9 mais son p\u00e8re se tranche la gorge. L\u00e0 aussi, un enfant d\u00e9couvre la mort et les adultes tentent de le rassurer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est enfin <em>Les tueurs,<\/em> Al et Max qui entrent dans un restaurant en plein apr\u00e8s-midi et intimident George, le serveur, Nick Adams, un client et le cuisinier noir. Ils finissent par neutraliser le personnel et le client en leur disant qu\u2019ils attendent un d\u00e9nomm\u00e9 Ole Anderson, qu\u2019ils ont pour mission de tuer. Ils s\u2019en vont et les otages, lib\u00e9r\u00e9s, vont pr\u00e9venir Ole que des tueurs le cherchent. Ole Anderson, un ancien boxeur qui reconna\u00eet avoir une dette ne veut pas bouger. Le personnel et les quelques clients du restaurant, en revanche, pensent \u00e0 quitter la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas ce recueil de nouvelles in\u00e9gales qui va me r\u00e9concilier avec Hemingway. Certaines pages sont \u00e9mouvantes et le style est plus imag\u00e9 qu\u2019on a pu le dire. Mais les th\u00e8mes varient peu&nbsp;: safaris, boxe, tauromachie et la guerre, qu\u2019il a faite en tant que correspondant de presse. Les hommes sont tant\u00f4t braves, tant\u00f4t l\u00e2ches et les femmes invariablement des garces ou des tra\u00eetresses. On glorifie les notions de courage, de bravoure, de virilit\u00e9. Pourtant, beaucoup d\u2019\u00e9crivains mettent Hemingway au pinacle, peut-\u00eatre pour sa vision de l\u2019Am\u00e9rique et de la faillite du r\u00eave am\u00e9ricain. Ce n\u2019est pas mon cas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>WILLIAM IRISH \u2013<em> LA TOILE DE L\u2019ARAIGN\u00c9E <\/em>\u2013 Belfond \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/illustration542.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4700\" width=\"577\" height=\"752\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/illustration542.jpg 297w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/illustration542-230x300.jpg 230w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/illustration542-23x30.jpg 23w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>Cornell Woodrich, alias William Irish, un petit air de priv\u00e9 alcoolo. Photo Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Des nouvelles de William Irish pr\u00e9fac\u00e9es par Truffaut. Irish n\u2019est pas vraiment un auteur de polar et il a plus \u00e0 voir avec le fantastique et ce qu\u2019on a pu appeler la \u00ab&nbsp;s\u00e9rie bl\u00eame&nbsp;\u00bb. Truffaut a port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran deux de ses romans (<em>La mari\u00e9e \u00e9tait en noir <\/em>et <em>La sir\u00e8ne du Mississippi<\/em>), deux histoires de h\u00e9ros romantiques tromp\u00e9s par des aventuri\u00e8res et meurtris par la vie. La pr\u00e9face de Truffaut nous parle surtout de ces \u00e9crivains de polar am\u00e9ricains, souvent malheureux et ignor\u00e9s dans leur pays. Ce fut le cas de Irish, mort des complications d\u2019un diab\u00e8te avec amputation de la jambe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Des tombes pour les vivants<\/em>, la premi\u00e8re nouvelle, est surprenante. Bud Ingam est retrouv\u00e9 par un gardien de cimeti\u00e8re en train de profaner une tombe. Il est arr\u00eat\u00e9 par la police et la nouvelle est le r\u00e9cit de son histoire. Son p\u00e8re est revenu de la guerre avec une perte de ses fonctions c\u00e9r\u00e9brales, r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de l\u00e9gume. Un croque-mort l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 mort et on l\u2019a enterr\u00e9, mais on l\u2019a enterr\u00e9 vivant car, pris d\u2019un doute, la veuve a fait rouvrir la tombe et les ongles \u00e9taient couverts de morceaux de bois et les doigts \u00e9taient ensanglant\u00e9s. Le fils est traumatis\u00e9. Il surveille les cimeti\u00e8res pour v\u00e9rifier si de telles horreurs ne pourraient se reproduire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ingram aper\u00e7oit dans un cimeti\u00e8re des tombes avec des syst\u00e8mes d\u2019a\u00e9ration et des tuyaux. Il est rattrap\u00e9 par des hommes qui veulent \u00e0 tout prix l\u2019emp\u00eacher de d\u00e9voiler sa d\u00e9couverte. C\u2019est la secte des \u00ab&nbsp;amis de la mort&nbsp;\u00bb, et ils lui proposent d\u2019en faire partie pour le museler. Entre temps, il rencontre Joan dont il tombe amoureux et il refuse de lui r\u00e9v\u00e9ler le secret de peur de la compromettre. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 intronis\u00e9 par la secte et avoir subi un simulacre de mise en bi\u00e8re, Bud d\u00e9cide de s\u2019enfuir avec Joan et ils se donnent rendez-vous \u00e0 la gare centrale.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Joan est \u00e0 son tour kidnapp\u00e9e par la secte et Bud pense qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e vivante, comme les autres. Alors qu\u2019on peut penser qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un cauchemar parano\u00efaque, l\u2019inspecteur de police l\u2019\u00e9coute religieusement et enqu\u00eate. Des policiers sont aussi compromis dans la secte, une organisation criminelle qui choisit des gens riches pour les faire empoisonner par leur entourage, sous la contrainte, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on les croit morts. Sauf que l\u2019effet du poison dissip\u00e9, les enterr\u00e9s retrouvent leur respiration et peuvent boire gr\u00e2ce aux dispositifs install\u00e9s. On ouvre leurs cercueils et on les am\u00e8ne \u00e0 croire qu\u2019ils sont immortels, ainsi grossissent-ils les effectifs de la secte et on leur demande de trouver d\u2019autres victimes. Bud Ingram ira dans le cimeti\u00e8re new-yorkais o\u00f9 la secte s\u00e9vit et Joan, \u00e0 demi-enterr\u00e9e dans une robe de mari\u00e9e, appara\u00eet, sauv\u00e9e. Une histoire un peu tir\u00e9e par les cheveux, pas cr\u00e9dible pour deux sous, mais qui intrigue et fait peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>\u00c0 mourir de rire<\/em>, Johnson, un:m\u00e9decin, pr\u00e9vient le commissariat pour un simple rapport de routine dans le cadre de la mort d\u2019un fermier, Eleazor Hunt. D\u00e9tail particulier, le d\u00e9funt est mort en \u00e9tat d\u2019hilarit\u00e9 avec un livre d\u2019histoires dr\u00f4les dans les mains. \u00c0 la suite de quelques constatations, le policier Traynor trouve la mort suspecte. Quelques indices (un duvet de poulet, quelques plumes) l\u2019am\u00e8nent \u00e0 enqu\u00eater autour de Frears, un valet de ferme qui semble vouloir lui cacher l\u2019existence d\u2019un puits. Le sup\u00e9rieur de Traynor lui conseille de laisser tomber faute de preuves, mais il va dans un caf\u00e9 pour entendre parler de Hunt, de son absence totale d\u2019humour et d\u2019un pactole pour le passage d\u2019une route \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait dans le puits et Traynor y trouve un sac o\u00f9 est l\u2019argent. La jeune veuve de Hunt avait con\u00e7u un plan avec Frears, son amant, pour r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019argent en lui faisant avouer la cachette et en le chatouillant avec des plumes, lui qu\u2019ils savaient chatouilleux \u00e0 mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Mamie et moi,<\/em> un livreur de lait sauve un b\u00e9b\u00e9 kidnapp\u00e9 par des truands. Les parents, les Ellerton, avaient recommand\u00e9 aux ravisseurs de lui donner une marque de lait pr\u00e9cise et le livreur s\u2019\u00e9tonnait de devoir en livrer \u00e0 un endroit o\u00f9 il n\u2019\u00e9tait jamais all\u00e9. C\u2019est le cheval qui s\u2019appelle Mamie, et il aura bien m\u00e9rit\u00e9 ses morceaux de sucre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Harlan se plaignent de ce que quelqu\u2019un leur pique r\u00e9guli\u00e8rement leur bouteille de lait sur le palier. Harlan tend un pi\u00e8ge au voleur, un fil reli\u00e9 \u00e0 son lit. Le voleur &#8211; un clochard &#8211; est pris au pi\u00e8ge et Harlan se d\u00e9foule dessus jusqu\u2019\u00e0 le tuer accidentellement. Il met le corps dans un appartement voisin myst\u00e9rieusement ouvert et l\u2019allonge sur le lit inoccup\u00e9 avant de fermer la porte. Il d\u00e9cide de prendre cong\u00e9 \u00e0 son travail et de d\u00e9m\u00e9nager, mais on le menace de licenciement et son propri\u00e9taire n\u2019accepte pas sa proposition de quitter les lieux avant la fin l\u00e9gale du bail. Harlan ne mange plus, ne dort plus, est irritable et commence \u00e0 boire. Sa femme lui apprend que l\u2019appartement voisin o\u00f9 il a cach\u00e9 le corps est inoccup\u00e9 depuis des mois. Elle se plaint d\u2019odeurs persistantes dans l\u2019immeuble. De nouveaux locataires emm\u00e9nagent dans l\u2019appartement vide et Harlan a tellement peur qu\u2019ils d\u00e9couvrent le corps qu\u2019il tue l\u2019homme \u00e0 coups de marteau. Il est embarqu\u00e9 par la police et le gardien l\u2019informe que le clochard que Harlan croyait avoir tu\u00e9 \u00e9tait un ami \u00e0 lui qu\u2019il avait autoris\u00e9 \u00e0 passer quelques nuits dans l\u2019appartement vide . Il s\u2019\u00e9tait fait soigner \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Un vrai meurtre pour en cacher un faux\u2026 C\u2019\u00e9tait <em>Un cadavre sur le palier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ensuite <em>La vie est parfois \u00e9trange,<\/em> o\u00f9 un homme tue une femme (la sienne?). Apr\u00e8s l\u2019avoir observ\u00e9e dans son agonie, il d\u00e9cide de tout dire au gardien de l\u2019immeuble mais ne le fait pas. Il va dans un caf\u00e9 o\u00f9 il est interpell\u00e9 par des gens pr\u00e9tendant le conna\u00eetre et tout cela se termine par une bagarre. Vid\u00e9 par le barman, il jette une poubelle contre la porte vitr\u00e9e du caf\u00e9 avant d\u2019\u00eatre interpell\u00e9 par la police. Son avocat vient \u00e0 son secours et il sort libre. Il a tu\u00e9 une femme et il a pass\u00e9 la nuit en d\u00e9tention pour scandale sur la voie publique.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re nouvelle<em>, Une nuit \u00e0 Barcelone,<\/em> est la plus longue. Maxwell \u00ab&nbsp;Maxi&nbsp;\u00bb Jones&nbsp;\u00bb est le leader d\u2019une formation de jazz en tourn\u00e9e europ\u00e9enne. Le groupe joue \u00e0 Barcelone quand Freshman un flic du FBI, vient lui demander de le suivre pour un meurtre qu\u2019il aurait commis dans le Tennessee.<\/p>\n\n\n\n<p>Jones explique \u00e0 Freshman qu\u2019il n\u2019est pas coupable du meurtre du sh\u00e9rif adjoint et de sa fille dans un village du Tennessee, tu\u00e9s par balle et br\u00fbl\u00e9s dans l\u2019incendie d\u2019une cabane. Il avait \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 comme chauffeur par le sh\u00e9riff et&nbsp;c\u2019est lui qui a commis le meurtre avant de l\u2019accuser.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit ne convainc pas le policier mais Jones lui demande une faveur&nbsp;: le laisser jouer une derni\u00e8re nuit \u00e0 Barcelone. Accord\u00e9 et Freshman prend place au devant de la sc\u00e8ne, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9jouer toute tentative de fuite. Une myst\u00e9rieuse admiratrice envoie r\u00e9guli\u00e8rement des billets \u00e0 Jones depuis plusieurs mois et, pour la premi\u00e8re fois, Jones a un lieu de rendez-vous pour cette nuit. Freshman le laisse y aller, toujours sous haute surveillance. On apprend que le serveur a donn\u00e9 \u00e0 Jones un billet qui ne lui \u00e9tait pas destin\u00e9 car un autre est retrouv\u00e9, sans rendez-vous celui-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Jones se rend chez sa suppos\u00e9e admiratrice qui ne s\u2019attendait pas \u00e0 voir appara\u00eetre un noir. Elle pousse des cris et se jette sur lui pour le chasser. Paniqu\u00e9, Jones la poignarde et Freshman le conduit au poste de police local. Jones pr\u00e9f\u00e9rait la prison en Espagne que le lynchage dans le Sud. Bon choix.<\/p>\n\n\n\n<p>La post-face nous pr\u00e9sente Irish comme le Edgar Poe du XX\u00b0 si\u00e8cle. Il ne faut rien exag\u00e9rer et on a ici l\u2019impression d\u2019avoir droit \u00e0 des fonds de tiroir. On pr\u00e9f\u00e9rera relire ses romans les plus c\u00e9l\u00e8bres pour louer le talent de Irish. Peut-\u00eatre pas un nouvel Edgar Poe, mais un auteur singulier et attachant dans l\u2019histoire du polar am\u00e9ricain, \u00e0 mettre au niveau d\u2019un David Goodis ou d\u2019un Jim Thompson, c\u2019est dire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NATHALIE SARRAUTE \u2013<em> POUR UN OUI POUR UN NON<\/em> \u2013 Folio \/ Th\u00e9\u00e2tre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui fait \u00e0 peine 30 pages, un dialogue entre deux amis (H1 et H2) juste entrecoup\u00e9 par quelques mots prononc\u00e9s par un couple, voisins de palier, qu\u2019on prend \u00e0 t\u00e9moin. Une mise en sc\u00e8ne qu\u2019on imagine des plus d\u00e9pouill\u00e9e. L\u2019enjeu&nbsp;? Une amiti\u00e9 qui s\u2019est \u00e9tiol\u00e9e sur un malentendu, une incompr\u00e9hension. L\u2019un aurait eu une promotion et s\u2019en serait vant\u00e9 tandis que l\u2019autre n\u2019aurait pas appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019attitude de son ami \u00e0 qui il reproche de la condescendance. Condescendance contre jalousie, m\u00e9pris contre besoin de reconnaissance, ou est-ce autre chose&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a ce tribunal kafka\u00efen qui est cens\u00e9 r\u00e9gler ce genre d\u2019affaires et o\u00f9 tout le monde est finalement coupable.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour un oui pour un non, une amiti\u00e9 ind\u00e9fectible peut se ternir ou s\u2019achever pour un oui pour un non. Le dialogue entre les deux hommes d\u00e9rape vite sur des questions plus profondes d\u2019identit\u00e9, de valeurs mais aussi de refoulements et de non-dits. Tout cela cr\u00e9e une sensation de malaise o\u00f9 se manifestent des pulsions souterraines, comme si cette amiti\u00e9 qu\u2019on croyait d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e et sur la base d\u2019une estime r\u00e9ciproque contenait tout un sous-bassement inconscient et ni\u00e9 qui aboutit \u00e0 un affrontement o\u00f9 le dominant et le domin\u00e9 \u00e9changent leurs positions au fil du dialogue. Tr\u00e8s fort et angoissant. Plus qu\u2019une amiti\u00e9 fl\u00e9trie, c\u2019est en fait une r\u00e9flexion originale sur la condition humaine et son absurdit\u00e9, comme aurait dit Camus. Sarraute est morte presque centenaire, comme quoi la m\u00e9taphysique et l\u2019absurde, \u00e7a conserve.<\/p>\n\n\n\n<p><em>30 ao\u00fbt 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>FRANCIS CARCO \u2013 L\u2019HOMME DE MINUIT \u2013 Albin Michel \/ Le livre de poche Carco, comme Charles-Louis Philippe, Pierre Mac Orlan ou Eug\u00e8ne Dubit, a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 parmi les \u00e9crivains populistes, un courant litt\u00e9raire qui a pu se prolonger avec des auteurs comme Ren\u00e9 Fallet ou Alphonse Boudart, ce qui n\u2019est pas synonyme de m\u00e9diocrit\u00e9&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4698\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4700,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4698"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4698"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4698\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4702,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4698\/revisions\/4702"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4700"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}