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SURPOPULATION: UN FAUX PROBLÈME ?

7 milliards 800 millions d’humains sur la planète en mars 2020. Même si le taux de fécondité est à la baisse, les projections de l’ONU voient la population augmenter de 2 milliards au cours des 30 prochaines années, soit la barre des 10 milliards d’habitants presque atteinte pour 2050. Où est le problème ? nous disent la plupart des démographes et des économistes, dans la mesure où les ressources sont suffisantes bien qu’insuffisamment réparties. Certes, mais la question est controversée et il n’est pas inutile de l’aborder.

La pandémie n’a pas vraiment relancé le débat sur la surpopulation, une vieille lune enterrée depuis longtemps. Pourtant, la communauté scientifique s’accorde sur les origines de la Covid 19 et de la plupart des virus de ces dernières années : l’extension des activités humaines, principalement agricoles, au détriment des habitats et milieux naturels des animaux, source de contaminations par virus s’étant allègrement affranchis de la barrière des espèces.

L’empreinte écologique de plus en plus critique de l’humanité a donc des conséquences directes sur les pandémies, de même que le réchauffement climatique est provoqué par les rejets de CO2 et de particules fines dues à l’activité humaine depuis la première révolution industrielle. Pourtant, il n’est que de lire le n° 167 de Manière de Voir (supplément du Monde Diplomatique, octobre – novembre 2019) pour aboutir à la conclusion que, loin de l’implosion démographique prévue par des prophètes de malheur, la population mondiale a plutôt tendance à se stabiliser, voire à baisser dans 93 pays, sans parler des pays d’Europe centrale et orientale où la régression est nette.

La surpopulation a toujours été le grand impensé de la gauche. On est vite taxés de malthusien, voire d’éco-fasciste lorsqu’on a le malheur de poser le problème. « Évidemment, c’est dans les pays du tiers-monde qu’il faut que ça baisse », entendait-on répondre, non sans raison, lorsqu’on s’enhardissait à évoquer la question. Sans parler du « croissez et multipliez » biblique toujours très vivace dans les mentalités, et pas seulement chez les catholiques. N’oublions pas non plus l’importance du nombre d’enfants dans les sociétés traditionnelles où l’agriculture était le seul moyen de subsistance. Des bras pour cultiver la terre.

Pourtant, des économistes – même natalistes comme Alfred Sauvy – avaient alerté sur les conséquences d’une augmentation de la population et sur la pression exercée sur les ressources, avec menaces sur l’auto-suffisance alimentaire comme sur la paix dans le monde. Après lui, des voix se sont fait entendre dans les années 70, de l’éco-féministe Françoise d’Eaubonne jusqu’à des journalistes pamphlétaires comme Cavanna ou Pierre Fournier, fondateur du mensuel La Gueule Ouverte. On se souvient d’un éditorial de Cavanna dans Charlie Hebdo (1975) qui, après avoir recensé les principales calamités de nos sociétés modernes, finissait par écrire qu’on y pouvait pas grand-chose mais qu’on pouvait au moins « arrêter de pondre ». Pour lui, la question de la population était centrale. C’était peu de temps après les conclusions du Club de Rome et la campagne de René Dumont aux présidentielles de 1974. Depuis, ces vieilles histoires de démographie ont été remisées dans la catégorie désuète des grandes peurs irrationnelles de l’humanité.

Il est vrai que le triomphe du néo-libéralisme n’y est pas pour rien car c’est un système qui appréhende les populations comme autant de potentiels consommateurs sur des marchés à conquérir. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, se demandait Aragon. L’homo œconomicus dans toute son horreur. Les réflexes natalistes se portent bien chez les économistes néo-classiques, même si les questions démographiques sont souvent considérées comme autant de faux problèmes pour les économistes atterrés ou non orthodoxes qu’ils soient d’obédience marxiste ou pas.

Vivrait-on mieux si on était moins ? Les risques de surpopulation sont-ils à craindre ? Doit-on lier les préoccupations écologiques, notamment autour des enjeux climatiques, aux questions démographiques ? Pour le dire autrement, les crises sanitaires, sociales et économiques que nous vivons actuellement seraient-elles moins fréquentes et surtout moins intenses si la population était moins nombreuse ? Autant de questions à débattre sans préjugés et sans tabous et c’est précisément ce que nous nous proposons de faire dans l’émission

Angle d’Attac sur Radio Campus Lille (106.6 FM). Mh386. Troisième samedi du mois de janvier 2021, soit le samedi 16 janvier entre 12 et 13h. L’émission des 3 Attac de la métropole lilloise.

Comments:

Pour moi, le problème est simple; On sait très bien que le niveau d’éducation et le progrès social font reculer la natalité. Et qu’en plus, les populations pauvres font des enfants pour s’assurer d’avoir un soutien lors de leur vieillesse… en raison notamment du manque de protection sociale. Alors le problème est d’abord de permettre à l’ensemble des populations d’accéder à l’éducation et au bien être.
Ce qui ne veut pas dire au gaspillage et aux inégalités de la société néo libérale.

C’est vrai mais est-ce seulement une question de ressources, d’éducation et de santé publique, quand on examine les questions liées aux pandémies et au désastre écologique ? Tu as raison aussi de parler d’inégalités, car c’est bien là que se situe le problème. Ne vaudrait-il pas vivre dans des sociétés moins peuplées (pour cause d’empreinte écologique) et plus égalitaires. De toute façon, c’est une question à mon avis insuffisamment débattue

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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