{"id":4768,"date":"2026-10-24T17:31:16","date_gmt":"2026-10-24T15:31:16","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4768"},"modified":"2026-10-24T17:31:16","modified_gmt":"2026-10-24T15:31:16","slug":"notes-de-lecture-88","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4768","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 88"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>PIERRE BERGOUGNOUX \u2013 LA MORT DE BRUNE \u2013 Gallimard \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je tiens Bergougnoux, avec Pierre Michon dont il est proche, comme l\u2019un des plus grands \u00e9crivains fran\u00e7ais contemporains. Par \u00e9crivain, entendez styliste, ce qui le distingue des romanciers et autres litt\u00e9rateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Bergougnoux est de Brive et Michon de Gu\u00e9ret, deux \u00e9crivains de la France profonde dont on sent l\u2019attachement \u00e0 la terre, \u00e0 la g\u00e9ologie et l\u2019obsession du temps. On est, avec eux, bien loin des salons parisiens, du tintamarre des rentr\u00e9es litt\u00e9raires et des nouveaut\u00e9s \u00ab&nbsp;\u00e0 lire absolument&nbsp;\u00bb. Tous deux sont agr\u00e9g\u00e9s de lettre et ont \u00e9t\u00e9 dans l\u2019enseignement, et tous deux peuvent \u00eatre appel\u00e9s les fils de Blondin, en chroniqueurs m\u00e9lancoliques du temps qui passe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Une d\u00e9cennie durant, le monde a mesur\u00e9 100 pas&#8230;&nbsp;\u00bb<\/em>, c\u2019est la premi\u00e8re phrase de ce court roman et elle dit tout. L\u2019auteur se raconte entre son enfance et son adolescence, soit entre 6 et 17 ans dans la ville de Brive. Les 100 pas sont la distance qui s\u00e9pare le domicile, l\u2019\u00e9cole, l\u2019h\u00f4tel Labrenche \u2013 qui deviendra un mus\u00e9e \u2013 une sorte de maison pour tous faisant \u00e0 la fois office de Bourse du travail, de bureau de bienfaisance et de dispensaire, une biblioth\u00e8que municipale et quelques commerces de bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme souvent chez Bergougnoux, on serait en peine de trouver la moindre intrigue et le moindre \u00e9v\u00e9nement. Une po\u00e9sie en prose o\u00f9 quelques personnages sont d\u00e9crits avec verve et o\u00f9 on mesure le temps qui s\u2019\u00e9coule \u00e0 l\u2019aune du vieillissement des uns et des autres et des traces du pass\u00e9 dans les pierres et sur les fa\u00e7ades.<\/p>\n\n\n\n<p>Bergougnoux fait le portrait d\u2019un instituteur, d\u2019une marchande de fruits et l\u00e9gume, d\u2019un biblioth\u00e9caire, d\u2019un notable ou du propri\u00e9taire d\u2019un magasin de musique et c\u2019est \u00e0 chaque fois touchant et triste. Il est question aussi de personnages historiques de la ville de Brive, l\u2019abb\u00e9 Dubois, d\u00e9crit par le Cardinal de Retz comme le diable en personne, ou encore ce fameux Mar\u00e9chal Brune, soldat de la r\u00e9publique avant d\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9 par Napol\u00e9on \u00e0 la plus haute distinction militaire. Brune qui donne son titre au roman et qui sera lynch\u00e9 par la foule emmen\u00e9e par des royalistes. Bergougnoux parle de Brune \u00e0 travers un tableau comme Michon avait \u00e9crit <em>Les onze<\/em> sur un \u00e9pisode de la r\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient souvent de relire ces phrases sinueuses et longues, savamment construites, mais ce qui importe ici, c\u2019est une r\u00e9flexion ambitieuse sur le temps, celui qui passe indiff\u00e9rent aux destin\u00e9es humaines, celui qui engloutit tout dans l\u2019oubli. Le temps dont la tessiture s\u2019inscrit dans la poussi\u00e8re et dans la moisissure. Le temps qu\u2019on ne peut arr\u00eater que dans la mort.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HENRI MICHAUX \u2013 <em>LES CAHIERS DE L\u2019HERNE <\/em>\u2013 L\u2019Herne \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je le confesse, je n\u2019ai strictement rien lu de Michaux, l\u2019\u00e9crivain et peintre dont tout le monde m\u2019a toujours dit le plus grand bien. L\u2019occasion de me familiariser \u00e0 l\u2019\u0153uvre du po\u00e8te gr\u00e2ce \u00e0 ces cahiers de l\u2019Herne qui sont toujours une r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de critique litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 lire le premier texte de Raymond Bellour, on se dit qu\u2019on a pas trop envie de d\u00e9couvrir Michaux. Bellour part des mythes de Narcisse et \u00c9cho pour un long d\u00e9veloppement en jargon universitaire difficilement lisible avec moult r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Mallarm\u00e9, \u00e0 Kafka ou \u00e0 H\u00f6lderlin. On comprend qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une recherche de l\u2019absolu de la litt\u00e9rature, au-del\u00e0 des mots, de la recherche \u00e9perdue d\u2019un nouveau langage po\u00e9tique, d\u2019une litt\u00e9rature au bord du n\u00e9ant, soit.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe \u00e0 Blanchot qu\u2019on esp\u00e8re plus \u00e9clairant. Le texte s\u2019appelle <em>L\u2019infini et l\u2019infini. <\/em>Blanchot rapproche d\u2019abord Michaux de Borg\u00e8s dans une recherche de l\u2019infini de la litt\u00e9rature. Il passe aux quelques exp\u00e9riences de Michaux avec la mescaline et d\u00e9fend la th\u00e8se que l\u2019\u00e9crivain s\u2019est rapproch\u00e9 d\u2019un \u00e9tat de schizophr\u00e9nie qui lui a fait franchir les portes de l\u2019infini et de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, apr\u00e8s la folie.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut lire une note o\u00f9 Blanchot reproche au coordinateur du livre d\u2019avoir sorti un num\u00e9ro des <em>Cahiers <\/em>\u00e0 C\u00e9line, dont le d\u00e9lire antis\u00e9mite est l\u2019antith\u00e8se de la litt\u00e9rature.Le po\u00e8te Alain Jouffroy propose un beau texte o\u00f9 il rapproche Michaux de Lautr\u00e9amont et des surr\u00e9alistes. Une po\u00e9sie r\u00e9volutionnaire pour changer la vie et le monde, m\u00eame si Michaux ne s\u2019est jamais occup\u00e9 de politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Michaux et la folie. Les textes suivants parlent des drogues, mescaline, psilocybine ou peyotl et de leur influence sur l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste. Si la drogue l\u2019a men\u00e9 aux confins de la folie, elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique pour son \u0153uvre car toutes ces drogues renforcent le sentiment d\u2019\u00eatre prisonnier de son moi et excluent le langage, qui est \u00e0 la base de la cr\u00e9ation. De nombreuses citations sur le sujet sont tir\u00e9es de <em>Connaissance par les gouffres.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On peut passer Delphine Todorov et son analyse textuelle \u2013 ou intertextuelle \u2013 de Michaud avec, l\u00e0 encore, un jargon universitaire indigeste. Tout cela ne donne pas sp\u00e9cialement envie de le lire. S\u2019ensuit une analyse linguistique avec le texte d\u00e9cortiqu\u00e9 et c\u2019est encore pire, \u00e0 partir de <em>Voyage en haute garabagne <\/em>et <em>Mis\u00e9rable miracle<\/em>, r\u00e9cit d\u2019apr\u00e8s la mescaline. Ici, on cite Swift et Voltaire, comme quoi \u00e0 chacun son Michaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus int\u00e9ressant est le texte de Philippe Jacottet, qui voit Michaux comme un grand po\u00e8te du rien, du silence, de l\u2019indicible. Michaux voit les ombres et les fant\u00f4mes, il acc\u00e8de \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 parall\u00e8le dont tr\u00e8s peu de personnes ont conscience. Le style, la prose et la po\u00e9sie de Michaux correspondent \u00e0 cet incertain, \u00e0 cet intangible. Michel Beaujour voit dans Michaux le po\u00e8te du chaos, de l\u2019ordure et du sang. Il le compare en cela \u00e0 Sade et \u00e0 Bataille, sauf qu\u2019il \u00e9chappe \u00e0 la gravit\u00e9 de ces auteurs par l\u2019humour et le non-sens. Non-sens aussi pour Ren\u00e9 Micha qui rapproche Michaux du peintre Klee et des premiers films de Charlot \u00e0 la lumi\u00e8re du personnage de Plume. <em>Un certain Plume <\/em>plus exactement, personnage inconsistant, \u00e9vanescent, ballott\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements, sans m\u00e9moire, sans conscience et r\u00e9duit, comme le clochard de Chaplin, \u00e0 tous les exp\u00e9dients pour satisfaire son instinct de survie.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Laude nous fait le recensement des voyages de Michaux. Des explorations plus que des voyages d\u2019ailleurs, puisque Michaux n\u2019aime pas sp\u00e9cialement voyager, \u00e0 l\u2019inverse d\u2019un Cendrars. Il cherche dans ses voyages un absolu de la po\u00e9sie&nbsp;; une po\u00e9sie qui, selon lui, s\u2019essouffle en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres contributions se penchent, l\u2019une sur la faiblesse de Michaux, son humilit\u00e9 devant l\u2019existence et les racines catholiques de sa personnalit\u00e9&nbsp;; l\u2019autre sur son passage de la po\u00e9sie \u00e0 la peinture, comme s\u2019il avait soudain pris conscience de la pauvret\u00e9 et de l\u2019inanit\u00e9 des mots. L\u2019espace, le corps et la conscience est un texte qui convoque Bachelard cette fois, avec un sentiment d\u2019enfermement chez Michaux, dans un espace forc\u00e9ment limit\u00e9, un corps prison dont on ne s\u2019\u00e9chappe pas et une conscience qu\u2019il a essay\u00e9 d\u2019\u00e9largir avec les hallucinog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Michaux et la musique maintenant, et des comparaisons avec Wagner, Webern ou Messiaen dont il \u00e9tait un grand admirateur. On passe \u00e0 la vitesse et le mouvement dans la po\u00e9sie de Michaux avec l\u00e0 aussi des \u00e9vocations d\u2019Artaud ou d\u2019Ezra Pound. Des passages qu\u2019on lit vite, tant les th\u00e8ses avanc\u00e9es paraissent souvent subjectives et obscures. Un travail d\u2019ex\u00e9g\u00e8se pas toujours convaincant. De m\u00eame,<em> L\u2019espace du dedans<\/em> qui reprend le titre d\u2019un recueil de po\u00e8me o\u00f9 il est question aussi de la conscience et de l\u2019\u00e2me du po\u00e8te. C\u2019est ensuite Michaux et les monstres, les m\u00e9tamorphoses, la peur et l\u2019angoisse qui nous tirent du c\u00f4t\u00e9 des peintres comme J\u00e9r\u00f4me Bosch, Goya ou Max Ernst. Il faut bien conna\u00eetre Michaux pour comprendre ces th\u00e9ories verbeuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Le philosophe Claude Lefort pense le processus de cr\u00e9ation chez Michaux et son d\u00e9sir de ne pas \u00e9crire comme de ne pas philosopher. C\u2019est cet emp\u00eachement, cette r\u00e9ticence qui font le prix de son \u0153uvre. On a enfin un texte sur les premiers \u00e9crits de Michaux remis dans leur contexte&nbsp;: psychanalyse, surr\u00e9alisme, cubisme, art n\u00e8gre\u2026 C\u2019est ensuite quelques \u0153uvres de Michaux qui sont donn\u00e9es \u00e0 lire.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est difficile d\u2019appr\u00e9hender une \u0153uvre par des fragments, il n\u2019y a rien de renversant l\u00e0-dedans. La derni\u00e8re partie du livre est consacr\u00e9e \u00e0 Michaux peintre mais on a d\u00e9croch\u00e9. Un rendez-vous manqu\u00e9 . Pas tout \u00e0 fait car je vais chercher <em>Un certain plume <\/em>et, qui sait, me familiariser avec un auteur singulier qui, au bout de la lecture de textes pour la plupart ennuyeux et pontifiants, m\u2019a laiss\u00e9 mi-chaud, mi-froid. Jeu de mots.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALDOUS HUXLEY \u2013 <em>RETOUR AU MEILLEUR DES MONDES <\/em>\u2013 Plon \/ Press Pocket<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce bon vieux Huxley, dont j\u2019avais d\u00e9vor\u00e9 au temps de ma jeunesse son <em>Meilleur des mondes<\/em> et ses <em>Portes de la perception<\/em>. Huxley philosophe et \u00e9crivain. C\u2019est ici un regard, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, sur son <em>Meilleur des mondes<\/em> \u00e0 la lumi\u00e8re de ce que le monde est devenu. Pas loin d\u2019\u00eatre pire que ce qu\u2019il d\u00e9crivait. Le livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1957, publi\u00e9 en 1958, soit apr\u00e8s la Hongrie c\u00f4t\u00e9 Est et le Mc Maccarthysme \u00e0 l\u2019Ouest. C\u2019est dire que la vision du monde qu\u2019a Huxley est pessimiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour lui, son <em>Meilleur des mondes <\/em>est plus actuel que le <em>1984 <\/em>de Orwell, soit les deux romans proph\u00e9tiques du XX\u00b0 si\u00e8cle. En cela il se trompe, car c\u2019est plut\u00f4t Orwell qui a gagn\u00e9 la partie dans un monde o\u00f9 le totalitarisme fait loi, en URSS et en Chine et, sous une forme pseudo-lib\u00e9rale, aux \u00c9tats-Unis et ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde de Huxley a triomph\u00e9 cependant dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste o\u00f9 la propagande (publicit\u00e9 et marketing) fait loi. Huxley d\u00e9crit toutes les techniques de persuasion, d\u2019endoctrinement et de conditionnement invent\u00e9es depuis son livre. Cela va de l\u2019hypnose au subconscient en passant par la persuasion chimique et le lavage de cerveau. Huxley conna\u00eet parfaitement toutes ces techniques exp\u00e9riment\u00e9es \u00e0 Palo Alto ou \u00e0 New York. Pour lui, les deux plaies de ce monde sont la technique et la surpopulation. Il a une approche assez malthusienne du monde et on ne peut pas dire que la surpopulation soit le probl\u00e8me le plus urgent qui se pose \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Quant \u00e0 la technique, il semble que, malgr\u00e9 Jacques Ellul, Andr\u00e9 Gorz, Ivan Illich et d\u2019autres penseurs, elle est devenue le totem de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste qui cr\u00e9e des nouveaux usages et des nouveaux march\u00e9s sans lesquels le syst\u00e8me aurait depuis longtemps sombrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Huxley aurait encore pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ses b\u00e9b\u00e9s \u00e9prouvettes et ses classes sociales artificielles, mais l\u00e0 aussi, la technologie et la m\u00e9decine l\u2019ont rattrap\u00e9, au moins sur le premier point.. Anticommuniste, ou disons anti-stalinien pour l\u2019\u00e9poque, Huxley se positionne en lib\u00e9ral-libertaire, voire en libertarien. Il se m\u00e9fie de tout ce qui est collectif, des r\u00e8glements, des lois et des normes et veut garder les valeurs de la libert\u00e9 qui sont pour lui sacr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut discuter de sa vision du monde, pas dans son pessimisme, mais dans les solutions qu\u2019il esquisse, trop id\u00e9alistes. Si <em>Le meilleur des mondes<\/em> pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une utopie n\u00e9gative, Huxley ne parvient pas \u00e0 en dessiner de positive et ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas sa volont\u00e9. Il se contente de mettre en garde contre les atteintes \u00e0 la vie et \u00e0 la libert\u00e9 du monde moderne, en Cassandre, voire en catastrophiste. Mais l\u2019\u00e9tat du monde actuel a rejoint ses pires cauchemars. Huxley aura \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers lanceurs d\u2019alerte, une fonction qui va se populariser pour des r\u00e9sultats souvent int\u00e9ressants, mais h\u00e9las encore trop marginaux. \u00abTout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles&nbsp;\u00bb, \u00e9crivait Voltaire avec ironie, \u00ab&nbsp;tout va au plus mal dans le pire des mondes&nbsp;\u00bb, aurait pu lui faire \u00e9cho Aldous Huxley. Huxley pouvait encore se consoler avec le peyotl et le LSD pour lui ouvrir les portes d\u2019un autre monde, synth\u00e9tique celui-l\u00e0. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>STENDHAL- <em>DE L\u2019AMOUR<\/em> \u2013 Gallimard \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Stendhal le styliste qui nous entretient de toutes les formes d\u2019amour et sous toutes les latitudes. Plus en essayiste ou en philosophe qu\u2019en \u00e9crivain, et c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que le b\u00e2t blesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Stendhal se r\u00eavait Adonis, mais il n\u2019\u00e9tait qu\u2019un homme plut\u00f4t gras et sans charme. Le drame de sa vie. Il classifie l\u2019amour en quatre cat\u00e9gories&nbsp;: l\u2019amour passion, l\u2019amour go\u00fbt, plus libertin, l\u2019amour physique et l\u2019amour de vanit\u00e9. Et de disserter sur toutes ces formes d\u2019amour avec, comme concept principal, la cristallisation. Qu\u2019est-ce \u00e0 dire&nbsp;? Le retour d\u2019un amour vrai apr\u00e8s des travaux d\u2019approche, l\u2019amant retrouve son amour, et Stendhal compare cette cristallisation \u00e0 ce qui se passait \u00e0 Salzbourg \u00e0 une certaine \u00e9poque&nbsp;: on met un rameau dans l\u2019eau en hiver et on le retire tout illumin\u00e9 de cristaux de neige, d\u2019une beaut\u00e9 rare.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u2019auteur nous d\u00e9crit toutes les sortes d\u2019amour, dans le temps et dans l\u2019espace. Il cite maints auteurs de la Rome antique et de la Gr\u00e8ce et, avec beaucoup d\u2019essentialisme, nous parle de l\u2019amour dans tous les pays d\u2019Europe jusqu\u2019aux \u00c9tats-Unis. \u00c0 croire que Stendhal a voyag\u00e9 partout. C\u2019est \u00e9videmment l\u2019Italie qui re\u00e7oit le plus d\u2019\u00e9loges pour la conduite de ses amours, et les pays du Nord sont pour lui des terres laborieuses o\u00f9 il y a peu de place pour l\u2019amour. Les \u00c9tats-Unis ont aussi sa pr\u00e9f\u00e9rence, terre de libert\u00e9 et de tol\u00e9rance. Mais tout cela est assez ennuyeux et ressort plus du bavardage mondain que de l\u2019essai philosophique. L\u00e0 o\u00f9 les romans de Stendhal avaient le don d\u2019illustrer tout cela, on a ici un pensum indigeste o\u00f9 il aime \u00e0 nous faire part de ses th\u00e9ories et de ses impressions sur l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019en suivent des aphorismes et des fragments sur le m\u00eame sujet mais, l\u00e0 aussi, il fait relire deux fois chaque texte pour percevoir le sens et les aper\u00e7us de l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avoue humblement que je ne suis pas all\u00e9 plus loin, avec un appareil critique cons\u00e9quent qui ravira les Stendhaliens, \u00e0 commencer par Jean Pr\u00e9vost, Antoine Blondin, Jean Giono, Aragon ou Roger Vailland. Une belle lign\u00e9e. Ce livre est un peu l\u2019\u00e9quivalent, pour le XIX\u00b0 si\u00e8cle, des <em>Fragments d\u2019un discours amoureux<\/em> de Roland Barthes, sauf que Barthes est un pur intellectuel et que Stendhal est un romantique amoureux du beau, plus \u00e0 l\u2019aise dans l\u2019esth\u00e9tique que dans l\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, on se r\u00e9gale toujours du style de Stendhal, de son \u00e9l\u00e9gance et de sa puret\u00e9, avec ce qu\u2019il faut d\u2019ironie et de causticit\u00e9. Mais, de gr\u00e2ce, m\u00eame si Stendhal en appelle souvent \u00e0 Diderot, Rousseau et Voltaire, il est tr\u00e8s p\u00e9nible en philosophe et on pr\u00e9f\u00e9rera toujours le romancier brillant et inspir\u00e9. Ce livre ressemble \u00e0 un long bavardage mondain de salonnard. Le Henri Beyle de Grenoble, amoureux de lui-m\u00eame et \u00e9gotiste. Stendhal et lui, sa plus belle histoire d\u2019amour, finalement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UMBERTO ECO \u2013 <em>LE PENDULE DE FOUCAULT <\/em>\u2013 Grasset \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"802\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557-802x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4770\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557-802x1024.jpg 802w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557-235x300.jpg 235w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557-768x981.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557-940x1200.jpg 940w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557-705x900.jpg 705w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557-470x600.jpg 470w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557-23x30.jpg 23w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration557.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 802px) 100vw, 802px\" \/><figcaption>Eco (photo Wikip\u00e9dia), une belle t\u00eate d&rsquo;honn\u00eate homme, parangon de l&rsquo;intellectuel \u00e9rudit. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Excellente transition lorsqu\u2019on parle de Stendhal l\u2019italianisant et de Barthes, qui est un peu l\u2019\u00e9quivalent fran\u00e7ais de Eco. Eco le s\u00e9miologue, Eco le philosophe, Eco l\u2019historien et, pour ce qui nous int\u00e9resse ici, Eco le romancier. Son <em>Nom de la rose<\/em> avait d\u00e9j\u00e0 tout du roman policier \u2013 ou thriller \u2013 historique dans une veine que recreusera Dan Brown avec beaucoup moins de talent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le pendule de Foucault<\/em> a eu autant de succ\u00e8s, avec toujours le go\u00fbt de l\u2019auteur pour la mystification, les soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes, les sectes, les complots et le jeu avec les apparences, sauf que Eco y m\u00eale l\u2019ironie, le second degr\u00e9 et une intelligence rare, jamais dupe de ce qu\u2019il raconte, en d\u00e9miurge goguenard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Notre-Dame des Champs, le narrateur explique le fonctionnement du pendule de Foucault, cens\u00e9 imiter la rotation de la terre. Il s\u2019inqui\u00e8te pour son coll\u00e8gue Jacobo Belbo, persuad\u00e9 qu\u2019il est menac\u00e9 \u00e0 travers un complot tram\u00e9 contre lui. Le narrateur d\u00e9crit toutes les machines du mus\u00e9e des Arts et m\u00e9tiers avec, tr\u00e8s vite, une sensation de peur panique, sur les traces de Belbo.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux jours auparavant, Casaubon, le narrateur, avait re\u00e7u un appel de Belbo en pleine panique. O\u00f9 il est question d\u2019un canular foment\u00e9 par quelques savants avec la complicit\u00e9 d\u2019une machine litt\u00e9raire (Abou) et d\u2019une maison d\u2019\u00e9dition. Une mystification qui se retourne contre ses inventeurs. Casaubon essaie de trouver le mot de passe de la machine \u00e0 travers des combinatoires infinies et des symboles num\u00e9rologiques de la Torah. Il raconte qu\u2019\u00e9tudiant il avait fait une th\u00e8se sur les templiers, ce qui lui permet de trouver la solution en suivant le cheminement de la pens\u00e9e de Belbo. On apprend ensuite comment Casaubon et Belbo, tous deux universitaires, se sont connus \u00e0 Milan. Belbo dirige des collections avec Diotavelli dans une grande maison d\u2019\u00e9dition, Garamont. Ils inventent des disciplines absurdes et insignifiantes qui tiennent \u00e0 la pataphysique. Casaubon veut publier son manuscrit sur les Templiers chez eux et Belbo lui pr\u00e9sente Diatovelli. Les trois vont se lancer dans un canular plan\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un bistrot de Milan dans lequel s\u2019agitent gr\u00e9vistes et \u00e9tudiants r\u00e9volutionnaires (on est au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970), Casaubon raconte \u00e0 ses nouveaux amis l\u2019histoire des templiers, de la prise du temple de Salomon jusqu\u2019au proc\u00e8s intent\u00e9 par Philippe le Bel.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit est entrecoup\u00e9 de sc\u00e8nes de rue et de combats entre la police et les manifestants. Il est question d\u2019un certain docteur Wagner, connu de Diavotelli et de Belbo. Un r\u00e9cit \u00e9galement interrompu par des souvenirs de jeunesse de Belbo, pendant la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9nomm\u00e9 Avendi vient apporter un manuscrit sur les templiers \u00e0 la maison d\u2019\u00e9dition. Sa th\u00e8se \u00e0 lui est que les Templiers n\u2019ont jamais disparu et que les successeurs des pers\u00e9cut\u00e9s ont repris le flambeau dans le secret. Pour lui, c\u2019est en Champagne o\u00f9 se sont r\u00e9fugi\u00e9s ces templiers et c\u2019est dans la ville de Provins que se trouverait leur tr\u00e9sor. Ingolf, qui est all\u00e9 sur place, aurait trouv\u00e9 trace du tr\u00e9sor dans un puits et Avendi est all\u00e9 voir la fille d\u2019Ingolf et a saisi un parchemin enserr\u00e9 dans un grimoire. Il s\u2019ensuit une interpr\u00e9tation \u00e0 base de num\u00e9rologie et d\u2019\u00e9sot\u00e9risme. Le colonel Avendi parle de 36 messagers poss\u00e9dant chacun 6 sceaux \u00e0 ouvrir au fil des ans et l\u2019an 2000 verrait l\u2019aboutissement de la conspiration avec la qu\u00eate du Saint-Graal. Mais les templiers ont b\u00e2ti leurs th\u00e9ories selon les rites celtiques et la Kabbale juive et seraient \u00e0 l\u2019origine de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie cathare, des sectes rose-croix et de la franc-ma\u00e7onnerie. C\u2019est vers un temple au Tibet que les derniers Templiers se seraient regroup\u00e9s. Pour le colonel, le Graal est \u00e0 la fois un \u00e9lixir , la pierre philosophale et une puissance atomique et il d\u00e9veloppe la th\u00e9orie selon laquelle les origines du christianisme seraient celtes, et non juives. Il cite les travaux d\u2019un professeur allemand nazi mort en 1939.<\/p>\n\n\n\n<p>Le professeur Ravosky, cens\u00e9 avoir travaill\u00e9 avec le colonel sur les Templiers, est soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir enlev\u00e9 celui-ci \u00e0 son h\u00f4tel. Le policier De Angelis enqu\u00eate sur l\u2019affaire et convoque Belbo, Casaubon et Diotavelli. Le lendemain, Casaubon s\u2019envole pour le Br\u00e9sil, recrut\u00e9 comme traducteur en italien. Il y a connu une femme, Amparo avec ses amis marxistes m\u00e9langeant L\u00e9nine et les cultes am\u00e9rindiens. Il re\u00e7oit une lettre de Belbo qui lui parle d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie occulte d\u2019hommage \u00e0 Cagliostro men\u00e9e par un certain Brambillo o\u00f9 une femme envo\u00fbt\u00e9e a parl\u00e9 des six sceaux, des 36 messages et des 120 ans. De Angelis, le policier qui enqu\u00eate toujours sur la disparition d\u2019Avendi, \u00e9tait pr\u00e9sent et il a \u00e9galement pu constater la disparition de la fille envo\u00fbt\u00e9e. Il demande \u00e0 Casauban de s\u2019en tenir \u00e0 sa version des faits, \u00e0 savoir qu\u2019il n\u2019en sait gu\u00e8re plus que ce qu\u2019il a dit au commissariat il y a d\u00e9j\u00e0 deux ans tout en le mettant en garde contre ce qui prend les formes d\u2019un complot, ou d\u2019une mystification.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Salvador de Bahia, Casaubon et Amparo rencontrent Agli\u00e9, un vieil homme qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9sot\u00e9risme et aux templiers tout en laissant croire qu\u2019il a v\u00e9cu mille ans. Il cite d\u2019ailleurs le comte de Saint-Germain et Casaubon se documente sur les Rose-croix. Agli\u00e9 les invite \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019un culte d\u2019anciens esclaves et fait la relation entre ces cultes et les mythologies romaines, grecques ou \u00e9gyptiennes. Les deux se demandent s\u2019il n\u2019est pas le comte de Saint-Germain.<\/p>\n\n\n\n<p>Casaubon entreprend l\u2019\u00e9tude des Rose-croix qu\u2019il juge proches des Templiers et pr\u00e9curseurs de la R\u00e9forme. D\u2019abord Christian Rosencreuz, un moine globe-trotter qui pr\u00f4ne la science, le savoir et la sagesse. Il laisse tr\u00e8s peu de litt\u00e9rature attendu que les non-initi\u00e9s n\u2019ont pas \u00e0 conna\u00eetre les secrets des rosicruciens qui ne cherchaient pas l\u2019or \u00e0 travers l\u2019alchimie, mais \u00e0 fonder une communaut\u00e9 humaine pr\u00e9parant le r\u00e8gne de l\u2019esprit saint. C\u2019est en fait \u00e0 un catalogue de toutes les h\u00e9r\u00e9sies, de toutes les sectes et de tous les cultes \u00e9sot\u00e9riques auquel nous convie Eco, et on sent qu\u2019il s\u2019amuse \u00e0 nous faire partager son \u00e9rudition sans toutefois n\u00e9gliger la piste polici\u00e8re, \u00e0 savoir ces disparitions et les menaces qui se profilent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019influence des rose-croix grandit dans toutes les cours d\u2019Europe et on soup\u00e7onne m\u00eame Descartes d\u2019en \u00eatre. Les manifestes pullulent mais les rosicruciens restent silencieux. Casaubon voit un rapport \u00e9vident entre eux et la toison d\u2019or, le Graal et les templiers. Sur les rose-croix et les autres sectes, Agli\u00e9 lui dit qu\u2019elles ont prosp\u00e9r\u00e9 en laissant croire qu\u2019un secret \u00e9tait cach\u00e9 par les religions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. Ils se rendent \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie de culte am\u00e9rindien o\u00f9 Amparo ressent un malaise et doit \u00eatre \u00e9vacu\u00e9e. Agli\u00e9 en conclut qu\u2019elle est habit\u00e9e et distingue initi\u00e9s et mystiques. Casaubon et Amparo ne se verront plus..<\/p>\n\n\n\n<p>Rentr\u00e9 en Italie, Casaubon ne reconna\u00eet plus ses copains gauchistes, pass\u00e9s \u00e0 la publicit\u00e9, dans la communication ou dans la presse. Il revoit Belbo au bistrot chez Pilade, et il lui parle de la kabbale. Casaubon ouvre une agence de renseignements culturels, \u00e0 l\u2019aide de ses encyclop\u00e9dies et d\u2019un ordinateur. Il est le Sam Spade de la culture&nbsp;: 20 dollars plus les frais. Belbo lui propose d\u2019\u00e9crire un livre sur les m\u00e9taux. Casaubon a rencontr\u00e9 Lia et Belbo vit avec Lorenza. O\u00f9 l\u2019on reparle de l\u2019\u00e9nigmatique docteur Wagner, psychanalyste pris\u00e9 par deux groupes gauchistes rivaux, rempla\u00e7ant le mat\u00e9rialisme prol\u00e9tarien par le d\u00e9sir et l\u2019inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Belbo qui lui parle du Pendule de Foucault. L\u2019\u00e9diteur Garamond confirme qu\u2019il publiera le livre de Casaubon sur l\u2019histoire des m\u00e9taux. Garamond vend peu mais se renfloue avec les \u00e9ditions Manuzio qui publient \u00e0 compte d\u2019auteurs et attirent, par des flatteries, des riches vaniteux comme ce De Gubernatis, parfait pigeon r\u00eavant de gloire litt\u00e9raire. Un d\u00e9nomm\u00e9 Bramanti promet un manuscrit sur les rose-croix, mais Garamond l\u2019\u00e9conduit, sachant qu\u2019il ne serait pas le pigeon id\u00e9al. Les trois associ\u00e9s, puisque Casaubon y travaille maintenant en free-lance, veulent lancer des collections dans le domaine de l\u2019\u00e9sot\u00e9risme. Garamond fait le tour des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes du monde entier afin d\u2019avoir des auteurs \u00e0 plumer pour ses nouvelles collections \u00e9sot\u00e9riques. Un Lucif\u00e9rien leur propose un manuscrit qui r\u00e9fute les th\u00e8ses de Aleister Crowley. Quand on lui dit qu\u2019il devra payer, il menace de leur envoyer un sort. Ils vont chez Agli\u00e9, le Comte de Saint-Germain, pour s\u2019offrir ses services en tant que lecteur et on apprend qu\u2019il est aussi l\u2019amant de Lorenza. Le Comte a racont\u00e9 ses mille vies \u00e0 Lorenza et lui a expliqu\u00e9 le r\u00f4le qu\u2019elle a tenu dans la cr\u00e9ation de l\u2019univers, sous le nom de Sophia. Belbo est jaloux.<\/p>\n\n\n\n<p>En voyage \u00e0 Munich, Casaubon rencontre son voisin Salon, un taxidermiste qui lui parle des souterrains d\u2019o\u00f9 gouverneraient les ma\u00eetres du monde. C\u2019est la th\u00e9orie d\u2019un certain Saint-Yves d\u2019Alveydre, un occultiste qui aurait localis\u00e9 en Inde les derniers templiers et un gouvernement secret dans les profondeurs de la terre, orientant la destin\u00e9e des humains&nbsp;. C\u2019est Agli\u00e9 \u2013 Saint-Germain qui lui parle de d\u2019Alveydre. Dans une biblioth\u00e8que, il rencontre De Angelis, le policier, qui s\u2019int\u00e9resse aussi aux templiers r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 Agarttha, en Inde et \u00e0 la synarchie, une sorte de gouvernement mondial souterrain qui complote pour d\u00e9stabiliser les \u00e9tats et les mener au chaos avant de pouvoir les remplacer.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous se r\u00e9unissent en s\u00e9minaire dans une propri\u00e9t\u00e9 familiale de Belbo dans la campagne pi\u00e9montaise, l\u00e0 o\u00f9 des combats entre fascistes et partisans ont fait rage \u00e0 la lib\u00e9ration. Il raconte des souvenirs d\u2019enfance&nbsp;. Puis ils se rendent dans la propri\u00e9t\u00e9 de Agli\u00e9, somptueuse demeure avec jardins et terrasses. Tout le gratin de l\u2019occultisme est pr\u00e9sent et on projette des images hallucinantes de gloire et de mort. Casaubon a des visions de Lorenza dont il tombe amoureux. Il est question de Salomon De Caus et des \u00e9gouts de Paris avant d\u2019assister \u00e0 un rituel qui tient \u00e0 la fois des rosicruciens, des templiers et de la Franc-ma\u00e7onnerie. Puis c\u2019est une c\u00e9r\u00e9monie druidique dans une clairi\u00e8re et l\u2019apparition d\u2019un nuage vert d\u2019o\u00f9 sort une pr\u00eatresse. Casaubon raconte ce qu\u2019il a vu \u00e0 Lia qui lui apprend qu\u2019elle est enceinte de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Garamond demande maintenant \u00e0 Casaubon \u00ab&nbsp;une histoire illustr\u00e9e des sciences magiques et \u00e9sot\u00e9riques&nbsp;\u00bb, \u00e0 partir des manuscrits envoy\u00e9s. La machine qu\u2019ils ont mis au point ressemble \u00e0 l\u2019intelligence artificielle et \u00e0 l\u2019aide de formules biscornues, ils reconstituent les derniers refuges des templiers&nbsp;: Coimbra, l\u2019\u00c9cosse, Paris, Marienburg, Sofia et J\u00e9rusalem. \u00c0 chaque \u00e9tape, il devait y avoir transmission mais celle entre Fran\u00e7ais et Anglais ne s\u2019est pas faite \u00e0 cause d\u2019ajustements de calendrier. Dans les manifestes rosicruciens, Fama et Confessio, il est fait mention de ce rendez-vous manqu\u00e9. C\u2019est Francis Bacon (le philosophe) qui aurait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ce myst\u00e8re, le m\u00eame qui aurait \u00e9crit les pi\u00e8ces imput\u00e9es \u00e0 Shakespeare\u2026 La Renaissance et les grandes d\u00e9couvertes font un enjeu des mythes occultistes et \u00e9sot\u00e9riques. Les guerres de l\u2019\u00e9poque en seraient les cons\u00e9quences. S\u2019ensuit un r\u00e9cit hallucinant o\u00f9 entrent en sc\u00e8ne le docteur Dee, Shakespeare, Bacon, Cervant\u00e8s et le Comte de Saint-Germain avec le Golem rencontr\u00e9 dans le ghetto juif de Prague. On croirait lire du Moorcock et de l\u2019h\u00e9roic fantasy. C\u2019est Guillaume Postel qui aurait \u00e9tabli le contact avec les Fran\u00e7ais apr\u00e8s Bacon, s\u2019installant en l\u2019\u00e9glise Notre-Dame des Champs, et c\u2019est Bacon qui aurait \u00e9crit les manifestes des rose-croix. On s\u2019y perd\u2026 Casaubon \u00e9tablit une chronologie des \u00e9v\u00e9nements qui m\u00eale rose-croix, templiers, franc-ma\u00e7ons et illumin\u00e9s de Bavi\u00e8re. Il d\u00e9cide avec Belbo d\u2019ajouter une secte \u00e0 toutes celles qu\u2019il a mentionn\u00e9es&nbsp;: la TRES, soit Templi Resurgentes Equites Synarchisi. Agli\u00e9 apporte ses pr\u00e9cisions qui m\u00ealent Voltaire, Mozart, P\u00e9ladan, Joseph De Ma\u00eetre, Eug\u00e8ne Sue et le duc de Brunswick. Des v\u00e9rit\u00e9s cach\u00e9es depuis la cr\u00e9ation du monde\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant na\u00eet et Salon le taxidermiste se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un antis\u00e9mite, parlant du Protocole des sages de Sion. Casaubon prouve que toutes les sectes se rapportent \u00e0 des histoires de souterrains, de profondeurs, de galeries et il y voit l\u2019influence des Celtes et des druides qui connaissaient les points telluriques de la terre. Des forces qui peuvent provoquer des catastrophes et des secrets qui peuvent tenir les puissants en laisse. Apr\u00e8s les Templiers, on passe aux J\u00e9suites qui se sont servis des rose-croix jusqu\u2019\u00e0 les phagocyter. Puis c\u2019est la Russie des tsars et le fameux Protocole, un faux \u00e9crit par un certain Raczinski pour nuire aux Juifs. E puis viennent les nazis, instruits de tous les secrets du monde et qui ont pris leur croix gamm\u00e9e de Thul\u00e9. Hitler s\u2019en est pris aux juifs parce qu\u2019il les soup\u00e7onnait d\u2019en savoir plus que lui et ses sbires. Diotavelli tombe malade et on pense que c\u2019est une vengeance.<\/p>\n\n\n\n<p>Casaubon dit \u00e0 Belbo qu\u2019ils se sont tromp\u00e9s depuis le d\u00e9but. Ce n\u2019\u00e9tait pas du c\u00f4t\u00e9 des juifs qu\u2019il fallait chercher mais du c\u00f4t\u00e9 des arabes. Les templiers et les chiites avaient partie li\u00e9e et les Haschischins \u00e9taient une secte qui tentait de reproduire leur esprit chevaleresque et leur m\u00e9pris de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Casaubon prend des vacances avec Lia et le b\u00e9b\u00e9. Il lui raconte les bases de son histoire, \u00e0 savoir la d\u00e9couverte d\u2019Ingolf \u00e0 Provins et le r\u00e9cit du colonel disparu. Pragmatique, Lia d\u00e9monte toute cette histoire avec des arguments rationnels mais il n\u2019est pas tout \u00e0 fait convaincu.<\/p>\n\n\n\n<p>Belbo, de son c\u00f4t\u00e9, emm\u00e8ne Lorenza en Ligurie. Ils croisent des amis d\u2019Agli\u00e9 et Belbo devient jaloux. Il renverse un chien en voiture et tout le village se r\u00e9unit autour de lui. Il d\u00e9cide de se venger d\u2019Agli\u00e9. Belbo fait croire \u00e0 Agli\u00e9 qu\u2019il d\u00e9tient la carte des templiers avec les points strat\u00e9giques, et Agli\u00e9 lui confie une valise \u00e0 convoyer dans le train de Bologne. On est en juin 84 et l\u2019Italie pleure Berlinguer. C\u2019est l\u2019attentat de la gare de Bologne. Belbo, recherch\u00e9, va \u00e0 Paris et Casaubon essaie de le rejoindre. Diotavelli se meurt \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Casaubon finit par se r\u00e9fugier au conservatoire des arts et m\u00e9tiers et il surprend une r\u00e9union de secte avec Bramanti qui officie. Sont pr\u00e9sents Garamond, Salon, Agli\u00e9 et la victime expiatoire est Belbo. La secte renie toutes les autres sectes depuis l\u2019aurore de l\u2019humanit\u00e9 et elle s\u2019est baptis\u00e9e le TRES. Le canular des \u00e9diteurs est devenu leur cauchemar. Une s\u00e9ance de spiritisme convoque les initi\u00e9s morts et Belbo se retrouve suspendu au Pendule, m\u00e9tronome de la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Casaubon s\u2019enfuit par les \u00e9gouts et court, se sentant traqu\u00e9, dans Paris. Il prend un taxi pour l\u2019emmener chez le docteur Wagner qui le d\u00e9clare fou. Il est persuad\u00e9 que, Belbo et Diatovelli morts, les autres pensent qu\u2019il est le seul \u00e0 d\u00e9tenir le secret, la carte, m\u00eame s\u2019il n\u2019en est rien. Casaubon n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 rentrer en Italie en attendant la mort, dans la maison familiale de Belbo dont il avait gard\u00e9 une cl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi s\u2019ach\u00e8ve ce roman passionnant, tant par la finesse de l\u2019intrigue que par la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture&nbsp;. En ces temps de complotisme, cette histoire est \u00e9difiante et en dit beaucoup sur le besoin qu\u2019a toujours eu l\u2019humanit\u00e9 de croire, de s\u2019inventer des th\u00e9ories mystiques ou des secrets pour initi\u00e9s&nbsp;. Eco d\u00e9montre avec brio que tout peut se combiner de fa\u00e7on \u00e0 laisser croire \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e et que des malins ont toujours su jouer avec \u00e7a pour l\u2019argent et le pouvoir. On a beau se vouloir rationnel, on est quand m\u00eame troubl\u00e9 par toutes ces histoires de sectes, de croyances et de secrets, comme si quelque chose en nous avait besoin de myst\u00e8re, d\u2019ailleurs, et finalement de r\u00eave pour transcender une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9cevante. C\u2019est aussi l\u2019int\u00e9r\u00eat de ce livre de nous le faire ressentir, sa port\u00e9e philosophique. C\u2019est aussi un chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019\u00e9rudition, et Eco nous parle de tous ces \u00ab&nbsp;diaboliques&nbsp;\u00bb et de leurs sectes comme s\u2019il les avait intimement connus, en grand mystificateur. La part d\u2019ombre du monde. Eco ou l\u2019encyclop\u00e9diste de l\u2019\u00e9sot\u00e9risme et de l\u2019occultisme, pour s\u2019amuser, pour nous captiver, pour nous troubler. Viva Eco&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>21 octobre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PIERRE BERGOUGNOUX \u2013 LA MORT DE BRUNE \u2013 Gallimard \/ Folio Je tiens Bergougnoux, avec Pierre Michon dont il est proche, comme l\u2019un des plus grands \u00e9crivains fran\u00e7ais contemporains. Par \u00e9crivain, entendez styliste, ce qui le distingue des romanciers et autres litt\u00e9rateurs. 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