{"id":4778,"date":"2026-10-24T17:51:43","date_gmt":"2026-10-24T15:51:43","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4778"},"modified":"2026-10-24T17:51:44","modified_gmt":"2026-10-24T15:51:44","slug":"fini-de-rire-pour-ceux-qui-tiennent-la-laisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=4778","title":{"rendered":"FINI DE RIRE POUR CEUX QUI TIENNENT LA LAISSE?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>D\u2019abord le <em>Fini de rire<\/em> de Jean-Baptiste Rivoire (vir\u00e9 du <em>Canal +<\/em> bolloris\u00e9) sur les tristes \u00e9volutions du rire dans les m\u00e9dias \u00e0 travers plusieurs exemples actuels (<em>Les guignols<\/em>, Guillaume Meurice, Thomas VDB\u2026). Ensuite le retour de Gilles Balbastre dont on avait ador\u00e9 <em>Les nouveaux chiens de garde <\/em>(r\u00e9alis\u00e9 avec Yann Kergoat). C\u2019est ici<em> Ceux qui tiennent la laisse<\/em>, une plong\u00e9e intelligente et dr\u00f4le dans le monde peu explor\u00e9 du nouveau capitalisme de la tech (num\u00e9rique, t\u00e9l\u00e9phonie et m\u00e9dias), soit la France de Macron, celle des start-ups et des licornes. En esp\u00e9rant que tout \u00e7a se terminera dans un grand \u00e9clat de rire, plut\u00f4t que dans les larmes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration562.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4780\" width=\"578\" height=\"867\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration562.jpg 250w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration562-200x300.jpg 200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration562-20x30.jpg 20w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption><strong>O<\/strong><em>n <\/em>commence avec Bollor\u00e9, catholique int\u00e9griste, nationaliste et ultra-lib\u00e9ral (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Fini de rire<\/em>, ou le rire en politique depuis les libelles irr\u00e9v\u00e9rencieux des almanachs comme au temps des premiers caricaturistes et la gueule de poire de Louis-Philippe. Toute une histoire. Une histoire sur laquelle Rivoire ne s\u2019attarde pas, car c\u2019est bien s\u00fbr la situation pr\u00e9sente qui l\u2019int\u00e9resse et l\u2019objectif est de d\u00e9montrer, dans la joie et la bonne humeur, que le rire subversif et caustique se porte de moins en moins bien sous Macron et les milliardaires des m\u00e9dias (les St\u00e9rin, Bollor\u00e9, Drahi, Saad\u00e9, on en passe).<\/p>\n\n\n\n<p>Qui est Jean-Baptiste Rivoire ou, pour reprendre une fameuse question qu\u2019on posait en Mai 68, d\u2019o\u00f9 parle-t-il&nbsp;? Un ch\u2019ti, n\u00e9 \u00e0 Cambrai en 1966. D\u2019abord reporter d\u2019image \u00e0 <em>France 3 <\/em>puis<em> France 2,<\/em> il a aussi \u00e9t\u00e9 reporter-photographe pour l\u2019agence Capa avant de rejoindre <em>Canal +<\/em> dans le <em>90 minutes<\/em> de Paul Moreira puis, comme r\u00e9dacteur en chef de<em>Sp\u00e9cial <\/em><em>i<\/em><em>nvestigation<\/em>. Apr\u00e8s avoir publi\u00e9 de nombreux documents sur la guerre civile des ann\u00e9es 1990 en Alg\u00e9rie comme sur les liens entre Macron et les oligarques de la presse et des m\u00e9dias, il est vir\u00e9 par Bollor\u00e9 en 2021 et il cr\u00e9e <em>Off investigations<\/em>, un m\u00e9dia en ligne. On le voit, Rivoire est un journaliste d\u2019enqu\u00eate qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 bousculer les pouvoirs. Il a \u00e9t\u00e9 diffam\u00e9 par <em>Marianne<\/em> pour une enqu\u00eate en Alg\u00e9rie comme on a pu gloser sur sa rupture avec<em> Canal<\/em>, dont il a accept\u00e9 le ch\u00e8que de d\u00e9part avant de bafouer l\u2019engagement de ne pas nuire au groupe Bollor\u00e9 et de finalement rembourser l\u2019argent. Bref, un mec bien, mais parlons du film.<\/p>\n\n\n\n<p>Petit rappel, \u00e0 force de d\u00e9placer les \u00e9missions et leurs horaires, Bollor\u00e9 a tu\u00e9 <em>Les guignols de l\u2019info<\/em> comme il a invisibilis\u00e9<em> Groland.<\/em> Pas mieux dans l\u2019audiovisuel public o\u00f9, \u00e0 <em>France Inter<\/em>, la bande \u00e0 Charline Vanhoenacker a d\u00fb plier bagage avec, en prime, le licenciement de Guillaume Meurice. Sur <em>France 2,<\/em> c\u2019est une vignette humoristique de Thomas VDB qui a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e. Tout cela fait beaucoup et dessine un paysage audiovisuel inqui\u00e9tant o\u00f9 le rire est devenu polic\u00e9, encadr\u00e9, inoffensif.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019humour au garde \u00e0 vous<\/em> est-il sous-titr\u00e9 le film. \u00c0 trop vouloir prouver\u2026 L\u2019auteur ram\u00e8ne le ph\u00e9nom\u00e8ne des puissants qui refusent toute moquerie \u00e0 Sarkozy et il s\u2019est aggrav\u00e9 avec Macron.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais peut-on mettre sur le m\u00eame plan Bollor\u00e9 et <em>Les Guignols <\/em>et Thomas VDB et Mathieu Mad\u00e9nian&nbsp;? St\u00e9phane Guillon victime de Sarko via Philippe Val et Jean-Luc Hees et Guillaume Meurice ou Pierre-Emmanuel Barr\u00e9 dont les blagues \u2013 souvent excellentes \u2013 sont parfois un rien limites.<\/p>\n\n\n\n<p>Rivoire et sa bande font toutefois remarquer que la question est politique et structurelle. Sarkozy d\u2019abord, mais on aurait pu aussi parler de la censure sous De Gaulle (<em>Hara Kiri<\/em>) ou Pompidou. Mais il faut admettre que le probl\u00e8me est devenu structurel avec Sarkozy et Bollor\u00e9, un politicard autoritaire et ridicule qui a la force de frappe sur les m\u00e9dias d\u2019un milliardaire cynique et arrogant. Les interviews face cam\u00e9ra sont r\u00e9v\u00e9latrices sur la fin des<em> Guignols,<\/em> d\u00e9plac\u00e9s puis appauvris, l\u2019affaire Guillon vir\u00e9 de <em>France Inter <\/em>et bien d\u2019autres. Le priv\u00e9 et l\u2019audiovisuel public la main dans la main.<\/p>\n\n\n\n<p>Delphine Ernotte fait aussi le m\u00e9nage \u00e0 <em>France 2 <\/em>quand Ad\u00e8le Van Reeth poursuit les gauchistes de <em>France Inter<\/em>. La Macronie prise peu les moqueries et les brocards et Rivoire fait bien de faire remarquer qu\u2019un pouvoir qui se veut humaniste et bienveillant est en fait une caste de privil\u00e9gi\u00e9s pouvant se montrer tr\u00e8s durs et impitoyables. L\u00e0 est la grande le\u00e7on de ce film et rendons-lui quand m\u00eame justice avec une ironie et un mordant qui font merveille, avec un montage dynamique et un rythme enlev\u00e9. On retiendra surtout l\u2019image d\u2019un Bollor\u00e9 cassant et mena\u00e7ant devant le CSA \u00e0 l\u2019occasion des r\u00e9attributions de fr\u00e9quences. Gla\u00e7ant\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration558.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4781\" width=\"577\" height=\"662\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration558.jpg 250w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/illustration558-26x30.jpg 26w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>On termine avec Niel, ex-pornocrate devenu patron de presse et roi de la tech (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet Gilles Balbastre depuis longtemps maintenant, nul besoin de faire les pr\u00e9sentations. Documentariste pr\u00e9cieux, journaliste sardonique (<em>Le Plan B<\/em>, <em>Le Diplo<\/em>) et acteur du mouvement social. Militant d\u2019Attac et de Solidaires, je sais ce que l\u2019on doit \u00e0 Gilles Balbastre, toujours au service de celles et ceux qui luttent avec des documentaires sur EDF, le fret ferroviaire ou encore l\u2019\u00e9nergie. On attendait ce film avec impatience, qui passait un peu pour l\u2019Arl\u00e9sienne apr\u00e8s une bonne dizaine d\u2019ann\u00e9es d\u2019annonces retard\u00e9es et de souscriptions. Il ne faut surtout pas voir ce film comme une suite des<em> Nouveaux chiens de garde <\/em>et le propos, s\u2019il est voisin, est diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici \u00e0 la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 macroniste (\u00ab&nbsp;c\u2019est mon projet&nbsp;\u00bb) du mariage de la technologie et du capital, avec les m\u00e9dias en embuscade. On y parle beaucoup de Xavier Niel, sorte de wonderboy du capitalisme technocratique, mais aussi de Patrick Drahi, l\u2019endett\u00e9 chronique aux profits colossaux ou encore de Bernard Arnault, le chic et le luxe sur le dos des salari\u00e9s d\u2019un empire industriel liquid\u00e9. Ruffin en a parl\u00e9 dans <em>Merci patron.<\/em> Comme Ruffin, Balbastre se met en sc\u00e8ne devant ses t\u00e9moins et, m\u00eame si \u00e7a peut renforcer l\u2019efficacit\u00e9 des propos, la pr\u00e9sence peut para\u00eetre envahissante.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ces personnages illustres, c\u2019est tout un syst\u00e8me que Balbastre d\u00e9monte avec de nombreuses interviews portant sur la fracture num\u00e9rique, l\u2019abandon des services publics, les in\u00e9galit\u00e9s fiscales ou les attaques contre la s\u00e9curit\u00e9 sociale&nbsp;; le tout au nom de la modernit\u00e9 et de l\u2019efficience. Au service du fric aussi, qui ne ruisselle pas mais enrichit la caste des capitaines d\u2019industrie proches du pouvoir. Bollor\u00e9, mais pas que.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re sc\u00e8ne est m\u00e9morable. Un salon de la tech, concours L\u00e9pine des nouvelles technologies, o\u00f9 les heureux gagnants, deux jeunes hommes chics, r\u00e9ussissent \u00e0 vendre une petite innovation technique qui leur rapporte des millions d\u2019Euros, apr\u00e8s revente de leur soci\u00e9t\u00e9 et culbute financi\u00e8re. Sous les applaudissements et l\u2019admiration des m\u00e9dias et des parrains du capital. L\u2019innovation, l\u2019agilit\u00e9, la profitabilit\u00e9, credo macroniste de la start-up nation. On peut y voir un Michel Chevalet, vieilli et m\u00e9connaissable, en monsieur loyal.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a ces archives d\u2019une t\u00e9l\u00e9vision qui n\u2019\u00e9tait pas encore tout \u00e0 fait au service des puissants. On y voit le regrett\u00e9 Michel Naudy interviewer Pierre B\u00e9r\u00e9govoy sans complaisance, et les premiers vagissements du Minitel o\u00f9 un Louis Mexandeau (ministre des P et T comme on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque) r\u00e9ussit une connexion avec l\u2019\u00c9lys\u00e9e et Fran\u00e7ois Mitterrand, tous deux heureux comme des gamins.<\/p>\n\n\n\n<p>Des interviews de gens qu\u2019on conna\u00eet pour la constance de leurs engagements&nbsp;: Annick Coup\u00e9, Laurent Cordonnier ou le sociologue Fran\u00e7ois Denord qui en disent long sur la fin de l\u2019\u00e9tat social et le retour des barons voleurs qui d\u00e9t\u00e9riorent le vivre ensemble et le lien social, ouvrant grand la porte au R.N.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le film s\u2019attache surtout \u00e0 d\u00e9noncer la main-mise d\u2019une technologie d\u00e9shumanisante, ali\u00e9nante et cupide.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, l\u2019affaire vient de loin. Des privatisations des ann\u00e9es 1990 et 2000 au profit d\u2019aventuriers sans foi ni loi qui ont profit\u00e9 des r\u00e9seaux et des infrastructures pour faire leurs affaires juteuses. C\u2019est le cas de France T\u00e9l\u00e9com devenu Orange, mais aussi d\u2019EDF, de GDF et de la SNCF. Investissements publics pour enrichissement priv\u00e9, l\u2019exemple type en \u00e9tant l\u2019informatique et plus particuli\u00e8rement le Minitel o\u00f9 l\u2019on retrouve ce cher Xavier Niel qui parade en vedette dans un Olympia rachet\u00e9 par Arnault.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Minitel rose qui a fait la fortune de Xavier Niel, petit margoulin vulgaire qui aura r\u00e9ussi \u00e0 devenir le gendre de Bernard Arnault et l\u2019un des principaux actionnaires du <em>Monde<\/em>. Une sorte d\u2019anoblissement par le pouvoir et l\u2019argent. Dans le monde du capitalisme technocratique, on appelle \u00e7a une belle r\u00e9ussite qui vient r\u00e9compenser un talent immense. Lui et Drahi ont profit\u00e9 du d\u00e9r\u00e8glement du march\u00e9 des T\u00e9l\u00e9coms avec Free et SFR, utilisant sans vergogne les r\u00e9seaux de l\u2019ex-op\u00e9rateur public.<\/p>\n\n\n\n<p>On voudrait tout raconter d\u2019un film d\u2019une f\u00e9roce dr\u00f4lerie pour la forme et, pour le fond, d\u2019une s\u00e9v\u00e8re critique argument\u00e9e d\u2019un monde de pr\u00e9dation, d\u2019esbroufe et de cupidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On soulignera en passant la tirade de Jacques Bonnaff\u00e9, \u00e9poustouflante, mais on aurait pu se passer de Corinne Masi\u00e9ro et de ses \u00ab&nbsp;\u00e9tudiants&nbsp;\u00bb sociologues. Mais bon,,on ne va pas chipoter, tel que c\u2019est, on a l\u00e0 une r\u00e9ussite politique, sociale et cin\u00e9matographique. \u00c7a valait le coup d\u2019attendre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Fini de rire, de Jean-Baptiste Rivoire, sorti en salle le 23 septembre.<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Ceux qui tiennent la laisse, de Gilles Balbastre, sortie officielle le 20 janvier 2027. Faites le buzz&nbsp;!<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>28 septembre 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019abord le Fini de rire de Jean-Baptiste Rivoire (vir\u00e9 du Canal + bolloris\u00e9) sur les tristes \u00e9volutions du rire dans les m\u00e9dias \u00e0 travers plusieurs exemples actuels (Les guignols, Guillaume Meurice, Thomas VDB\u2026). Ensuite le retour de Gilles Balbastre dont on avait ador\u00e9 Les nouveaux chiens de garde (r\u00e9alis\u00e9 avec Yann Kergoat). 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