{"id":4727,"date":"2026-09-21T15:48:36","date_gmt":"2026-09-21T13:48:36","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4727"},"modified":"2026-09-21T15:48:36","modified_gmt":"2026-09-21T13:48:36","slug":"vinginces-15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4727","title":{"rendered":"VINGINCES 15"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>LESIEUR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4729\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-300x240.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-768x614.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-2000x1600.jpg 2000w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-1600x1280.jpg 1600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-1200x960.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-900x720.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-600x480.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548-30x24.jpg 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/illustration-548.jpg 2021w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Les Beatles et Marilyn \u00e0 Amiens, among many others. Dessin Daniel Grardel.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Je connaissais vaguement Jacques Lesieur de nom, comme ancien critique rock \u00e0<em> Extra<\/em> ou <em>Juke-Box<\/em> <em>Magazine <\/em>et auteur des s\u00e9ries \u00ab&nbsp;<em>pop story<\/em>\u00bb dans les \u00e9missions de Jean-Bernard Hebey sur<em> RTL<\/em>, dans les ann\u00e9es 1970. Il \u00e9tait un fin connaisseur de Johnny Hallyday, de ses pompes et de ses \u0153uvres. La belle affaire\u2026 \u00c0 part \u00e7a, il avait cofond\u00e9 un canard au tirage assez confidentiel \u2013 <em>Rock\u2019n\u2019roll musique<\/em>&nbsp;\u00bb &#8211; au temps des ann\u00e9es punk, apr\u00e8s la disparition d\u2019<em>Extra.<\/em> J\u2019ai su par la suite, de ses propres confidences, qu\u2019il avait aussi fait de l\u2019animation dans une radio libre \u00e0 Paris et tenu un magasin de disques \u00e0 Nice avant de devenir lecteur aux \u00e9ditions Camion rouge et d\u2019y publier une centaine de biographies diverses et vari\u00e9es allant d\u2019actrices comme Viviane Romance \u00e0 des sujet comme les radios pirates ou l\u2019affaire Profumo. Il devait consid\u00e9rer tout cela, r\u00e9trospectivement, comme une belle carri\u00e8re ou du moins une vie bien remplie. Un point de vue personnel que j\u2019\u00e9tais loin de partager.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en tant que lecteur de la maison d\u2019\u00e9dition o\u00f9 j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 un livre que je fis la connaissance de Jacques Lesieur. On m\u2019avait refus\u00e9 un manuscrit sur Procol Harum et j\u2019avais toujours un livre sur les Pretty Things \u00e0 para\u00eetre. Je soup\u00e7onnais Camion rouge de publier ce livre comme \u00e9tant le dernier, la r\u00e9ponse invariable \u00e0 mes suppliques pour la parution du Procol (et de beaucoup d\u2019autres en r\u00e9serve ou en projet) consistait \u00e0 cette phrase r\u00e9p\u00e9t\u00e9e en boucle par la direction&nbsp;: \u00ab&nbsp;on doit refaire un peu de tr\u00e9sorerie&nbsp;\u00bb, ce qui signifiait en clair qu\u2019ils ne publieraient que des livres sur des groupes actuels et connus, s\u00fbrement pas sur des tocards comme les Flamin\u2019 Groovies, que j\u2019avais co\u00e9crit avec un ami et dont les ventes plafonnaient \u00e0 une soixantaine d\u2019exemplaires. D\u2019autant qu\u2019un auteur maison avait descendu cette biographie dans un fanzine en d\u00e9busquant quelques erreurs factuelles et un manque de pr\u00e9cisions quant aux enregistrements, dates de concert et discographies. J\u2019avais compris que ces gens-l\u00e0 nourrissaient une passion pour les d\u00e9tails, les petites choses qu\u2019ils savaient et qui les distinguaient du fan ordinaire. Ils voulaient en fait des informations pr\u00e9cises mais sans grand int\u00e9r\u00eat, en tout cas tr\u00e8s loin de la litt\u00e9rature ou du lyrisme passionn\u00e9 qu\u2019on pouvait y mettre. Pas leur genre, pas le mien non plus et je laissais les ayatollah du twist \u00e0 leurs aigreurs et \u00e0 leur ressentiment.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Lesieur qui me sauva la mise chez Camion rouge. Il savait que j\u2019avais entrepris des d\u00e9marches pour publier le Procol Harum ailleurs, ce dont il me fit grief. Le bonhomme n\u2019\u00e9tait pas un parangon de diplomatie, sur un ton \u00e0 la limite de l\u2019agressivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;J\u2019apprends que tu as l\u2019intention de faire publier ton Procol Harum ailleurs qu\u2019ici&nbsp;? C\u2019est pas tr\u00e8s respectueux pour nous, on t\u2019a pourtant mis le pied \u00e0 l\u2019\u00e9trier. J\u2019adoptais le m\u00eame ton peu am\u00e8ne, cash, comme il aurait dit.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ton directeur m\u2019a dit que \u00e7a ne l\u2019int\u00e9ressait pas, en m\u00eame temps qu\u2019il m\u2019a fait part de ses probl\u00e8mes de tr\u00e9sorerie. J\u2019ai cru que c\u2019\u00e9tait une fin de non recevoir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dominique est n\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960, il ne conna\u00eet pas des groupes comme Procol Harum et il ignore leur importance dans l\u2019histoire du rock. Moi je suis preneur, tu me renvoies le manuscrit et ce sera publi\u00e9 d\u2019ici un mois maximum.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Faudrait d\u00e9j\u00e0 que vous puissiez publier le Pretty Things, \u00e7a fait deux ans que vous avez le manuscrit et que vous me dites que sa publication est imminente. L\u00e0 aussi, je serais tent\u00e9 d\u2019aller voir ailleurs et ce serait tout \u00e0 fait justifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9conne pas, les Pretty Things, c\u2019est toute ma jeunesse. J\u2019ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 \u00e0 Londres pour une interview de Phil May avec Jacques Barsamian. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 un fan et je me fais fort de faire publier ton manuscrit d\u2019ici un mois maximum.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vais encombrer les librairies dans un mois. Il n\u2019y aura gu\u00e8re que moi au rayon musique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a sera ton ann\u00e9e, l\u2019ami (il parlait comme \u00e7a, fa\u00e7on western ringard des ann\u00e9es 1950), et si t\u2019as d\u2019autres manuscrits dans la p\u00e9riode, je suis preneur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9fiant par le caract\u00e8re un peu h\u00e2bleur et rugueux du personnage, je raccrochai n\u00e9anmoins avec l\u2019espoir de futures publications, \u00e0 commencer par ce Procol Harum dont j\u2019avais fait \u00e9diter quelques exemplaires \u00e0 compte d\u2019auteur dans une imprimerie de Roubaix&nbsp;; des exemplaires d\u00e9di\u00e9s \u00e0 mon fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Lesieur n\u2019avait pas menti. Le Pretty Things (<em>Une institution!)<\/em> sortait un mois plus tard, suivi deux mois apr\u00e8s par le Procol Harum. 2016 allait \u00eatre mon ann\u00e9e, comme il avait dit, d\u2019autant qu\u2019il me proposait de r\u00e9\u00e9diter mes manuscrits sur les Kinks et les Byrds, parus chez un \u00e9diteur failli quelques 20 ann\u00e9es plus t\u00f4t. \u00c7a faisait quatre bouquins pour cette ann\u00e9e, sans parler d\u2019un autre manuscrit sur Love, un groupe californien dont j\u2019avais termin\u00e9 la biographie et pour lequel il \u00e9tait aussi preneur. Ce gars-l\u00e0 avait tout du magicien qui exau\u00e7ait mes v\u0153ux et je mesurais l\u2019\u00e9tendue de son pouvoir dans cette maison d\u2019\u00e9dition o\u00f9 ses fonctions de lecteur n\u2019excluaient pas une influence majeure bien venue pour moi qui m\u2019appr\u00eatait \u00e0 publier certains de ces livres \u00e0 compte d\u2019auteur, d\u00e9sesp\u00e9rant de trouver d\u2019autres \u00e9diteurs qui ne publiaient que des gens un peu connus, comme c\u2019\u00e9tait la r\u00e8gle dans l\u2019\u00e9dition<\/p>\n\n\n\n<p>Le Love (<em>Da Capo<\/em>) fut publi\u00e9 en d\u00e9cembre de cette ann\u00e9e-l\u00e0 et Lesieur me fit par courriel ce commentaire laconique&nbsp;: \u00ab&nbsp;passionnant&nbsp;\u00bb. Sous ses encouragements, j\u2019envisageais d\u2019\u00e9crire une biographie de Ronnie Bird, chanteur rock fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1960. Je proposais \u00e0 un ami de co-\u00e9crire ce livre, histoire de m\u2019amener un peu de cette documentation qui me faisait un peu d\u00e9faut. Il m\u2019envoya des tas d\u2019articles de journaux de l\u2019\u00e9poque, un livre de Serge Loupien (de <em>Lib\u00e9ration<\/em>) qui parlait d\u2019un concert de Ronnie dans un roman et me mit en rapport avec un ex-banlieusard de Saint-Ouen exil\u00e9 \u00e0 New York qui \u00e9tait l\u2019archiviste du chanteur. Celui-ci m\u2019adressa notamment une cassette vid\u00e9o comprenant toutes les apparitions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es du chanteur avec les r\u00e9f\u00e9rences des \u00e9missions. J\u2019avais aussi pu m\u2019entretenir plus de deux heures avec l\u2019ex-idole lors d\u2019un appel transatlantique o\u00f9 il me fit certaines confidences et me pr\u00e9cisa certains points rest\u00e9s dans l\u2019ombre dans la chronologie. Il n\u2019exigeait pas de relire mon manuscrit, me faisant enti\u00e8rement confiance. J\u2019en \u00e9tais tr\u00e8s honor\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre parut \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e suivante, et j\u2019eus le d\u00e9plaisir de lire des critiques malveillantes et p\u00e9joratives dans ce <em>Juke-box Magazine<\/em> o\u00f9 s\u00e9vissait r\u00e9guli\u00e8rement Lesieur. Mon ami envisageait l\u2019envoi d\u2019une lettre d\u2019insulte et Lesieur m\u2019invita \u00e0 calmer le jeu, pr\u00e9tendant avoir lui-m\u00eame admonest\u00e9 l\u2019auteur d\u2019une chronique qu\u2019il qualifiait d\u2019\u00e9pidermique et de mauvaise foi. Il m\u2019expliqua que, pour ce magazine, seul son directeur \u00e9tait en droit d\u2019\u00e9crire sur le chanteur et que je lui avais coup\u00e9 l\u2019herbe sous le pied. J\u2019avais pi\u00e9tin\u00e9 ses plate-bandes et il me le pardonnait pas, ayant lui-m\u00eame accumul\u00e9 des tas de documents sur le chanteur en pr\u00e9parant une biographie qui ferait date. Rat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre se vendit mal, malgr\u00e9 quelques s\u00e9ances de d\u00e9dicaces dans des magasins de disque parisiens. Le libelle de<em> Juke-box<\/em> avait fait fuir une bonne partie du public auquel il \u00e9tait destin\u00e9. Je devais tenir un stand \u00e0 une convention du disque, porte de Champerret, avec mon ami peintre ami\u00e9nois Charles Gardel, mais celui-ci s\u2019excusa au dernier moment, pr\u00e9textant une mauvaise grippe. Il devait emmener avec lui une vedette du y\u00e9y\u00e9 et, sans eux, l\u2019organisateur me fit comprendre que ma pr\u00e9sence n\u2019\u00e9tait pas souhait\u00e9e. J\u2019\u00e9tais proscrit, banni du petit royaume mesquin des nostalgiques du y\u00e9y\u00e9 et des antiquaires du rock. J\u2019\u00e9tais presque \u00e0 m\u2019en flatter, sauf que mon livre, notre livre me restait sur les bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Hormis cet ostracisme, Lesieur me fit lui aussi des critiques s\u00e9v\u00e8res sur le livre&nbsp;: informations non v\u00e9rifi\u00e9es, sources peu s\u00fbres, f\u00e2cheuse tendance \u00e0 me fier \u00e0 ma m\u00e9moire au d\u00e9triment des faits. Et puis, une erreur majeure qui justifiait sa hargne, la mention d\u2019un batteur am\u00e9ricain qui avait jou\u00e9 derri\u00e8re les Play-boys de Vince Taylor et que je pla\u00e7ais dans le groupe. Pire qu\u2019une faute professionnelle, un sacril\u00e8ge. Plus tard, Ronnie m\u2019appela de New York pour me dire que l\u2019ouvrage ne respectait pas la chronologie et comportait quelques erreurs. Il appr\u00e9ciait n\u00e9anmoins l\u2019intention. Peut mieux faire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses s\u2019apais\u00e8rent. Une temp\u00eate dans un verre d\u2019eau, pour sp\u00e9cialistes uniquement. Mais Lesieur s\u2019\u00e9tait fait m\u00e9fiant \u00e0 l&nbsp;\u2018endroit de mes textes. De fan, il devenait pointilleux, tatillon et franchement p\u00e9nible pour tout dire. J\u2019avais en face de moi un autre personnage, que je ne connaissais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai publi\u00e9 une douzaine de manuscrits par la suite, certains m\u00eame \u00e0 sa demande, comme la grande Marianne Faithfull sur laquelle je ne me voyais pas pontifier. \u00c0 chaque fois, Lesieur me demandait de revoir ma copie pour une virgule mal plac\u00e9e ou un nom mal orthographi\u00e9, notamment les noms en Mac, Mc ou Mac\u2026 Il y avait aussi les r\u00e9f\u00e9rences et les informations avec la mention \u00ab&nbsp;\u00e0 v\u00e9rifier&nbsp;\u00bb, comme si tout ce que je pouvais \u00e9crire \u00e9tait sujet \u00e0 caution. J\u2019en arrivais \u00e0 vivre un cauchemar d\u2019une semaine ou deux apr\u00e8s avoir rendu mon texte, en attente de ses r\u00e9criminations, de ses remarques et de ses commentaires, pas toujours sympathiques.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais remarqu\u00e9 que Lesieur avait deux facettes. Autant il pouvait laisser passer des chapitres avec quelques commentaires de bon aloi, voire m\u00eame, moins souvent, des compliments. Autant il pouvait \u00eatre antipathique et teigneux, jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9fendre son point de vue sur ce qui m\u2019apparaissait comme des broutilles. J\u2019en \u00e9tais \u00e0 redouter l\u2019arriv\u00e9e de ses mails incendiaires ou acrimonieux, avec des courtes demandes de modifications sans explications en des termes parfois rudes qui n\u2019avaient pas sa place dans une relation auteur \u2013 \u00e9diteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, Lesieur \u00e9tait un maniaco-d\u00e9pressif qui se disait lui-m\u00eame alcoolique, ce qui tendait \u00e0 expliquer ses revirements et ses attitudes contrast\u00e9es. Je devenais imperm\u00e9able \u00e0 ses douches \u00e9cossaises et j\u2019attendais le moment du bon \u00e0 tirer et de la signature du contrat sans trop m\u2019alarmer de ses innombrables retouches, la plupart ex\u00e9cut\u00e9es sans discussion tant elles me paraissaient relever de la plus totale insignifiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il ne s\u2019agissait pas de manuscrits envoy\u00e9s, les rapports que j\u2019entretenais avec lui \u00e9taient des plus cordiaux. Il m\u2019envoyait des vid\u00e9os \u00e0 regarder sur U tube ou des extraits de livres ou des coupures de presse sur ce qui \u00e9tait cens\u00e9 \u00eatre de nos passions communes. Il m\u2019avait dit ne pas \u00eatre int\u00e9ress\u00e9 par la litt\u00e9rature, d\u00e9plorant les \u00e9panchements larmoyants et \u00e9gotistes des auteurs fran\u00e7ais. De m\u00eame, il d\u00e9testait le football et, si je lui envoyais les nouveaut\u00e9s de mon blog, j\u2019avais parfois droit \u00e0 des avis d\u00e9sobligeants signifiant que je perdais mon temps et que lui aussi avait tenu un blog \u2013 il avait d\u2019ailleurs tout fait \u2013 et s\u2019\u00e9tait d\u00e9courag\u00e9 devant l\u2019absence de r\u00e9actions de son lectorat, soit tous ses contacts sur Internet qui \u00e9taient l\u00e9gions.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tiquais un peu lorsqu\u2019il me conseilla de supprimer tout un chapitre d\u2019un livre de plus de 800 pages, l\u2019estimant hors sujet. Il me semblait qu\u2019il outrepassait ses droits et je formulais mes arguments qu\u2019il rejetait les uns apr\u00e8s les autres. Je lui faisais remarquer que, jusque-l\u00e0, il me sugg\u00e9rais des am\u00e9liorations (c\u2019\u00e9tait le terme choisi pour flatter un peu son ego) de forme mais qu\u2019en l\u2019occurrence, \u00e7a allait beaucoup plus loin et qu\u2019il s\u2019\u00e9rigeait en censeur. Je ne le disais pas de cette fa\u00e7on, mais il le prit assez mal, me disant que c\u2019\u00e9tait toujours pareil avec moi, que je refusais toutes ses propositions qui ne visaient bien s\u00fbr qu\u2019\u00e0 bonifier un livre certes int\u00e9ressant, mais qui manquait de rigueur. Lui pouvait amener ce qui n\u2019\u00e9tait selon lui qu\u2019un brouillon \u00e0 une sorte de perfection. Je riais sous cape mais je ne lui pardonnais pas cette intrusion dans ce qui \u00e9tait apr\u00e8s tout mon travail et, m\u00eame si le livre \u00e9tait copieux, je le sentais comme amput\u00e9, incomplet.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me proposa un jour d\u2019\u00e9crire une double biographie, celle de Grace Slick (du Jefferson Airplane) et de Kim Fowley, sous pr\u00e9texte qu\u2019ils \u00e9taient n\u00e9s la m\u00eame ann\u00e9e, en 1939. Soit. J\u2019acceptais la proposition mais je passais vite de la diva hippie au mauvais gar\u00e7on du rock\u2019n\u2019roll. C\u2019\u00e9tait devenu une biographie du seul Kim Fowley et cela ne correspondait pas vraiment \u00e0 la commande. Bon prince et apr\u00e8s beaucoup d\u2019h\u00e9sitation, Lesieur en acceptait l\u2019augure, tout en me jugeant un rien hardi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019informa par courriel que la maison du directeur de Camion rouge avait vu sa cave inond\u00e9e et que des stocks de livres avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits. Puis c\u2019\u00e9tait d\u2019autres calamit\u00e9s qui s\u2019\u00e9taient abattues sur le Camion rouge et il faudrait ralentir le rythme des publications. \u00c9tant un petit vendeur \u2013 mes livres peinaient \u00e0 d\u00e9passer les 100 exemplaires \u2013 mon Kim Fowley passerait \u00e0 la trappe, en attendant retour \u00e0 meilleure fortune. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019on me refusait un manuscrit, en tout cas pour le rock, et je mis cela sur le compte du manque de notori\u00e9t\u00e9 du sujet choisi.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, Lesieur avait la solution. Il venait de fonder avec un ami une maison d\u2019\u00e9dition vers laquelle se tournaient tous les \u00ab&nbsp;refus\u00e9s&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9dition rock, et \u00e7a faisait du monde. Il me demandait d\u2019abord une somme non n\u00e9gligeable pour la fabrication du livre et je payais. Puis c\u2019\u00e9tait les frais d\u2019imprimerie dont je m\u2019acquittais. Il avait oubli\u00e9 la TVA et l\u00e0 aussi, j\u2019y allais de mon ch\u00e8que. C\u2019\u00e9tait en fait du compte d\u2019auteurs qui ne voulait pas dire son nom.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin, alors que tout \u00e9tait boucl\u00e9, il me demandait encore un suppl\u00e9ment pour les frais d\u2019envoi et je lui demandais si lesdits frais ne pouvaient pas \u00eatre partag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;T\u2019es radin ou t\u2019es pauvre&nbsp;?\u00bb, telle fut sa r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ni l\u2019un ni l\u2019autre mais j\u2019en ai marre de travailler pour des escrocs&nbsp;\u00bb, lui r\u00e9pondis-je, et tout y passait, tout ce que je n\u2019avais pas os\u00e9 lui dire quand j\u2019\u00e9tais sous sa coupe, quand j\u2019attendais une publication et que je me faisais une r\u00e8gle de faire le dos rond en attendant que \u00e7a se passe. Les ponts \u00e9taient coup\u00e9s et il m\u2019envoya un dernier courriel avec la couverture du livre et la page 4 de couverture, fa\u00e7on de me donner des regrets, fa\u00e7on \u00ab&nbsp;tu sais pas ce que tu perds&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je faisais imprimer mon texte chez un artisan et je disposais d\u2019une centaine d\u2019exemplaires, \u00e0 vendre \u00e0 des amis et proches. J\u2019avais lanc\u00e9 une souscription sur mon blog et plusieurs personnes m\u2019avaient r\u00e9pondu positivement. Mais je n\u2019en avais pas termin\u00e9 avec Lesieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je racontais l\u2019histoire \u00e0 Charles Gardel, le peintre qui illustrait \u00e0 merveille le paradis perdu des sixties, en successeur inspir\u00e9 d\u2019un Clovis Trouille. Il avait peint une c\u00e8ne des rockers fran\u00e7ais avec Johnny en position christique et les petits princes et roitelets du rock\u2019n\u2019roll et du twist \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. On s\u2019\u00e9tait entendus pour placer Lesieur au centre de cette fresque, tous les personnages \u00e9tant r\u00e9duits \u00e0 faire de la figuration. Comme commentaire, Gardel avait sugg\u00e9r\u00e9 \u00ab&nbsp;Lesieur \u00e9tait le roi et nous \u00e9tions \u00e0 son couronnement&nbsp;\u00bb, reprenant la formule du livre de Guy Pellaert et Nic Cohn. Perfide, je proposais \u00ab&nbsp;c\u2019est qui tous ces guignols \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Lesieur&nbsp;?&nbsp;\u00bb. La formule fut adopt\u00e9e et le document circula sur les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019eus pas de nouvelles de Lesieur mais des amis dans le circuit rock parisien me firent part de quelques indiscr\u00e9tions qui circulaient dans ce milieu \u00e9triqu\u00e9. Il ne d\u00e9col\u00e9rait pas et regrettait de m\u2019avoir fait conscience. Apr\u00e8s tout ce qu\u2019il avait fait pour moi\u2026 J\u2019\u00e9tais un ingrat, un vaniteux, un imb\u00e9cile, un type infr\u00e9quentable en tout cas. On ne l\u2019y prendrait plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Je haussais les \u00e9paules devant la fureur de Lesieur, tout en me f\u00e9licitant du fait que notre mauvaise farce e\u00fbt atteint son objectif. L\u2019affront n\u2019\u00e9tait pas non plus insurmontable et Lesieur se consolerait avec une caisse de bi\u00e8re et une cassette vid\u00e9o.<\/p>\n\n\n\n<p>Fini Lesieur, fini le camion et termin\u00e9 mes biographies rock, j\u2019avais une \u00e9mission de radio et m\u2019\u00e9tais inscrit dans un club de ping-pong, histoire de varier les plaisirs et, surtout, de ne plus avoir affaire \u00e0 des m\u00e9galomanes comme Lesieur que je quittais mentalement en regardant sa fiche Wikip\u00e9dia \u2013 il en avait une que je le soup\u00e7onnais d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 lui-m\u00eame \u2013 o\u00f9 il avait tout fait. Une vraie star et on ne comprenait pas comment un homme aussi talentueux \u00e9tait rest\u00e9 si m\u00e9connu.<\/p>\n\n\n\n<p>La modestie, s\u00fbrement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>22 mars 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LESIEUR Je connaissais vaguement Jacques Lesieur de nom, comme ancien critique rock \u00e0 Extra ou Juke-Box Magazine et auteur des s\u00e9ries \u00ab&nbsp;pop story\u00bb dans les \u00e9missions de Jean-Bernard Hebey sur RTL, dans les ann\u00e9es 1970. Il \u00e9tait un fin connaisseur de Johnny Hallyday, de ses pompes et de ses \u0153uvres. La belle affaire\u2026 \u00c0 part&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4727\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4729,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4727"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4727"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4727\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4731,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4727\/revisions\/4731"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4729"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4727"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4727"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4727"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}