{"id":4708,"date":"2026-08-27T14:55:19","date_gmt":"2026-08-27T12:55:19","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4708"},"modified":"2026-08-27T14:55:19","modified_gmt":"2026-08-27T12:55:19","slug":"leonora-carrington-une-anglaise-romantique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4708","title":{"rendered":"LEONORA CARRINGTON, UNE ANGLAISE ROMANTIQUE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/illustration544.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4709\" width=\"584\" height=\"384\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/illustration544.jpg 547w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/illustration544-300x197.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/illustration544-30x20.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><figcaption>d\u00e9mons et merveilles, comme aurait dit Lovecraft. Surtout merveilles. Wikip\u00e9dia.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Leonor Fini, autre peintre surr\u00e9aliste, avait fait le portrait de Leonora Carrington dont on a pu voir une exposition au mus\u00e9e du Luxembourg \u00e0 Paris. Un r\u00e9el enchantement, un \u00e9blouissement, une f\u00e9erie tant son monde de conte de f\u00e9es, de monstres et de merveilles nous parle et s\u2019adresse \u00e0 notre inconscient. Elle fut la compagne de Max Ernst et a c\u00f4toy\u00e9 les surr\u00e9alistes \u00e0 New York avant de pousser l\u2019exil jusqu\u2019au Mexique, comme une Artaud au f\u00e9minin, mais sans drame. Portrait d\u2019une femme d\u2019exception et d\u2019une \u0153uvre incomparable.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un enchantement, du merveilleux, de la f\u00e9erie. Les mots manquent pour partager l\u2019\u00e9motion que l\u2019on a pu \u00e9prouver au sortir de cette exposition Carrington au mus\u00e9e du Luxembourg, un apr\u00e8s-midi caniculaire de la fin juin. D\u2019\u2019autant plus \u00e9blouissant que c\u2019est quelqu\u2019un qu\u2019on ne connaissait ni d\u2019Eve ni d\u2019Adam, ni de la pomme et du serpent. Une parfaite inconnue dont on a eu vent par la chronique Arts plastiques de Maurice Ulrich dans un num\u00e9ro de <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, gr\u00e2ce lui soit rendue. Il y avait des reproductions de ses \u0153uvres qui donnaient un avant-go\u00fbt du festin de beaut\u00e9 auquel on allait prendre part. Leonora Carrington, sorci\u00e8re, d\u00e9miurge et magicienne.<\/p>\n\n\n\n<p>La jeune fille \u2013 elle est n\u00e9e en 1917 dans le Lancashire dans une famille ais\u00e9e, le p\u00e8re \u00e9tant un riche industriel du textile &#8211; \u00e9tonne par ses premiers dessins, ses premiers croquis, ses premi\u00e8res toiles. Des cr\u00e9atures, \u00eatres et animaux saisis dans des d\u00e9cors tout droit sortis de ses r\u00eaves. On pense \u00e0 l\u2019univers d\u2019un Lewis Carroll, le pasteur po\u00e8te pr\u00e9curseur du surr\u00e9alisme dont le passe-temps favori bien innocent \u00e9tait de photographier des fillettes. Les \u0153uvres de cette p\u00e9riode \u2013 elle est adolescente &#8211; ravissent et fascinent d\u00e9j\u00e0 par leur gr\u00e2ce et leur ouverture \u00e0 un monde merveilleux o\u00f9 sylphides et elfes \u00e9voluent en apesanteur, dans un ozone magique.<\/p>\n\n\n\n<p>Leonora Carrington va vivre avec le grand Max Ernst, surr\u00e9aliste de la branche allemande \u00e0 qui l\u2019on doit notamment le sublime <em>&nbsp;Monument aux oiseaux<\/em>&nbsp;. On est en 1937 et la jeune anglaise a vingt ans lorsque le couple s\u2019installe au c\u0153ur de l\u2019Ard\u00e8che d\u2019o\u00f9 un vieux film les montre heureux, chacun vaquant \u00e0 ses occupations artistiques sous le soleil&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>Une vie de r\u00eave qui va vite se transformer en cauchemar. Ernst est inqui\u00e9t\u00e9 pour ses d\u00e9clarations anti-nazies. Il est prisonnier au Camp des mille, pr\u00e8s d\u2019Aix-en-Provence, qui a vu passer nombre de combattants r\u00e9publicains de la guerre d\u2019Espagne, et deviendra citoyen am\u00e9ricain apr\u00e8s la guerre. Leonora quitte l\u2019Ard\u00e8che dans le but de le retrouver, mais elle se perd en compagnie de quelques amis et se retrouve \u00e0 la fronti\u00e8re espagnole o\u00f9 elle subit un viol. Traumatis\u00e9e, elle est intern\u00e9e dans un asile \u00e0 Santander en 1940. Elle s\u2019en \u00e9chappe et, apr\u00e8s un mariage de complaisance \u00e0 Lisbonne, part pour New York o\u00f9 elle est accueillie par un groupe d\u2019exil\u00e9s fran\u00e7ais ayant fui la France de P\u00e9tain parmi lesquels Andr\u00e9 Breton, Benjamin P\u00e9ret, Wilfredo Lam et Claude L\u00e9vi-Strauss. Des Fran\u00e7ais embarqu\u00e9s \u00e0 Marseille et r\u00e9fugi\u00e9s aux \u00c9tats-Unis, via la Martinique d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire. Max Ernst l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 initi\u00e9e au surr\u00e9alisme et Breton publi\u00e9 l\u2019une de ses nouvelles dans une r\u00e9\u00e9dition de son <em>Anthologie de l\u2019humour noir,<\/em> car la dame, non contente de peindre et de sculpter, \u00e9crit romans, nouvelles et pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre dont l\u2019une sera mise en sc\u00e8ne plus tard par Jodorowsky.<\/p>\n\n\n\n<p>La membre de l\u2019Internationale surr\u00e9aliste part au Mexique, comme d\u2019ailleurs Breton. Elle y rencontre Frida Kahlo, Diego Rivera et les muralistes mexicains mais aussi des po\u00e8tes et des \u00e9crivains comme Carlos Fuentes ou Octavio Paz. \u00c0 Mexico plane encore le fant\u00f4me de L\u00e9on Trotski, assassin\u00e9 en 1940 par un aventurier \u00e0 la solde de Staline. Paradoxalement, sa d\u00e9couverte de l\u2019Am\u00e9rique correspondra \u00e0 des travaux plus classiques influenc\u00e9s par le grand si\u00e8cle espagnol et le Quattrocento italien. Des tableaux admirables qui rompent avec son inspiration onirique tout en \u00e9tranget\u00e9. Qu\u2019on se rassure, elle y reviendra vite.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1944, elle peint <em>Artes 110<\/em> (l\u2019adresse de son premier domicile \u00e0 Mexico), un auto-portrait qui la repr\u00e9sente en l\u00e9vitation au milieu de nuages mena\u00e7ants, de t\u00eates d\u2019animaux et de paysages lunaires. Les animaux sont d\u2019ailleurs une constante de sa peinture, comme cette licorne derri\u00e8re une fen\u00eatre qu\u2019elle a peinte en Ard\u00e8che. Cons\u00e9quence de son passage en psychiatrie, elle peint aussi des monstres comme dans <em>La joie du patinage&nbsp;<\/em>qui la repr\u00e9sente d\u00e9charn\u00e9e sur la croupe d\u2019une sorte de dindon dans un paysage de cauchemar.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se rapproche d\u2019un Goya ou d\u2019un J\u00e9r\u00f4me Bosch dont elle peint, \u00e0 la suite d\u2019un concours organis\u00e9 entre plusieurs peintres dont Dali, <em>La tentation de Saint-Antoine.<\/em> Une pure merveille o\u00f9, dans un d\u00e9cor biblique, on peut voir au premier plan un spectre barbu enseveli dans un drap blanc avec un jeune homme qui fait bouillir une marmite, des femmes tirant un voile et un petit cochon au premier plan, le tout bord\u00e9 par une rivi\u00e8re o\u00f9 on peut apercevoir une sir\u00e8ne. C\u2019est prodigieux d\u2019inventivit\u00e9 et d\u2019imagination et, comme J\u00e9r\u00f4me Bosch, elle peint un Saint-Antoine en paix qui ne semble pas \u00eatre l\u2019objet de tentations diaboliques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950, Leonora Carrington va orienter ses travaux et son inspiration vers le mysticisme, l\u2019\u00e9sot\u00e9risme et le fantastique. Mais elle le fera toujours avec un sourire en coin, pas dupe de ses inclinations morbides vers le surnaturel ou l\u2019\u00e9pouvante. Elle r\u00e8gne en d\u00e9miurge sur un monde de l\u2019\u00e9trange o\u00f9 les trois r\u00e8gnes \u2013 animaux, v\u00e9g\u00e9taux et min\u00e9raux \u2013 se m\u00ealent dans une profusion de signes et de symboles. Jung est pass\u00e9 par l\u00e0 avec son inconscient collectif et ses th\u00e9ories consid\u00e9r\u00e9es par Freud comme apocryphes en ce qu\u2019elles conduisent la psychanalyse au bord de la mystique, sur les rives mouvantes de l\u2019irrationnel. Ainsi s\u2019int\u00e9ressera-t-elle aux tarots, \u00e0 la divination, \u00e0 l\u2019alchimie et aux fant\u00f4mes et tous ces th\u00e8mes feront partie int\u00e9grale de son \u0153uvre en plusieurs parties distinctes qui nous valent des s\u00e9ries de tableaux inqui\u00e9tants et a\u00e9riens.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019int\u00e9resse aussi au <em>Livre des morts tib\u00e9tains<\/em>, ou <em>Bardo Thod\u00f6l <\/em>\u00e0 la cabale, aux cultes druidiques et \u00e0 la gnose. Plus que tout, elle se passionne pour la culture am\u00e9rindienne et les mythes azt\u00e8ques et mayas. Elle n\u2019est pas venue au Mexique par hasard et s\u2019est impr\u00e9gn\u00e9e des richesses artistiques du pays, des apports qui se ressentiront dans son style.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1969, apr\u00e8s les Jeux olympiques de Mexico et la tuerie de la place Tlatelolco (ou Place des trois cultures) qui verra nombre d\u2019\u00e9tudiants en r\u00e9volte mourir sous les balles des militaires, elle quitte le pays sous la pression des autorit\u00e9s politiques qui n\u2019appr\u00e9cient pas ses prises de position contre le gouvernement d\u2019Adolfo Lopez Mateos et du Parti R\u00e9volutionnaire Institutionnel (sic). La dame a aussi la t\u00eate politique, avec une morale, des valeurs et des convictions. Elle retournera aux \u00c9tats-Unis avec ses fils, qu\u2019elle a eus avec le photographe Imre \u00ab&nbsp;Chiki&nbsp;\u00bb Weisz, et ne reviendra d\u00e9finitivement au Mexique qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Le temps a fait son \u0153uvre et Leonora Carrington est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e comme une artiste majeure du XX\u00b0 si\u00e8cle, sous la banni\u00e8re surr\u00e9aliste ou autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est \u00e0 la fois peintre, sculptrice, romanci\u00e8re, nouvelliste et autrice dramatique.&nbsp;Une artiste totale dont toute la vie aura \u00e9t\u00e9 un long cheminement vers son id\u00e9al de beaut\u00e9 dans la c\u00e9l\u00e9bration du monde et de l\u2019au-del\u00e0. Il suffit de regarder l\u2019affiche de l\u2019exposition avec un vieillard chevelu et barbu aux cornes de cerf avec \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s une dame \u00e0 la chevelure en aur\u00e9ole qui tient un enfant minuscule r\u00e9chauff\u00e9 dans sa parure. \u00c0 gauche, une sorte d\u2019ange tenant un tabernacle. Au-dessus, comme un toit en ardoise et au sol, un plancher de bois. Des th\u00e8mes religieux subvertis par des signes et des symboles avec des manifestations constantes du r\u00e8gne animal. Une toile qui r\u00e9sume assez bien \u2013 si c\u2019est possible \u2013 l\u2019univers luxuriant et foisonnant de Leonora Carrington.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une salle, on peut voir un vieux film o\u00f9 elle est interview\u00e9e par un journaliste mexicain, dans sa maison de Mexico, quelques ann\u00e9es avant sa mort. On y voit une vieille dame espi\u00e8gle au visage rieur<\/p>\n\n\n\n<p>o\u00f9 s\u2019est attard\u00e9 un reste de beaut\u00e9. Fumant cigarettes sur cigarettes, elle semble se jouer de son interlocuteur, r\u00e9pondant parfois \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des questions et s\u2019amusant \u00e0 le d\u00e9concerter par ses vues toujours originales sur la vie, les \u00eatres qu\u2019elle a c\u00f4toy\u00e9s, son art, l\u2019amour et bien s\u00fbr la mort qui approche. Elle mourra \u00e0 94 ans, en 2011.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se r\u00e9v\u00e8le telle qu\u2019en elle-m\u00eame, en vieille dame de g\u00e9nie d\u2019une dignit\u00e9 exemplaire. Apr\u00e8s avoir vu, \u00e9baubi, ses \u0153uvres picturales, on t\u00e2chera maintenant de se procurer ses textes qui doivent aussi contenir des prodiges. On r\u00eavera en tout cas longtemps, quoi qu\u2019il puisse advenir, \u00e0 Lady Carrington et \u00e0 ses fant\u00f4mes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>19 juillet 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Leonor Fini, autre peintre surr\u00e9aliste, avait fait le portrait de Leonora Carrington dont on a pu voir une exposition au mus\u00e9e du Luxembourg \u00e0 Paris. Un r\u00e9el enchantement, un \u00e9blouissement, une f\u00e9erie tant son monde de conte de f\u00e9es, de monstres et de merveilles nous parle et s\u2019adresse \u00e0 notre inconscient. 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